Ressoures régionales

Le Nord meusien:
Les environs de Verdun et les côtes de Meuse
(retour APBG Lorraine 1994)

2 - LES COTES DE MEUSE  
2.1 - ASPECT GEOLOGIQUES
    2.1.1 - Le relief de côtes
    2.1.2 - Origine des roches formant le relief des côtes de Meuse

2.2 - ETAGEMENT DE LA VEGETATION

2.3 - ASPECT HISTORIQUE DES CÔTES DE MEUSE

2.4 - L'HABITAT ET L'ARTISANAT



Elles devaient nous être présentées par Octave Leroux, professeur agrégé de biologie, enseignant à l'Ecole Normale de Bar-le-Duc, érudit et passionné. Décédé en janvier dernier, nous regrettons qu'il ne puisse aujourd'hui nous parler des côtes de Meuse avec la verve qui était la sienne.

Le texte qui suit est tiré des Cahiers Documentaires Meusiens n°11-13 et 22 sur la géologie de la Meuse dont il est l'auteur. Je remercie Monsieur BERTRAND qui nous a autorisé à le reproduire, une manière pour nous de lui rendre hommage.



2.1 - ASPECT GEOLOGIQUE

2.1.1 - Le relief de côtes

 Dans le département, les côtes de Meuse constituent certainement le "pays" le mieux connu et le mieux délimité.
 


 Le relief de côte juxtapose trois ensembles bien distincts.

Comme on pourra le constater sur le croquis de la région d'Apremont-la-Forêt, à l'est de St-Mihiel :

 

- à l'ouest, ici, un plateau calcaire, souvent boisé, faiblement incliné vers l'ouest et dont l'altitude est comprise entre 350 et 400 m : il forme les Hauts-de-Meuse.

- plus à l'est, un talus regarde l'Orient ; il est assez raide, dans sa partie supérieure du moins, au niveau des couches calcaires qui constituent le front de côte proprement dit. Ce talus se prolonge vers le bas par une pente plus douce. C'est sur cette pente que poussent mirabelliers, pommiers, poiriers et surtout la vigne, autrefois bien plus abondante qu'aujourd'hui. Au pied de la côte s'étalent les villages sous-les-côtes où les maisons de vignerons sont encore fort nombreuses.

- à l'est enfin, une plaine argileuse, la Woëvre, porte de belles prairies et de nombreux étangs, le plus souvent créés par l'homme (Etangs de la Chaussée, de Nonsard, Lac de la Madine...). Son altitude est voisine de 220/230 mètres, à environ 150 mètres en contrebas du plateau.

La côte,  tantôt massive, tantôt découpée, barre l'horizon aux gens de la plaine et constitue un redoutable obstacle pour les professionnels de la route qui, l'hiver, veulent emprunter par exemple, la route entre Verdun et Metz. Cet obstacle naturel avait suggéré aux stratèges, au lendemain de la guerre de 1870, la construction de fortifications pour entraver la marche d'ennemis éventuels : forts de Douaumont, Tavannes, Vaux, Moulainville... On comprend ainsi pourquoi les Hauts de Meuse, si difficile à escalader ont été un enjeu capital lors de l'invasion allemande de 1914-18.

Les côtes de Meuse s'ordonnent en un grand arc de cercle à la périphérie du Bassin Parisien. La partie la plus caractéristique des côtes de Meuse est  comprise entre Domrémy et Dun-sur-Meuse, deux endroits où la Meuse traverse la côte (voir carte).

Au vrai, dans le détail, la courbure n'est pas vraiment régulière :

- il existe des zones plus saillantes et d'ailleurs plus élevées ou la côte est disséquée par des vallons transversaux qui la rendent plus aisément franchissable. La côte est parfois précédée de buttes d'altitude comparable à celle du plateau (le Montsec, la butte de Loupmont à l'est de St-Mihiel, les Jumelles d'Ornes prés de Damvillers).

