Travail coopératif
en terminale
 


De la traduction au commentaire

Traduire et commenter un extrait de Pétrone en groupes pour faciliter l’appropriation et préparer l’oral de l’épreuve facultative


Le travail collaboratif a été expérimenté ici dans le cadre d’une séquence de terminale consacrée à l’œuvre au programme depuis l’an dernier, Le Satiricon de Pétrone. Il s’agit de notre deuxième séquence (la première était constituée de deux extraits de Lucrèce et d’un extrait de Sénèque / Interrogations philosophiques : Epicurisme et Stoïcisme). La classe est composée de 32 élèves qui ont tous commencé le latin au collège.


Séquence II : Satiricon, Pétrone : « Le festin chez Trimalcion » (chapitres XXVII-LXXVIII)

Texte 1 : « Trimalcion se donne en spectacle : un philosophe et un poète ? » (Chapitre XXXIV)

« Jam Trimalchio eadem omnia lusu intermisso poposcerat  […] Ergo vivamus, dum licet esse bene. »

 

Texte 2 : « Fortunata et Trimalcion : un couple bien assorti» (Chapitres XXXVII-XXXVIII)

« Non potui amplius quicquam gustare […] meliusculae a Graeculis fient. »

 

Texte 3 : « La colère d’un affranchi : Tu t’es juste donné la peine de naître !» (Chapitre LVII)

« Quid rides, inquit, berbex? […] cujus pluris erat unguis quam tu totus es. »

 

Texte 4 : « Trimalcion, un homme qui s’est fait tout seul » (Chapitres LXXV-LXXVI)

« Tam magnus ex Asia veni, quam hic candelabrus est. […] et coepi libertos fenerare. »

 

Nous avons choisi de décrire notre démarche à partir du travail réalisé sur le Texte 2 de la Séquence.

Document 1 /« Un couple bien assorti : Fortunata et Trimalcion »

Texte 2 de la Séquence / Extrait des chapitres 37-38, Satiricon, Pétrone  + Traduction de Charles Héguin de Guerle  (1861)

Séances 1, 2 et 3 : Traduire en groupes avec dictionnaires  (3 heures consécutives, soit une semaine)

Les élèves se répartissent par groupes de quatre (32 élèves en terminale cette année, soit huit groupes). Dans ce cas précis, les élèves ont pu choisir les personnes avec lesquelles ils souhaitaient travailler. Ici, l’extrait proposé est assez facile à comprendre. Quand le texte est plus complexe, nous proposons plutôt des groupes de niveau en laissant les meilleurs en autonomie afin de pouvoir aider davantage les plus fragiles.

Le texte est distribué avec une traduction littéraire (ici, celle d’Héguin de Guerle, plus classique et plus littérale que celle d’Olivier Sers qui recherche davantage l’oralité). La traduction est lue à voix haute par un élève pendant que les autres suivent le texte latin. L’objectif est de re-traduire littéralement le texte de Pétrone, au plus près du texte latin, sans rechercher ni l’élégance, ni l’expressivité. Chaque groupe dispose de deux dictionnaires. Un élève (le secrétaire du groupe) est chargé de mettre au propre sur feuille la version finale tandis que les autres travaillent au brouillon ; un autre élève se charge d’établir la liste des mots de vocabulaire recherchés, dans l’ordre de la découverte.* Les rôles sont en général fixes pendant l’heure mais peuvent changer lors de la séance suivante. Le professeur circule entre les groupes, répond aux questions, apporte des précisions sans toutefois donner la traduction. Quand une aide est apportée aux groupes les plus rapides (sur un point de grammaire, sur le vocabulaire ou sur la compréhension du contexte), elle est notée au tableau pour faire gagner du temps aux autres groupes et, surtout, pour réguler les interventions.

A la fin de chaque heure, le travail effectué par les différents groupes est ramassé et corrigé afin que les élèves puissent mesurer leur progression dans le texte et accélérer un peu le rythme quand ils se rendent compte, au début de l’heure suivante, qu’ils ont pris du retard par rapport aux autres groupes. Ils peuvent également prendre le temps de corriger leurs fautes  pour augmenter le nombre de mots traduits.

Au bout de trois heures une note globale est attribuée à chaque groupe en fonction du nombre de mots justes traduits en trois heures.

* Il serait possible de leur fournir une liste de vocabulaire pour gagner du temps mais cette recherche, parfois laborieuse, leur permet de s’entraîner pour la version improvisée qui leur sera proposée à l’oral (il arrive que les élèves de terminale ne sachent plus leur alphabet ou se montrent incapables de retrouver un mot dans le dictionnaire à partir de la forme rencontrée dans le texte).

 

Document 2 : Corrigé de la traduction littérale du texte (juxtalinéaire)

+ Découpage en phrases (ou en séquences pour les phrases longues) afin de faciliter la compréhension du texte latin et la mémorisation

Séance 4 et 5 : Correction de la traduction littérale en classe complète + pistes de commentaire            (2 heures)

La correction est effectuée en classe complète car les élèves doivent à ce moment évaluer leur compréhension « individuelle » du texte, sans l’aide de leurs camarades. Ils peuvent s’appuyer sur une traduction juxtalinéaire (phrase par phrase, en « paysage » /verbes conjugués en caractères gras et soulignés / voir Document 2) qui leur permet de visualiser la structure de la phrase latine. Une traduction de chaque phrase est effectuée à l’oral (si possible, par des élèves volontaires) avec reprise des mots latins, comme à l’oral du baccalauréat pour les entraîner à l’exercice. Il arrive en effet que les élèves apprennent par cœur la traduction littérale mais sans avoir réellement regardé le texte latin. Ils sont alors généralement incapables de « reprendre » les mots latins correspondant à leur traduction lors de l’interrogation orale et sont pris de panique. Cet entraînement oral leur fait prendre conscience de la nécessité de « comprendre » ce qu’on mémorise.

