Nous sommes trois étudiantes de la faculté des Lettres de Strasbourg, dont  Elise, ancienne élève du lycée Hélène Boucher, venues à la rencontre de Carole Zaremba. Professeure-documentaliste depuis 1991, elle a travaillé au lycée professionnel industriel à Knutange, avant d’être affectée, en 2009, au lycée Hélène Boucher. Aujourd’hui, elle encadre le journal du lycée HB News au côté d’une équipe d’apprentis journalistes. Voici son parcours… 

Carole Zaremba et l'équipe HB News
Carole Zaremba et l’équipe HB News

Quel parcours d’études précis avez-vous suivi ?

J’ai été élève au lycée Hélène Boucher et j’y ai passé un bac littéraire. Après une maîtrise de lettres modernes, j’ai passé le concours de professeur des écoles et j’ai été admise sur liste complémentaire. Pendant un an, j’ai été titulaire mobile de brigade départementale : je faisais des remplacements sur tous les niveaux, de la 1ère année de maternelle jusqu’au CM2. Après cette année de remplacements et une première année à l’Ecole Normale (établissement chargé de la formation des instituteurs à l’époque), je me suis rendue compte que le métier d’institutrice n’était pas fait pour moi.
J’ai rencontré une amie qui était maître auxiliaire en documentation au lycée Hélène Boucher. Elle m’a expliqué qu’elle envisageait de passer un CAPES en documentation. Ce diplôme venait d’être créé en 1989. Comme le métier de bibliothécaire m’intéressait et que je voulais garder un lien avec l’enseignement, je me suis dirigée vers ce CAPES, que j’ai obtenu en candidat libre.

Qu’est-ce qui différencie le métier de documentaliste du métier de professeur documentaliste ?

Un documentaliste peut travailler dans des entreprises, ou dans d’autres secteurs, comme celui de la fonction publique, des médias ou du cinéma. Mais l’objectif d’un professeur-documentaliste est de travailler avec des enseignants et des élèves. Nous sommes inspectés au même titre que les autres professeurs, lors d’une séance pédagogique. Il ne s’agit pas uniquement de faire de la gestion documentaire, mais surtout de travailler en partenariat avec les enseignants et de former les élèves aux compétences informationnelles.

En résumé, la plupart des gens qui travaillent en tant que documentalistes, ont-ils le statut de professeurs documentalistes ?

Ce sont tous des professeurs documentalistes ! Ils n’ont pas nécessairement le même parcours, certains peuvent être contractuels, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas titulaires. Il y a aussi un certain nombre d’enseignants en reconversion qui deviennent professeurs-documentalistes.

Quelles sont les spécificités d’un professeur-documentaliste en CDI par rapport à un documentaliste en entreprise ?

Le plus important dans mon travail est la dimension pédagogique. Le statut de professeur-documentaliste représente 30 heures de travail devant élèves et 6 heures de préparation des séances (contre 2 fois 18 heures pour un professeur certifié). Nos temps de travail sont équivalents, mais les 6 heures de préparation ne suffisent pas. Je me suis battue pour un deuxième poste de professeur-documentaliste au lycée Hélène Boucher. Cela permet une amplitude d’ouverture optimale, ce qui n’est pas négligeable pour un lycée de 1000 élèves au centre-ville. De plus, en tant que professeure-documentaliste, nous pouvons aussi faire de la formation comme encadrer la formation continue d’autres professeurs documentalistes, le tutorat de stagiaire….

Dans le cadre de votre métier, avec quels professions travaillez-vous ?

Un professeur-documentaliste travaille avec tous les membres de la communauté éducative : les professeurs mais aussi les chefs d’établissement, que ce soit le proviseur ou le proviseur adjoint. Je suis également en contact avec les CPE pour mener entre autres des projets sur le CVL (Conseil de la Vie Lycéenne), les assistants d’éducation, avec l’infirmière, et les personnes chargées de la gestion pour obtenir des subventions et monter des projets. Pour l’achat d’un livre, par exemple, je fais intervenir tous les maillons de la chaîne : de la librairie au chef d’établissement, en passant par l’intendance.

