Autour d'Ariane : la fin du carmen LXIV
Traduction, notes et documents pour le commentaire
I. Noces de Thétis et Pélée : Le chant des Parques et le destin d'Achille
(Catulle, LXIV, 323 - 381)
 
     O decus eximium magnis uirtutibus augens,
     Emathiae tutamen, Opis carissime nato,
     accipe, quod laeta tibi pandunt luce sorores,
     ueridicum oraclum : sed uos, quae fata sequuntur,
     currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
O toi dont les nobles vertus rehaussent une éclatante splendeur, défense de l’Émathie, si cher au dieu né d’Ops, reçois ce que les sœurs révèlent pour toi au jour de liesse, l’oracle de vérité. Mais vous, courez, tirant les fils que suit la destinée, courez, fuseaux.
     Adueniet tibi iam portans optata maritis
     Hesperus, adueniet fausto cum sidere coniunx,
330  quae tibi flexanimo mentem perfundat amore,
     languidulosque paret tecum coniungere somnos,
     leuia substernens robusto brachia collo.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Bientôt va venir Hespérus, pour toi chargé des vœux des maris, va venir l’épouse à la faveur de l’astre, l’amour à faire fléchir les cœurs et inonder l’âme, qui, toute langueur, s’apprête à unir ses nuits aux tiennes, enlaçant de ses bras lisses ta nuque vigoureuse. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Nulla domus talis umquam contexit amores,
     nullus amor tali coniunxit foedere amantes,
     qualis adest Thetidi, qualis concordia Peleo.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
 Aucune maison, jamais, n’abrita sous son toit de telles amours, aucun amour n’unit amants en alliance comparable au lien de ces cœurs, Pélée à Thétis, Thétis à Pélée. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Nascetur uobis expers terroris Achilles,
     hostibus haud tergo, sed forti pectore notus,
340  qui persaepe uago uictor certamine cursus
     flammea praeuertet celeris uestigia ceruae.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Un fils vous naîtra, étranger à la crainte, Achille, connu de l’ennemi, non à son dos, mais à sa vaillante poitrine, qui tant de fois vainqueur aux concours de course vagabonde dépassera les foulées de flamme de la biche rapide. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Non illi quisquam bello se conferet heros,
     cum Phrygii Teucro manabunt sanguine campi,
     Troicaque obsidens longinquo moenia bello,
     periuri Pelopis uastabit tertius heres.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
À lui, pas un héros ne pourra au combat se comparer, lorsque les plaines phrygiennes suinteront du sang troyen, qu’au siège obstiné des murailles de Troie le troisième héritier du parjure de Pélops les dévastera. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Illius egregias uirtutes claraque facta
     saepe fatebuntur gnatorum in funere matres,
350  cum incultum cano soluent a uertice crinem,
     putridaque infirmis uariabunt pectora palmis.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
De lui, les mérites hors de pair, l'éclat des prouesses, bien des fois auront l’aveu des mères aux funérailles de leurs fils, quand, tête blanche défaite, cheveux en désordre, elles marbreront, de leurs paumes à bout de forces, leurs seins flétris. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Namque uelut densas praecerpens messor aristas
     sole sub ardenti flauentia demetit arua,
     Troiugenum infesto prosternet corpora ferro.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
C’est que, tel le moissonneur qui fauche devant lui les épis drus, sous le soleil brûlant moissonne les champs blondissants, de son glaive acharné il abattra les corps des fils Troyens. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
    Testis erit magnis uirtutibus unda Scamandri,
     quae passim rapido diffunditur Hellesponto,
     cuius iter caesis angustans corporum aceruis
360  alta tepefaciet permixta flumina caede.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Pour témoin, la grandeur de ses mérites aura l’onde du Scamandre, dont le flot se disperse englouti par l’Hellespont : son cours rétrécira aux monceaux de corps massacrés, ses courants profonds tiédiront mêlés au sang du carnage. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Denique testis erit morti quoque reddita praeda,
     cum teres excelso coaceruatum aggere bustum
     excipiet niueos perculsae uirginis artus.
     currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Pour témoin à la fin, il aura la part du butin due aussi à la mort, quand la cendre du tertre arrondi, amassé sur la haute butte, recevra les membres blancs comme neige d’une vierge immolée. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Nam simul ac fessis dederit fors copiam Achiuis
     urbis Dardaniae Neptunia soluere uincla,
     alta Polyxenia madefient caede sepulcra ;
     quae, uelut ancipite succumbens uictima ferro,
370  proiciet truncum summisso poplite corpus.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Car, aussitôt que la fortune aura octroyé aux Achéens fatigués le pouvoir de défaire la couronne neptunienne de la cité de Dardanos, le haut sépulcre s’imbibera du meurtre de Polyxène, qui, telle la victime tombant sous le fer à double tranchant, fléchira le genou et projettera au sol son corps égorgé. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Quare agite optatos animi coniungite amores.
     accipiat coniunx felici foedere diuam,
     dedatur cupido iamdudum nupta marito.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Allez donc ! Nouez les amours auxquelles vos cœurs aspirent. Que l’époux reçoive la divine en une alliance féconde, que l’épouse se rende sans délai au désir du mari. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Non illam nutrix orienti luce reuisens
     hesterno collum poterit circumdare filo.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Ce n’est pas elle que la nourrice pourra ceindre du fil de la veille en revenant la voir au lever du jour. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
     Anxia nec mater discordis maesta puellae
380  secubitu caros mittet sperare nepotes.
     Currite ducentes subtegmina, currite, fusi.
Et il n’y aura pas de mère pour se tourmenter, affligée de voir sa fille en mésentente faire lit à part, abandonnant l’espoir de petits-enfants à chérir. Courez, tirant les fils, courez, fuseaux.
 
Catulli carmina, LXIV, 323 - 381

 N.B.
L'intégralité du poème de Catulle est disponible ici, avec traduction partielle.
Dans la deuxième partie on trouvera des notes et documents pour le commentaire de l'épilogue du poème (v. 382 - 408)
On peut se reporter également au dossier iconographique (antiquité - postérité) proposé sur ce site.
 
[323] Decus eximium est compris diversement : le haut lignage de Pélée, sa noblesse, sa renommée ou sa beauté physique, toutes interprétations paraissant possibles au regard des deux autres occurrences chez Catulle : LXIII, 64 (Ego gymnasi fui flos, ego eram decus olei) et plus haut au v. 78 (Electos iuuenes simul et decus innuptarum / Cecropiam solitam esse dapem dare Minotauro).
[324] Emathiae tutamen : L’Émathie est l’ancien nom de la Macédoine, appliqué ici à la Thessalie (Pélée est roi de Phthie, en Thessalie). Fréquemment, la poésie latine tire effet des imprécisions géographiques de ce type.
Les v. 323 sq. rappellent le début du poème (25 sq.) : 
teque adeo eximie taedis felicibus aucte, 
Thessaliae columen Peleu,
Opis … nato : La périphrase désigne Jupiter, fils de Saturne et de la déesse italique Ops, assimilés à Cronos et Rhéa qui ont donné naissance à Zeus. Ops (mot dont la langue évite le monosyllabe au nominatif) est la déesse d’Abondance, porteuse de toute fécondité. Cf. les mots latins ops, opulentus, opulentia, inops, optimus et aussi copia.
Selon la tradition grecque, Pélée est le petit-fils de Zeus : il est le fils d’Éaque, lui-même fils de Zeus. L’Iliade le dit très aimé des immortels (XXIV, 61).
