Bulletin N° 16
décembre 2014
 
SOMMAIRE du numéro 16
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  • Éditorial
  • Marie-Anne : Au re-voir
  • Le baccalauréat 2014 : Bilan
  • Sur l'agenda : La 8ème journée académique des Langues anciennes - mercredi 25 février 2015
  • Idées :
    • Dynamisme des langues anciennes et créativité dans les établissements - Quelques exemples :
  • L'histoire des mots 
  • Dans la classe et pour le professeur
  • Sorties et ouvertures pédagogiques ...  
  • La rubrique des lecteurs 
  • Le sommaire de tous les numéros parus
  • * * *
    Éditorial
        Bulletin : « petit écrit délivrant une information », selon le Dictionnaire Historique de la Langue française d'Alain Rey. Commençons donc par des nouvelles de notre discipline.
        Quelques données chiffrées tout d'abord. Pour le lycée, vous trouverez ci-dessous les résultats obtenus en langues anciennes par les candidats au baccalauréat, dans notre académie. En collège, la situation reste extrêmement variable selon les établissements. La pérennité de nos options se heurte aux difficultés de recrutement : seize professeurs de Lettres classiques ont fait valoir leurs droits à la retraite entre septembre 2013 et septembre 2014. Parallèlement, nous accueillons cette année cinq stagiaires de Lettres classiques. Les professeurs de langues anciennes sont donc de plus en plus souvent isolés, surtout en collège, et ce bulletin a précisément pour rôle de rompre cet isolement. Il se veut un lieu d'échange et accueille les propositions didactiques de chacun.
        Les difficultés de recrutement se répercutent également sur les remplacements : problématiques en lettres, ils sont encore plus hasardeux en langues anciennes. Le Rectorat a donc été amené à faire appel à des professeurs de Lettres modernes ; une formation est proposée depuis deux ans à ceux d'entre eux qui se trouvent dans une telle situation. Ces enseignants permettent de maintenir le latin dans certains collèges et d'assurer un vivier pour le recrutement en lycée.
        Car c'est toujours la faible poursuite de l'option en lycée qui pose question. La fonte des effectifs est alors impressionnante. Les établissements qui résistent le mieux sont souvent ceux qui ont réussi à mettre en place un échange véritable avec les collèges de leur secteur. Les Olympiades et autres opérations communes démontrent l'investissement et l'inventivité dont vous savez faire preuve pour convaincre et séduire les hésitants. Par ailleurs, les pratiques de classe se modifient peu à peu : le travail par compétences se développe et la civilisation retrouve la place raisonnable qui doit être la sienne. Pour que le latin démontre sa légitimité, il faut en effet que les élèves perçoivent clairement les bénéfices qu'ils tirent de cet enseignement ; seul l'apprentissage de la langue permet de distinguer nos matières des cours d'histoire ou de français. Ce recentrage sur la langue se traduit en particulier par une attention accrue et bienvenue portée au lexique et à l'étymologie, ce qui vivifie et irrigue la pratique du français.

        Appliquons d'ailleurs pour finir ce questionnement étymologique à notre « bulletin ». On rattache le mot à la bulla, bulle d'air d'abord puis médaillon des enfants romains. Au-delà encore, on remonte à la racine indo-européenne « bhlê » qui exprime l'idée de « souffler ». Je terminerai donc en espérant que ce Bulletin des Langues anciennes apporte un souffle d'air frais, qu'il soit pour vous source d'inspiration et vous insuffle une belle énergie.
    Marie-Laurence Kieffer, IA-IPR de Lettres


