Bulletin N° 16
décembre 2014
 

 
Autour de l’étymologie ...
Le défi étymologique

    Le défi étymologique s’est déroulé pour la troisième année consécutive dans l’académie. Une centaine d’établissements se sont inscrits et quelque 2500 élèves ont participé. Le succès est croissant et l’entraînement à l’étymologie se répand dans les cours de langues anciennes. L’apprentissage du lexique devient plus systématique, les élèves apprennent de nouveaux mots de la langue française dans des exercices ludiques. Le gain recherché lors de la mise en place de ce concours est trouvé pour de nombreux élèves.
    Cette année, à la demande des professeurs, un classement a été effectué pour les 30 premiers de l’académie. Parallèlement des prix ont été attribués  pour chaque niveau dans chaque département. Un prix de participation récompense également l’établissement qui, dans chaque département, présente le plus grand nombre de participants par rapport à l’effectif global.
    La remise des prix a eu lieu dans chaque département. Nous remercions ici le CME (Crédit Mutuel Enseignants) de chacun de ces départements pour l’organisation et le financement des récompenses sous forme de livres ou chèques-cadeaux. Une petite cérémonie permet chaque année d’honorer les lauréats du concours à Nancy, Metz, Epinal…et pour la Meuse le CME s’est déplacé  jusqu‘au collège de Thierville  afin d’être au plus près des participants meusiens.
    Les questions du défi 2014 ont été élaborées par Mme Pierrel pour le latin et Marie-Anne Lefort pour le grec. 


La remise des prix à Metz


Est Républicain du 20/10/2014


La remise des prix à Nancy ...
Voir encore Vosges-Matin du 20 juin 2014 : Le défi des latinistes de La Haie Griselle à Gérardmer.
(cette référence est ajoutée par l'équipe de rédaction du Bulletin ; à compléter par d'autres ?)

Les épreuves du concours 2014 :
  • Latin en cinquième : *pdf
  • Latin en troisième : *pdf
  • Latin en seconde : *pdf
  • Grec en seconde : *pdf
Le palmarès 2014

La préparation du concours :

  • Invitation de Madame Marie-Laurence Kieffer, IA-IPR de Lettres : toutes les informations utiles :  nature des épreuves,  organisation dans les collèges et lycées candidats, récompenses, modalités d'inscription.
  • Madame Pierrel : Des exemples de questions possibles
  • Corpus latin, classe de cinquième : *doc - *pdf
  • Corpus latin, classe de troisième : *doc - *pdf
  • Corpus latin, classe de seconde : *doc - *pdf
  • Le corpus grec (*pdf) (*doc)

Pour le défi 2015 de nouvelles dispositions ont été mises en place. Plusieurs professeurs ont été sollicités pour proposer chacun huit questions, accompagnées des réponses. Les questionnaires seront établis à partir de ces propositions.
Le défi 2015 aura lieu la première semaine de mars. Les modalités d’inscription seront adressées aux établissements. Nous vous invitons à participer en grand nombre afin que le lexique latin reste vivant à travers l’étymologie et continue à enrichir nos élèves.
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Bibliographie
    L'Académie de Dijon vient de publier un ouvrage qui nous intéresse vivement pour l'élaboration du prochain Défi étymologique et pour l'enseignement du vocabulaire : Les mots par la racine, de David Coussement, Dijon, Canopé, 2014 (288 pages + un cédérom comprenant 17 entrées et plus de cent activités pédagogiques).

Voici la présentation de cet ouvrage :

    "Les mots par la racine pose des passerelles entre les mots qui proviennent de la même racine étymologique. Il s’agit de montrer l’importance des langues grecque et latine dans la formation et le sens des mots français, en partant du tronc originel. Qui aurait vu que le mot « microbe » est une petite vie, qu’il a un lien avec les mots « viande » et « viager » ?
    L’ouvrage, subdivisé en quatre parties, sera très utile pour préparer des séquences de français ou de langues anciennes en lien avec le lexique : recherche sur un mot ou une racine précise, en classe ou à la maison, travail particulier sur le vocabulaire pour une fiche étymologique en latin ou en grec, séquence au CDI sur une rédaction grâce aux champs lexicaux, travail individuel préparatoire à une lecture de texte ou une séance d’orthographe...
    L’auteur donne d’emblée les repères de base (alphabet grec, formation du français, phonétique historique et doublets).
    Il a établi deux mini-dictionnaires de grec et de latin, donnant racines ou mots de départ et mots d’arrivée, auxquels enseignants, élèves ou étudiants, se référeront facilement, ainsi qu’un index alphabétique des mots français et des expressions expliqués.
  Plus de cent activités pédagogiques sont organisées autour de dix-sept entrées. Le cédérom joint met à disposition des exercices d’appropriation ou d’évaluation photocopiables, classés par niveaux. Les élèves pourront ainsi découvrir que les marques n’ont perdu ni leur grec ni leur latin, ou qu’ils parlent parfois grec ou latin sans le savoir, ou encore s’étonner de l’origine de leur prénom.
    L’étude de près de soixante champs lexicaux permettra aux professeurs de langues anciennes de ménager des passerelles supplémentaires en s’appuyant sur des textes latins authentiques et sur une quarantaine d’exercices.
    Les enseignants disposeront d’un outil attrayant pour améliorer la maîtrise de la langue de leurs collégiens ou lycéens et leur transmettre un patrimoine linguistique. Gageons que Les mots par la racine intéressera aussi tous les curieux ou amoureux de la langue française !"

