Bulletin N° 14
  printemps 2012
 
SOMMAIRE du numéro 14
  • L’Actualité des Langues et Cultures de l’Antiquité : 
    • Socle commun et langues anciennes
    • Les débouchés des CPGE littéraires: un bilan encourageant
  • À propos du nouveau réseau "RESPIRE"
* * *
Éditorial

    La carte académique des langues parue mi-janvier a plongé dans la stupeur nombre de collègues : fermeture annoncée du grec dans huit lycées et quelques collèges, du latin dans cinq lycées et plusieurs collèges également.
    Le couperet est tombé sur les options inférieures à 12 élèves. Notre matière n’est pas la seule touchée, ainsi en est-il pour certaines langues vivantes, histoire des arts, théâtre… Une logique est en marche, aveugle aux enrichissements culturels et humains, aux efforts menés par les enseignants pour informer, s’adapter aux horaires et mener plus loin chacun de ces élèves. Un tel, grâce à sa mention au bac obtenue par l’option, a pu intégrer l’INSA dont il rêvait, un autre l’IEP et tant d’exemples à citer pour chacun de nous, convaincus que  cet  enseignement a apporté beaucoup plus qu’une note et que le bagage, fort de culture et de valeurs, est une richesse pour l’avenir quel qu’il soit.
 
    L’heure n’est pourtant pas à la déploration puisque partout se lèvent encore une fois des énergies. Nous apprenons que des chefs d’établissement décident d’accorder sur la DHG des heures aux langues anciennes, en dépit des prévisions. A Commercy le rectorat a rouvert l’option latin, déjà fermée. A Neufchâteau parents et professeurs se sont mobilisés et le latin sera présent dans les enseignements à la rentrée. Ailleurs naissent de nouveaux projets avec des classes de 2°  « humanités » où latinistes et hellénistes seront encouragés dans leurs choix.
Encore une fois, ne baissons pas les bras ! Que les solidarités au sein des collèges et des lycées prouvent que les langues anciennes sont un trésor pour se construire et  mieux vivre la société d’aujourd’hui et de demain.
M-A Lefort

* * *
Un défi étymologique des langues anciennes : Pourquoi ? Pour quoi ?

    Comme vous l’avez appris par les messages adressés d’une part aux établissements par l’intermédiaire du PIAL, d’autre part par la liste de diffusion des professeurs de lettres classiques, j’ai décidé de proposer, cette année, aux établissements et professeurs volontaires, un « Défi étymologique des langues anciennes ».
     Pour présenter ce projet, interrogeons donc les mots.

    L’étymologie est l’étude de l’origine et de la filiation des mots : le latin et le grec tiennent dans l’histoire et l’évolution de notre langue une place essentielle pour l’un (80% des mots français sont d’origine latine), très importante pour le second. L’étude et la mémorisation du vocabulaire en langues anciennes ont donc un rôle à jouer dans l’acquisition de la compétence 1 du socle commun. « En étudiant une langue ancienne l’élève comprend et apprend sa propre langue mais aussi la plupart des langues européennes » (Programme du collège Préambule). Il nous faut mettre le projecteur sur cet apport irremplaçable, lorsque l’enseignement du vocabulaire, en latin ou en grec, est bien conduit.
    Un défi est à la fois une « compétition », une « déclaration provocatrice par laquelle on signifie à quelqu’un qu’on le tient pour incapable de faire quelque chose », et un « refus de s’incliner ». Le défi, compétition, s’appuie sur l’émulation entre les élèves, dont nous savons qu’elle est, si l’on en use sagement, un puissant levier pour les apprentissages. Il n’est que de considérer les « Olympiades » de tant d’autres disciplines scolaires. Une déclaration provocatrice pour se mesurer : osons nous poser la question et la poser à nos élèves ! Quelle compétence particulière l’étude du latin, du grec, leur a-t-elle permis de développer dans la connaissance de notre langue ?
 
    Le lancement de ce « Défi étymologique » est aussi l’occasion pour nous, ensemble des professeurs de lettres classiques et corps d’inspection, d’engager une réflexion sur notre identité professionnelle et nos objets d’enseignement. Nos langues sont des langues de culture, et ne peuvent donc exactement être enseignées comme des langues de communication. L’étude des civilisations grecque et latine, l’histoire des idées peuvent aussi, et fort bien, être enseignées par des professeurs d’histoire, de philosophie, de lettres modernes… Quelle est donc la caractéristique particulière d’un professeur de lettres classiques ? Il est un professeur de langues anciennes, il enseigne des langues !
 
    A nous de prouver, rendre visible, l’apport irremplaçable de l’étude des langues anciennes dans la maîtrise de notre langue ! A nous de relever le défi !
Dominique Pierrel IPR de Lettres

* * *

    La cinquième  journée académique des langues anciennes s’est tenue mercredi 21 mars au CRDP de Nancy, animée par Monsieur l’Inspecteur Général Bernard Combeaud et Madame Pierrel, IPR de Lettres.
    Le sujet de la conférence tenue par M. Combeaud était : « La transmission et la réception de l’œuvre d’Ausone : un cas d’école »
Ausone, né à Bordeaux au IV° siècle après J.-C. est un poète de langue latine, représentant des lettres latines de France, il est l’auteur de la célèbre ode à la Moselle.
    C’est une véritable herméneutique que nous propose M. Combeaud à travers son exposé, démontrant que notre discipline repose sur la transmission, l’interprétation et la réappropriation. Ainsi l’extrait du poème qui répertorie les poissons de la Moselle devient-il expression des choix artistiques d’Ausone et des différents styles pratiqués dans la littérature antique. Ausone apparaît comme un poète d’une étonnante modernité grâce à cette méthode de réinterprétation.
 