    Chers collègues, au revoir
        Mon tour est venu de quitter mes fonctions d’enseignante et de professeur chargé de mission auprès de l’Inspection des Lettres. Au moment de ce départ, je veux vous remercier tous pour votre travail et votre collaboration dans la mise en œuvre du Bulletin des langues anciennes et dans les différentes activités que nous avons pu mener ensemble.
    Nous diffusons aujourd’hui le numéro 16 !
        Lorsque, par une première journée académique des langues anciennes, nous avons, avec Madame Pierrel, lancé ce projet -ce défi ! -, nous savions combien nous pouvions compter sur le dynamisme des professeurs de langues anciennes. Au-delà du bulletin, nous avons pu mettre en place avec Marcel Tardioli la liste de diffusion qui nous permet de communiquer facilement, des formations plus variées, des journées d’Olympiades qui essaiment maintenant dans l’académie, et, sous l’impulsion de Dominique Pierrel, le défi étymologique sponsorisé par le CME. Je tiens à saluer ici l’investissement de Madame Pierrel tout au long de ces années, les compétences et le dévouement de Marcel Tardioli qui gère depuis 15 ans notre site et en a créé la notoriété puisqu’il est l’un des plus fréquentés.
        Au moment de vous quitter, je vous redis le plaisir et la richesse que m’a apportés cette mission de formation et de communication auprès de vous, forte de ma conviction que les langues anciennes sont un trésor à transmettre et qu’elles représentent une valeur solide dans la société que nous construisons.
        Satisfaite de ce que nous avons mené ensemble, je suis heureuse  de remettre le flambeau à des personnes riches de qualités pédagogiques et humaines, Murielle Pavué, professeur au collège de Guénange, qui a pris les fonctions de chargée de mission  depuis quelques années et Florence Marchand, professeur au lycée de Toul, que beaucoup connaissent déjà, deux formatrices dont l’enthousiasme autant que la foi sauront faire vivre notre matière.
    Je vous souhaite une belle année 2015 !
    Marie-Anne Lefort
    * * *

    Quel bilan pour les épreuves de langues anciennes au baccalauréat ?

     Le nombre de candidats de l'épreuve de spécialité s'est stabilisé en latin ; il est plus fluctuant en grec. La moyenne se situe depuis quelques années entre 13 et 14, avec des faiblesses persistantes en version. Il faut donc insister sur la nécessité pour les candidats de bien maîtriser l’œuvre et ses enjeux essentiels, afin de compenser ces difficultés à traduire. Une lecture précise du texte au programme est indispensable ; elle doit être vérifiée et s'accompagnera d'approches thématiques autour des principaux centres d'intérêt. Ces activités sont l'occasion de parcourir assidûment l'œuvre en traduction. Une maîtrise fine de son contenu permet de répondre correctement à la troisième question, et travailler régulièrement sur traduction prépare évidemment à la deuxième. Tout candidat qui aurait mené à bien ce travail peut espérer une note au moins égale à 8.

     Par ailleurs, la refondation de l'enseignement des Langues et Cultures de l'Antiquité remet le contact direct avec les textes et l'exercice de traduction au cœur des pratiques d'enseignement ; les compétences des élèves à interpréter étant plus régulièrement sollicitées, on peut espérer une inflexion prochaine des résultats.

     Pour l'épreuve d'option, les effectifs sont stables ; la moyenne, elle, a connu un assez net infléchissement. Un candidat sur 10 environ a obtenu une note inférieure ou égale à 10 et n'a donc pas pu valoriser son choix d'option, ce qui est inquiétant pour l'attractivité de nos matières. Là encore c'est la maîtrise insuffisante de la compétence à traduire qui est en cause. C'est véritablement sur ce point que doivent porter les efforts engagés pour la refondation de nos enseignements. Par ailleurs les écarts entre les jurys sont cette année plus significatifs, sans que la qualité de la préparation des candidats ne soit forcément en cause. La partie de l'épreuve qui demande d'apprécier un court passage traduit semble n'avoir pas toujours été perçue comme ce qu'elle est, à savoir un bonus. Il serait souhaitable que nous revenions cette année, en grec surtout et dans certains jurys de latin, à une moyenne plus gratifiante à la fois pour les élèves et pour leurs professeurs.