Opis carissime nato : Dans le poème de Catulle, l’ "affection" de Jupiter, le dieu né d’Ops, pour Pélée serait ainsi à l’origine de ces noces :
Tum Thetidi pater ipse iugandum Pelea sensit (v. 21)
Mais la genèse de l’événement fait l’objet de nombreuses variantes, souvent dramatiques quand on y voit Thétis, la Néréide petite fille de l’Océan et de Téthys, mariée de force à un mortel, malgré ses tentatives pour lui échapper, grâce au don qu’elle possédait, comme déesse marine, de prendre toutes sortes de formes censées la rendre insaisissable ou effrayante (cf. par ex. Ovide, Mét., XI, 221 sqq. – Ces métamorphoses ne semblent pas connues d'Homère). Toujours est-il que, dans cette affaire, le Père des dieux ne fut pas aussi désintéressé qu’il peut y paraître ici. En effet, amoureux lui-même de Thétis et la disputant à Neptune, Jupiter s’était vu annoncer par l’oracle de Thémis (cf. Pindare, Isthm., VIII, 31 ; Apoll.Rhodes, IV, 800 ; Apollodore, Bibl., III, 13, 5) que naîtrait d’elle un fils plus puissant que son père. Alors donc qu’il était confronté à cet inconvénient majeur, et déterminé en tout cas à ne pas insister, l’aventure des Argonautes, du moins selon la version rapportée par Catulle, vint à propos le tirer d’embarras : Tandis qu’ils naviguaient, Pélée et ses compagnons virent un jour avec stupéfaction surgir de la mer les Néréides, dans toute leur splendeur :
Illa […] uiderunt luce marinas 
mortales oculis nudato corpore Nymphas 
nutricum tenus exstantes e gurgite cano. (v. 16 sqq.)
L’effet de cette apparition fut immédiat : 
Tum Thetidis Peleus incensus fertur amore. (v. 19)
Et Jupiter ne manqua pas cette occasion providentielle de montrer ses largesses en paraissant renoncer généreusement à ses propres amours :
[…] Peleu, cui Iuppiter ipse, 
ipse suos diuum genitor concessit amores. ( v. 26 sq.)
Conformément à l’oracle, il fut en tout cas certain que Pélée dut surtout à son fils Achille sa propre célébrité …
[325] Sorores : Les Parques (identifiées aux Moires grecques) - Atropos, Clotho et Lachésis - sont filles de Zeus et de Thémis, comme les Heures, au nombre de trois également. Sur le célèbre "Vase François" (cf. dossier iconographique : une représentation dessinée de l'ensemble de la scène est proposée sur le site de l'Université de Wisconsin-Milwaukee - B.Precourt), on voit les unes et les autres, accompagnées des neuf Muses et des trois Charites, prendre part parmi les dieux olympiens au cortège des noces de Thétis et Pélée, et c'est aux Muses que la poésie donnait communément le soin de chanter l'épithalame (Pindare, Pyth. III, 89-92 ; Ném., V, 22 sq. ; Euripide, Iphig. Aul. 1040-1047 ; Quint. Smyrne, IV, 141-142), voire à Apollon lui-même (Quint. Smyrne, III, 100 sqq.). Chez Catulle, les Muses et Apollon (dont l'absence est expressément regrettée avec celle d'Artémis, v. 299-302) laissent la place – significativement - aux Parques, aux "sœurs". L'image des Parques présidant à la naissance d'Achille n'est pas une exception : À Paphos par exemple, on les voit sur une mosaïque de la "Villa de Thésée"(Ve s. après J.-C) où est figuré "le premier bain d'Achille". "Ambroisie" vient verser l'eau d'immortalité dans un bassin. Achille est sur les genoux d' "Anatrophé" la nourrice. Thétis est étendue sur sa couche. À ses côtés, Pélée est assis sur son trône. Les trois Parques assistent à la scène : Clotho, avec fuseau et quenouille, Lachésis, avec style et diptyque, Atropos, avec parchemin déroulé. (cf dossier iconographique). Hors de ce contexte précis, les Parques apparaissent aussi à Rome parmi les bas-reliefs de sarcophages d'enfants célébrant l'héroïsation promise au jeune défunt. Voir F.Cumont, Recherches sur le symbolisme funéraire des Romains, 1942, p. 336 sq. qui montre notamment le cas d'une plaque