Mais est-ce déjà arrivé que le chef d’établissement refuse un devis pour l’achat d’un livre ?

Ça ne m’est jamais arrivé, mais le chef d’établissement peut avoir un droit de regard sur une commande.

Et en dehors du lycée, avec quels acteurs travaillez-vous ?

Le métier de professeur-documentaliste, c’est aussi une question d’ouverture culturelle. Je travaille ici avec le personnel de Puzzle, ses bibliothécaires et tous ses différents acteurs. Ensemble, nous organisons un projet littéraire depuis 16 ans : « Enlivrez-vous en mai ». Chaque année, cinq auteurs de jeunesse sont invités et rencontrent des élèves, qui leur proposent une prestation scénique. Des comédiens viennent même donner des séances à nos élèves pour les préparer à la lecture. De plus, je suis en collaboration avec toute l’équipe du NEST pour préparer la Semaine Extra qui consacre une semaine, au mois d’avril, au théâtre lycéen. Je travaille aussi avec la Scala pour le dispositif lycéen au cinéma, ou avec la bibliothèque universitaire de Metz. Enfin, je rencontre des personnes chargées des relations publiques jeunesses dans le domaine culturel, ou des journalistes.

Comment vous est venue l’idée du journal ?

L’Académie de Nancy-Metz, avec le CLEMI (Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information, ndlr), proposait une journée intitulée « créer un media lycéen ». Sur les conseils de Monsieur Lauzière, ancien proviseur adjoint, j’ai demandé à des élèves volontaires de m’accompagner. Cette journée nous a permis de rencontrer d’autres élèves, qui avaient déjà un média dans leur lycée (JD 3.0, cité scolaire Julie Daubié, à Rombas). Mes élèves, conquis, se sont lancés dans le projet de créer leur propre journal, et c’est ainsi qu’est né HB News, en mars 2017. Les élèves à l’initiative du projet sont restés jusqu’au bout. Désormais nous sommes 11, 11 volontaires motivés, curieux et très actifs.

Comment organisez-vous les réunions avec les élèves, pour l’écriture ?

Un journaliste du Républicain Lorrain, Anthony Villeneuve, intervenait hebdomadairement dans notre journal. Il est difficile de trouver un horaire qui convienne à tout le monde : il faut que le journaliste, les élèves et moi-même soient disponibles. En tout cas, comme nous tenons un blog, les élèves écrivent ou peuvent poster des vidéos de chez eux.

Mais la relecture vous revient quand même ?

Je préfère parler d’accompagnement progressif : il suffit de corriger quelques éléments. Les élèves sont déstabilisés parce que l’écriture journalistique n’est pas la même que celle qui leur est demandé en cours de français.

Comment avez-vous réussi à entrer en contact avec le journaliste ?

Anthony Villeneuve travaille beaucoup avec les jeunes, notamment par ses missions à la fac. Il encourage toutes les initiatives en matière de journalisme et travaille aussi pour le livre à Metz – Littérature & Journalisme. Il venait déjà dans notre établissement pour aider des élèves à écrire des articles pour des concours d’écriture. De toute façon, dans notre métier, il faut toujours une crédibilité professionnelle. C’est bien de travailler avec des professionnels parce qu’on ne peut pas tout faire. Moi je peux écrire un article mais je ne suis pas journaliste, et ce n’est pas mon métier. Maintenant il a passé le flambeau à une de ses collègues qui travaille à l’agence du Républicain Lorrain de Thionville.

Quelles sont, pour vous, les caractéristiques les plus importantes de l’écriture journalistique ?

