Une séquence de latin en classe de troisième
« La mort de Britannicus »


Les bases de ce travail, c’est-à-dire les textes supports, ont été fournis lors d’un stage de formation sur les langues anciennes animé par Monique CARNET. La présentation sous une forme plus attractive et plus proche des goûts des élèves moins motivés, celle de l’enquête policière, a été proposée par Denis FERLIN.

 

Objectifs  

-  Faire découvrir, sous forme d’enquête, la mort de Britannicus et le cynisme de Néron (au cours du 2ème trimestre, après avoir étudié César et Auguste).
-  Réécrire avec changement de point de vue ou de registre.

Supports

Annales ( XIII, 15 à 17 ) de TACITE
Britannicus ( IV, 4 et V, 5 ) de  RACINE
Mémoires d’Agrippine ( pages 354 à 357 ) de Pierre GRIMAL.

Durée 

5 séances (soit 6 à 8 heures, selon la classe).
TEXTES
MODALITÉS
ACTIVITÉS
1. Les préparatifs du crime.

Texte 1 : TACITE ( 15 - 16 )

Texte 2 : RACINE ( IV, 4 )

Texte 3 : GRIMAL ( p. 354-355 )

Travail de groupes ( 1 H ) - Recherche des protagonistes, 
rôle et liens de parentés.

- Mobiles du meurtre.

- Recherche, dans le texte 1, du champ lexical du crime et de ses armes ( fçs/ latin ).

2. Le crime est commis …

Texte 4 : TACITE ( 16 - 17 )

Texte 5 : RACINE ( V, 5 )

Texte 6 : GRIMAL ( p. 356-357 )

Travail de groupes 
( 1 à 2 H, selon le niveau de la classe et si l’imparfait du subjonctif a déjà été vu).
- Circonstances : recherche du champ lexical( fçs/ latin) correspondant).

- Réactions de l’entourage.

- Traductiondes passages non traduits.( Grammaire :passif impersonnel )

- Traduction dernière ligne :
effet produit ?

3. Et après le crime…

Les 6 textes

Travail personnel ( 1 H ) - Texte le plus objectif : raisons? 

- Le plus subjectif : raisons ?

- Quel texte est préféré ?

4. Et maintenant… Travail de groupes
(2 à 3 H, selon les inspirations)
- Imaginer que Néron raconte, à son tour cet assassinat…

- ou bien proposer un article de journal ( voir ici quelques exemples )

5. Evaluation - de groupes : sur la séance 4 ;
- individuelle : devoir bilan.
  • Révision préalable : 

  • - vocabulaire du meurtre et de la nourriture ; 
    - subjonctif imparfait ;
    - passif impersonnel.
  • Retraduction de certains passages.
  • DOCUMENTS

    TEXTE 1

     N.B. On peut télécharger l'ensemble 
    des documents ci-dessous en format *pdf (19 Ko)
    Turbatus his Nero et propinquo die quo quartum decimum aetatis annum Britannicus explebat, volutare secum modo matris violentiam modo ipsius indolem, levi quidem experimento nuper cognitam, quo tamen favorem late quaesivisset.  ………, troublé par ces propos et voyant apparaître le jour où ………………aurait quinze ans accomplis, réfléchit tantôt à la violence de sa mère, tantôt au caractère de ……………… qui s’était révélé récemment, au cours d’une petite expérience, suffisante pour valoir à celui-ci de larges sympathies.
    Festis Saturno diebus, inter alia aequalium ludicra regnum lusu sortientium, evenerat ea sors Neroni ; igitur ceteris diversa nec ruborem allatura : ubi Britannico jussit exsurgeret progressusque in medium cantum aliquem inciperet, irrisum ex eo sperans pueri sobrios quoque convictus, nedum temulentos, ignorantis, ille constanter exorsus est carmen, quo evolutum eum sede patria rebusque summis significabatur. Unde orta miseratio manifestior " ! yuia dissimulationem nox et lasciva exemerat.  Aux fêtes des Saturnales, parmi d’autres jeux pratiqués entre camarades qui tiraient au sort la royauté, celle-ci était échue à ……….. . Il avait donné à d’autres divers ordres, qu’ils n’avaient pas à rougir d’exécuter ; puis il commanda à …………. de s’avancer au milieu du groupe et de chanter ; il espérait ainsi faire rire de l’enfant qui n’avait pas l’habitude des réunions sobres, à plus forte raison de celles où l’on s’enivrait. Celui-ci d’une voix ferme commença un poème qui laissait entendre qu’il avait été chassé de la demeure paternelle et du souverain pouvoir. Ce chant suscita une compassion trop manifeste du fait que la nuit et l’excitation du plaisir avaient banni toute dissimulation.
     Nero, intellecta invidia, odium intendit, urgentibusque Agrippinae minis, quia nullum crimen neque jubere caedem fratris palam audebat, occulta molitur, pararique venenum jubet, ministro Pollione Julio, praetoriae cohortis tribuno, cujus cura attinebatur damnata veneficii nomine Locusta, multa scelerum fama. Nam, ut proximus quisque Britannico neque fas neque fidem pensi haberet, olim provisum erat.  ……….. comprit l’odieux de sa conduite ; sa haine s’en accrut ; les menaces d’…………….. le pressaient . Mais il n’avait aucun grief à faire valoir contre …………….. et n’osait ordonner publiquement son exécution. Il prépare donc un coup sournois, caché et ordonne de préparer du poison : il était secondé par ……….. ……………, tribun d’une cohorte prétorienne, qui avait la garde de ……………, inculpée d’empoisonnement, femme célèbre par ses crimes ? Car on avait pourvu depuis longtemps à ce que tout l’entourage de ……………… n’eût ni foi ni loi.
    Primum venenum ab ipsis educatoribus accepit, tramisitque exsoluta alvo, parum validum sive temperamentum inerat ne statim saeviret. Sed Nero, lenti sceleris impatiens, minitari tribuno, jubere supplicium veneficae, quod, dum rumorem respiciunt, dum parant defensiones, securitatem morarentur. Promitentibus dein tam praecipitem necem quam si ferro urgeretur, cubiculum Caesaris juxta decoquitur virus, cognitis antea venenis rapidum.

