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De nos jours, les agressions faites aux enseignants deviennent de plus en plus nombreuses et violentes. Qu’elles soient psychologiques ou physiques, ils n’en sortent pas indemnes. Une enseignante souhaitant garder l’anonymat, revient sur son dur parcours et accepte de nous faire part des violences auxquelles elle a été exposée.

Comment qualifieriez-vous vos débuts dans l’enseignement ?

Tout d’abord devenir enseignante était pour moi, une vocation. J’ai toujours aimé être au contact d’enfants. Alors quand j’ai obtenu mon master, et que j’ai été titularisée, une immense joie m’a submergée. Je savais que ce métier, était celui que je voulais faire. Durant ma première année où j’ai enseigné au collège, les difficultés sont vite arrivées. Les élèves ne m’écoutaient pas, ne voulaient pas faire ce que je leur demandais, et les violences verbales ont commencé. Surtout venant de la part de trois garçons. « Pute » , « Salope » c’était ce à quoi j’avais droit tous les jours. Il y a eu d’autres insultes, les élèves ne me considéraient pas comme étant à ma place. Pour eux j’étais une « sale prof’ ». Mes débuts ont été très chaotiques, éprouvants et parfois je ne trouvais plus la force pour me rendre à mon travail.

Les violences verbales sont-elles les seules agressions que vous avez subies ?

En quelque sorte oui. Un de ces trois garçons, a essayé une fois, de lever la main sur moi, car je lui avais rendu un devoir auquel il n’avait pas eu une note satisfaisante. Heureusement je l’ai intercepté. Mais, psychologiquement, bien que je n’ai pas été touchée, ça a été très dur. Imaginer qu’un de mes élèves, puisse me vouloir du mal, m’a énormément affectée. Je souhaitais seulement enseigner, et je ne comprenais pas pourquoi ces enfants déversaient autant de haine sur moi. Puis, en échangeant avec mes collègues, j’ai aussi appris que je n’étais pas la seule à subir ce genre de violences. J’ai été surprise de constater que c’était presque normal. Ils avaient pris cette habitude. On ne devrait pas avoir l’habitude de ce genre d’actes. Aujourd’hui, je vais mieux. A la fin de l’année compliquée aux côtés de ces collégiens, j’ai demandé à changer d’établissement, et tout se passe bien avec mes nouveaux élèves.

Comment réagissez-vous au fait que de plus en plus d’enseignants se retrouvent dans votre cas ?

Cela me révolte et me désole. D’autres collègues, se sont retrouvés dans des situations bien plus terribles que la mienne. Trouver autant d’articles, sur des cas plus graves les uns que les autres, m’attriste. Nous ne méritons pas cela. Personne ne mérite cela. Mais je pense qu’il faudrait renforcer la sécurité, pour qu’on puisse se sentir protégés sur notre lieu de travail. C’est primordial. Il serait nécessaire de faire des interventions dans les classes pour sensibiliser les jeunes, une parole, un geste de trop de leur part peut avoir des effets considérables sur le personnel de l’Éducation nationale, je parle en connaissance de causes. Nous arrivons à un stade où il est important de changer, beaucoup trop d’enseignants, encore, subissent des pressions éprouvantes, qui peuvent même parfois les pousser au suicide. Il faut réagir, et vite.

Emma M.

Photo : Emma M.

Une enseignante agressée et insultée par ses élèves : « Je souhaitais seulement enseigner, et je ne comprends pas pourquoi ces enfants déversaient autant de haine sur moi. »

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