L'abandonnée
 
Haec uestis priscis hominum uariata figuris
heroum mira uirtutes indicat arte.
Cette étoffe, brodée d'antiques figures des humains, montre avec un art étonnant les prouesses des héros. 
 
Namque fluentisono prospectans litore Diae,
Thesea cedentem celeri cum classe tuetur
indomitos in corde gerens Ariadna furores,
necdum etiam sese quae uisit uisere credit,
utpote fallaci quae tum primum excita somno
desertam in sola miseram se cernat harena.
Voici, du rivage de Dia aux flots sonores, dirigeant ses regards vers Thésée, qui part avec sa flotte rapide, le cœur lourd de fureurs implacables voici Ariane : tout ce que voient ses yeux, ses yeux refusent toujours d'y croire ; et en effet, elle vient de s'éveiller d'un sommeil trompeur pour se retrouver abandonnée, la pauvre, sur une plage solitaire : 
 
Immemor at iuuenis fugiens pellit uada remis,
irrita uentosae linquens promissa procellae.
tandis qu'oublieux le jeune homme en sa fuite bat les ondes de ses rames, laissant ses vaines promesses au vent de la tempête. 
 
Quem procul ex alga maestis Minois ocellis,
saxea ut effigies bacchantis, prospicit, eheu,
prospicit et magnis curarum fluctuat undis,
Il s'éloigne
et, depuis les algues, la Minoïde, aux grands yeux tristes, telle la statue de pierre d'une Bacchante, le fixe là-bas, hélas ! là-bas, et les chagrins la roulent, de leurs grandes vagues : 
 
non flauo retinens subtilem uertice mitram,
non contecta leui uelatum pectus amictu,
non tereti strophio lactentis uincta papillas,
omnia quae toto delapsa e corpore passim
ipsius ante pedes fluctus salis alludebant.
elle ne retient pas la mitre fine sur ses cheveux blonds, elle ne dissimule pas d'un léger vêtement sa poitrine dénudée, elle n'enclôt pas ses seins de lait dans la courbe d'une écharpe ; tout a glissé de son corps ici, là : et les vagues salées en jouaient à ses pieds. 
 
 Sed neque tum mitrae neque tum fluitantis amictus
illa uicem curans toto ex te pectore, Theseu,
toto animo, tota pendebat perdita mente.
 Mais elle, alors, insoucieuse de sa mitre, insoucieuse du vêtement qui surnageait, avec tout son cœur, Thésée !, toute son âme, toute sa pensée elle s'accrochait à toi éperdument.
 
Catulli carmina, LXIV, 50 - 70
(55 - 52 av. J.C.)
Traduction H.Bardon,  coll.Latomus, Bruxelles 1970
 

Catulle
Fragment de fresque, IIIe style
Antiquarium de Sirmione
introduction texte et notes commentaire