Entre le Montsec et Toul par exemple, la côte décrit un grand rentrant : deux vallées, entre Mécrin et Saint-Agnant-sous-les-côtes, entre Pont/Meuse et St-Julien-sous-les-côtes, relient la vallée de la Meuse à la Woëvre ; l'une de ces vallées est empruntée par la voie de chemin de fer Paris-Lérouville-Metz (1935).


Les forts dominant Liouville, Gironville-sous-les-côtes, Jouy-sous-les-côtes protégeaient ces points de passage qui sont de véritables cols, au sens géographique du terme.

Ces côtes sont une des cuestas les plus souvent citées : quel manuel de géographie de la France ne présente pas une photographie des côtes de Meuse ! Les autres lignes de côtes sont, elles, moins connues.
 




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2.1.2 - Origine des roches formant le relief des côtes de Meuse

Elles proviennent de sédiments déposés par la mer à l'ère secondaire, au Jurassique (fin du Jurassique moyen - début du Jurassique supérieur) entre -160 et -140 millions d'années. Elles font partie de la bordure orientale du Bassin Parisien. Ces couches sont légèrement inclinées [1%] vers le centre de ce bassin, elles présentent quelques flexures (visibles le long de l'autoroute) et quelques failles (dont une dans l'ancienne carrière des fours à chaux d'Haudainville).

 

2.1.2.1- Les argiles Callovo-Oxfordiennes de la Woëvre

- Les roches

Les marnes grises ou "argilites" de Woëvre, à nodules calcaires assez rares, riches en Ammonites pyriteuses sont compactes. Au nord de Vigneulles, leur puissance atteint 240 m. Elles sont imperméables à l'eau.

Un niveau intercalé dans leur partie inférieure contient Reineckéia anceps et des oolithes ferrugineuses. Ce niveau de 3 à 4 m est cartographié prés de Longuyon, mais au Sud, on ne parvient pas à le localiser (minerai de fer rarement exploité autrefois).

Au-dessus, les argiles à chailles contiennent des lits de marne sableuse feuilletée, et des bancs de calcaire gréseux, avec de très nombreux fossiles. Elles forment souvent des reliefs importants au pied de la cuesta. Jusque 50 m près de Gironville. C'est le niveau qui nourrit les vignobles du Toulois et qu'on retrouve aussi dans le  Beaujolais, mais en Bourgogne !

L'oolithe ferrugineuse, avec quelques barres d'oolithes calcaires et ferrugineuses, avec des intercalaires stériles est présente au Sud de Mont-sous-les-côtes ; très riche en fossiles, sa puissance est de 15 m au niveau de St-Rémy-la-Calonne.

Les marnes des Eparges les surplombent dans la Haute Vallée du Longeau Elles sont bleuâtres et on les voit dans les entonnoirs de mines.


- Les fossiles  sont très nombreux.

    Les ammonites sont :
        - des Cardioceras
        - des Perisphinctes,
     
    Peu d'Echinodermes : des restes de Pentacrines, des Oursins (Clypeus).
  
    De nombreux Bivalves et Gastropodes, par exemple des Myacés (Pholodomya,...) de faciés vaseux, des Myrilidés (moules... ) des Ostréides (Gryphea dilatata ressemble à l'huître portugaise), des Pecten (coquille St-Jacques), des Astartes, des Cyprines... (mer froide) qui, souvent se retrouvent dans 3 ou 4 étages successifs (cas de Pholadomya protéi).

    Des Brachiopodes, surtout Rhynchonelles et Térébratules en énorme quantité dans la coupe de la tranchée de la voie ferrée Bar-Metz à Boncourt.