    La deuxième partie de l’après-midi était consacrée à un échange autour de la refondation des langues anciennes.
Notre discipline connaît un malaise certain dû à de nombreuses causes. Mais au-delà des raisons politiques qui nous échappent parfois, il s’agit de s’interroger sur la question de la transmission des textes anciens. Que voulons-nous transmettre dans cette discipline ? Comment vivifier notre enseignement ?
    Des pistes sont tracées : avant tout des textes qui portent sens pour les élèves et trouveront par là leur force de formation des esprits et des cœurs. L’étymologie est une autre force qui doit mettre en avant le gain que chaque latiniste ou helléniste trouve dans son apprentissage.
M. Combeaud insiste sur le fait que les langues anciennes ne sont pas des langues de communication, le rôle du professeur étant de donner aux textes choisis un sens qui aide les élèves à se nourrir et à grandir.

* * *
Bilan académique du baccalauréat - Session 2011. Les épreuves de langues anciennes

1. Les épreuves de spécialité (écrit)
(*) :

Grec ancien


Nombre de candidats Moyenne <10 >10
6 9,83 3 3


Évolution depuis 2006

2006 2007 2008 2009 2010 2011
Nombre de candidats 13 8 18 15 12 6
Moyenne 12 13,75 11,61 11,60 12,58 9,83

Le sujet de grec de cette année, comme celui de l’année précédente, a été jugé très difficile, beaucoup trop difficile, par les professeurs. La question de langue qui demandait de relever des formes verbales au subjonctif et à l’optatif comprenait deux formes élidées (δύναιτ᾽ / λέγοιμ᾽) et une analyse complexe (crase du pronom relatif avec la particule ἂν : ἃν). Le barème proposé était inexact (13 points alloués pour une question à 15 points !). Le texte de la version était difficile pour un élève, particulièrement la construction.


Latin

Nombre de candidats Moyenne <10 >10
25 (2 absents) 12,96 5 18

Évolution depuis 2006

2006 2007 2008 2009 2010 2011
Nombre de candidats 34 26 35 22 32 23
Moyenne 13,65 13,60 11,62 12,46 12,28 12,96

La moyenne en latin est correcte. Les candidats qui obtiennent de bonnes notes le font essentiellement grâce aux réponses aux questions : la version est toujours d’un faible niveau.


2. Les épreuves facultatives (oral) :

Un document, charte de l’oral, a été rédigé par l’IA-IPR au terme d’un stage avec les professeurs. Il fixe le cadre, et les consignes pour la passation de l’épreuve orale, et est remis par le chef de centre à chaque interrogateur. Le choix a été fait par la DEC de convoquer les mêmes interrogateurs sur plusieurs jours. La presque totalité des candidats (99%) s’inscrit en option 1, donc avec un coefficient 3.

Grec ancien


Le nombre de candidats, cette année 184, a  un peu baissé par rapport à l’année précédente. Pour mesurer l’évolution, rappelons qu’ils n’étaient que 74 en 2003. La série S représente 7 candidats sur 10, la série L augmente encore un peu sa part (de 16% en 2009, à 22% en 2010 et 23% en 2011).


Évolution

2006 2007 2008 2009 2010 2011
Nombre de candidats 131 153 169 175 224 184
Moyenne 15,13 15,44 15,42 15,66 15,93 15,89

Origine des candidats ES L S
Nombre de candidats 17 42 125
Part du total 9% 23% 68%
Moyenne obtenue 14,82 15,51 16,15


Latin

Le nombre de candidats en augmentation  continue depuis 2007 connaît cette année une baisse d’environ 10%. La moyenne des notes est stable et se situe correctement pas rapport aux autres options facultatives. C’est la série S qui apporte le plus grand nombre de candidats, 7 sur 10. La présence de la série littéraire est en diminution, ce qui est préoccupant.

Évolution

2006 2007 2008 2009 2010 2011
Nombre de candidats 459 496 613 633 677 605
Moyenne 15,56 15,60 15,32 15,25 15,88 15,88


Origine des candidats ES L S
Nombre de candidats 90 86 429
Part du total 15% 14% 71%
Rappel 2010 14% 20% 66%
Moyenne obtenue 15,06 15,28 16,08

(*) Rappel des sujets proposés à l'écrit

* * *
Langues anciennes, mondes modernes : colloque national des 31 janvier et 1er février 2012
Les échanges qui ont eu lieu lors du colloque des 31 janvier et 1er février derniers sur les langues anciennes ont été mis en ligne sur le site Musagora : http://www.cndp.fr/musagora/accueil.html
Le discours de M. Philippe Le Guillou, Inspecteur Général de l’Éducation Nationale, Doyen du groupe des Lettres est en ligne à cette adresse :
http://lettres.ac-creteil.fr/cms/IMG/pdf/Dicours_au_colloque_LCa_du_1er_fevrier.pdf
* * *
Coordination du bulletin :
M-A.Lefort, lycée H.Boucher - 57100 Thionville : Marie-Anne.Lefort@ac-nancy-metz.fr
Claire Jeandidier, lycée La Haie Griselle, Gérardmer : claire.jeandidier@ac-nancy-metz.fr
Bettina Bolle-Nicolas, collège Alphonse Cytère, Rambervillers : bettinabolle@free.fr

Rappel : La rubrique des lecteurs est ouverte à tous ! 
@M.T.
 
     
  Menu général
du site Langues anciennes

sommaire
de ce numéro