Vous retrouverez ces information en suivant ce lien internet, qui permet aussi de consulter un extrait de l'ouvrage :
http://www.cndp.fr/crdp-dijon/librairie/visufich2.php?reference=210pp001

Thierry Grandjean, Lycée J. Lurçat, Bruyères
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Énigmes mythologiques

Quelles parentés étymologiques pouvez-vous découvrir entre les mots suivants ?
Chaque couple de mots est formé sur une même racine latine et/ou grecque.
Par exemple, la parenté entre "myosotis" et "musaraigne" est fondée sur la racine mus signifiant "souris" aussi bien en grec qu'en latin. En effet, le "myosotis" signifie étymologiquement "oreille de souris" (par analogie de forme entre la fleur et l'oreille); quant à la "musaraigne", c'est bien entendu la "souris araignée".

1) Menuisier et ministre:
Les deux mots sont formés sur la même racine latine minu-, impliquant l'idée de petitesse.
Le verbe latin minuere signifie "rendre petit", "amoindrir". Son participe minutus ("rendu petit", d'où "petit") a donné en français "menu". "Sur minutus, le latin populaire avait formé un verbe *minutiare ("réduire, affiner"), qui donna en français deux formes parallèles: "menuiser" et "mincier". De "menuiser" nous reste le "menuisier", celui qui "menuise", c'est-à-dire qui dégrossit, et le verbe composé "amenuiser". De "mincier" nous reste l'adjectif "mince". (...)
D'autre part, de "minuere" était sorti un adverbe minus ("en diminuant", "moins"). Minus fut comparé à majus, adjectif neutre signifiant "plus grand", comparatif de magnus ("grand").
Sur le modèle magister signifiant "maître", on créa le nom minister signifiant naturellement "serviteur". Le minister acquit toutefois une certaine dignité, comme le prouve le fait qu'on ait tiré de son nom le mot "ministre"." (René Garrus, Etymologies du français. Curiosités étymologiques, Paris, 1996, p. 223-224).

2) devinette et Jupiter:
Les deux mots sont formés sur la racine indo-européenne *diew- / *deiw- / *diw- indiquant une idée de ciel diurne.
Le nom du grand dieu du ciel diurne Jupiter est composé de Ju- (issu de la racine *diew- "ciel diurne", qui a donné aussi le génitif de Jupiter, Jovis, et le nom grec Zeus) et de pater: Jupiter est donc le pèren divinité du ciel diurne.
Ce nom est apparenté à "devinette", car le nom deivos, formé sur *deiw- et devenu en latin classique deus, a pour adjectif dérivé deivinus, devenu divinus, qui a donné "divin" et, par transmission populaire, "devin". Le verbe divinare ("prédire l'avenir") aboutit à "deviner", d'où le dérivé "devinette", tandis que divinatio ("prédiction, prophétie") donnait la forme savante "divination". (R. Garrus, op. cit., p. 133-134 et 200.

3) belliqueux et duel:
Tous deux sont formés sur le nom latin duellum, signifiant la "guerre".
"En latin archaïque, la guerre se disait duellum. Le mot demeura dans la langue, mais sa forme évoluée bellum fut plus usitée. En latin vulgaire, bellum fut supplanté par guerra, emprunté au germanique *werra ("guerre").
De bellum dérivait l'adjectif bellicus ("guerrier"), qui produisit un adjectif de même sens bellicosus. Le français savant du XVe siècle forgea sur bellicosus l'adjectif "belliqueux" ("prompt à faire la guerre").
Au XVIe siècle, le français savant créa le mot "duel" à partir de l'ancienne forme latine duellum. Duellum fut faussement interprété comme un dérivé du mot latin duo ("deux"); c'est pourquoi le nom "duel" servit à désigner un combat entre deux adversaires." (R. Garrus, op. cit., p. 61)

4) chenille et cynique:
Les deux mots sont formés sur la racine indo-européenne *kwon / *kwn- désignant le "chien".
"Chenille" vient de canicula ("petite chienne"), diminutif de canis ("chien") formé sur la racine indo-européenne *kwon.
Quant à "cynique", il vient du grec kunikos ("qui vit comme un chien"), dérivé de kuon, kunos, formé sur l'indo-européen *kwon / *kwn. (R. Garrus, op. cit., p. 337)

