Ressoures régionales


Auteur F. REITEL Université de Metz - Département de géographie
Date
12 juillet 1994

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LA LORRAINE : UNE VIEILLE REGION INDUSTRIELLE EN MUTATION PROFONDE


La Lorraine n'est homogène ni sur le plan géographique, ni sur le plan historique. Située dans la partie orientale du Bassin géologique de Paris elle comprend les Vosges, partie intégrante du monde rhénan. Par ailleurs le Bassin de Paris déborde sur le Luxembourg et la R.F.A. formant  "la baie géologique de Luxembourg-Trèves". Cette avancée dans le Massif Schisteux Rhénan renforce le rôle de passage de la région lorraine.


 
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PREDOMINANCE DES LIGNES DE RELIEF SUD-NORD

La Lorraine n'a jamais été le Finistère qu'on a voulu lui faire jouer. Toutes les grandes lignes de relief sont de direction sud-nord. Ainsi de l'est à l'ouest on note le Massif des Vosges,la cuesta du Trias,la cuesta de Moselle, celle de la Meuse(Hauts de Meuse), ainsi que la forêt de l'Argonne. Ces éléments sont renforcés par la direction des cours d'eau :  Moselle et Meuse, mais aussi la Sarre et la Seille. Ies affluents de la Moselle sont du fait de la direction de ces cours d' eau, également drainés vers le nord. La Lorraine n'est pas isolée. L'Alsace voisine est dans le même cas. Rhin, Ill, Plaine d'Alsace constituent des alignements sud-nord qui ont largement déterminé l'histoire et l'économie. De ce fait la Lorraine constitue, en Europe de l'ouest la principale zone de passage de la Méditerranée vers le nord. Rhône-Saône-Moselle et Rhin ont constitué, à l'époque romaine, et pendant une partie du Moyen-âge le principal axe sud-nord, ce qu'on a appelé l'isthme gaulois. Ce n'est que dans la Lorraine occidentale, grâce à la rivière de l'Ornain, que la Lorraine s'ouvre sur l'Ile de France. A l'est, les Vosges, dont les cols sont de faible altitude  (col de Saverne 410m, col de Bussang 808m), sont plus un obstacle par l'épaisseur de la couverture forestière que par l'altitude de la montagne.

La géographie physique fait de la Lorraine une grande région de passage. Son histoire ancienne et sa situation actuelle dans le Marché commun en ont été profondément marquées.

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L'IMPORTANCE DES HERITAGES HISTORIQUES

    La Lorraine a été une des régions les plus romanisées de France. Ceci est dû à l'axe Rhône-Saône-Moselle et au fait qu'à partir du troisième siècle, Trèves, ville mosellane, a été la capitale de l'Empire Romain d'Occident, pendant un siècle. Cinq empereurs y ont résidé. De ce fait l'arrière-pays lorrain prenait de l'importance stratégique. Le passé romain de Metz s'explique par la fonction de gardien d'un passage stratégique vers Trèves.

 

    La christianisation précoce est une autre conséquence, de même la création des Trois Evéchés de Metz, Toul et Verdun. Metz, dont la population atteint voire dépasse 40 000 habitants à l'époque romaine est la plus grande ville de l'est lorque les Francs envahissent notre région. Ils installent la capitale du royaume d'Austrasie à Metz. La ville devient un centre religieux important. Un de ses évêques, Arnould (= 61O) est le fondateur de la dynastie des arnulfiens, ancêtres des carolingiens. Metz peut se flatter d'être un des berceaux de la dynastie carolingienne. L'église de l'abbaye Saint Arnould (à l'emplacement de l'hôpital Bon Secours) abrita les tombes de deux soeurs de Charlemagne, Rothaïde et Adélaïde, celle de sa première épouse  Hildegarde, celle de son fils l'empereur Louis Ie Pieux ainsi que celle de son fils naturel, l'évêque Drogon. Au moment du siège de la ville par Charles Quint, en I552, ces tombes furent transférées à la nouvelle église Saint Arnould (l'actuel Cercle des officiers). Au moment de la Révolution des vandales jetèrent les restes mortels dans la Moselle. Les empereurs ottoniens créèrent autour de Metz un certain nombre d'abbayes impériales qui seront détruites par la suite.

    Dans le sud de la Lorraine, à partir du XI ème siècle, se développe le Duché de Lorraine. Le berceau de ce dernier se situe autour de Charmes et Vézelize. Le nom de Nancy est cité pour la première fois en 1O73. Le duc Thierry II avait fait construire, dans la vieille ville actuelle, un château. La politique des ducs de Lorraine visera à déboucher de la vallée de la Meurthe sur l'axe "international" qu'est la vallée de la Moselle, et à s'étendre vers l'aval.
 
    La prise de Metz couronnerait cette politique. Les évêques de Toul, implantés au confluent de la Meurthe et de la Moselle, ainsi que la puissance financière et militaire de Metz, empêchent cette expansion.

    Au XIIIème siècle les  Messins se débarrassent de leur évêque qui devra se réfugier à Vic-sur-Seille. La ville obtient le statut de ville libre impériale, ce qui en fait une "république" autonome, avec "conseil municipal" élu, budget voté par les bourgeois ...  La ville a droit de battre monnaie... Au XIV ème siècle elle passe pour la 4ème ville la plus importante du Saint Empire Romain, après Cologne, Nuremberg et Francfort. Metz pratique le grand commerce avec la Rhénanie, l'Italie et les Flandres. Au XVIème siècle, lors de l'affrontement entre la Maison de France et Charles V, les Trois Evêchés deviennent l'enjeu de la  politique européenne. Pour éviter l'encerclement, le roi de France Henri II entreprend, en I552, le ''voyage d' Allemagne''(sic) et occupe Metz, Toul et Verdun. Les Trois Evêchés deviendront français, de jure, en I548, par les traités de Westphalie.

    Le protestantisme (calvinisme) avait gagné Metz où la bourgeoisie (les paraiges) était acquise au nouveau culte. Celle-ci avait envisagé de créer dans la ville, une université. Le roi de France s'y oppose, favorisant sa création à Pont à-Mousson, situé en terre ducale. L'unversité fut confiée aux jésuites, les pires adversaires des protestants. Ainsi le duché de Lorraine devint-il un des centres de la Contre-Réforne, alors que Metz (comme beaucoup de villes libres) a failli basculer vers la Réforme. Ceci est l'expression de mentalités différentes du sud au nord, dont il reste encore des héritages.