    Tacite, Annales, XIII, 15 - 16

    Il reçut le premier poison de ses propres pédagogues, mais celui-ci passa par le flux du ventre, soit qu’il fût peu énergique, soit qu’on l’eût mélangé pour que son action ne fût pas instantanée. Mais ……………, exaspéré de la lenteur apportée au crime, se répand en menaces contre le tribun, ordonne l’exécution de l’empoisonneuse : " Ils songeaient, disait-il, à la rumeur publique, se préparaient des moyens de défense et en attendant retardaient sa sûreté. " Ils lui promettent alors une mort aussi rapide que si on la donnait d’un coup d’épée, et le produit foudroyant est préparé près de la chambre de …………. au moyen de poisons déjà expérimentés.

     

    TEXTE 2

     
    Narcisse, confident de Néron, parle à celui-ci :
    Seigneur, j’ai tout prévu pour une mort si juste :
    Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste
    A redoublé pour moi ses soins officieux :
    Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ;
    Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie,
    Que le nouveau poison que sa main me confie.
    Racine , Britannicus, IV, 4

     

    TEXTE 3

     
               Nero avait peur. Peur de perdre son pouvoir, mais peut-être ses craintes allaient-elles au-delà de ce qu’il éprouvait pour lui-même. Comme moi autrefois, comme tous ceux qui avaient eu, à quelque moment, la responsabilité de l’Empire il retrouvait la grande terreur des Romains, celle de la guerre civile. Cela, je le comprenais fort bien. C’était cette peur qui avait maintenu au pouvoir les princes qui s’étaient succédé. Une idée s’était fait jour depuis le temps d’Auguste : que les Destins condamnaient toute chose à périr, les cités et les Empires aussi bien que les mortels, qu’il surgirait toujours un ennemi pour consommer leur perte. Mais la puissance de Rome défiait n’importe quel ennemi. Pour que le destin s’accomplît, il fallait que Rome se déchirât de ses propres mains à elle, qu’elle tournât ses propres forces contre elle-même. Ce qui s’était effectivement produit lorsque Pompée et César s’étaient affrontés. Un miracle avait fait que notre perte ne s’en était pas suivie. Etait-elle seulement différée ?
              Tout cela, je le comprenais fort bien et je ne me reprochai d’avoir ravivé de vieilles terreurs. Mes paroles, dictées par la colère, avaient éveillé trop d’échos. Et puis, il y avait eu une imprudence de Britannicus lui-même, qui n’avait fait qu’empirer les choses. Cela se passa au cours d’un dîner de fête, pendant les Saturnales qui avaient suivi la mort de Claude. Nero jouait avec les autres jeunes gens à ce jeu traditionnel en la fin de l’année, qui consiste à tirer au sort un roi du festin. Nero avait été désigné. A ce titre, il ordonnait à chacun de ses compagnons d’accomplir tel ou tel acte, le plus souvent plaisant, qui ne risquait de choquer personne. Quand vint le tour de Britannicus, son frère lui demanda de s’avancer au milieu de la sale et de se mettre à chanter. Pourquoi eut-il cette idée, je ne sais.Peut-être parce que, grand amateur de chant lui-même, il se plut à établir entre Britannicus et lui une comparaison qui serait tout à son avantage. Quoi qu’il en soit, Britannicus obéit ; il se leva et, entre les lits de table, prit l’attitude d’un acteur. Il choisit alors de chanter un canticum de théâtre où il était question d’un jeune prince qu’une guerre malheureuse avait chassé du rang qui lui appartenait. Exilé, infortuné, dépouillé de tout, ce prince de légende disait ses malheurs. La ressemblance entre cette situation et celle de Britannicus lui-même fut évidente à tous. Ce chant fut écouté dans le plus profond silence et avec une vive émotion. Quelques-uns des jeunes gens versèrent même des larmes. Il était clair que tout le monde plaignait le jeune prince, celui du canticum , mais aussi le chanteur lui-même. Il fallut quelque temps avant que la gaieté revînt parmi les convives.
