L’enseignement de la philosophie comme DNL en italien

par Steve Balboa

Par Johanna Lenne-Cornuez, professeure agrégée de philosophie et titulaire de la certification DNL italien, en poste au lycée Louis Lapicque à Epinal

L’enseignement d’une DNL (Discipline Non Linguistique) suppose l’obtention d’une certification en deux temps : la constitution d’un dossier, puis un oral (devant un jury composé le plus souvent des IA-IPR de la discipline non linguistique et de la langue vivante concernée). (voir le B.O.) Cet enseignement peut alors être dispensé dans le cadre des Sections européennes, mais aussi dans le cadre de projets pédagogiques en accord avec le Projet de l’établissement, et grâce au soutien indispensable du chef d’établissement.

Une DNL étant enseignée de la Seconde à la Terminale, celle-ci présente l’intérêt pour le professeur de philosophie de lui permettre de suivre des élèves tout au long de leur scolarité au lycée et de repenser la temporalité de son enseignement en l’inscrivant dans une continuité sur trois années. Cela présente en outre l’avantage non négligeable de modifier le regard des élèves sur la discipline, en les libérant de certains préjugés et craintes. Cela permet de mieux les préparer à l’enseignement de la philosophie en Terminale (notamment pour les élèves de L). Cependant, cette position singulière de la philosophie en tant que discipline suppose de nombreux aménagements afin de rendre possible son enseignement en tant que DNL. Celui-ci peut s’inscrire dans le cadre de l’EMC puisqu’elle est enseignée dès la Seconde, ou bien d’une Initiation à la Philosophie puisqu’elle est déjà pratiquée dans de nombreux établissements avant la Terminale.

D’autre part, la forme et les contenus proposés aux élèves diffèrent totalement d’un cours classique de philosophie. À mon sens, la réussite de l’enseignement d’une DNL tient à la collaboration étroite engagée avec le ou les professeurs de langues. Ce travail d’équipe permet un renouvellement fécond de ses propres pratiques, notamment au travers de l’expérimentation de nouveaux supports pédagogiques (extraits audio, extraits de film, chant, opéra, bande-dessinée…), mais aussi de nouvelles modalités didactiques : la langue étrangère nécessitant par exemple une reformulation constante des contenus, l’exigence de compréhension linguistique et de discernement conceptuel se soutiennent ainsi mutuellement. De plus, les élèves sont très sensibles au travail d’équipe des enseignants : ils aiment savoir que nos projets se constituent de manière concertée et commune.

Pour ma part, j’ai la chance de pouvoir travailler en collaboration constante et étroite avec Sandra Lancia-Elter, professeure d’Italien. Nos séquences respectives sont toujours travaillées de façon concertée et complémentaire. À titre d’exemple, en classe de Seconde, notre projet comprend trois temps forts : l’étude d’un opéra italien dans le cadre du Parcours Opéra proposé par l’Opéra de Nancy, l’étude d’une œuvre cinématographique dans le cadre du festival de Villerupt (ou de sa délocalisation à Epinal), et enfin un échange avec un lycée italien qui comprend d’une part une semaine en famille chez des correspondants (avec découverte de la vie dans un lycée italien) et une semaine d’accueil des mêmes correspondants (avec différentes visites culturelles).

La difficulté pour le professeur de DNL est de créer de toutes pièces des séquences, les ressources étant très peu nombreuses, surtout en philosophie (le nombre de professeurs titulaires d’une certification est assez restreint), et particulièrement en italien. De manière à mutualiser les ressources, je propose donc deux séquences que j’ai expérimentées avec mes élèves et qui ont recueilli leur adhésion.

La première s’inscrit au sein du Parcours Opéra de la ville de Nancy. Je tiens à souligner le travail exceptionnel des organisateurs de ce parcours (sous la direction de Carmello Agnello) qui proposent aux élèves non seulement une visite guidée de l’Opéra mais aussi d’assister à une répétition de l’opéra choisi (dans les conditions réelles de travail des artistes), et enfin d’assister à une représentation. Le Parcours Opéra comprend également des formations pour les enseignants et met à disposition de précieuses ressources pédagogiques pour l’étude de chaque œuvre. Dans ce cadre, j’ai élaboré une séquence sur Don Giovanni de Mozart. Celle-ci est à destination d’élèves de Seconde (LV2 Italien).

La seconde séquence traite de la question de l’inhumanité au travers de l’œuvre de Primo Levi, et est à destination d’élèves de Première.

En espérant que cela pourra être utile à des collègues qui voudraient se lancer dans cette expérimentation passionnante,

Johanna Lenne-Cornuez