    Au XVII ème siècle la Lorraine présente une dualité qui ne cesse de s'affirmer. Au sud, le Duché de Lorraine, capitale Nancy, est un état indépendant, alors que les Trois Evéchés sont à la France. Metz joue un rôle particulier. Elle deviendra une des principales places fortes du Royaume. Selon Vauban : " les forteresses défendent les provinces, Metz défend 1'Etat ''. Ceci est une allusion à la situation géographique qui fait de Metz, pour un ennemi venant de l'est " une porte de France ".
    La ville sera la base militaire de la politique rhénane, c'est à dire des frontières naturelles, de la France. C'est l'époque de la militarisation de l'espace lorrain, avec la construction de nouvelles fortifications ( Metz, Toul, Verdun, Thionville, Bitche ...).

    La fin du XVII ème siècle est marquée par les conséquences de la Révocation de l'Edit de Nantes (1685). La ville de Metz comptait près de 30 000 habitants, dont un tiers de protestants. Pour conserver leur foi plusieurs milliers quitteront la ville. Environ deux mille, dont une partie de la bourgeoisie s'implantent dans l'Electorat de Brandebourg, à la suite de l'Edit de Potsdam lancé par le Grand Electeur trois semaines après la  proclamation de la révocation  de l'Edit de Nantes. Ce transfert de technologie au bénéfice du Brandebourg (future Prusse) fut une grande perte pour Metz et la Lorraine.

    La fin du XVII ème siècle est également marquée par la réconciliation entre la France et le Duché de Lorraine. Ce dernier, hostile à la France, avait été occupé à plusieurs reprises par les troupes francaises. Par le traité de Ryswick (1697) Louis  XIV rend la Lorraine, (terres ducales) à son  Duc qui s'était réfugié en Autriche. En contre-partie il doit démolir les fortifications entourant Nancy. Ce démantélement permettra de trouver suffisamrnent de terrains à bâtir pour recueillir, après le traité de Francfort (187I), les milliers de Mosellans, Messins et Alsaciens quittant leur province pour rester Français.

    Le duc Léopold restaure l'agriculture et l'économie en général. Il fait construire le château de Lunéville, appelé le "petit Versailles".
    Le duché avait été donné à Stanislas en compensation de la perte du trône de Pologne. A sa mort, en 1766, le duché de Lorraine revient à la France. Pour Nancy, véritable petite capitale, la chute est dure. En guise de compensation on transférera dans la ville, l'Université (messine ?) de Pont-à-Mousson et l'évêché de Toul.

    L'essor économique (sidérurgie, houille) favorise au début du XIX ème siècle le nord de la Lorraine. Toutefois les considérations militaires (défense du territoire national) l'emportent souvent. Ainsi, lorsqu'à partir de 1837, il est question de construire une ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg deux projets de tracé sont en présence :
1- Le tracé Paris - Epernay - Chalons-Bar-le-Duc - Nancy - Strasbourg.
2- Le tracé Paris - Reims - Verdun - Metz - Strasbourg.
A vrai dire l'Armée veut proposer un 3ème tracé : Paris - Dijon-Muhlouse   -Strasbourg. N'arrivant pas à imposer ce dernier, qui aurait privé la Lorraine de voie ferrée, l'Armée s'oppose au tracé par Verdun et Metz. Ces deux villes seront rattachées par un embranchement à la voie principale passant par Chalons, Bar-Le-Duc et Nancy. Lorsqu' éclatera la guerre de 1870, et alors que sont livrées devant Metz trois batailles décisives (Borny, Gravelotte, Saint Privat), la 2ème ville fortifiée de l'Empire, Metz, n'est pas rattachée directement à Paris, principal réservoir en hommes et en matériel...

 

    Le traité de Francfort du 10 mai 1871 est une véritable catastrophe. La France cède en toute souveraineté à l'Allemagne, l'Alsace et la Moselle qui formeront désormais le Reichsland. La Lorraine est divisée en deux par une quadruple frontière : politique, économique (douanière), culturelle et militaire. Et cela à l'époque d'une triple révolution, celle de l'industrie, des transports et des villes industrielles. Le bassin ferrifère, dont l'unité géologique est reconnue après 1881,  est traversé par la frontière. La Lorraine des deux côtés de la frontière, devient un gigantesque glacis marqué par deux imposants systèmes fortifiés. La ville de Metz comptait 55 000 habitants en 1870. Environ 17 000 personnes la quitteront à partir de cette date pour rester Français. Parmi les partants : la famille Alcan qui fondera à Paris les Presses Universitaires de France (PUF). De Bitche partirent les frères Daum, pour les mêmes raisons. Ils s'installèrent à Nancy et y fondèrent les célèbres cristalleries qui portent leur nom. Nancy héritera des Facultés de Médecine et de Pharmacie de Strasbourg et des professeurs qui ne veulent pas devenir allemands. Nancy voit arriver une élite inespérée, alors que Metz perd la sienne. Pour les industriels mosellans, qui perdent leurs marchés en France, il s'agit de partir à la conquête des marchés allemands. Les industriels textiles alsaciens (Mulhouse), pour éviter de perdre le marché français, installent de nouvelles usines dans les vallées vosgiennes lorraines.


    En 1918, la Moselle retourne à la France. Nancy qui était entre 1871 et 1918 la plus grande ville de l'est de la France, sent bientôt la concurrence de Metz. Les industries mosellanes doivent, à nouveau, partir à la conquête du marché français, ayant perdu celui de l'Allemagne. Lors du retour de la Moselle à la France, en 1918, près de 37 000 Allemands ou des personnes nées en Moselle d'Allemands sont expulsées de Metz. En tenant compte des 17 000 personnes ayant quitté la ville après 1871 on arrive à un total de près de 55 000 personnes, soit la population de la ville en 187O. Aucune ville française n'a subi une telle hémorragie en si peu de temps. Les autorités françaises n'entreprennent que peu de choses pour résoudre les difficultés qui découlent d'une telle situation.

    De 1920 à 1935 la France occupe la Sarre, en vertu d'un mandat international. Elle y gère les houillères, met la main sur la sidérurgie sarroise et introduit la circulation exclusive du Franc francais. Tirant bon marché charbon et acier de la Sarre, la France ne fait pendant cette période pratiquement aucun investissement industriel en Lorraine. Si l'annexion de la Sarre a eté profitable à la France, elle a été préjudiciable à la Lorraine notamment aux régions frontalières.

