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cycle 1

Construire le gout d’apprendre avec C. Passerieux" (art. Cafe pédagogique)

Source : Café Pédagogique

"Pour apprendre à l’école il faut apprendre l’école". Pour Christine Passerieux apprendre à réfléchir est bien la mission de l’école maternelle. Cet apprentissage se fait à propos d’objets culturels et de façon explicite. Se situant à mi chemin entre l’école de l’épanouissement et la petite école élémentaire, l’école maternelle doit selon elle développer une conception culturelle des apprentissages scolaires.

Ce petit livre s’adresse donc d’abords aux enseignant(e)s de maternelle. Ouvrage collectif il réunit de signatures de spécialistes qui abordent des sujets fort différents. Il aborde l’acquisition du langage en maternelle (E Bautier), de la langue écrite (B Devanne S Bonnery), les apprentissages mathématiques (J Briand), l’EPS (C Pontais), et les sciences.

Extrêmement riche, ce petit livre partage les travaux des chercheurs et les réflexions d’enseignants. Tout cela au service d’un engagement : promouvoir l’école maternelle, une école qui aide les enfants des milieux les plus démunis à acquérir les codes de l’école.

- Quel est le projet de ce livre ? Pour qui et pourquoi l’avoir écrit ?

Je l’ai fait pour tous ceux qui seraient susceptibles d’être intéressés par les questions de la maternelle : enseignants d’abord, parents ensuite. Il est collectif car je trouve intéressant de faire se rencontrer des gens différents pour faire émerger des cohérences. Le projet est lié au fait que l’on refonde en ce moment l’école avec les nouveaux programmes de maternelle, dans la prolongation du rapport Bouysse et Claus. Dans ce contexte , je trouve intéressant d’apporter ma contribution.

- C’est un ouvrage collectif. Les auteurs sont tous membres, comme vous, du GFEN ?

Pas du tout. La plupart sont des gens avec qui j’ai déjà travaillé ou dont j’ai apprécié les travaux. Il me semble que leur approche de la discipline correspond à mon idée d’approche culturelle des apprentissages.

- Au début du livre vous parlez du « devenir élève ». Or c’est quelque chose dont on a entendu parler en mal avec l’accusation de « primariser » l’école maternelle. Devenir élève c’est cela ou autre chose ?

Pour moi c’est totalement autre chose. C’est entrer dans une nouveau mode de socialisation lié au fait que l’on va acquérir des connaissances nouvelles qui vont nous transformer. Ca n’a rien à voir avec l’approche techniciste ou comportementaliste évoquée. Pour moi il s’agit progressivement d’acquérir des codes, des manières de faire et de dire, une posture qui consiste à dire « je peux comprendre le monde ».

- Cette distance au réel, cette maîtrise on peut l’attendre d’enfants de maternelle ?

Oui je le crois. Evidemment il ne s’agit pas de les engager trop précocement dans l’abstraction et des visions descendantes des apprentissages mais de les entrainer à questionner progressivement, regarder les choses autrement. Il s’agit de se dire que ce qui est autour de moi est intelligible. Ca commence par un positionnement de l’adulte qui donne à voir ces pratiques. L’idée c’est aussi de s’interroger sur comment travailler ce passage de l’enfant à l’élève dans les milieux populaires.

- Il y a un courant qui veut que l’école maternelle soit une école de l’épanouissement. Vous en pensez quoi ?

L’ouvrage veut sortir de la double logique primarisation – épanouissement. La première ne prend pas en compte tout ce qui est à construire pour entrer dans les apprentissages scolaires. La seconde naturalise l’expression spontanée alors qu’elle doit se construire avec des objets de culture. L’épanouissement peut renvoyer aussi à quelque chose qui relève du psychologique. C’est un risque et ce n’est pas l’objet de l’école. L’épanouissement à l’ école passe par des objets de culture . Il n’est pas naturel. Il faut construire le gout d’apprendre pour reprendre le titre du livre, parce que ce n’est pas naturel. Il y a des enfants qui n’accrochent pas à l’école et cela dès les premières années car ils sont confrontés à une étrangeté totale.

- Dans votre livre vous donnez une grande importance au groupe. C’est quelque chose qui n’est généralement pas mis en valeur dans le système éducatif français. Pourquoi le mettez vous en valeur ?

J’ai l’intime conviction que l’on n’apprend qu’avec les autres. C’est dans la rencontre que l’on se construit comme individu. Si on n’a pas cette confrontation on s’enferme dans l’assigné à ce que l’on est. Les autres sont ceux qui vont entrainer à la réflexion. C’est aussi arrêter d’avoir peur de l’autre. Ca permet de travailler des choses importantes pour le développement du petit enfant.

- Selon une étude de la Depp, on a eu récemment de très bons résultats en maternelle. Comment les expliquez-vous ?

Je ne suis pas convaincue par ces résultats. Ces progrès sont des apprentissages étroits, réduits, mécanistes. On n’est pas dans une approche culturelle des apprentissages. Je ne suis pas convaincue que ces résultats méritent qu’on s’en réjouisse.

- On est dans une période de reconstruction de l’école. Vous êtes optimiste ?

C’est un opportunité extraordinaire de refonder l’école, de faire autre chose que du bricolage de programmes. J’espère que les enseignants vont s’en emparer pour que ça prenne réalité. C’est l’objet de ce livre : faire en sorte de partager le débat.

- L’ouvrage est écrit à plusieurs mains. Quelles cohérences entre les auteurs ?

C’est l’approche culturelle des apprentissages. C’est penser les apprentissages comme quelque chose qui permet de comprendre le monde. Une autre cohérence c’est d’affirmer que les pratiques jouent un rôle fondamental dans les apprentissages en terme de pratiques plus efficaces que d’autres. Elles prennent en compte les élèves là ou ils sont en les amenant ailleurs en situation de penser. C’est aussi l’idée que toutes les disciplines sont indispensables à la construction du petit enfant. Aucune n’est plus importante que les autres hormis le langage.

- Dans beaucoup de pays il n’y a pas de maternelle et ils souhaitent en avoir pour améliorer les résultats. En France on a une maternelle généralisée dès 3 ans ce qui est rarissime. Pourtant nos résultats ne sont pas bons. Comment expliquer cela ?

La maternelle est indispensable. En particulier pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire. Devenir élève demande du temps, de la réflexion . C’est la fonction de l’école maternelle que de construire tout ce qui va permettre que tous les enfants puissent accéder ensuite aux enseignements de l’école. La maternelle est un facteur de démocratisation. Si ça ne marche pas c’est que l’école est calée sur les standards de l’élève connivant . On ne s’occupe pas assez des enfants qui arrivent dans un univers étranger. Ces enfants ne trouvent pas en arrivant à l’école les outils nécessaires pour entrer dans les apprentissages car on est dans une pédagogie invisible pour eux et leurs parents. On ne leur donne pas les clés de l’école. L’école maternelle a aussi vécu un balancier permanent entre primarisation et expression spontanée. Les difficultés viennent aussi de là. J’espère que les nouveaux programmes donneront à voir que l’on peut faire autrement.

Propos recueillis par François Jarraud

Christine Passerieux, Construire le goût d’apprendre à l’école maternelle, Chronique sociale , Lyon, ISBN 9-978-2-36717-065-7

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