encastrée dans le mur du Casino de la villa Doria-Pamphilj : "A gauche, est assise une mère, qui vient de donner le jour à un bébé, qu'une garde tire de son premier bain. Derrière ce groupe, s'alignent les trois Parques, chacune avec le livre du Destin dans la main gauche. De la droite, qui tient un stylet, la première va marquer l'instant de la nativité sur un globe, placé sur une colonne à côté d'une horloge solaire, qui indique l'heure de la naissance. Derrière les Parques, une quatrième femme, un sceptre à la main, paraît être Némésis ou la Fortune." D'autre part il faut se souvenir que la substitution des Parques aux Muses (on n'en montrait parfois que trois) était facilitée par la fréquente assimilation des unes aux autres depuis Platon dans le mythe d'Er (Rép., X, 617b-c) : "Il y avait encore, assises en rond, toutes trois à égale distance, chacune sur un trône, les filles de la Nécessité, les Parques, tout de blanc vêtues, la tête couronnée de bandelettes : Lachésis, Clothô, Atropos ; répondant à l'harmonie des Sirènes, elles chantaient, Lachésis le passé, Clothô le présent, Atropos l'avenir." On en connaît une célèbre illustration sur le "sarcophage de Prométhée", conservé au Louvre (Ma 339, vers 240 après J.C), racontant la création et le destin de l'homme : Lachésis montre les étoiles de la nativité sur une sphère céleste, Clotho file le cours de la vie, Atropos, assise, déroule le livre du destin. Or ces trois femmes ressemblent à s'y méprendre aux Muses (voir F.Cumont op.cit. p. 318-325).
Dans ces conditions on ne s'étonnera pas vraiment de ne pas voir chez Catulle le mot sorores s'accompagner de quelque qualification antipathique comme on aurait pu s'y attendre au souvenir d'autres textes. Comparer par ex. à Ovide, Mét. XV, 781 : ferrea … decreta sororum ; Stace, Sil., V, 3, 64 sq. aena sororum / stamina. Dans l'étonnant tableau qui précède ce chant, le poète oppose même à l’insensibilité qui leur est appliquée traditionnellement une image invitant à la contemplation, on serait tenté de dire complice : Si leur aspect physique a bien les faiblesses des vieilles femmes (infirmo motu, corpus tremulum), elles ne suscitent à aucun moment ni répulsion ni appréhension, au contraire. Invitées aux noces, dans leurs atours des grands jours, les sœurs ont à cœur de montrer tout leur savoir-faire quand elles accomplissent, certes "selon les règles l’ouvrage d’éternité", rite aeternum laborem (v. 310), mais d'abord comme de consciencieuses ouvrières, que le poète observe en tant que telles avec une magnifique précision (sur le travail de la fileuse, cf. par exemple le dictionnaire de William Smith en ligne). Catulle insère fréquemment de cette façon des images familières dans le mythe. Nous aurons à revenir plus bas sur cet aspect de son écriture. Par la suite, le discours de ces ouvrières sera en plein accord avec cette image de travail bien fait : Délibérément neutres quand elles évoqueront le prix sanglant de la grandeur d’Achille, elles s'en tiendront aux faits ; ni malveillance déclarée, ni réprobation exprimée. Pourtant le choix qu'elles feront - très sélectif - des épisodes de la vie du héros mettra en évidence un point de vue, celui du poète lui-même. Cette galerie de tableaux que n'aurait sans doute pas reniée un Delacroix est véritablement empreinte d’une beauté pathétique, au point que les Parques (autrement dit Catulle - cf. aussi note au v. 344) paraissent en définitive plus " humaines " qu'Achille. 
Leur fonction symbolique traditionnelle est bien présente cependant : C'est d'abord le fait du refrain lui-même, dont la reprise - "mécanique" régularité du geste comme sont "techniques" les termes employés  - donne au chant un rythme obsédant, enchaînement inaltérable des fata (cf. note aux v. 326 sq.).