    Marie-Laurence Kieffer, IA-IPR de Lettres

    N.B. La charte académique des examinateurs a été actualisée (décembre 2014) : Format *doc - format *pdf

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    Journée des langues anciennes

    Les propositions de plusieurs enseignants nous ont incitées cette année à renouveler quelque peu la formule de la « Journée des langues anciennes ». Une collègue qui avait pu assister à une master class du groupe de recherche réuni autour de Florence Dupont et qui en était revenue enthousiaste nous a suggéré de la contacter. Nous avons donc tenté notre chance, sans trop y croire. Florence Dupont a répondu aussitôt et favorablement à notre invitation. Il s’agissait ensuite de trouver une date car ce groupe est très actif et organise de nombreuses rencontres à Paris et en province.  Cette master class aura lieu le mercredi 25 février 2015 (de 14h à 17h). Elle se déroulera au CDN Nancy-Lorraine, Théâtre de la Manufacture qui a proposé de nous accueillir, le CRDP étant occupé à ce moment-là. Elle portera sur le théâtre qui est la spécialité de Florence Dupont, comme le révèle son abondante bibliographie : elle a écrit de nombreux essais (sur le théâtre romain, l’acteur à Rome, la tragédie grecque…) ; elle a traduit Plaute, tout le théâtre de Sénèque et a même collaboré à certaines mises en scène.

    Une master class sur l’Antiquité grecque et romaine

    Destinées aux enseignants du secondaire et des CPEG, sur le thème de l’ « écart »,  plusieurs master class ont été  organisées à Paris et en province tout au long de l’année 2013-2014.

    Comment aborder l’Antiquité ? Quel usage en faire ? Qu’est-ce que l’Antiquité « fait » au monde contemporain ? Ces questions servent de fil conducteur à des ateliers animés par des enseignants et chercheurs (philosophes, anthropologues, littéraires, historiens…) réunis autour de Florence Dupont. Les ateliers portent toujours sur des thèmes transversaux  comme la famille, le genre, mythe et récits, oralité et écriture, l’étranger, le personnage… Ils doivent permettre la diffusion d’une recherche interdisciplinaire, en cours, sur le thème de l’écart. Cette notion permet de remettre en question certaines ressemblances illusoires entre l’Antiquité et la Modernité et de penser des catégories modernes selon une autre historicité.
    Florence Dupont par elle-même

    Pour présenter sommairement Florence Dupont et sa démarche je me servirai ici d’entretiens parus dans différents magazines ou d’articles qu’elle a signés dans le Monde.


    Latiniste et anthropologue, elle écorne quelques certitudes : « Le grand récit de l’humanisme classique dominait l’étude de l’Antiquité. Appelons ce récit le « miracle grec » : il affirmait que la Grèce et Rome étaient le berceau de notre civilisation occidentale. Ces deux sources originelles nous auraient légué la démocratie, la réflexion philosophique, le théâtre et, plus généralement, la civilisation. » (…) « Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet se démarquaient déjà du miracle. En se rattachant à l’anthropologie de Claude Lévi-Strauss, ils ont regardé l’Antiquité comme un autre monde, un monde en soi et non comme l’origine de toute civilisation. Au fond, disaient-ils en substance, « Les grecs sont des sauvages comme les autres » ! Ils voulaient découvrir l’altérité radicale des Anciens. »(1)


    Son travail de recherche s’appuie donc sur la notion d’écart : « Il fallait briser cette illusion généalogique. C’est la tâche, entre autres, que se donne le groupe « Antiquité territoire des écarts », que nous avons créé, et qui s’adresse à tous ceux qui ne jugent pas les Humanités classiques « inutiles », mais cherchent un usage nouveau de l’Antiquité. » (…) « Avec le groupe de recherche que nous avons fondé cette année, nous souhaitons regarder ce monde ancien comme un laboratoire. » (1)


