Lucrèce, De Natura, V, 925 -952 (1er siècle avant J.C.)
Les premiers hommes


925 Et genus humanum multo fuit illud in aruis
durius, ut decuit, tellus quod dura creasset,
et maioribus et solidis magis ossibus intus
fundatum, ualidis aptum per uiscera neruis,
nec facile ex aestu nec frigore quod caperetur
nec nouitate cibi nec labi corporis ulla.
  En ces temps la race humaine, dans les champs, était beaucoup plus dure, 
Et c'était bien naturel puisque dure était la terre qui l'avait créée : 
Bâtie sur des os et plus grands et plus solides, 
Vigoureuse constitution de muscles, 
Elle ne se laissait pas facilement prendre, 
Ni par la chaleur, ni par le froid, 
Ni par le changement de nourriture, ni par rien de ce qui gâte le corps. 
   Multaque per caelum solis uoluentia lustra
uolgiuago uitam tractabant more ferarum.
Nec robustus erat curui moderator aratri
quisquam, nec scibat ferro molirier arua
nec noua defodere in terram uirgulta neque altis
arboribus ueteres decidere falcibus ramos.
  Et pendant qu'au ciel le soleil roulait de multiples lustres 
Ils traînaient une existence errante à la manière des bêtes. 
Il n'y avait pas de robuste paysan pour diriger la courbe de la charrue, 
Personne ne savait avec le fer ameublir les champs, 
Ni planter dans la terre les pousses nouvelles, ni, sur les grands arbres, 
Enlever les vieilles branches à la serpe.
   Quod sol atque imbres dederant, quod terra crearat
sponte sua, satis id placabat pectora donum.
  Ce qu'avaient donné le soleil et les pluies, ce que la terre avait produit, 
Toute seule, c'était un présent suffisant à contenter leur cur.
   Glandiferas inter curabant corpora quercus
plerumque; et quae nunc hiberno tempore cernis
arbita puniceo fieri matura colore,
plurima tum tellus etiam maiora ferebat.
Multaque praeterea nouitas tum florida mundi
pabula dura tulit, miseris mortalibus ampla.
  C'est parmi les chênes donneurs de glands qu'ils se nourrissaient, 
Le plus souvent ; et il y avait les fruits que l'on voit de nos jours en hiver, 
Sur l'arbousier, mûrir empourprés : 
La terre les portait alors en abondance et plus beaux encore. 
A profusion, la floraison du monde neuf produisait 
D'autres dures nourritures, c'était amplement assez pour de misérables mortels.
 945 At sedare sitim fluuii fontesque uocabant,
ut nunc montibus e magnis decursus aquai
claricitat late sitientia saecla ferarum.
Denique nota uagis siluestria templa tenebant
nympharum, quibus e scibant umore fluenta
lubrica proluuie larga lauere umida saxa,
umida saxa, super uiridi stillantia musco,
et partim plano scatere atque erumpere campo.
  Pour la soif, ils répondaient à la voix des rivières et des sources, 
Comme de nos jours, des hautes montagnes,  les chutes d'eau 
Clairsonnantes invitent au loin les générations d'animaux altérés. 
De leurs errances enfin ils possédaient science du domaine des nymphes, 
Dans les forêts ; ils savaient que de là des flots d'eau 
Glissent en large nappe baignant les roches humides, 
- Les roches humides avec au-dessus des gouttes de verte mousse - 
Et que d'autres sources jaillissent dans la plaine et surgissent aux champs.
   
  Lecture : M.T.
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