Bulletin N° 15
  printemps 2013
 
SOMMAIRE du numéro 15 
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Éditorial

    Qui se souvient de la date du 15 mars 2002 ? C’est celle de la parution du premier numéro de La feuille des langues anciennes. Nous voici au numéro 15. Que de travail, particulièrement pour la rédactrice en chef, Marie-Anne Lefort !

    Cette feuille, qui se proposait de rompre l’isolement que connaissaient les professeurs de lettres classiques, prenait sa place dans un projet académique ambitieux dont l’objectif était de donner une dynamique nouvelle à l’enseignement du latin et du grec ancien. La question n’était pas, et n’est pas, de « sauver des postes », mais de proposer un enseignement attractif et formateur, pour pouvoir transmettre ce que nous, spécialistes de ces langues, avons reçu.

    Osons un rapide bilan : D’année en année, les « Journées académiques » au CRDP, grâce à la participation d’universitaires et d’inspecteurs généraux, nous ont permis de réfléchir sur notre pratique de la lecture et de la traduction des textes, de l’interroger et de la renouveler. Chaque année un stage a permis aux professeurs volontaires de travailler sur la continuité de l’enseignement du latin du collège au lycée, question cruciale pour nos enseignements. Cette année, pour la deuxième année, est organisé Le défi étymologique académique. Notre site Langues anciennes régulièrement mis à jour par Marcel Tardioli, est une référence.

    Le point commun de toutes ces actions est la valorisation de l’enseignement des langues anciennes. Dire que l’étude de ces langues permet un enrichissement culturel unique, tous savaient le faire, et parfois peut-être avec une assurance qui pouvait sembler élitiste, l’objet de notre projet était de le prouver.

    J’ai choisi, en lançant ce projet, d’engager un travail de fond sur la langue pour plusieurs raisons d’ordre didactique et pédagogique : la civilisation était, et est,  largement, trop sans doute, étudiée en cours, la langue, la lecture et la traduction des textes se voyaient, et se voient encore parfois, attribuer une attention et un horaire insuffisants. Or quelle est la compétence spécifique d’un professeur de lettres classiques par rapport à un professeur d’histoire ou de philosophie ? C’est justement de pouvoir faire lire, comprendre, et interpréter un texte dans ses mots d’origine. Rien ne peut remplacer pour l’élève le contact avec les textes dans leur langue d’origine. Depuis quelques années s’est ajoutée la volonté de promouvoir la perspective philologique : enseigner les langues anciennes, et tout particulièrement le latin,  en tant qu’elles sont à l’origine de notre langue. Apprendre le latin pour mieux comprendre le français, donc développer l’enseignement de l’étymologie.

    Le défi étymologique académique qui vient de se dérouler est riche d’enseignements pour nous. La participation est importante, particulièrement en collège (1323 élèves en cinquième, 848 en troisième, 353 en lycée), et les établissements ruraux et « défavorisés » beaucoup plus présents que les établissements de centre ville ou favorisés. C’est une carte des lieux dynamiques de nos enseignements qui apparaît, et de nos « viviers » futurs. Les compositions des élèves de cinquième, en tenant compte du degré de difficulté des questions posées, sont d’un très bon niveau : elles sont là pour nous montrer qu’il est encore possible de faire mémoriser (oui, apprendre par cœur) le vocabulaire latin ou grec, et réfléchir sur notre langue. Sur les niveaux de troisième et de seconde on recense d’excellentes compositions, mais il faut aussi regarder lucidement l’ensemble : manque de rigueur dans la citation des mots latins (génitif souvent absent, supin incorrect), et surtout une nécessaire interrogation à propos des cours de civilisation. Avoir étudié trois ou quatre ans le latin et ne rien savoir sur le sens de negotium ou ne pas pouvoir expliquer, et c’est fréquent, Ab urbe condita ? Une réaction s’impose.
     
    En rédigeant ce dernier éditorial, puisque ma carrière professionnelle prend fin, je mesure le chemin parcouru avec vous, et je vous remercie pour tout ce travail accompli. Ce défi, par la qualité du travail de tous les candidats en cinquième, et de certains dans les autres classes, nous donne de bonnes raisons d’espérer : il vous appartient de continuer dans cette voie fructueuse de l’étymologie, qui permet en outre de rendre visible pour tous l’apport unique de l’étude des langues anciennes pour la compréhension  de notre langue. Ce que montre remarquablement ce défi, c’est ce que les spécialistes nomment «l‘effet professeur » : au-delà des difficultés d’ordre social ou économique que connaissent certains établissements, du nombre d’élèves, de l’isolement géographique, c’est la qualité de l’enseignement dispensé localement qui explique les réussites récompensées. Continuez dans cette voie de la valorisation des langues anciennes !    
Dominique Pierrel, IA-IPR de lettres