 

    Bientôt on parle d'une nouvelle guerre possible, entre la France et l'Allemagne. La Ligne Maginot est édifiée entre 1929 et 1934. Si, à la suite de l'intervention des sidérurgistes lorrains elle est construite devant le bassin ferrifère, protégeant ce dernier, par contre elle est située à l'arrière du bassin houiller. Lors des hostilités, en I939, les populations établies devant la ligne Maginot (Forbach etc) sont évacuées à l'intérieur de la France (Charentes). La construction de la "Muraille de France"  dissuade tout industriel de s'établir dans les environs. Les usines installées à proximité n'obtiennent pas de contrats de fabrication de la part du Ministère de la Guerre.

    A la suite de la défaite française en 1940 les Nazis annexent de fait le département de la Moselle. Ils enrôlent de force des dizaines de milliers de jeunes mosellans dans la Wehrmacht. Plusieurs milliers seront tués sur divers champs de bataille.

    Après 1945 la France annexe une seconde fois la Sarre. Pour obtenir la canalisation de la rivière Sarre elle conclut, en 1955, un accord avec la RFA prévoyant le retour de ce Land à l'Allemagne. Le traité de l'Elysée, signé entre De GauIle et Adenauer, en 1963, marque la fin de l'antagonisme franco-allemand. Est-ce la fin du glacis lorrain ? Non car le danger vient de l'est, des forces du Pacte de Varsovie, stationnées à 400 km à vol d'oiseau de la frontière de la  Lorraine. Ce n'est que depuis Gorbatchev que le danger a disparu mais bien des implantations industrielles ne sont pas venues pendant ce temps. Et en période de crise il n'y a pas grand chose à distribuer....

    L'aménagement du territoire, en Lorraine, a été soumis aux impératifs de la défense nationale. Bien des aspects de la profonde mutation que connaît, à l'heure actuelle la Lorraine s'expliquent par les influences militaires. Le monolithisme industriel n'était pas une fatalité.

    Avec les bouleversements politiques intervenus en Europe du Centre et de l'Est, la Lorraine pourrait jouer un rôle particulièrement dynamique dans les relations avec les pays de ces régions. En a-t-elle les moyens ? Le pouvoir central favorise-t-il une telle évolution ? On ne peut répondre qu'avec beaucoup de scepticisme.

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LE DECLIN DEMOGRAPHIQUE

    Le développement industriel fit de la Lorraine une région d'immigration. En y ajoutant l'excédent naturel on comprend que la population de la région a fortement augmenté entre 1850 et 1975. Par contre les mutations économiques contemporaines ont entraîné une inversion des résultats démographiques. A présent la Lorraine est une terre d'émigration et une région qui voit sa population diminuer.

Evolution de la population en milliers d'habitants


On note que la croissance est rapide entre 1945 et 1975. A partir de cette date la population diminue. On notera aussi le recul (guerre) entre1911 et 1921.

 
Taux de natalité


Proportion de naissances illégitimes

 
Après la guerre, pendant de longues années la natalité lorraine était supérieure à la moyenne nationale. A présent c'est l'inverse.


Taux de mortalité 



Taux de mortalité infantile
 


 Espérance de vie
 

Le taux de mortalité reste inférieur à la moyenne nationale. L'espérance de vie est également inférieure à cette dernière.

Variations absolues
 

Le bilan naturel ne cesse de se détériorer. Le solde migratoire annuel est très négatif. La population de la Lorraine ne se maintient que grâce au bilan naturel. Pour combien de temps encore ?

Répartition par âge de la population 
 

Pour le moment, par rapport à la moyenne nationale, la situation de la Lorraine n'est pas trop mauvaise. Mais comparée aux périodes antérieures force est de constater qu'elle se dégrade.

 Evolution de la part des étrangers dans la population totale
 

Evolution des nationalités représentées
 
   
    Les mutations que connaît la Lorraine entraînent une diminution des étrangers. Ils étaient 9,2 % de la population en 1962, ils ne sont plus que 6,7% en 1990. Ils étaient nombreux dans les régions industrielles. Leur composition a varié entre 1962 et 1992. Les Turcs apparaissent après 1975. Beaucoup viennent de RFA.

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UNE AGRICULTURE MECONNUE

Par l'étendue des surfaces qu'elle occupe l'agriculture est un secteur d'activité important. Les pays agricoles ne sont pas homogènes. On peut distinguer au moins six régions agricoles :

1- Les Vosges cristallines

C'est la partie la plus élevée de la Lorraine. Il s'agit d'une montagne moyenne (Mittel-Gebirge, exploitée jadis pour ses richesses minières. L'agriculture y rencontre des conditions difficiles (froid, humidité, neige). L'originalité vient de l'exploitation pastorale des Hautes Chaumes (prairies alpines) par les paysans alsaciens et lorrains qui y envoyaient, en été, leurs bovins en estivage (fabrication du Munster et du Géromé). Les fermes pastorales ont été transformées en Fermes-auberges pour le tourisme.

2- Les Vosges gréseuses

Elles sont trop basses pour posséder des Hautes Chaumes. Elles sont plus boisées que les Vosges cristallines. L'agriculture (élevage) est peu répandue. Elles possèdent de nombreuses industries rurales (scieries, fabriques de meubles, métallurgie, verrerie-cristalleries ... ).

3- Le plateau lorrain oriental

Il se situe entre les Vosges et la vallée de la Moselle. On pourrait le subdiviser en de nombreux petits pays (plateaux gréseux, calcaires, pays argileux, pays des étangs de la Seille,...). La région est très rurale (nombreux petits villages). Les villages-rues,typiquement lorrains, y sont nombreux. Entre ces derniers on trouve de nombreuses fermes "champêtres", isolées, ayant tous les bâtiments et parcelles regroupés (un seul parcellaire). Leur taille dépasse généralement 1OO ha. Les plus petites se sont spécialisées dans l'élevage laitier, les plus grandes dans l'élevage d'embouche ou la céréaliculture.

4- Le plateau lorrain occidental
Il se déroule entre Moselle et Argonne. mise à part la plaine argileuse de la Wöevre orientée vers les prairies, il est essentiellement une terre de labours. On y retrouve villages-rues et fermes "champêtres". Les campagnes sont faiblement peuplées (Meuse) et font partie du "désert français". La démographie de cette région pose problème.

5- La côte de Moselle
De direction sud-nord, elle était jadis la principale région agricole et le premier axe de circulation de la Lorraine. Les sols sont variés, fertiles, les conditions climatiques sont les meilleures de la Lorraine (abri, moindre gel, ensoleillement). C'était le domaine de la vigne. Le déclin agricole est total. Les friches ne cessent de s'étendre.