- Paléogéographie
    Au Callovien, la mer est peu profonde. Il y a un mouvement local négatif, et transgression des sédiments, sur le Bathonien moyen dans le Chatillonais, supérieur dans la Haute-Marne et moyen en Meuse.
La base est souvent littorale. Il y a des animaux de faune froide boréale (Cardioceras) et quelques espéces chaudes (Reineckéia). La transgression vient du Sud, d'une mer issue de la Mesogée et en communication temporaire avec le domaine boréal.
    A l'Oxfordien sens strict, la transgression s'amplifie et les couches s'épaississent, avec quelquefois des faciès ferrugineux.
Le niveau calcaire des chailles est très répandu, marquant une diminution des profondeurs.
Le cycle se termine par l'oolithe ferrugineuse, sans émersion. Ensuite les influences chaudes l'emportent, et on passe au faciès corallien, mais il y a continuité de sédimentation, et la faune vaseuse n'évolue guère au passage, ce qui justifie la notion d'étage oxfordien au sens large, englobant jusqu'au séquanien des anciens auteurs français.

- Utilisation des roches
    L'oolithe ferrugineuse alimentait au siècle passé les hauts fourneaux à bois de la vallée de la Meuse (Commercy, Pont, Boncourt, Vaucouleurs).

    L'argile de Woëvre a servi à fabriquer des tuiles et des briques. Il y a eu de très nombreuses usines aux siècles passés : la dernière, à Braquis, a fermé ses portes il y a 20 ans.

- Géomorphologie
Les marnes forment la plaine de Woëvre, modelée par de nombreux cours d'eau, les uns obséquents, les autres subséquents. Rappelons qu'elle est drainée par la Madine, le Longeau, La Thinte, le Rupt de Mad, etc..

Dans la Woëvre, les ruisseaux coulent dans des petits vallons tapissés d'alluvions récentes. La plaine est ondulée. Les petites buttes arrondies correspondent à des restes d'alluvions anciennes, découpées par érosion fluviale.

La côte est presque dédoublée localement. La marche d'escalier s'interpréte en considérant la grande dureté des chailles qui ont bien résisté à l'érosion.




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2.1.2.2- Les calcaires récifaux des côtes de Meuse

- Les roches  sont très semblables à celles du Dogger mais plus blanches. Les récifs sont souvent encore en place (biohermes à Dugny). Les calcaires à entroques sont formés de cristaux rhomboédriques de calcite provenant des tests des fossiles et sont souvent durs et très fins.

Il y a aussi de beaux affleurements de calcaires vaseux assez purs, la pierre à chaux, qui a servi aussi comme castine dans les fours Thomas en sidérurgie à partir de 1880. Les calcaires lithographiques apparaissent au Séquanien (pierre à b‚tir les villages). Notons d    es épisodes à extension variable dans l'espace où apparaissent des oolithes, et même des calcaires pisolithiques, très localisés (Vadonville).

Les lits marneux sont assez rares et aucune relation n'est aisée à établir d'un site à un autre, concernant leurs âges relatifs. Il y a souvent passage latéral d'un calcaire à une marne. On peut repérer deux surfaces d'érosion dans le sommet des calcaires à Trigonies à Dugny, et une au sommet des calcaires à Astartes.




- Les fossiles -Ammonites, quelques Périsphinctes, à section arrondie et côtes bifurquées traversant le dos.P.plicatilis existait déjà en Woëvre.

Les Oursins sont remarquables. Leurs débris sont très abondants. Les piquants des Cidaris sont souvent entiers dans les calcaires. Il est difficile de trouver un squelette complet.

Les Térébratules sont abondantes dans certains niveaux, formant presque des lumachelles à Brachiopodes.

Les Rudistes sont des bivalves particuliers apparus dans l'oolithe de St-Mihiel. Leur test s'épaissit beaucoup (animaux de récifs).

Les Nérinées, gastropodes des récifs. Elles sont carnivores et siphonnées.

- Paléogéographie  du corallien
Au début, le Bassin Parisien est occupé par une mer peu profonde. Les Vosges se soulèvent lentement. Il y a un mouvement général de bascule vers le Sud Ouest car en Berry et Cher, les sédiments sont plus profonds (Eponges).

Les récifs frangeants sont en cercle dans le Bassin Parisien, avec des végétaux (Cycas, Zamites). La mer est chaude, claire, agitée (penser à la Mer Rouge actuelle). Les faciès sont très variés, souvent lenticulaires avec des épisodes siliceux (assez rares : cf. Dugny).