           L’impression que cet incident avait produite sur Nero fut probablement décisive. Sur le moment, il resta silencieux et se contenta de féliciter son frère pour son talent de chanteur. Mais ce fut probablement en cet instant même qu’il se résolut au crime. Moins de deux mois plus tard il l’exécuta, dans les conditions que j’ai dites. Il s’assura pour cela les services de Lucusta, que nous tenions toujours prisonnière dans la prison du palais. Il exigea d’elle qu’elle lui remît un poison foudroyant, qui ne laissât à son frère aucune chance de survivre, la menaçant, si elle n’obéissait pas, de la faire mettre aussitôt à mort. Cette fois encore Lucusta sauva sa vie.
     
    Pierre Grimal, Mémoires d’Agrippine, p. 354-355.

     
    Et si tu menais l’enquête… ?
    1. LES PREPARATIFS :  Lis les différents textes proposés puis réponds aux questions posées.

    a) Relève, dans le texte latin, les protagonistes. Remplis, dans la traduction, les trous correspondants.
    b) Qui est le meurtrier ?
    c) Qui est la victime ?

    d) Quel est le rôle de chacun des personnages ?
    e) Quels sont les liens de parenté des trois personnages principaux ?
    f) Quels sont les mobiles du meurtre ?
    g) Relève, dans le texte 1, le champ lexical du crime et de ses armes, puis donne son correspondant en latin.

     

    TEXTE 4

     
    Mos habebatur principum liberos cum ceteris idem aetatis nobilibus sedentes vesci, in aspectu propinquorum, propria et parciore mensa. Illic epulante Britannico, quia cibos potusque ejus delectus ex ministris gustu explorabat, ne omitteretur institutum aut utriusque morte proderetur scelus, talis dolus repertus est.   
    Innoxia adhuc ac praecalida et libata gustu potio traditur Britannico ; dein,  Une boisson encore inoffensive, trop chaude, et préalablement goûtée, est remise à Britannicus ; puis
    postquam fervore aspernabatur, frigida in aqua affunditur venenum, quod ita cunctos ejus artus pervasit ut vox pariter et spiritus raperetur.   
    Trepidatur a circumsedentibus : diffugiunt imprudentes ; at quibus altior intellectus, resistunt defixi et Neronem intuentes. Ille, ut erat reclinis et nescio similis, solitum ita ait per comitialem morbum, quo prima ab infantia afflictaretur Britannicus, et redituros paulatim visus sensusque.  L’affolement se met dans l’entourage ; ceux qui ne comprennent pas s’enfuient de tous côtés ; mais ceux dont l’esprit est plus vif demeurent, les yeux fixé sur Néron. Celui-ci reste couché, feignant l’ignorance et dit que c’était sa crise habituelle d’épilepsie : «  Britannicus en était affligé depuis sa première enfance et bientôt la vue et le sentiment lui reviendraient. »
    At Agrippinae is pavor, ea consternatio mentis, quamvis vultu premeretur, emicuit ut perinde ignaram fuisse atque Octaviam, sororem Britannici, constiterit : quippe sibi supremum auxilium ereptum et parricidii exemplum intellegat. Octavia quoque, quamvis rudibus annis, dolorem, caritatem, omnes affectus abscondere didicerat.  Quant à Agrippine, sa peur , l’agitation de son esprit étaient telles, bien qu’elle s’efforçât de n’en rien faire paraître sur son visage, qu’elle n’était manifestement pas plus au courant qu’Octavie, sœur de Britannicus ; car elle comprenait que son dernier appui lui était enlevé et que c’était là le premier pas de Néron dans le parricide. Octavie, quoique à un âge sans expérience, avait appris à cacher son chagrin, ses affections, tous ses sentiments. 
    Ita post breve silentium, repetita convivii laetitia.
    Tacite, Annales, XIII, 16
     