6- Les côtes de Meuse (ou Hauts de Meuse)
Leur commandement (différence d'altitude avec la plaine sous-jacente) est inférieur à celui de la Moselle, ce qui entraîne des terres agricoles moins étendues. En plus, la Meuse ne coule pas au pied de la côte, mais à l'intérieur du plateau. La viticulture et l'arboriculture y connaissent une certaine renaissance.

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LES FORETS

La Lorraine est une région fortement boisée. Avec un taux de boisement de 35,6% la Lorraine est plus boisée que la moyenne des régions françaises (25,6%). Nombre de forêts ont été conservées du fait de l'interdiction de défricher, imposée par les autoritées militaires.
Dans les Vosges les forêts sont étagées. La qualité des forêts est généralement très bonne. Toutefois, la futaie-taillis est encore très étendue (cf Meuse).

Surfaces boisées


Répartition des forêts de production

 
Une partie importante des forêts n'est pas soumise au régime forestier. Les ventes de bois sont nombreuses mais l'industrie papetière vosgienne importe une partie de sa matière première.

Production de bois


L'importance de la forêt est un facteur favorable et pour le développement industriel et pour l'image de marque et des loisirs.

LE CLIMAT
  On se contentera de donner sous forme de tableaux quelques éléments climatiques.


 
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LES INDUSTRIES

    La Lorraine a passé longtemps, pour la 4ème région industrielle de la France, après Paris, le Nord et la Région lyonnaise. Toutefois les industries étaient régionalement très localisées : vallées textiles des Vosges, Bassin sidérurgique, Bassin houiller.

L'industie textile vosgienne.

    L'industrie textile du coton existait déjà dans les Vosges avant 1871. Cependant, pour ne pas perdre le marché francais nombre d'industriels alsaciens originaires de Mulhouse ou des vallées de la Bruche, Logelbach, Doller, Thur ... installent des usines neuves dans les vallées vosgiennes de la Moselle, Moselotte, Meurthe, Cleurie, Rabodeau ... Le coton vient du Havre par la Seine, le canal de la Marne-au-Rhin et de l'Est. Le charbon fut acheminé du Nord par chemin de fer ou péniches (canal de l'Est). L'industrie cotonnière était soutenue par les deux députés -ministres du département : Jules Ferry et Jules Méline. Le premier favorise les exportations vers l'Indochine. En effet, la Blanchisserie et Teinturerie Thaonnaise (B.T.T.), le plus gros établissement de son genre dans les Vosges, eut le monopole des exportations des cotonnades (blanches et noires) vers l'Indochine. L'industrie s'est installée dans les hautes vallées humides où, dans les usines, alors non climatisées, les fibres de coton purent être torsadées sans risque de rompre.

    Avant 1914 le textile employait 60 000 salariés. En 1992 les effectifs sont tombés à 17.000, confection comprise. Nombre d'usines sont fermées. Les activités nouvelles s'installent dans l'avant-pays, la Plaine. La crise a débuté dans le sud (Remiremont). C'est là que les activités sont le plus diversifiées (mécanique, éléctricité, plastiques).

    La production de fils de coton est tombée de 71 000 tonnes en I960 à 63 000 tonnes en 1992 et les tissus de 65000 à 57 000 tonnes entre les mêmes dates.

    Les hautes vallées vosgiennes ont connu une mutation profonde. La population a diminué et ceux des habitants qui sont restés sur place doivent migrer quotidiennement vers l'avant-pays. Le tourisme est, certes, bien développé, mais n'est pas une solution universelle.

L'agonie de la sidérurgie

Jusqu'en 1974  la principale activité industrielle, la principale richesse de la Lorraine était la sidérurgie.
A vrai dire il y a eu deux sidérurgies en Lorraine.

1-  Celle de la région du grès (Trias) des Vosges du nord (Bitche, 57) et du sud-ouest (Darney, 88), ainsi que du Warndt (bassin houiller). Un faciès ferrugineux y contenait jusqu'à 18 % de fer. L'exploitation fut abandonnée à partir de la découverte du procédé Thomas (1878). De ce fait le Bassin Houiller mosellan ne connait plus d'établissements sidérurgiques.

2- En Lorraine centrale (Thionville- Briey-Longwy) la "minette" (ce diminutif lui vient de la faible teneur, 32%, de fer, par opposition au minerai "fort" contenu dans les sables sidérolithiques des formations superficielles) constitue le minerai exploité jusqu'à ces dernières années.
 


On comptait plus de 30 mines de fer (et plus de 30 000 mineurs) avant 1914 et après 1945. La dernière mine a fermé en juillet 1993.  La formation de l'aalénien contient des oolithes dont la teneur en fer est de l'ordre de 32%. Les couches des cuestas sont faiblement inclinées (2 à 3°). L'extraction se fait à environ - 200 m. La puissance des couches est variable. La partie nord du Bassin, entre Longwy-Briey et Thionville contient 90 % des plus de trois milliards de tonnes de minerais calcaires et des deux milliards de tonnes  de minerais siliceux. La partie sud, autour de Nancy, renferme le reste. Dans la partie nord, le synclinal d'Ottange (frontière luxembourgeoise) présente une épaisseur allant jusqu'à 60 m. Au sud, le maximum n'atteint pas 100 m. L'extraction se faisait par galerie, en partant des versants des vallées, ou par puits vertical, en partant du plateau. Le Luxembourg exploitait des mines en partant de son territoire. Le maximum de l'extraction lorraine se situe en 1962 avec 63 millions de tonnes.

La sidérurgie est, à l'origine, un phénomène de vallée (Chiers, Fensch, Orne).

    La frontière imposée par le Traité de Francfort (I87I) traverse le bassin ferrifère (limites actuelles des départements 54 et 57). Deux sidérurgies à structure différentes se développent de part et d'autre de la frontière. Celle du côté resté français s'installe dans de mauvaises conditions : hautes vallées étroites (Orne, Chiers), manque de terrains et d'un cours d'eau pour l'eau et la navigation, réseau ferré insuffisant, à réaménager après 1871... La sidérurgie de la partie allemande peut glisser vers l'aval,vers la vallée de la Moselle où les terrains plats sont étendus, l'eau est abondante (nappe et la rivière Moselle), les chemins de fer sont denses ...