Au Rauracien, les récifs régressent. Le delta morvano vosgien se déplace vers l'Est. Les roches sont détritiques, et néritiques. Il y a destruction des récifs, et les épisodes de mer agitée engendrent les oolithes.
Il  y a un axe de légère subsidence à VERDUN (axe varisque SW.NE).
Le Séquanien est plus froid, plus profond, avec marnes et calcaires très fins, donc les influences nordiques s'exercent, avec quelques épisodes agités.
Il y a des séquences marno calcaires élémentaires identifiables aisément (Hagenauer 1961).



- Utilisation des roches 
 Calcaire à entroques : excellent matériau, convenant aux sculptures massives, et aux monuments : opéra , ponts à Paris, place Stanislas de Nancy (en pierre d'Euville), cathédrale de Verdun (carrière de Chatillon sous les côtes), Douaumont (calcaire de Génicourt), mais cher actuellement.

    " Pierre à chaux : Dugny, Montgrignon, Dompcevrin, Sorcy, Pagny, Vaucouleurs, St-Germain... étaient en service en 1939. Seul Dugny exploite encore le calcaire à cette fin.
                 Empierrement, maisons de la campagne même avec les calcaires gélifs à Astartes à condition de les exploiter par temps sec.


- Géomorphologie
La mer se retire de la région à la fin du Jurassique et elle sera définitivement exondée par la suite. La transgression du Crétacé n'atteint que l'Ouest du département donnant des dépôts de grés siliceux, la gaize, qui forment les collines de l'Argonne.

Au tertiaire, les roches subissent une intense érosion qui donnent des cuestas vigoureuses. Elles s'altèrent sous un climat tropical humide, ce qui donne des argiles de décalcification teintés d'oxydes de fer visibles dans les diaclases et les poches au sein de la roche (ex. carrière de St-Rémy la Calonne). Ce début de karstification est cependant moins important que dans le Sud du département.
Elles subissent aussi le contrecoup du plissement alpin qui a relevé les Vosges et les Ardennes d'où une accentuation de leur inclinaison vers le centre du bassin parisien, et la présence de quelques fa   billes et flexures déjà citées.

C'est au quaternaire que se façonne le modelé actuel des côtes de Meuse. La région n'a jamais été recouverte par les glaciers mais elle garde de nombreuses traces des périodes de gel et dégel qui ont marqué cette période.

De l'ére quaternaire datent :

- le recul de la côte avec comme preuve la présence de buttes-témoins (Mont-Sec, Loupmont) ou seulement d'avant-buttes (côtes des Hures)

- la formation de nouveaux sédiments qui atténuent les pentes et emp‚tent le relief. Appelés grouines ou grèzes ou graizes, ce sont des sables calcaires enrobés d'argile jaunâtre. On les trouve dans la vallée de la Meuse et dans les "festons" des côtes de Meuse où ils sont exploités.

- des éboulis qui se forment encore actuellement dés que les calcaires gélifs sont dénudés.

 

- Hydrogéologie
Les calcaires des Hauts de Meuse sont fissurés. L'eau s'y infiltre et se trouve retenue par les argiles sous jacentes donnant des nappes aquifères qui alimentent de nombreuses sources au pied des côtes lorsque la topographie recoupe ces nappes.