    Je ne résiste pas au plaisir de vous citer l’analogie que Florence Dupont développe pour définir le lien entre poésie latine et poésie grecque : «Je crois que l’on a beaucoup trop intellectualisé l’Antiquité. (…) Je préfère rappeler que les odes d’Horace étaient chantées, et leur rendre leur musique plutôt qu’y chercher à tout prix une pensée profonde. (…) Chanter en grec est une façon d’être romain. Un poète comme Horace cherchait à faire chanter le latin comme le grec chantait pour lui. C’est le principe du western spaghetti qui est un vrai western, mais n’est pas, de toute évidence, un western américain. Il y a un double plaisir : le plaisir en soi, et le plaisir de sa variante, sans que rien d’italien y soit expressément affirmé. C’est ce qui se passe avec la poésie en latin. » (2)


    Elle développe le même genre d’analogie savoureuse pour démontrer la nécessité de « jouer » le texte antique : « Un texte de théâtre ancien est un corps mou, un bernard-l’ermite qui a besoin de la coquille d’un autre, mais peut s’installer dans toutes sortes de coquilles. La seule chose qu’il ne puisse pas faire, c’est s’en fabriquer une lui-même. » (3)


    Quand on lui demande si elle ne s’intéresse pas plus au monde contemporain qu’au monde antique elle répond : « Je pense qu’ils ne sont pas dissociables. Ni pour les antiquisants, qui ont intérêt pour leur survie à s’intéresser aux débats contemporains, ni pour personne, car il en va de notre mémoire à tous. (…) Une mémoire commune et multiple, latine et grecque, païenne et chrétienne a longtemps uni les rives de la méditerranée. (…) C’est aussi l’une des grandes leçons de l’Empire romain : chaque cité avait sa langue, ses coutumes et en même temps, tous étaient d’une façon ou d’une autre citoyens romains. L’humanité y était simultanément une et multiple. » (2)


    Bibliographie : elle n’est pas exhaustive mais correspond à mes lectures personnelles, aux ouvrages qui ont fait date et, parfois, ont suscité la polémique

    • L’Antiquité, territoire des écarts, entretiens avec Pauline Colonna d’Istria et Sylvie Taussig, Albin Michel (2013)
    « Ce livre n’est ni une biographie intellectuelle ni une ego-histoire : c’est un roman d’apprentissage dialogué. L’apprentissage n’est pas une lente progression mais un éternel retour à l’ignorance. »
    • Le Théâtre romain, avec Pierre Letessier, Armand Colin (2012)
    • Rome, la ville sans origine, Gallimard, Le Promeneur (2011)
    • Aristote ou le vampire du théâtre occidental, Aubier (2007)
    • L’Invention de la littérature, La Découverte (1994)
    • Homère et Dallas, Introduction à la critique anthropologique, Hachette (1990)
    • L’Acteur-roi, le théâtre dans la Rome antique, Les Belles Lettres (1985)
    Elle a également traduit tout le théâtre de Sénèque et deux comédies de Plaute
    • Les Tragédies de Sénèque, Traduction et introduction aux éditions de l’Imprimerie nationale, 2 vol., 1991 et 1992
    • Plaute, la Marmite, Pseudolus, Actes-Sud (2002)
    Articles :
    (1)    « L’invitée : Florence Dupont », Télérama 3310, 19/06/13 (au moment de la sortie de L’Antiquité, Territoire des écarts)
    (2)    « Entretien avec Florence Dupont : Démythifier l’Antiquité », Article de la rubrique « Entretien », Mensuel N°251 – août/septembre 2013 (au sujet des master class)
    (3)    « Jouer le texte n’est pas jouer…, par Florence Dupont », Le Monde, 10/07/2009 (à propos d’Aristote ou le vampire du théâtre occidental)

    Florence Marchand
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Coordination du bulletin :
M-A.Lefort : Marie-Anne.Lefort@ac-nancy-metz.fr

Rappel : La rubrique des lecteurs est ouverte à tous ! 
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