    L'histoire de la famille De Wendel (Van Dael, venue au XVIème siècle des pays flamands) illustre l'évolution. Le centre de leur "empire" est situé à Hayange où en 1704, elle loue une forge, concluant l'année suivante un accord avec le représentant du roi de France pour la fourniture, pour l'armée, de produits sidérurgiques. Ce contrat sera renouvelé maintes fois. Craignant de perdre, avec le tracé de la nouvelle frontière, le marché français, la famille décide lors d'un conseil familial mémorable de laisser un fils à Hayange (vallée de la Fensch) pour gérer la partie "allemande", les autres membres s'établissant à Joeuf (vallée de l'Orne) où on ouvre de nouvelles mines et usines. Un nouveau château remplace celui de Hayange.
    Du côté allemand les sidérurgistes rhéno-westphaliens, Thyssen et Später, et les Sarrois Stumm et Röchling construisent de nouvelles grandes usines après l'invention du procédé Thomas. Les premiers hauts-fourneaux fonctionnant avec ce procédé sont allumés en 1881. La grande ère de l'industrie sidérurgique est lancée. C'est la prospérité. les anciens villages s'entourent de cité ouvrières. Le laminoir de Thyssen, à Hagondange, est inauguré en 1912. Il ne sera arrêté qu'en 1977. Il aura fonctionné pendant 65 ans, alors que la durée moyenne de la vie d'un ouvrier sidérurgiste était de 61 ans. En 1918 la Moselle fait retour à la France. Les usines allemandes sont confisquées  et cédées à vil prix à des industriels français. La sidérurgie reste une industrie stratégique, malgré la crise économique et le recul de la production. De 1920 à 1935, la France exploite la sidérurgie et les houillères sarroises. Les menaces de guerre (construction de la ligne Maginot entre 1925 et 1934) arrêtent toutes velléités de diversifications industrielles.

    Le bassin ferrifère et la sidérurgie connaissent une second période de prosperité après 1945.  Alors qu'entre 1915 et 1945 on a vécu sur les usines allemandes, en Moselle, on construit au début des années 1950 une grande usine, SOLLAC (Société Lorraine à Laminage Continu) pour la fabrication de tôles (automobiles). L'usine est installée à Sérémange - Florange (57). La localité de Saint Nicolas-en-Forêt est créé (4 500 habitants). N'étant pas viable elle sera fusionnée avec Hayange.

    Au début des années 1970 une deuxième grande unité (aciéries, laminoirs) est construite au confluent de l'Orne et de la Moselle à Gandrange (57).

 

    En 1954 la Lorraine fabriquait plus de 67% de l'acier francais (7,1 millions de tonnes). Bien que la production lorraine ait atteint, en 1974, 14,2 millions de tonnes elle ne représente plus que 52,7% de la production nationale d'acier. Le gouvernement avait favorisé la construction d'usines sidérurgiques à Fos-sur-Mer et Dunkerque.

    La production de fonte lorraine constituait dans les années 1950 plus des 3/4 de la production francaise (83,2% en 1950).

Evolution de la production de fonte et d'acier en lorraine
 

Le déclin ne se situe pas dans les pourcentages par rapport à la France, mais dans les chiffres réels. En 1992 la Lorraine ne produit plus que 3,5 millions de tonnes de fonte contre 12,6 millions en 1973. Avec l'arrêt de l'extraction minière la phase fluide (hauts-fourneaux, fonte) est totalement menacée. L'arrêt des hauts fourneaux n'est plus qu'une question de temps. Il s'agit de temporiser pour éviter des troubles sociaux.

La production d'acier a subi une évolution semblable à celle de la production de fonte : 13,8 millions de tonnes en 1973 (veille de la première crise sidérurgique) et seulement 4,5 millions en 1992.

Pendant très (trop) longtemps la sidérurgie était le fait d'un  grand nombre de sociétés. La concentration s'est faite tardivement. Pourtant, les différents gouvernements lui avaient octroyé des crédits aventageux. En I98I son endettement dépassait son chifre d'affaires. La nationalisation, en 1982, éveilla de grands espoirs. Une vague de fermetures avait été réalisée en 1977-1978 lors de la première grande crise. La seconde crise intervient en I984. Pourtant, on avait canalisé la Moselle à partir de 1955 (jusqu'à Thionville, d'abord, Neuves-Maisons ensuite) pour mettre la sidérurgie "sur l'eau". Les ports de Thionville-Illange, Richemont et Hagondange furent crées. L'usine la mieux placée, Usinor-Thionville, fut une des premières à être arrêtée. Usinor se désengagera de la Lorraine. Les stratégies d'entreprise ne sont pas en harmonie avec les intérêts de la Région et du personnel. En 1965 la sidérurgie lorraine employait plus de 98 000 salariés, ses effectifs sont tombés à 23 000 en 1991 et moins de 20 000 en 1994. Des villes comme Longwy, Homecourt, Thionville et Hagondange ont perdu toutes leurs installations sidérurgiques. Les vallées de la Chiers et de l'Orne,j adis des "vallées usinières" n'ont plus une seule usine sidérurgique. Rares sont les nouvelles usines à venir dans le bassin sidérurgique qui se meurt lentement.

    Entre 1975 et 1980 la Lorraine a perdu près de 120 000 emplois industriels.

    En 1994 la sidérurgie n'est plus présente que dans la vallée de la Fensch (Sollac, Hayange, Sérémange, Florange) et dans la vallée de la Moselle (Gandrange, Rombas, Pont-à-Mousson, Neuves-Maisons ). Au rythme de déclin actuel la sidérurgie en l'An 2000 ne correpondra plus qu'à une grosse P.M.I..

Le charbon

    Le bassin houiller mosellan n'est qu'une partie du bassin sarro-lorrain. Ses réserves étaient évaluées au cours des années 1950 à plus de 3 milliards de tonnes. Elles ont été révisées à quelques centaines de millions de tonnes, vu le prix du pétrole.
    Le gisement affleure en Sarre, mais non en Moselle où il est couvert par les grès du Permien et du Trias.

    La qualité du charbon n'est pas suffisante pour en faire un bon coke sidérurgique. Ce n'est qu'en le mélangeant avec d'autres charbons qu'on est arrivé à produire du coke sidérurgique (résistant), dans les années 1950.

    L'extraction a atteint un maximum de 15 millions de tonnes dans les années 1950. Seulement cinq sièges sont en exploitation (1994). Les effectifs dépassaient, au cours de la période 1950-60, 50 000 salariés. A présent ils sont tombés à 13 000. La production dépassait 8 millions de tonnes en 1993. Elle doit être arrêtée en 2007. La reconversion n'est pas plus assurée que dans le bassin ferrifère. Une partie de la population du bassin houiller va travailler en RFA. Avec la fermeture des puits de mines dans d'autres régions (Nord-Pas-de-Calais, Massif Central) la Lorraine produit désormais 75% du charbon français. Une partie du charbon lorrain est transformée en électricité. Mais la centrale nucléaire de Cattenom sur la Moselle est une menace pour l'électricité d'origine houillère.