Remarque : La Meuse contrairement à la Moselle, ne coule pas au pied des côtes de Meuse. Elle a creusé son lit dans le plateau calcaire en fonction d'une surface d'érosion s'inclinant vers le Nord, ce qui fait d'elle une rivière subséquente. Elle s'y est enfoncée légérement aprés le soulèvement des Alpes qui a relevé les Vosges et l'Ardenne. Sa large vallée, disproportionnée par rapport au fleuve actuel est liée au fait qu'avant d'être capturée par un petit affluent de la Meurthe (il y a 12   0 000 ans), la Moselle se jetait dans la Meuse. Venue des Vosges, cet ancien affluent a apporté des galets, du sable.., des débris de roches vosgiennes constitués de quartz-quartzites-granits-gneiss... que l'on retrouve dans les alluvions anciennes de la Meuse en aval du point de capture. Ces alluvions anciennes contiennent une nappe aquifère qui alimente Verdun. Elles sont également exploitées par les entrepreneurs de travaux publics (nombreuses ballastières le long de la vallée de la Meuse). Des alluvions plus récentes ( < 8 000 ans) calcaro-argileuses et des limons recouvrent le fond de la vallée donnant de bonnes terres propres aux prairies et aux cultures.


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2.2-  ETAGEMENT DE LA VEGETATION

Le plateau des Hauts de Meuse est occupé en grande partie par une Hêtraie calcicole favorisée par un climat mi-océanique, mi-continental et par un sol perméable avec taillis sous futaie qui favorise la présence d'autres essences : chênes, charmes, érables, frênes, merisiers, alisiers... La strate arbustive comporte cornouillers m‚les et sanguins, aubépines, noisetiers, jolibois, fusain. La strate herbacée développe un tapis d'anémone sylvie au printemps, de pervenche, de muguet en mai, l'ancolie, le sceau de salomon le long de chemins en juin... Par endroits, à la forêt, se substituent des pelouses calcaires (pacages..) dont la composition floristique est riche et variée (Graminées, légumineuses, Orchidées).


A mi-pente de la côte, l'homme a introduit la culture fruitière. La vigne (34 ha) a été réimplantée, et de nombreux vergers (650 ha) plantés de cerisiers, framboisiers, groseilliers, pommiers, mirabelliers, poiriers, quelques pêchers donnent des fruits de qualité dont le plus célèbre et plus important sous les côtes est la mirabelle (4 000 tonnes) dont on fait des conserves de fruits, des confitures ou de l'eau de vie.

La plaine de la Woëvre autrefois en grande partie recouverte de forêts de chênes et charmes a été défrichée et draînée et c'est actuellement le domaine de l'élevage de bovins et de la culture de céréales (blé, colza, maïs).



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2.3- ASPECT HISTORIQUE DES  CÔTES DE MEUSE
 

La bataille des Eparges (Gilbert Leclair Directeur CPIE de Bonzée en Woëvre)

Elle s'inscrit dans ce que les historiens appellent plus communément le saillant de Saint-Mihiel.
Après la ruée de leurs corps d'armée dans le Nord et l'Est de la France, les allemands prennent vite conscience de l'intérêt du promontoire des Eparges.
Son avancée sur la plaine de la Woëvre permet, aux armées qui le tiennent, de contrôler tous les mouvements réalisés dans cette dépression argileuse.
Dés le 21 Septembre, les allemands investissent le promontoire et y installent 5 lignes de feu successives.
Les Français veulent reprendre ce site et la bataille, de Septembre 1914 à Avril 1915, va être trés rude, sur un terrain gorgé d'eau et qui reste de dimensions réduites (la butte des Eparges fait 1500 métres de long pour 750 mètres de large).
C'est aux Eparges et sur la butte de Vauquois, en Argonne, que va être mise au point la guerre des mines qui consistait à creuser des tunnels jusque sur la tranchée adverse, y disposer une charge explosive importante (plusieurs dizaines de tonnes) afin de couper la tranchée et ainsi pouvoir l'investir.
Cette stratégie n'entraînera pas de résultats spectaculaires sur le plan militaire mais elle causera d'énormes dommages psychologiques aux hommes confrontés à cette situation.
Roland DORGELES le décrit très bien dans son ouvrage "Les Croix de Bois", et GENEVOIX dans "Ceux de 14".
Si la bataille des Eparges est considérée comme terminée, en Avril 1915, car d'autres événements majeurs vont occuper le devant de la scène, notamment la bataille de Verdun en 1916, les combats se poursuivront néanmoins tout au long du conflit et la crête ne sera libérée que lors de l'intervention des troupes américaines engagées, en 1918, dans la réduction du saillant de Saint-Mihiel.