    mos habetur : c’est l’usage que + prop. infinitive ;
    princeps, principis, m : empereur ; 
    aetas, aetatis, f : äge ; vescor, eris, vesci : manger ;
    aspectus, us,m : regard, vue ; 
    propinqui, orum, m : parents, proches ;
    mensa, ae, f : table, service ; illic : là ;
    epulo, as, are : manger, faire un repas ;
    cibus, i, m : nourriture ; potus, us, m : boisson ;
    delectus, i, m : quelqu’un choisi ( ex : parmi ) ;
    omitto, is, ere : oublier, omettre ;
    institutum, i, n :  règle établie ;
    prodo, is, ere :  montrer, trahir ;
    uterque, utraque, utrumque : chacun des deux ;
    dolus, i, m : ruse, stratagème ;
    reperio, is, ire, reperi, repertum : trouver, inventer ;
    fervor, oris, m : chaleur ; 
    aspernor, aris, ari : repousser; ita…ut : si bien que;
    pervado, is, ere vasi : pénétrer, entrer ;
    pariter :  en même temps, d’un même coup ;
    rapio, is, ere, rapui : enlever, ôter .

     

    Texte 5

     
    Burrhus rapporte ceci à Agrippine :
    Ce dessein s’est conduit avec plus de mystère :
    A peine l’empereur a vu venir sons frère,
    Il se lève, il l’embrasse, on se tait ; et soudain
    César prend le premier une coupe à la main :
    « Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices,
    Ma main de cette coupe épanche les prémices,
    Dit-il ; dieux, que j’appelle à cette effusion,
    Venez favoriser notre réunion. »
    Par les mêmes serments Britannicus se lie.
    La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie ;
    Mais ses lèvres à peine en ont troublé les bords,
    Le fer ne produit point de si puissants efforts,
    Madame : la lumière à ses yeux est ravie ;
    Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.
    Jugez combien ce coup frappe tous les esprits :
    La moitié s’épouvante et sort avec des cris ;
    Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage
    Sur les yeux de César composent leur visage.
    Cependant sur son lit il demeure penché,
    D’aucun étonnement il ne paraît touché :
    « Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence
    A souvent, sans péril, attaqué son enfance. »
    Narcisse veut en vain affecter quelque ennui,
    Et sa perfide joie éclate malgré lui.
    Pour moi, dût l’empereur punir ma hardiesse,
    D’une odieuse cour j’ai traversé la presse ;
    Et j’allai, accablé de cet assassinat,
    Pleurer Britannicus, César et tout l’Etat.
    Racine, Britannicus, V, 5

     