Les industries traditionnelles

Il s'agit d'industries issues de l'artisanat et situées à la limite de l'art : verrerie-cristallerie et faïence.

* La verrerie-cristallerie
    La fabrication du verre est liée aux régions de grès (quartz, forêt, eau). Des verreries existaient au XVIème siècle dans la région de Bitche et du Warndt. Les deux plus célèbres sont Saint Louis-lès-Bitche et Baccarat. C'est en 1763 que l'évêque de Metz Mgr de Montmorency-Laval, membre d'une des plus grande famille nobiliaires de France crée, sur terre épiscopale messine à Baccarat (88) une manufacture de verre. Il s'agit de lutter contre le chômage des bucherons vosgiens touchés par les conséquences de la guerre de Sept Ans (1756 - 63), et de freiner l'envahissement par les objets en verre étrangers (Bohême). Le Roi lui accordera le privilège de "manufacture royale".  Au XIX ème elle passe à la production de cristal. Le roi Charles  X  visite la cristallerie de Baccarat en 1828.
La société prospère.Après le traité de 1871 elle reste dans le giron francais. Elle profite du "sponsoring" des ministres vosgiens Ferry et Melines. Surtout, des artistes francais continuent à inspirer les modèles. Baccarat emploie environ 1000 salariés dont la qualité et l'adresse sont exceptionnelles.

    La verrerie de Saint Louis-lès-Bitche (57) a été créé en 1766 à la mort du dernier duc de Lorraine, Stanislas, par deux avocats nancéiens. Le Roi donna le privilège de "Verrerie royale" en I767. Celle-ci obtint une forêt de 1600 arpents à  exploiter à raison de 40 arpents par an  pendant 40 ans. Les ouvriers et ouvrières n' avaient pas le droit de s'adonner à l'agriculture, afin de ne pas abîmer ou blesser leurs doigts (taille et peinture du verre, plus tard du cristal). La prospérité régna jusqu'en 1870-71. Grâce au charbon sarrois on put ménager les forêts.
Toutefois, Bitche n'eut pas la chance de Baccarat : l'usine perd son marché français en 1871, ainsi que son contact avec les artistes français. En 1918 elle dut abandonner le marché allemand et récupérer le marché français. Des difficultés énormes sans parler des problèmes de la continuité artistique assaillent l'usine après 1918. Contrairement aux usines sidérurgiques, Saint Louis-lès-Bitche ne fut pas aidée par les autorités. En 1929 elle se trouve en pleine Ligne Maginot.... Malgré des difficultés l'usine a repris, ayant été rachetée par un grand groupe parisien (Hermes) qui  a reconnu la haute valeur de ses produits (la branche verre-cristal emploie en 1992, 3700 personnes) .

* La faïence

    Elle concerne les régions argileuses. Nombreuses sont les faïenceries, au XVIIIème en Meuse (Waly, les Islettes), mais aussi en Lorraine centrale et orientale (St. Clément, Lunéville, Niederviller ... ). A la Révolution se créent les Faïenceries de Longwy, et peu après, celles de Sarreguemines. C'est de Lorraine qu'est originaire un des ancêtres de la célèbre firme allemande (sarroise) Villeroy et Boch. C'est dire que l'espace sarro-lorrain a une vieille tradition dans ce domaine. Ces activités rurales employaient souvent plusieurs centaines de travailleurs par atelier et constituaient des ressources importantes pour ces régions. Sarreguemines faisait travailler 1500 personnes en 1870. Comme les autres firmes mosellanes elle perdit en 1871 le marché français, dont celui de l'Armée (carrelages blancs). Elle rachète une usine à Digoin pour rester présente sur le marché français. La réadaptation fut dure après 1918. Comme Bitche, Sarreguemines se trouve en plein dans la ligne Maginot. Racheté, le siège de l'usine a quitté les bords de la Sarre.
    La faïencerie de Longwy a été créée à la Révolution dans les locaux du couvent des Carmes. Malgré leur qualité, les célébres "émaux de Longwy" ont connu des difficultés. Les autorités ont plus aidé la sidérurgie de Longwy, pour les résultats que l'on connaît, que les émaux de Longwy qui donnent une toute autre image de marque de la Lorraine.

Les industries du bois
    Le bois est avec le sel, la matière première la plus anciennement exploitée en Lorraine. Le bois est utilisé pour la fabrication d'ustensiles, de jouets, de meubles, mais aussi pour le papier et le carton.
    Le papier est fabriqué dans les Vosges dès le XVI ème siècle par des moines. Aujourd'hui le secteur papier carton emploie plus de 5 500 salariés dont 4 600 dans les Vosges. Le secteur bois-ameublement compte, en 1991 plus de 15 000 salariés. Les centres de fabrication du meuble se trouvent dans les Vosges (val d'Ajol, Neufchâteau) et un peu moins dans la Meuse. Les Vosges comptent la moitié des travailleurs de cette branche.
    Le bois est une activité importante pour les régions de montagnes et rurales qui ont par ailleurs, peu d'industries.

Les autres industries

1- L'industrie agro-alimentaire est trés dispersée. Meuse et Vosges ont d'importants fabricants de produits laitiers (fromages). Il existe quelques confiseries, chocolateries, biscuiteries. L'industrie de la viande repose sur la tradition charcutière en Moselle.
Au total cette branche emploie, en 1992, 20 000 salariés. A présent, c'est une des principales industries de la Lorraine.

2- La chimie repose sur le sel exploité pendant longtemps dans la vallée de la Seille et aujourd'hui dans celle de la Meurthe, et le charbon abandonné par la suite au profit du pétrole. La chimie du sel est concentrée autour de Dombasles (54). Celle du pétrole est regroupée autour de la raffinerie de Carling (57). Toutes deux n'élaborent que des produits de base. Au total, elles emploient (1992) 8000 salariés.

3- L'industrie automobile est venue tardivement en Lorraine. C'est en 1970 que Citroën s'installe à Metz. Elle est venue dans le cadre de la reconversion. Toutefois, une partie des emplois promis n'a jamais été créées. Les principales usines se trouvent à : Batilly (R.V.I. 54), Ennery (Citroën 57), Metz (Citroën 57). Au total l'industrie automobile offre 20000 emplois, c'est à dire moins qu'en Sarre où la population ne constitue que 46%, de celle de la Lorraine. Renault avait crée une usine de fabrication de pistons à Yutz (57) qui a été vendue à la société Kolbenschmidt, le premier producteur de pistons de RFA. Sollac à Florange Sérémange (57) produit des tôles pour voitures. A I2 kilomètres de distance, à Ennery, Citroën fabrique des moteurs, 15 kilomètres au sud, à Metz Citroën produit des boites de vitesse et pourtant, en Lorraine aucune voiture n'est assemblée! Il semble que la logique économique soit étrangère à la logique tout court....