5) féodal et pécuniaire:
Tous deux sont issus de l'indo-européen *peku désignant le "bétail".
"Pécuniaire" est formé sur le latin pecuniarius ("qui a rapport à l'argent"), dérivé de pecunia ("abondance de cheptel", d'où "richesse", "argent"), dérivé de pecus ("bétail"), formé sur l'indo-européen *peku-.
La même racine *peku- a donné en germanique *fehu ("bétail", biens possédés"), d'où en latin médiéval fehum, puis feudum, d'où feodum ("fief"), sur lequel a été formé le dérivé feodalis ("qui a rapport au fief"). (R. Garrus, op. cit., p. 342)

6) onde et Vodka:
Elles sont toutes deux formées sur la racine indo-européenne *wed- / *wod- / *wd-, indiquant l'idée d' "eau".
"Le latin utilisait deux mots pour dire l'eau: aqua, d'où est issu le français "eau", et unda, qui a donné "onde" en français. (...) Unda représente la forme *wd- de la racine, agrémentée d'un -n- infixé: *w[n]da.
Cette racine se retrouve dans le nom russe voda ("eau"), dont le diminutif vodka désigne un alcool transparent comme l'eau." (R. Garrus, op. cit., p. 238-239)

7) prose et vers:
Ces deux noms sont formés sur le latin versus signifiant "tourné".
"En latin classique, le nom versus, dérivé du verbe vertere ("tourner"), désigna le fait de tourner la charrue au bout du sillon, puis le sillon lui-même, et, par comparaison, la ligne d'écriture. Enfin, le sens se spécialisa: versus désigna la ligne dont la longueur est déterminée par des règles précises de rythme et de quantité syllabique. Versus devint "vers" en français, où il conserve ce sens.
L'adjectif latin proversus, composé de versus et du préfixe pro- ("devant, en avant"), signifiait "qui est tourné vers l'avant, qui va tout droit". Proversus se contracta en prorsus, puis prosus, au féminin prosa. Prosa oratio ("discours en droite ligne") désignait donc, par opposition à versus, le discours qui ne revient pas constamment aux mêmes séquences rythmiques. Prosa oratio s'abrégea en prosa, qui devint "prose" en français." (R. Garrus, op. cit., p. 277)

8) duc et douillet:
Les deux mots sont issus de la même racine latine duc- signifiant "mener".
"En latin, le verbe ducere ("mener") et le substantif correspondant dux, ducis ("chef", "meneur") étaient nés de cette racine. Dans le Bas-Empire, dux prit le sens de "chef militaire". L'accusatif ducem a donné en français "duc"; c'est le titre de noblesse le plus élevé, juste après le prince.
Le participe du verbe ducere était ductus. En dérivait un adjectif ductilis (qui se laisse mener", d'où "malléable"). Ductilis aboutit en ancien français à "doille", signifiant "tendre", "peu résistant". Le diminutif "douillet", subissant l'influence de "doux", a pris le sens de "moelleux et confortable"; il s'applique aussi à une personne exagérément sensible aux petites douleurs." (R. Garrus, op. cit., p. 31)

Thierry Grandjean, lycée Jean Lurçat , Bruyères

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Étymologie grecque et Histoire des arts
L'Histoire des arts au collège et au lycée, c'est aussi le moment de recourir aux ressources de l'étymologie, qui s'avèrent in fine indispensables. En témoigne cette fiche thématique (à faire compléter) offerte par Thierry Grandjean.

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Liaison 6°/5° : de la mythologie au langage commun : "des expressions qui ont une histoire ..."
La langue française abonde en mots ou en expressions usuelles qui sont autant de références à la mythologie gréco-romaine, ce dont s'empare évidemment avec délice le professeur de Lettres en toutes occasions. Il peut même y trouver un thème précieux dans le cadre de l'acquisition de compétences en matière d'informatique, visant à terme
la maîtrise des technologies de l'information et de la communication. C'est par exemple ce que suggère cette fiche de
Blandine Hombourger (collège Jacques-Callot, Neuves-Maisons).

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Rappel : Les jardiniers des mots
En classe de sixième, on apprend le vocabulaire, autrement dit on "jardine les mots". Comme nous en avions déjà rendu compte dans le Bulletin N°15, ce projet a été expérimenté dans plusieurs établissements. La présentation détaillée est disponible sur notre site : *doc (595 Ko) - *pdf (658 Ko).

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Coordination du bulletin :

M-A.Lefort : Marie-Anne.Lefort@ac-nancy-metz.fr

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Rappel : La rubrique des lecteurs est ouverte à tous ! 
@M.T.

 
     
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