Langues anciennes dans l'académie de Nancy-Metz Bulletin N° 3
mars 2003
 
SOMMAIRE du numéro 3 ÉDITORIAL

Si nous regardions les chiffres …

Cette Feuille des Langues anciennes vous présente des séquences pédagogiques, des références d’ouvrages, de matériel informatique et audiovisuel, des conseils pratiques pour l’organisation de sorties pédagogiques. Je souhaite vous communiquer un certain nombre de chiffres, d’une part  pour que vous puissiez discuter certaines affirmations entendues, voire répétées ici et là, d’autre part pour que la réflexion collective s’engage sur les spécificités, dont certaines peuvent offrir le flanc à la critique, de notre enseignement. 

Examinons d’abord la situation dans les collèges.

On compte, cette année, dans l’académie de Nancy-Metz  en classe de 5ème  dans les collèges publics 4810 élèves latinistes, et dans les collèges privés 1009 : 18,6% des élèves de l’enseignement public et 24,1% des élèves de l’enseignement privé suivent l’option latin en 5ème. On remarquera qu’ils sont 12,1% dans les collèges classés en ZEP. De la classe de 5ème à celle de 4ème, les abandons sont beaucoup moins nombreux que ne pourrait le laisser croire la rumeur : le pourcentage d’élèves latinistes par rapport au total des élèves du niveau accuse une perte de 2,1% dans les collèges publics (de 18,6% à 16,5%), de 3,4% dans les collèges privés. C’est dans les collèges classés en ZEP que les abandons sont les moins nombreux, de 12,1% en 5ème à 11,9% en 4ème. Le passage de 4ème en 3ème a très peu d’impact sur l’option latin : seuls 0,3% des élèves abandonnent dans les collèges publics et 0,1% dans les collèges privés. Ce sont donc respectivement 16,8% (enseignement public) et 20,6% (enseignement privé) des élèves de 3ème qui suivent cette année un enseignement de Latin. La situation, dans les collèges est satisfaisante.

L’entrée en lycée fait apparaître des données numériques extrêmes préoccupantes. 

Entre la classe de 3ème et celle de 2nde, le pourcentage d’élèves latinistes passe de 16,8% à 3,3% dans l’enseignement public, de 20,6% à 7,8%. Durant la scolarité en lycée, les données numérique font apparaître une lente et inexorable érosion du nombre des latinistes par rapport au nombre total d’élèves du niveau : dans les établissement publics par exemple, 7,8% en seconde, 5,1% en 1ère, 4,8% en Terminale… 
Au total pour l’année scolaire 2001-2002, 431 élèves se sont présentés à l’épreuve facultative de latin orale et 75 à l’écrit obligatoire. 
Pour cette session du Baccalauréat, 434 élèves de terminale présenteront l’oral facultatif, et 47 l’écrit obligatoire : tous les élèves inscrits en latin en Terminale le présentent au Baccalauréat. 

Donc nous pourrions être satisfaits : il n’en demeure pas moins que tous ces chiffres sont très préoccupants : quelle érosion au fil des années de la scolarité ! Quel coût pour le système éducatif en heures d’enseignement assurées, sur lesquelles nous devons rendre des comptes, comme toute autre discipline ! Quel devenir pour nos langues, 75 inscrits à l’écrit à la session 2002, 47 à la session 2003 !

Là sont à la fois notre difficulté, notre point faible pour répondre à nos détracteurs, et aussi le lieu où nous pouvons et devons agir : certes des causes objectives et extrinsèques à notre enseignement existent, qui expliquent une grande part de ces fins d’étude (choix d’autres options plus attractives, projet de formation, place dans les emplois du temps des heures de latin). 
Il n’en demeure pas moins qu’on peut voir dans l’académie se dégager, ici ou là des itinéraires, c’est-à-dire des lieux où une continuité existe, significative entre le(s) collège(s) et un lycée, voire la poursuite d’études après le baccalauréat et la présentation des concours en langues anciennes, des lieux où les élèves poursuivent fructueusement cet enseignement. Je songe à ce collège classé défavorisé et qui a vu, il y a trois ans, trois de ses anciens élèves être admissibles au CAPES de lettres classiques et… à ce collège favorisé dont moins d’1% des élèves poursuivent le latin en 2nde… 

Comment concevoir une continuité pertinente entre le collège et le lycée ? Comment augmenter le nombre d’élèves capables de pratiquer le latin à l’écrit et de le faire vraiment vivre ? Le problème n’est pas de sauver nos divisions, nos horaires, nos postes, mais de transmettre le patrimoine culturel et les valeurs que nous avons reçus. Au risque de paraître affirmer des évidences, il me faut dire que la poursuite du collège au lycée et au-delà du lycée, est éminemment liée au rayonnement et à la force de conviction des maîtres :
 II y a des débouchés pour ceux qui ont appris les langues anciennes, soit dans la spécialité, soit par transfert dans d’autres spécialités de ce qu’ils ont acquis. 
 Il faut une approche à la fois rigoureuse (une langue s’apprend avec la mémorisation du vocabulaire et des paradigmes) et ouverte (civilisation, iconographie, sorties  et visites, recours aux nouvelles technologies)
 Et surtout… il faut appendre à penser la continuité du collège au lycée : au collège  on sait bien actuellement sensibiliser à la civilisation, on doit faire des efforts pour faire apprendre mieux  les prémisses d’une langue, avec les mémorisations nécessaires. L’option de latin est certes facultative, mais le travail n’y est pas facultatif. Les élèves le comprennent bien, pour peu qu’on leur ait présenté cette option avec ses exigences, qu’on leur montre que, ce qui n’a rien de contraire à la démocratie, en suivant un enseignement de plus que leurs condisciples, gratuitement mis à leur disposition par l’Etat, ils auront acquis des savoirs et des ouvertures sur le monde que ceux-ci n’auront pas.
Au lycée il faudrait pouvoir toujours se garder de deux tentations, celle de l’art libéral, le cours de langue ancienne, colloque du Lycée, sans contrainte d’apprentissage, de mémorisation, (imagine-t-on une des options en rivalité s’afficher comme l’art pour l’art, sans évaluation claire, sans continuité ni objectif dans l’univers scolaire ?) et celle de l’élimination, la distillation progressive, pour ne conserver que de futurs enseignant de latin (n’y a-t-il dans les cours d’Allemand 3, ou d’Espagnol 3 que de futurs certifiés d’allemand ou d’espagnol ?)

Tels sont  nos enjeux : les chiffres ont le mérite de nous mettre devant celles qui nous appartiennent de nos responsabilités. La réussite qui existe dans certains lieux identifiables de l’Académie prouve que ce défi peut-être relevé, en sortant de l’isolement, notamment par les liaisons collège-lycée, et en posant ensemble et clairement la question des enjeux de notre enseignement, et de son rôle irremplaçable dans la formation intellectuelle, que l’on se destine ou non à en faire son métier.

D. Pierrel, IA-IPR

 
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