« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… » de Barbara Samson : Prévention contre le SIDA

Titre : « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans… » barbara

Auteur : Barbara Samson, née en 1975, a été contaminée par le virus du SIDA à l’âge de dix-sept ans ; son témoignage a permis d’aborder ce sujet encore tabou à l’époque, d’organiser un programme de prévention dans les collèges, lycées, universités et entreprises aussi bien en France, qu’à l’étranger.

Genre : Roman autobiographique

Edition : Club France Loisirs Paris

Date de l’édition : juillet 1995

Nombre de pages : 230

Thèmes : drame, premier amour, virginité, SIDA, mensonges

Il lui avait dit « Maintenant, nous deux, c’est à la vie à la mort ».

Elle pensait que c’était une déclaration d’amour, alors qu’il venait de signer sa peine de mort…

Résumé :

Barbara, une adolescente difficile et instable de dix-sept ans, est envoyée dans une clinique pour soigner son anorexie. Là-bas, elle rencontre Antony, un garçon de vingt-huit ans qui adopte une attitude à la fois désinvolte et mystérieuse. Charmée, Barbara est prête à tout sacrifier pour lui, quitte à le laisser prendre sa virginité. Mais cette première fois tant redoutée n’est que le début de son cauchemar… Car, si la sincérité d’Antony peut être remise en doute, ses tests sanguins ne mentent pas lorsqu’ils lui annoncent qu’elle est séropositive.

Extrait (Barbara) :

J’attends que tu regardes Barbara en face, que tu te décides à plonger. De quoi as-tu peur ? Je ne vais pas chialer. Je veux savoir comme un type comme toi à pu faire l’amour à une fille comme moi, une vierge imbécile, naïve, sans lui dire : « Je t’aime, mais j’ai la mort en moi. »

Critique :

Le témoignage de Barbara est poignant, parce qu’elle dépeint avec violence les diverses émotions qui l’habitent.
Dès le début, elle se présente comme une adolescente tourmentée « J’ai repoussé mon assiette, tapé du poing sur la table, j’ai pris un couteau et j’ai menacé. De me tuer, de me trancher une veine. Peut-être de tuer qui oserait m’approcher. », cumulant des troubles de l’humeur et du comportement alimentaire. En effet, elle admet avoir fait cinq tentatives de suicide au cours de son adolescence et montre des difficultés à exprimer ses sentiments.

Cependant, quand elle aperçoit Antony, c’est le coup de foudre « Il a l’air… revenu de tout et de rien, flottant dans la vie, au gré de la minute qui dérive. » Evidemment, étant donné le manque affectif que ressent Barbara, elle idéalise tout de suite leur relation « C’est si beau, le mystère. Si éphémère et si violent de douceur, cet échange silencieux entre deux personnes. L’une qui arrive, l’autre qui attendait. Je rêve ma vie depuis l’enfance. Je voudrais m’aimer, être belle, calme, inaccessible, le genre de fille que l’on respecte, que l’on approche avec précaution, que l’on aime par-dessus tout. Et par-dessus tout, je voudrais que l’on m’aime. » Ces dispositions font d’elle une victime de choix pour Antony : facilement manipulable, attendant que le prince charmant l’enlève à sa vie misérable. Ce n’est que trop tard qu’elle réalise la superficialité de ses sentiments « Il aime mon corps, mais pas moi », « ce sourire était un pardon. Pardon d’être un homme, de t’avoir prise. »

Pire encore, il lui a menti, d’abord sur ses textes, qu’il prétend avoir écrit lui-même alors qu’ils sont tirés des œuvres de Jim Morrison, puis sur sa santé. S’il a immédiatement annoncé être un toxicomane, il a pourtant omis de lui indiquer qu’il est séropositif, et ce, même lorsqu’ils décident d’avoir des relations sexuelles non-protégées. Un « détail » qui a son importance, n’est-ce pas ?

Alors que Barbara va refouler la haine qu’elle ressent pour lui et s’occuper de ce jeune homme en souffrance, elle oublie de panser ses propres blessures, si bien que la réalité finit par la rattraper brutalement « En deux jours, il m’a tuée. J’étais vierge, je lui ai fait confiance, je lui ai donné mon âme, je lui ai donné mon corps, je lui ai tout donné, et lui m’a refilé la mort. Je n’ai plus que le rêve d’avant, celui des photos de l’album de famille. Cinq ans, dix ans, seize ans… Les images de Noël et d’anniversaire, les cadeaux ouverts, les peluches, la jolie robe… Dix-sept ans. Plus de photos. »

 

Pour conclure, je voudrais saluer l’initiative de Barbara, celle de dénoncer cet homme qui a ruiné sa vie et, surtout, d’inciter le corps médical à agir en s’engageant davantage dans la prévention contre le SIDA « Moi, en racontant ma vie, j’ai décidé de prendre les devants. J’aurais aimé qu’on le fasse pour moi, que le médecin du centre m’emmène dans son cabinet pour me dire, à la seconde où il m’a vue tenir la main d’Antony, que ce garçon était séropositif. Je lui en veux. A ce médecin qui ne m’a pas sauvé la vie, je voudrais dire : Si vous en voyez une autre, ou une autre, rompez le secret professionnel ; faites-le, pour qu’il ou elle vive. »

Source Illustration : AmelieB

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