    Texte 6

     
             Britannicus mourut comme si son existence avait été tranchée par une épée. Nero n’eut pas, pour administrer à son frère la dose fatale, les difficultés que j’avais rencontrées lorsqu’il s ‘était agi de Claude. Il se trouva, par une sorte d’étrange justice, que j’avais pourvu moi-même à lui en donner les moyens lorsque, par mes soins, l’entourage de Britannicus avait été formé de personnages peu scrupuleux, et prêts à tout. Ce furent ses précepteurs eux-mêmes qui lui firent boire le vin empoisonné. ainsi le crime, que mes précautions avaient rendu possible et dont j’espérais, lorsque je les prenais, en faire bénéficier Nero, fut commis par Nero lui-même, et contre moi.
             Personne, ni au palais ni même dans la ville, n’eut le moindre doute sur la cause réelle de cette mort. Au demeurant, les gens du prince n’avaient guère pris de précautions pour la dissimuler. Circonstance qui ne passa pas inaperçue, les funérailles de Britannicus eurent lieu le soir même de sa mort, après la tombée de la nuit, et il apparut que tous les préparatifs nécessaires avaient été accomplis déjà au cours de la soirée, à une heure où le jeune prince était encore vivant ! Le bûcher funèbre avait été préparé à l’emplacement réservé à cet effet dans l’enclos du tombeau d’Auguste, et c’est dans le monument de ce dieu que furent déposées les cendres de celui qui était l’un de ses petits-neveux.
              Il s’en fallut de peu que le bûcher funèbre ne pût être allumé. Le temps était épouvantable. Nous étions au début de février, à la saison où se produisent tant d’averses violentes . Celle de ce soir-là précipita sur la Ville non seulement des torrents d’eau, mais aussi des rafales de neige, tandis que des éclairs parcouraient le ciel et que se faisait entendre le tonnerre. La colère divine semblait évidente. Contre qui était-elle dirigée ? Etait-ce contre Nero lui-même, en raison du crime ? Ou, plus grave encore, contre Rome, théâtre de telles abominations, et qui les tolérait ? Contre moi, peut-être, qui en avais précipité l’exécution ? Mais s’agissait-il vraiment de colère ?  Peut-être les divinités voulaient-elles seulement marquer la fin de la famille des princes issus de Livie et, par elle, des Claudii. Du moins je me le persuadai. Contre moi, contre mes tentatives pour ramener mon fils à plus de complaisance à mon égard, les dieux nous signifiaient que seul comptait désormais pour eux Nero, issu du sang de Julia et, par elle, de celui d’Auguste. Les éclats du tonnerre que l’on avait entendus ce soir-là marquaient ni le désaccord ni la colère des dieux mais sanctionnaient le retour définitif et sans contestation possible du pouvoir impérial à cette branche des Julii dont Nero était le seul représentant, depuis que Silanus avait péri. En faisant mourir Claude puis Silanus, j’avais œuvré pour les Destins. Nero lui-même avait mis le sceau final sur mon ouvrage en empoisonnant Britannicus.
              C’est ainsi que je me rassurai. De son côté Nero adressait aux citoyens un message dans lequel il expliquait que, si les funérailles de son frère avaient été célébrées sans délai, et pendant la nuit, la raison en était la coutume ancienne voulant que les obsèques d’un être jeune soient soustraites à la lumière du jour et ne comportent ni cortège ni éloge funèbre. Nero concluait en déplorant d’avoir été privé du secours que son frère aurait pu lui apporter dans l’administration de l’Empire et en demandant au sénat et au peuple de l’entourer lui-même de leur affection. Il ajoutait, à la fin du message, qu’il était d’autant plus à plaindre qu’il restait le seul représentant d’une famille destinée à assumer le rang suprême dans l’Etat. Cette conclusion me plut tout particulièrement. Elle proclamait ce que j’avais toujours revendiqué, ce droit divin de ma race à régir l’Empire et l’univers. Elle soulignait habilement qu’il n’y avait plus aucune place dans l’Etat pour un rival, ce qui signifiait que la paix civile était revenue, que, grâce à l’empereur, la cauchemar qui hantait les Romains était exorcisé.
    Pierre GRIMAL, Mémoires d’Agrippine, p. 356-357.

     
     
    2. LE CRIME EST COMMIS …

    a) Les circonstances : 
    - où ?
    - comment ? Relève le champ lexical ( français puis latin ) correspondant à cela.
    b)   Réactions de l’entourage ? 
    c)  Traduis les passages non traduits puis la dernière ligne.
    d)  Quel effet produit cette dernière ligne ?

    3.  ET APRES LE CRIME ?…

    a) Quel texte te paraît le plus objectif ? Pourquoi ?
    b) Quel texte te paraît le plus subjectif ? Relève les termes qui t’ont aidé.
    c) Lequel préfères-tu ? Pourquoi ?
    d) Et maintenant

    -  imagine que Néron raconte, à son tour, cet assassinat…
    -  ou bien propose un article de journal relatant cet assassinat…


     
    Quelques exemples des travaux d’élèves :
    - Un simple récit de la part de Néron ( changement de point de vue ) ;
    - Un article paru dans « Rome – Match »  ( changement de registre ) ;
    - Un questionnaire de « Qui veut gagner des sesterces ? » : les réponses proposées retraçaient les épisodes étudiés et les élèves ont joué ce sketch ;
    - Un journal télévisé auquel participaient des sénateurs présents lors du décès, comme « Raymondus Barrix »…
    - Une émission de télévision intitulée « C’est mon choix », avec comme thème du jour : «  J’ai tué mon frère et j’en sui fier ! », émission recréée pour l’occasion par les élèves…
    - Une bande dessinée humoristique retraçant ce crime, avec pensées grinçantes de Néron ;
    - Un avis de recherche du meurtrier, style « Far West », avec récompense en sesterces…
    Denis Ferlin

     
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