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2.4- L'HABITAT ET L'ARTISANAT

( Nadine Lemoine Responsable Maison des Arts et Traditions Rurales.)

Le village lorrain est le village-rue. Terre de convoitise, la Lorraine a souvent été envahie et ses villages détruits. La planification agricole interdisait de reconstruire sur les terres cultivables d'où des délimitations de l'aire b‚tie consacrée aux maisons et aux jardins. D'où des maisons accolées, développées en profondeur avec peu de façade (voir maison rurale d'Hannonville) alignées le long d'une rue.

Les villages sont situés :     - sur les versants de la vallée de la Meuse en dehors des zones inondables,
                - au pied des côtes de Meuse, là où coulent les sources qui alimentent les lavoirs et les abreuvoirs,
                - dispersés dans la plaine de la Woëvre.

Le plateau ne possède qu'un seul village "Hattonchatel", perché sur une avancée de la Côte, il avait un rôle défensif. Son alimentation en eau était assurée par un puits.
Autrefois, l'artisanat était développé et faisait vivre les villageois. Citons des fabriques :
    - de chaises à Sommedieue,
    - de sabots à Dieue,
    - de la vannerie à Mouilly,
    - des rouets, battoirs, cuillers en bois à St-Rémy la Calonne
    - ...
A Hannonville sous les côtes, petit village situé au pied des côtes de Meuse, la maison des Arts et Traditions Rurales est là pour dire à ceux qui passent la manière de vivre d'autrefois.
Dans cette maison lorraine à une travée, vivaient en 1850, un couple de paysans-vignerons. Voici le plan de la maison :


 
Le logis:  seulement deux piéces étaient réservées aux humains :  une chambre et la cuisine.
    La chambre : surnommée "la belle chambre", c'est la seule pièce qui possède une fenêtre, c'est donc dans celle-ci que l'on entreposait les plus jolis meubles qui pouvaient ainsi être vus de tous les passants. On peut y admirer la traditionnelle armoire lorraine ainsi qu'un lit à colonnes.
    La cuisine : pièce très importante car c'est dans celle-ci que se retrouvent le plus souvent les différents membres de la famille, les voisins et amis (repas, veillées...). La cuisine, c'est un peu l'âme de la maison, c'est de là que s'échappent les délicieux fumets de la soupe au lard, c'est également la seule pièce chauffée.

L'écurie : en empruntant le long couloir qui traverse toute la maison, nous arrivons à l'écurie. Endroit qui permettait de loger un cheval et deux vaches. Les animaux entraient et sortaient côté rue, c'est-à-dire qu'ils passaient, comme les humains, par le couloir. Placés à côté de la cuisine, les animaux réchauffaient quelque peu la partie habitation.

L'aire à battre : accolée à l'écurie, c'est l'endroit où se déroulait le travail des céréales. On peut y observer les différents outils réservés à cet usage. C'est également par l'aire à battre que l'on peut accéder au grenier.

Le grenier : actuellement, c'est une sorte de petit musée : des vitrines présentent des scènes de la vie rurale avant la guerre 14-18 : gravures, outils de la viticulture, du travail du bois, celui du tonnelier, celui du chanvre.

La cour : c'est dans la cour qu'était élevé le cochon ; il représentait une grande partie de l'alimentation de la famille.

Le cellier : endroit qui servait à entreposer tout le matériel nécessaire à faire les vendanges et le vin. On peut y voir le sapin (hotte dans laquelle on mettait le raisin), le bellon (cuve servant à transporter le raisin), l'égrappoir, le pressoir.

La cave : juxtaposée au cellier, c'est dans cette magnifique cave voûtée que l'on peut voir les tonneaux destinés à conserver le vin ; c'est dans la cave que se trouve le puits.

Le jardin : invite à la flânerie et à la découverte des plantes bienfaisantes utilisées autrefois.




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