Titre : « La Vague »

Auteur : Todd Strasser ; écrivain new-yorkais né en 1950 ; d’abord musicien en Europe, il étudie ensuite la littérature en Amérique ; « La Vague » est un roman fondé sur une expérience réelle qui a eu lieu en 1969 lors d’un cours d’histoire au lycée Palo Alto, en Californie. Cet incident a notamment démontré les effets dévastateurs d’une dictature, incitant ainsi à la vigilance face à l’abus de pouvoir. ( Source : « Avant-propos » rédigé par Harriet Harvey Coffin, Consultante projet à la T. A. T. Communications Company )

Edition : Pocket

Date de l’édition : avril 2017

Nombre de pages : 153

Genre : Roman psychologique traitant de faits historiques

Thèmes : Nazisme, dictature, pouvoir, obéissance, libre-arbitre, égalité, manipulation, discrimination, manipulation, lycée, endoctrinement

Une expérience dite « pédagogique » aux airs dictatoriaux… 

23473147_720505168158893_4325402102131757580_nRésumé :

Ben Ross, professeur d’histoire au lycée Gordon, aborde un sujet délicat : le nazisme. Pour en faire comprendre les mécanismes à ses élèves, il décide de créer un mouvement expérimental appelé « La Vague ». Aussitôt, un slogan, une discipline et un « salut officiel » sont mis en place, et les adolescents, pris dans l’engouement que suscite cette nouvelle idéologie, obéissent avec une docilité terrifiante aux ordres de leur leader, allant jusqu’à prendre des initiatives en son nom. Abandonnant leur libre-arbitre, ils en viennent à constituer une communauté égalitaire, dans laquelle les non-membres sont rejetés et persécutés.

Ben se retrouve confronté à une dure réalité : Et si ce jeu était allé trop loin ?

 

 

Extrait ( Laurie & David ) :

– Je te déteste ! cria Laurie. Je déteste la Vague ! Je vous déteste tous !

Il reçut ses paroles comme une gifle. Presque hors de lui, il rugit « La ferme ! » et la poussa. Ses livres lui échappèrent lorsqu’elle tomba lourdement dans l’herbe.

Choqué parce qu’il venait de faire, David eut un mouvement de recul. Laurie gisait au sol. Apeuré, il tomba à genoux et la prit dans ses bras. Comment diable avait-il pu faire une chose aussi stupide ? Qu’est-ce qui avait pu le pousser à faire du mal à Laurie, la fille dont il était toujours amoureux ? Elle se redressa un peu, hoquetant entre deux sanglots. David n’en croyait pas ses yeux. Il avait presque l’impression de sortir d’une transe. Que lui était-il passé par la tête, ces derniers jours, pour qu’il aille jusqu’à commettre une chose pareille ? L’instant d’avant à peine, il refusait d’admettre que la Vague pouvait nuire aux gens alors que lui-même venait de faire du mal à Laurie, sa propre petite amie, au nom de la Vague ! Quelle folie…

David comprit qu’il avait eu tort depuis le début. Si quelque chose pouvait le pousser à agir ainsi, c’était dangereux. Forcément. »

 

Critique

Si l’on considère que ce livre n’est pas une fiction, mais est bien basé sur des faits réels qui ont eu lieu en 1969 dans un lycée californien, l’idée même de cette expérience innovatrice fait froid dans le dos.

Pourtant, Ben Ross n’entrevoit pas, au départ, les risques auxquels il soumet la classe. Pour lui, ce mouvement est un simple moyen employé pour comprendre le nazisme, et tenter d’apporter une réponse aux élèves qui s’étaient insurgés face à l’inaction du peuple dans le cadre du génocide juif. « Comment les Allemands ont-ils pu lasser les nazis assassiner des gens presque sous leurs yeux pour ensuite affirmer qu’ils n’en savaient rien ? Ils auraient pu s’enfuir. Ils auraient pu riposter. Ils voyaient de leurs propres yeux ce qui se passait, ils n’étaient pas stupides. Ils pouvaient penser par eux-mêmes. Personne ne pourrait obéir à un ordre de ce genre sans se poser de question. »

C’est là que réside tout le génie du professeur ; il va prouver qu’il est aisé d’être endoctriné dans un mouvement de masse et d’abandonner son libre-arbitre pour jouir d’une égalité certes rassurante, mais surtout illusoire. En effet, comme dans tout régime totalitaire, les minorités sont mises à l’écart et persécutées par la société « Vous avez échangé votre liberté contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l’avez transformée en supériorité sur les non-membres. Vous avez accepté la volonté du groupe face à vos propres convictions, sans vous soucier de ceux qui en souffraient. Oh, certains d’entre vous pensaient se contenter de suivre les autres, se disant qu’ils pouvaient rebrousser le chemin s’ils le voulaient. Mais l’avez-vous fait ? L’un d’entre vous a-t-il seulement essayé ? »

Seule Laurie, rédactrice dans le journal du lycée, a préservé sa capacité à développer une opinion personnelle et a tenté de dénoncer la Vague dans un article qui « la condamnait pour en l’assimilant à un mouvement stupide et dangereux qui supprimait la liberté de parole et de pensée, et qui s’élevait contre les principes fondateurs du pays. » Ainsi, on voit bien l’ampleur démesurée que prend ce jeu, apparemment si innocent : un élève juif se fait tabassé, Laurie est exclue parce qu’elle refuse de rejoindre cette communauté aveuglée par le désir d’être à la fois « spécial » et « égal aux autres. »

Par le biais de ce roman, on remarque également que la jeunesse est une cible de choix pour les manipulateurs charismatiques, qui les privent de leur liberté. « Rappelez-vous que cette expérience concerne de jeunes adolescents impressionnables. Parfois, nous avons tendance à oublier qu’en raison de leur jeune âge ils n’ont pas encore développé l’esprit critique que, nous l’espérons, ils auront un jour. Si on ne les surveille pas, ils sont capables d’aller trop loin. » Si l’on se penche du côté de notre actualité, on retrouve un schéma similaire : la radicalisation des adolescents, désireux de sacrifier leur vie au nom de l’Islam. En effet, ces jeunes gens se sentent généralement perdus, en marge de la société, et, grâce à cette reconnaissance malsaine qui leur confère une raison d’être, ils sont manipulés par les dirigeants islamiques et usés à des fins extrémistes, sans même en avoir conscience.

De ce fait, ce roman est un véritable coup de cœur : même s’il traite d’une époque historique révolue, la période nazie, il souligne également l’importance de rester vigilant dans le futur, car nous ne serons jamais à l’abri d’un leader fou furieux voulant s’approprier le pouvoir pour régner sur le monde.

 

Critique littéraire : « La Vague » de Todd Strasser

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