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La journée académique

    La 6ème journée des Langues Anciennes s’est tenue le mercredi 10 avril 2013 au CRDP à Nancy, animée par M. l’Inspecteur Général B.Combeaud et Mme Pierrel, IPR de lettres.
    M. Combeaud  a proposé aux collègues présents une réflexion sur l’apprentissage de la langue et l’étude de la grammaire à travers une conférence intitulée « Latin et grec : quelle grammaire enseigner ? » Cette conférence s’est articulée autour des points suivants :
l’ « oralisation » du latin,
la pratique de la lecture dans l’enseignement des Langues Anciennes
et enfin l’apprentissage par « système » de la langue.
    Dans un premier temps, M. Combeaud a longuement abordé le sujet de « l’oralisation » du latin, pratique « paradoxale mais innovante » qui trouve sa place dans les nombreuses activités de la classe : en favorisant une démarche inductive auprès des élèves, l’enseignant fait manipuler la langue et apprend à parler une langue. Il place l’élève dans une « immersion linguistique », il l’entraîne à faire fonctionner la langue, évitant ainsi  l’écueil de « fabriquer des grammairiens » : le professeur peut proposer de nombreux exercices oraux permettant une manipulation, un réemploi très rapide à l’oral de la notion de langue abordée (changer la voix, le mode, le temps, la personne d’une forme verbale par exemple …). Lire, repérer, expliquer, manipuler à l’oral, puis mémoriser et enfin seulement réinvestir  par l’écrit.
    Ensuite M.Combeaud a insisté sur la lecture des textes en classe : rappelant  encore l’importance de l’oral, il a insisté d’une part sur la nécessité d’une lecture augurale des textes, fluide et expressive. D’autre part les élèves sont invités à parler du texte avant la traduction qui n’est pas le seul moyen d’accéder au sens. Le début de la construction du sens se fait alors dès la lecture, la découverte  du texte, un passage seulement du texte peut faire l’objet d’un travail de traduction. Ainsi « lire aisément le latin », l’oraliser par ce biais est un  « accélérateur » de l’apprentissage, une motivation pour les élèves.
    Enfin il a attiré l’attention des collègues présents sur l’apprentissage de la langue latine en insistant sur « les systèmes », en expliquant la raison des choses, en donnant les lois de combinaison et de phonétique, en mettant l’élève en position de « prédire », en commentant l’exception quand elle se présente, en utilisant des exemples pour faire apprendre, pour faire ensuite« décalquer » par l’élève, ce qui représente des atouts cognitifs pour les élèves. M.Combeaud a clos son intervention en attirant l’attention sur la possibilité de simplifier les auteurs latins, voire de produire certains des textes supports.
    La journée s’est terminée par un premier bilan sur le Défi étymologique après l’épreuve locale. Mme Pierrel a rappelé l’intérêt de l’étymologie et de l’apprentissage systématique du lexique latin.
Murielle Pavué, collège de Guénange (57

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Stage de Langues anciennes du 18 avril 2013 : La question étymologique dans l'enseignement des langues anciennes

    Une journée de formation sur la question de l’étymologie a eu lieu au CRDP de Nancy le 18 avril dernier et a réuni de nombreux collègues de l’académie.
    Cette journée s’inscrit dans le dynamisme créé autour de la question étymologique. En effet l’un des gains des langues anciennes, et non le moindre, est l’enrichissement du lexique des élèves. L’apprentissage systématique du vocabulaire que nous encourageons permet à l'élève de développer son vocabulaire, de mieux maîtriser la langue française et d’avoir un accès plus facile aux textes quels qu’ils soient. Il est donc fondamental d’aider les élèves à mémoriser ce vocabulaire par une approche raisonnée, régulière qui trouve son efficacité grâce à des contrôles fréquents .
Monsieur Emmanuel WEISS, maître assistant de linguistique à l’Université de Nancy, a présenté de façon claire les principales lois de l’évolution phonétique nous faisant partager le plaisir des surprises que nous réservent les mots.
La deuxième partie de la journée a été consacrée à des ateliers de fiches étymologiques : autour de grandes racines latines, les collègues ont créé des fiches qui seront utilisées dans les classes. Nous vous proposons quelques exemples. Chacun peut en créer et les partager en nous les adressant.
M-Anne Lefort, Lycée H. Boucher, Thionville