Les formes et les constructions difficiles (subordonnées entre crochets, formes verbales, tournures complexes…) sont analysées au tableau à la demande des élèves.

Des pistes de commentaire sont proposées au tableau à partir des remarques des élèves (ici, un plan en deux parties qui correspond à l’ordre du texte et aux portraits des deux personnages faits par un affranchi habitué des festins organisés par le maître de maison après qu’Encolpe l’a interrogé sur l’identité de Fortunata).

 

Document 3 / Plan de commentaire proposé, à compléter par des citations

Séance 6 : Préparer le commentaire par groupes (par deux, pour éviter de déplacer les tables)

Les élèves, ici  par groupes de deux, complètent le plan proposé par des citations en latin qu’ils doivent être capables non seulement de traduire mais d’interpréter, d’analyser et de commenter individuellement. Deux élèves volontaires vont au tableau compléter le plan par des citations en latin. Les autres corrigent ou complètent ensuite le tableau (ici, en deux parties / voir Document 3).

 

Document 4 / Corrigé du plan de commentaire complété

Déposé sur le cahier de texte numérique à l’issue de la Séance 6

 

Document 5 / Devoir de synthèse : Traduction + Analyse + Commentaire

Séance 7 : DS sur Texte 2 (1h, avec dictionnaires)

En fin de parcours, la semaine suivante par exemple, afin de laisser aux élèves le temps de mémoriser le texte et le commentaire, un devoir de synthèse est proposé pour vérifier la compréhension individuelle et surtout, pour faciliter la mémorisation à chaque étape de la Séquence (certains élèves pensent pouvoir mémoriser l’ensemble de la Séquence en fin de parcours, ce qui explique qu’ils « oublient » le texte latin entre temps).

Ce devoir évalue les différentes compétences mises en place au fil du processus à la fois sur la traduction et le commentaire.

 

 

Entraînement à l’oral par groupes

Quand nous avons terminé l’étude de deux ou trois textes, nous organisons un oral « blanc » par groupes qui permet aux élèves de tester la mémorisation de plusieurs textes, la capacité à restituer ses connaissances dans les conditions de l’examen.

30 minutes de préparation (dictionnaires à disposition) :

-          Traduction d’un tiers du texte environ avec reprise des mots latins

-          Commentaire de l’ensemble du texte avec citations en latin

-          Improvisée avec traduction

Les élèves sont répartis par groupes de quatre autour de chaque table (cette fois, les groupes sont définis par le professeur). Les textes révisés sont distribués avec la partie à traduire en caractères gras et l’extrait de l’improvisée. Les élèves qui sont à la table ont le même extrait et se préparent à être interrogés. Au bout de ce temps de préparation, le nom de l’élève qui présentera son oral est tiré au sort. Chacun des trois autres dispose d’une fiche d’évaluation avec un barème précis. L’oral dure 15 minutes environ (introduction + traduction de l’extrait + commentaire + improvisée). Dans les 10 minutes qui restent, les élèves « interrogateurs » aident l’élève « interrogé » à corriger ses fautes, le conduisent à préciser certains points, se mettent d’accord sur une note et lui donnent des conseils par écrit. Cette façon de procéder nous permet d’interroger huit élèves en une heure. Les élèves sont d’autant plus attentifs qu’ils viennent de préparer leur propre oral au brouillon et peuvent s’identifier à l’élève interrogé. Ils prennent alors conscience de la nécessité de mémoriser le texte latin pour avoir le temps de préparer leur commentaire et de regarder l’improvisée.

 

Pour conclure…

Le travail collaboratif présente de nombreux avantages en terminale :

              Il permet d’abord de gagner du temps car un texte comme cet extrait de Pétrone prendrait au moins 5 à 6 heures de traduction en classe complète : les phrases auraient été écrites au tableau et analysées, la traduction aurait été plus progressive et essentiellement proposée par les élèves les plus rapides et les plus actifs en cours. Ici, la traduction est certes plus informelle, parfois maladroite, l’analyse est moins systématique mais chaque élève a lu et s’est efforcé de comprendre le texte latin.

 

 

          Il permet ensuite de faciliter l’appropriation et évite que les élèves discrets, mal organisés, plus lents ou plus passifs attendent des réponses proposées par les meilleurs et se contentent d’apprendre par cœur un texte ou un commentaire qu’ils n’ont pas compris. Chacun a participé, à son niveau, à la construction du sens, a au moins lu le texte latin, cherché du vocabulaire, a commencé inconsciemment le travail de mémorisation (essentiel en terminale), a été évalué à chaque étape, collectivement ou individuellement.

 

 

                 Il permet enfin de rendre les élèves plus autonomes, de les responsabiliser dans l’organisation de leurs révisions des textes présentés à l’oral du baccalauréat. Il les aide également à s’approprier le « protocole » en détails, leur apprend à gérer leur temps (autant pendant la préparation que lors de l’oral lui-même).

    Florence Marchand

 


 
   
 
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