4- Les industries électriques et électroniques regroupent au total 12 000 salariés, dans des établissements PMI-PME. L'industrie électronique malgré la présence d'universités et de grandes écoles est peu représentée. Les principaux établissements de ce secteur sont d'origine étrangère (RFA, Corée).
 


L'echec de la reconversion

    Depuis 1950 la Lorraine a perdu environ 34 000 emplois dans l'extraction minière (fer, charbon), 67 000 dans la sidérurgie et 33 000 dans le textile, soit 134 000 emplois sur un total de 702 000 salariés en 1968 et 839000 en 1990. L'industrie n'emploie plus, en 1991, que 215 000 salariés. En 1991 le secteur tertiaire totalise 558000 emplois, plus du double du secteur secondaire.

    La Lorraine a connu un profond mouvement de désindustrialisation. Les usines nouvelles n'ont été creées qu'au compte-gouttes, et sont insuffisantes pour remplacer les emplois perdus. En ajoutant : la diminution globale de la poulation, son vieillissements, le bilan migratoire négatif, l'émigration des jeunes et des cadres, l'existence de 111 000 chômeurs (nov.1993), de 42 000 travailleurs frontaliers, de plusieurs milliers de "RMistes", on est obligé de constater que la soi-disante reconversion est un échec. Le taux officiel du chômage ne tient nullement compte de la réalité. On peut évaluer à près de 200 000 le nombre de personnes qui ne trouvent pas de travail en Lorraine, alors que celle-ci était il y a 20 ans une grande région d'immigration.

    En ne réindustrialisant pas la Lorraine on ne profite pas d'une vieille tradition industrielle.

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LE SECTEUR TERTIAIRE

    C'est un secteur qui s'est considérablement développé, mais dont les nouveaux emplois ne sont pas tous forcément createurs de beaucoup de valeur ajoutée.

Importance du secteur tertaire en 1991
 

    Le tableau montre des inégalités entre les quatre départements. C'est la Meurthe et Moselle (rôle de l'Etat et de l'Université de Nancy) qui est la plus "tertiairisée". Les Vosges industrielles le sont le moins. Meuse (agriculture) et Moselle (industrie) occupent des situations intermédiaires.

    Le pourcentage d'emplois salariés est le plus élevé en Meurthe et Moselle (rôle de l'Etat plus important). Ailleurs les "indépendants" sont plus nombreux.

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LE COMMERCE

    Le petit commerce est en recul devant les nouvelles formes de distribution. Le premier hypermarché, en Lorraine, a été ouvert à la fin des années I960 à Mondelange, en relation avec l'autoroute Metz-Thionville. Sur les 322 supermarchés que compte la Lorraine, en 1992, 152 (= 46%) sont installés en Moselle, (85 en Meurthe et Moselle, 63 dans les Vosges et seulement 22 dans la Meuse. Sur les 217 000 commerces de détail 54% sont situés en Moselle.

    De plus en plus les autoroutes fixent les supermarchés. Ainsi le carrefour routier de Metz-Semécourt a attiré l'implantation d'une grande surface Auchan (spécialiste des implantations frontalières). Grâce aux autoroutes elle pense attirer de la clientèle de Belgique et de RFA.

 

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LES CARREFOURS  LORRAINS

On ne peut que mentionner les carrefours lorrains :

1- Route et autoroutes forment à différents endroits de véritables carrefours :

   a)le carrefour thionvillois mène vers le Bénélux et le nord de la France;
   b)le carrefour messin, le plus important, mène vers Paris, l'Europe centrale, la Rhénanie, la Méditerranée;
   c)le carrefour Nancy-Toul a une fonction plus nationale qu'internationale, Paris-Est de la France-Méditerranée;
   d) à des degrés moindres Verdun, Bar- le-Duc, saint Dié, Epinal sont des carrefours non négligeables.

Les cols des Vosges, relativement bas, sont peu nombreux et, avec l'épaisseur du manteau forestier vosgien, handicapent la circulation.
Le péage autoroutier est un facteur dissuasif (cf Luxembourg, Belgique, RFA).

La Lorraine est devenue une véritable plaque-tournante, dont la situation par rapport à l'Europe centrale pourrait être mieux valorisée.

2- La Lorraine est une grande région de passage pour les voies ferrées. Parmi les principales liaisons on citera:
a) Paris  Metz-Allemagne voire Pologne;
b) Calais ou Amsterdam ou Bruxelles-Metz-Strasbourg-Bâle-Milan-Rome;
c) Paris-Nancy-Strasbourg-Vienne;
d) Metz ou Nancy vers la Méditerranée.

Le fait que le gouvernement français n'ait pas encore fixé la date de construction du TGV-Est, alors qu'il affirme soutenir la candidature de Strasbourg, comme capitale de l'Europe, montre les craintes françaises à l'égard d'une attraction par l'Allemagne. Le IGE arrivera à Strasbourg en 1998.

3.La voie d'eau pourrait constituer un carrefour vers le bassin du Rhin (Moselle) et celui de la Seine. La Moselle canalisée au gabarit rhénan (péniches de I350 t, convois-poussés de 3200 t ) n'a pas réalisé les espoirs mis en elle. Son trafic s'élève à environ 7millions de tonnes, réparties par moitié vers l'aval et l'amont.

Les canaux de la Marne au Rhin, des Houillères, de la Sarre et de l'Est (branche nord, la Meuse, branche sud, la Moselle) n'ont guère été modernisés. Leur capacité est inférieure à 500 tonnes.

La canalisation de la Moselle est arrivée un siècle trop tard, à une époque où l'ère houillère et l'ère sidérurgique déclinaient.

4. La région lorraine s'est donnée un nouvel aéroport, à mi-chemin entre Metz et Nancy (trafic : 300.000 passagers).

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LE DOMAINE CULTUREL

    Bien que la vie culturelle ne soit pas aussi active qu'en Alsace ou en Sarre, la Lorraine dispose d'équipements de valeur.

    Nancy et Metz ont chacune un théatre municipal. L'orchestre symphonique de Lorraine est installé à Metz. La station de Radio Télévision FR 3 a son siège à Nancy mais RTL a installé une station à Metz. Ia tradition des bibliothèques est maintenue.

