Titre : « La Cité des Dames » 5350185922_e0c9f0fe98

Auteur : Christine de Pizan (1364-1431) ; historienne, poétesse et moraliste d’origine italienne, elle est l’une des premières femmes à avoir vécu de sa plume ; par le biais de ses œuvres, elle tente de défendre les injustices liées à son sexe dans une société médiévale patriarcale.

Edition : Stock, Série « Moyen Age »

Date de l’édition : octobre 2015

Nombre de pages : 278

Genre : Dialogue allégorique / Argumentation

Thèmes : Femmes, misogynie, droits, respects, préjugés, plaidoyer, égalité

Il y a fort longtemps, des femmes se soulevaient déjà pour défendre leurs droits…

Résumé :

Déprimée par la lecture d’une satire misogyne, Christine adhère aux préjugés masculins et se lamente d’être née femme. Apparaissent alors trois divinités nommées Raison, Droiture et Justice qui font un plaidoyer en faveur des vertus féminines et lui confient une mission : bâtir une cité de femmes illustres, qui brillent de par leurs qualités, et qui les abriterait des calomnies proférées à leur époque.

Extrait :

« Il n’est rien en ce bas monde qu’il faut fuir davantage, pour dire la stricte vérité, que la femme de mauvaise vie, dissolue et perverse. C’est une chose monstrueuse, une contrefaçon, car la nature même de la femme la porte à être simple, sage et honnête. »

 

 

Critique : « La Cité des Dames » est un ouvrage capital pour l’histoire des femmes en Occident, puisqu’il pose, à l’aube des temps modernes, les prémices de leurs droits, en abordant des questions comme l’égalité des sexes, l’accès des femmes au savoir, le viol…

A ceux qui, comme Caton d’Utique, évoque la dangerosité de la femme en faisant une analogie avec la rose « agréable à regarder, mais l’on se pique à ses épines cachées », les trois divinité rétorquent que le sexe féminin est avant tout celui de la vertu. Ainsi, elles se livrent à une argumentation, peuplée d’exemples précis, que j’ai pris le soin de relever pour démontrer leur propos engagé.

 

  • Les femmes qui ont gouverné :

La Reine Blanche, qui, « pendant la minorité de son fils Saint Louis, gouverna le royaume de France avec tant d’adresse et de prudence que jamais homme n’eût pu mieux faire. »

L’impératrice Nicole, « héritière des royaumes d’Arabie, d’Ethiopie, d’Egypte et de Méroé. »

 

  • Les femmes qui se sont révélées de par leur détermination et leur courage infaillibles :

Les Amazones, qui ont créé un royaume où la tutelle et présence masculine étaient proscrites. Par exemple, Ménalippe et Hippolyte, « deux jeunes femmes intrépides, rompues à l’art de la guerre et sans égale en courage et vertu, s’élancèrent vers le port sur leurs fougueux destriers, lances au poing… », puis attaquèrent les redoutables Hercule et Thésée.

Clélie, une noble romaine retenue captive, « s’arma de courage et de ruse, et, trompant par ses belles paroles et ses promesses ceux qui la surveillaient, s’enfuit avec ses compagnes. » Elle les ramena saines et sauves à Rome où elle les rendit à leurs parents.

 

  • Les femmes aux grandes facultés intellectuelles :

Sapho, poétesse renommée dont les « œuvres demeurent des modèles d’inspiration pour les poètes et écrivains assoiffés de perfection. »

Sempronie, qui maitrisait l’art oratoire à la perfection. « Par son éloquence, elle pouvait gagner toute personne à sa volonté. Elle pouvait, si elle le souhaitait, éveiller le courage de tout ceux qui l’entendaient. »

La Reine Cérès qui, se consacrant aux sciences et aux techniques de l’agriculture, rassembla les peuples nomades en communauté et les incita à bâtir leur civilisation.

 

  • Les femmes fidèles à leurs proches :

Hypsipyle, qui mit sa vie en jeu pour sauver son père Thoas, roi des Lemniens, malgré les menaces de mort proférées à son encontre par le peuple.

Sulpice, épouse de Lentulius Cruscellion, qui « préféra suivre son mari dans l’exil et la pauvreté plutôt que de vivre sans lui dans les richesses infinies. »

 

  • Les femmes rebelles :

Christine dénonce notamment l’opinion des hommes sur le viol, en annonçant qu’elle est « navrée et outrée d’entendre que les femmes veulent être violées et qui ne leur déplait point d’être forcées, même si elles s’en défendent tout haut. » Ce jugement peut être mis en lien avec les interrogations actuelles concernant le consentement des jeunes filles. Peut-on parler de viol si la victime n’a pas clairement exprimé son refus ? ( question fortement médiatisée, qui suscite de nombreux débats )

Ainsi, déjà au XIVème siècle, l’auteur essaie de démontrer l’absurdité de cette opinion en prenant l’exemple d’Hippo, une femme grecque faite prisonnière par des pirates, qui, « ne pouvant se soustraire au viol, préféra mourir que de subir un outrage si ignominieux ». De même, Polyxène, la fille cadette du roi Priam, choisit la mort plutôt que d’être réduite à l’esclavage.

 

Christine de Pizan apparaît alors comme une visionnaire, une femme en avance sur son temps, moins connue que les incontournables Simone Veil ou Olympe de Gouges, mais tout aussi importante dans l’histoire du féminisme.

 

 

 

 

 

« La Cité des Dames » de Christine de Pizan : une femme en avance sur son temps !

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