Présentation du TraAM Philosophie 2019

par Steve Balboa

Chers collègues,

Durant cette année scolaire, nos collègues Isabelle Smadja, Carine Mercier et Elisabeth Leméteil ont travaillé à la réalisation d’un "TraAM". Un TraAM (travail académique mutualisé) est une production réalisée par des collègues d’une même discipline et d’une même académie. Chaque année, un thème spécifique pour chaque discipline est proposé au niveau national (les "Humanités numériques" en philosophie, cette année). Une équipe de collègues peut alors proposer un projet. Si celui-ci est retenu, les collègues en question ont un an pour mener à bien leur travail. Un TraAM est surtout l’occasion de réfléchir sur ses pratiques pédagogiques, sur les expériences qui ont été menées en classe avec plus ou moins de succès, et de les partager entre collègues.

Isabelle, Carine et Elisabeth ont décidé de réfléchir dans une perspective critique, au sens plein du terme, à la pertinence et aux conditions de possibilité de l’usage du numérique au sein d’un cours de philosophie. Je me permets de résumer le problème qui a été le leur ainsi : à quelles conditions, au sein de l’enseignement de la philosophie, un usage discret et raisonné de la technologie numérique est-elle possible ? Discrétion prise en un double sens : à quelles conditions, au sein de l’enseignement de la philosophie, un usage maîtrisé c’est-à-dire non invasif de la technologie numérique est-il possible ? peut-on, et si oui comment, faire preuve de retenue dans l’usage du numérique, éliminer sa lourdeur, son penchant chronophage sans pour autant nier son potentiel de fascination ni effacer sa présence ? Comment faire en sorte d’exploiter les ressources numériques sans compromettre la relation humaine entre le professeur et les élèves, entre collègues ? Pourquoi et comment peuvent-elles devenir un obstacle à l’enseignement philosophique ? Et discrétion prise aussi au sens d’une capacité au discernement, à la nuance : peut-on, et comment, faire usage du numérique au sein d’un cours de philosophie, cours qui est d’abord une pensée philosophique vivante, sans se laisser "user" par lui, sans dégrader le désir de connaissance en une simple transmission d’informations ?

Ce travail a été mené par nos collègues avec beaucoup de rigueur et d’honnêteté, toujours au service de la philosophie et de son enseignement. Il comporte deux volets : une partie théorique, qui consiste en un texte philosophique qui traite du problème que je viens de mentionner : il est disponible dans la rubrique "Pédagogie" de notre site, et je vous invite vivement à en prendre connaissance. Et une partie pratique qui a abouti à la construction sur notre site académique d’une rubrique intitulée "Philo-vidéo", accessible dès à présent sur ce site. Cette rubrique contient environ une centaine d’articles, dont chacun propose au moins une courte séquence vidéo, accompagnée ou pas d’un texte explicatif et/ou d’un extrait d’une œuvre philosophique, laissant l’enseignant, s’il le souhaite, libre de s’approprier à sa manière les extraits proposés. Pratiquement toutes les notions du programme sont abordées, mais l’objectif est que chacun enrichisse progressivement cette rubrique en y proposant ses propres ressources.

Ce second volet tirait son origine d’un triple constat. Le premier est qu’il est ponctuellement très intéressant de faire usage de séquences vidéo (extraits de films, de documentaires, d’émissions philosophiques ou de conférences) au sein d’un cours de philosophie et que nous sommes nombreux dans l’académie à avoir ainsi découvert au gré de nos cheminements sur le web, en fonction de nos intérêts respectifs, des extraits de films, de conférences… que nous exploitons en cours. Le second constat est que la densité et la richesse des ressources en ligne, la durée des vidéo-conférences de philosophie en ligne - qu’il s’agisse des Rencontres philosophiques de Langres, présentes parfois dans leur intégralité sur le site Eduscol, ou des conférences issues du projet EEE, qui contiennent plus de cent heures de conférences filmées, ou de bien d’autres encore - est désormais telle qu’une sélection est devenue indispensable. Enfin, le troisième constat est que d’un point de vue strictement pratique, l’intégration de ces séquences dans le cours est souvent problématique : il faut disposer du bon "découpage" de la vidéo, de façon à ce que son visionnage en classe ne soit pas retardé et que l’attention des élèves ne soit pas compromise.

Remercions chaleureusement nos collègues pour ce généreux cadeau. Il faut souligner tout le travail que ces articles et ces capsules vidéo ont demandé : il y a non seulement le moment de rédaction sur le site, mais il y a surtout l’immense travail de visionnage, de sélection, de réflexion, de discussion, d’expérimentation que tout ceci a demandé en amont, dans le cadre de la préparation de cours et du travail fait en classe, avec les élèves. Et tout ceci, offert "clé en main" à nous autres collègues de l’académie.
Bien cordialement,
Steve Balboa

PS : Ce TraAM n’aurait jamais été mené à terme sans la disponibilité, l’écoute, les suggestions bienveillantes de Steve Balboa, et bien sûr sans ses compétences techniques qui ont toujours permis de résoudre les difficultés que nous rencontrions. Nous tenons ici très chaleureusement à l’en remercier. Elisabeth Lemeteil, Carine Mercier, isabelle Smadja