    L'enseignement supérieur était limité pendant des siècles à Nancy. C'est après de longues luttes que l'Université de Metz a été créée en 1970. A présent on recense des délocalisations à Longwy, Epinal, Bar le Duc, Thionville, Sarreguemines... Les Universités de Nancy (Nancy I et II, INPL) totalisent environ 35 000 étudiants, celle de Metz près de 17 000. A Nancy les grandes écoles ont été crées après 1871 alors que la Lorraine était partagée. A Metz elles sont de création récente. Toutefois, le développement de l'enseignement supérieur est tardif, n'ayant pas l'impact qu'il pourrait avoir sur le développement économique régional.

    De par sa situation frontalière, la Lorraine a de nombreux contacts avec les pays du Bénélux et de la  RFA.

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 LES ASPECTS BANCAIRES

    La Lorraine n'a pas le système bancaire qu'elle devrait avoir, en fonction de son développement économique. Toutefois, il présente quelque originalité.

Répartition des guichets bancaires en Lorraine en 1991
 

    La structure bancaire lorraine présente des inégalités. 53% des guichets sont situés en Moselle. Le Credit Mutuel y est particulièrement actif. Le rôle de la Banque Populaire est également à souligner. Les caisses d'Epargne se sont regroupées en Caisses d'Epargne du nord de la Lorraine (Metz) et du sud de la Lorraine (Nancy). Les caisses de Moselle comme celles d'Alsace, ont un régime à part, plus avantageux que celui du reste de la France (voir appendice sur le droit local.).

    Nancy est le siège de deux banques (Société Nancéienne et Warin Bernier, filiale du C.I.C. et le Crédit Agricole). Metz en compte trois (Banque Populaire de Lorraine, Banque du Crédit  Mutuel Lorrain, Crédit Agricole) .II faudrait y ajouter les sièges des Caisses d'Epargne. Des banques étrangères (luxembourgeoises, espagnoles, anglaises ... ) ont établi des succursales à Nancy et à Metz.

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UNE REGION QUI MANQUE DE GRANDES VILLES

 

    La Lorraine réputée être une grande région industrielle compte beaucoup de petites communes et peu de grandes villes. Ceci est un lourd handicap.

Répartition des communes en fonction de leur population
 
(*) Au recensement de 1990 la ville de Nancy n'a que 99350 habitants,  Metz en compte 119590.

Le tableau ci-dessus autorise les réflexions suivantes :

1) Près de 50% des communes ont moins de 200 habitants. Celles de 100 à 200 habitants sont particulièrement nombreuses.
2) La Lorraine compte beaucoup de petites villes (de 2000 à 50 000 habitants) : 66 en Meurthe et Moselle, I6 en Meuse, 9O en Moselle et 44 dans les Vosges .
3) La Lorraine ne compte aucune ville (en exceptant Nancy) ayant entre 50 0OO et 100 000 habitants.
4) L'INSEE définit des agglomérations (1990). Citons les plus importantes.


Les prinpales agglomérations en 1990
 


    Cinq ont plus de 100 000 habitants. Mais leur définition remonte à 1962. Elle est totalement obsolète. L'agglomération de Briey-Hagondange n'a aucune consistance. En réalité Metz-Thionville forment une agglomération de plus de 500 000 habitants, étirée sur une trentaine de km (le SDAU Nord Métropole Lorraine a 600 000 habitants), l'agglomération de Nancy correspond de plus en plus au SDAU Sud Métropole Lorraine : 459 000 habitants.

    Metz a été choisie, en 1972,dans le cadre de la régionalisation comme capitale administrative de la Lorraine. Le Conseil Régional y est établi, de même qu'un certain nombre de directions régionales et le C.E.T.E.    Metz est aussi le siège d'une des trois grandes régions militaires. Son hôpital militaire forme les médecins militaires. Nancy, l'ancienne capitale ducale compte un certain nombre de directions régionales, l'INSEE et un CHU très important. L'industrie y est plus développée, de même la culture (enseignement supérieur) qu'à Metz. Toutefois l'expansion de la ville se heurte à des difficultés. Le territoire municipal ne s'étend que sur 13 km2 contre 43 km2 à Metz. Cette situation explique l'évolution démographique divergente des deux villes.

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CONCLUSION . L'AVENIR DE LA LORRAINE DEPEND DE L'EUROPE

    Historiquement la Lorraine n'a vécu repliée sur elle même que lorsque France et Allemagne (Empire) étaient opposées. Du fait de la proximité de la frontière, l'économie de la Lorraine n'a pas été suffisamment diversifiée. C'est cela qui aggrave les profondes mutations que connait la région. Celles-ci ne sont pas encore achevées. Depuis plus de 30 ans les Lorrains savent que l'environnement international détermine, en partie, leur avenir : le repli sur soi-même serait suicidaire. Ce n'est que dans un cadre européen que la Lorraine peut espérer trouver son avenir et son épanouissement.

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Annexe :
Le régime local d'Alsace-Moselle

    Ce qu'on appelle le statut ou régime local d'Alsace-Moselle se compose, en réalité, de deux éléments trés différents.
1- Le premier élément est constitué par l'héritage français, lié au fait que par le traité de Francfort (10 mai 1871) la France avait abandonné à l'Allemagne, en toute souveraineté, les trois départements de l'Est. Ces derniers, juridiquement ne redeviennent français qu'en 1918. De ce fait on a conservé en Alsace-Moselle, aprés 1918, des lois françaises qui avaient été abolies dans le reste de la France. Le Concordat de napoléon (1801) est toujours en vigueur.     De même, la Loi Falloux (1850), les cultes (catholiques, protestants -luthériens et réformés- et israélite relèvent du ministère de l'Intérieur (Préfet).

2- L'héritage allemand est trés varié. On ne fera que de citer les principaux aspects. La sécurité sociale existe depuis Bismarck (vers 1885). Les cotisations sont plus élevées, de même les prestations et les retraites.
L'organisation des caisses d'épargne est différente. Elles versent moins d'épargne à la Caisse des Dépôts et Consignations.
    Les notaires n'achétent pas leur charge. Ils doivent être licencié en Droit et inscrits sur une liste d'aptitude.
Vendredi Saint est un jour férié. C'est une des fêtes les plus importantes des Protestants.
    Le juge du livre-foncier (cadastre) a été envié par les autres départements.
    La loi locale de 1908 régit les associations à but non lucratif. La déclaration est faite auprés du tribunal et non à la préfecture...
    Différentes tentatives ont été faites pour abroger les "lois locales", aprés 1918. Elles ont toutes échouée.

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