Le défi étymologique des langues anciennes 

L’inspection pédagogique régionale de Lettres a organisé un nouveau "Défi étymologique des langues anciennes" pour tous les élèves de collège et de lycée, qui, dans l'académie de Nancy-Metz, étudient le latin ou le grec ancien. Ce concours créé l'an passé a rencontré  un beau succès puisque plus de 100 établissements ont concouru. 
Nature des  épreuves
L’objet de ce concours est l’étymologie des langues anciennes, et surtout de la langue française largement construite à partir du latin et du grec. Il met  donc  en jeu la compétence des élèves pour analyser et comprendre la langue française, en utilisant ce qu’ils ont appris en latin et en grec. L'ensemble des mots sur lesquels les questions peuvent porter (les corpus)  est consultable  sur le site de l'inspection pédagogique régionale de Lettres (langues anciennes), ainsi que des exemples de question :
Pour les niveaux concernés, en latin classes de cinquième, de troisième et de seconde, en grec classe de seconde, les élèves ont à traiter vingt questions. Les questions concernent pour une petite part (20% au grand maximum) l'étymologie de la langue latine ou grecque, la formation des mots latins ou grecs, et pour l’essentiel les rapports entre le latin et le français, ce que l’on pourrait nommer "le latin, le grec dans le français"
Cette année le "défi étymologique des langues anciennes" s’est déroulé en deux temps: d'abord des épreuves dans chaque établissement volontaire pour les élèves latinistes ou hellénistes, puis une épreuve académique qui a permis aux élèves distingués dans chaque établissement de se mesurer.
Grâce à un partenariat avec le CME, les vainqueurs des épreuves académiques ont été généreusement récompensés.
La liste des gagnants est consultable ici
La presse en a parlé... : à Lunéville, à Hayange
(dans d'autres collèges également, mais il faudrait nous envoyer la copie des coupures ...)


Les "jardiniers des mots"

Au collège Hurlevent à Hayange, les élèves de deux classes de sixième ont endossé le costume des jardiniers des mots, tout au long de cette année scolaire 2012-2013.
Le projet, les jardiniers des mots, conduit par Madame Pierrel, concerne l'apprentissage du vocabulaire en classe de sixième. C'est un projet innovant, porté par le ou les professeurs impliqués, en dehors de leur temps de présence obligatoire, avec le soutien financier du chef d'établissement. Il est construit autour de 14 leçons qui traitent des familles de mots, des racines latines, des préfixes et suffixes, et de quelques racines grecques. La dernière séance est consacrée à une évaluation sommative.
Pour chaque leçon, le document propose une démarche pour le déroulement de la séance avec les exercices corrigés et une feuille d'exercices destinés aux élèves.
Au collège Hurlevent, tous les élèves d'une même classe de sixième ont bénéficié de cet apprentissage, à raison d'une heure tous les quinze jours, en demi-classe. Ils ont utilisé un petit classeur souple pour ranger les documents conservés (feuilles d'exercices et leçons).
Les élèves ont apprécié, je crois, cette heure bimensuelle : ils ont aimé résoudre l'énigme qui leur était proposée à la fin de chaque leçon. Ils se sont montrés actifs pendant les séances, en travaillant souvent par binômes sur des exercices progressifs et présentés souvent de façon ludique. Ils se sont montrés surpris et curieux, en découvrant par exemple le sens de certaines racines latines et grecques (vore, cide, cole) ou encore celui des préfixes co-, col-, in-, ex-. Ils se sont amusés avec les racines grecques (télé, logue, micro, méga, phobe). Enfin, ils ont été contents de pouvoir réutiliser à l'occasion, en cours, ce qu'ils avaient appris, pour comprendre le sens d'un mot nouveau dans un texte.
Je suis convaincue que cet apprentissage régulier du vocabulaire a profité à mes élèves, d'un niveau moyen, qui savent mieux aujourd'hui décortiquer les mots, les expliquer et les employer.

L’expérience est reconduite la prochaine année scolaire pour les collèges volontaires qui s’inscriront à la proposition adressée aux établissements par le secrétariat des IPR .
Chantal Jacky, collège des Hurlevents, Hayange


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Les formations 2013-2014

Deux stages de langues anciennes sont prévus pour la prochaine année scolaire :

  • Le  stage «  enseignement des langues anciennes du collège au lycée » toujours très apprécié et qui permet chaque année de revoir, d’enrichir les pratiques au regard de nouvelles instructions. Ce stage aura lieu le  21 novembre 2013 au CRDP de Nancy, les inscriptions sont individuelles.
  • Un stage entièrement nouveau va nous permettre d’accueillir des collègues de lettres modernes qui ont étudié et validé l’apprentissage du latin pendant leur parcours universitaire. De nombreux professeurs ont présenté l’épreuve de latin aux concours de recrutement ou l’ont étudié  pendant de nombreuses années. En cas de pénurie de professeur de latin dans l’établissement - c’est actuellement le cas dans plusieurs établissements où les professeurs de LCA en congés ne sont pas remplacés - des professeurs de Lettres modernes formés et validés par l’Inspection  pourront suppléer aux professeurs manquants. Un courrier a été adressé par la liste de diffusion . 

Coordination du bulletin :
M-A.Lefort, lycée H.Boucher - 57100 Thionville : Marie-Anne.Lefort@ac-nancy-metz.fr

Rappel : La rubrique des lecteurs est ouverte à tous ! 
@M.T.
 
     
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