L’écriture journalistique privilégie un style très direct. Il faut tout de suite répondre aux questions « qui, quand, quoi, où, comment, pourquoi ». Pour moi, il doit y avoir un titre assez clair ou percutant. Ensuite, il faut suivre la pyramide de l’info : avoir les réponses principales au début de l’article, avec un chapeau assez informatif et en accord avec ce qui va être développé dans l’article, et avoir une très bonne illustration. Il faut toujours avoir un visuel. C’est bien aussi d’avoir une écriture qui accroche, un style percutant mais aussi un esprit de concision, de netteté. Enfin, il faut respecter un angle d’écriture, c’est-à-dire que sur un sujet, on pose une question, on essaie d’y répondre et s’il y a plusieurs autres questions, on fait d’autres articles.

Concernant le sujet des articles, conseillez-vous les élèves sur les sujets ou prennent-ils les initiatives ?

Le journal a une ligne éditoriale : la vie du lycée vue par les jeunes. Cette année, les nouveaux élèves ont eu aussi envie d’écrire sur l’actualité : comme c’est difficile de rivaliser face aux médias professionnels, il vaut mieux raccrocher ce type d’article à un point de vue lycéen. Par exemple, les élèves ont fait un article sur l’élection de Bolsonaro au Brésil, et à la fin, ils ont montré qu’ils étaient inquiets en tant que lycéens. Il n’est pas toujours évident pour eux de mettre en avant leur point de vue, mais c’est normal, ils commencent. Ils proposent eux-mêmes des sujets intéressants. Il y a plein de choses que je découvre : leurs lectures, leurs films, leurs jeux vidéo… Tout est ouvert, ils sont libres dans les sujets.

Pourquoi avoir choisi un format web plutôt que papier ?

Ce sont les élèves qui ont choisi le format web puisqu’il permet de diversifier les supports, de partager des vidéos, de publier des dessins. Ainsi, nous évitons toute gestion compliquée : imprimer le papier, le distribuer… Grâce aux outils informatiques, je regarde de chez moi les tableaux de bord et je peux corriger plus rapidement. C’est beaucoup plus pratique !

Le journal s’adresse-t-il à tout le monde, aux élèves, aux professeurs… ?

Tout le monde y a accès : parents, professeurs, élèves…

Le journaliste, Anthony Villeneuve, a-t-il fait la promotion du journal dans son journal ?

Oui, dans le Républicain Lorrain en ligne.

Est-ce les élèves qui ont eu l’idée du nom du journal à l’américaine ?

Oui, ce sont les élèves. Il s’agit de leur journal, ils en ont donc choisi le titre.

Et pour finir, qu’est-ce que vous a apporté le journal, professionnellement et humainement parlant ? Pour vous, et vos élèves ?

Je trouve que ce travail est très enrichissant pour les élèves. Dans notre nouvelle équipe, des élèves envisagent déjà le métier de journaliste. Cet atelier hors cours les oblige à avoir une autre discipline. Je leur dis toujours : « plus on en fait, plus on récolte, moins on en fait… moins on en fait !». Cette activité encourage la curiosité et pourra leur servir dans leur parcours futur. Maintenant, ils présentent même leur média en public. Ce sont des compétences pour les cours qui leur permettent une meilleure aisance à l’oral. Cela fait aussi vivre quelque chose au sein du lycée. En plus, nous instaurons un rapport privilégié avec les élèves et entre les élèves. Pour ma part, dans le métier de professeur-documentaliste, j’ai aussi une part de rédacteur  via le site de l’établissement, où je mets des articles sur les activités culturelles du lycée, ou encore des infos sur le portail du CDI.

C’est donc là votre part de rédaction à vous aussi… !

Tout à fait !

Un grand merci à Madame Zaremba pour nous avoir accordé son temps à la réalisation de cette interview !

 

Anne Simonnin

Sarah Gaspard

Elise Albanese

Photo : FirdawsK

A la découverte du métier de professeur.e-documentaliste…

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