En outre, comme personnification du destin, c’est-à-dire de l’ordre immuable expression du divin (v. 321 talia diuino fuderunt carmine fata ; v. 382 sq. talia […] carmina diuino cecinerunt pectore Parcae), les Parques sont ici porteuses (et garantes) des valeurs attachées à son accomplissement, celles-là même qui s’expriment au cœur de la poésie de Catulle (cf. introduction) et dont l’union de Thétis et Pélée, selon l’argument premier du poème, est censée être l’emblème :
  • foedus v. 335 et 373 ; 
  • fides, tant bafouée par Thésée au grand désespoir d’Ariane – v.132, 144, 174, 182 sq., 190 - mais que l’épithalame célébre ici dans la concordia promise v. 336 au jeune couple, qui n’aura pas à craindre la discordia – v.379 ; voir aussi infra la note au v.346 periuri Pelopis
  • à quoi il faut ajouter pietas, dont le poète déplore longuement la disparition en épilogue du chant prophétique v. 386 (voir les notes ad loc.).
Reste une grande ambiguïté : à côté de la couche nuptiale, il y a le berceau d’Achille, et les fées qui se penchent sur ce berceau sont loin, en fait, de ne prédire que du bonheur. Dans ce mariage et cet "heureux événement" annoncé, il y a certes une felicitas, célébrée à plusieurs reprises par la voix du poète ou celle des Parques elles-mêmes :
Talia praefantes quondam felicia Pelei 
carmina diuino cecinerunt pectore Parcae. v. 382 sq.
Accipiat coniunx felici foedere diuam. v. 373
teque adeo eximie taedis felicibus aucte,
Thessaliae columen Peleu, v. 26 sq.
Mais cette felicitas s’avère redoutablement trompeuse, car, à y regarder de près et à en juger par la relation qui est faite du destin d’Achille, on risque finalement de ne pouvoir justifier l’emploi du mot que par la plus biologique de ses acceptions, donnée par son sens premier : la fécondité. Catulle, du reste, on le verra plus bas, réserve volontiers à son lecteur d’autres traits encore plus explicitement marqués de ce réalisme physiologique, comme c’est le cas du surprenant indice clinique relevé par la nourrice sur le cou de la jeune mariée au lendemain de la nuit de noces (v.376 sq). Dans ces conditions la révélation faite à Pélée en cette "lumière d’allégresse", quod laeta pandunt luce sorores, et le discours des Parques prennent un tour cruellement ironique, car en rapportant ce chant à l’ensemble du poème on peut se demander si le sort de la mortelle Ariane, certes victime du parjure de son amant "oublieux" de ses promesses, conubia laeta, optatos hymenaeos (v. 141), humiliée dans sa chair désolée, mais vouée à briller éternellement au firmament par la grâce de son divin époux, n’est pas in fine plus enviable que celui de l’immortelle Thétis, épouse et mère certes comblée, mais dont le fils promis à une mort prématurée ne gagnera, en fait de renommée, que celle du guerrier vainqueur, à la cuirasse terrifiante, hostibus forti pectore notus (v.339), fauchant à tour de bras, infesto ferro (v. 355), les champs troyens jonchés de cadavres, réclamant dans sa mort même sa part de butin, niueos perculsae uirginis artus (362-370), lamentables reliques jetées sur un bûcher en hommage à son mérite et pour rappeler ses exploits, illius egregias uirtutes claraque facta (v. 348). On notera cependant que, dans le texte de Catulle du moins, le sort d'Ariane n'apparaît pas formellement meilleur que celui de Thétis : Certes, Dionysos-Liber se montre bien à Naxos conformément à la tradition :
te quaerens, Ariadna, tuoque incensus amore (v. 253),
Mais l'histoire tourne court : le catastérisme n'est pas nommé. Il est seulement mentionné ailleurs, dans le carmen LXVI, traduit de Callimaque, associé à celui de la boucle de Bérénice, en des termes à vrai dire peu enthousiastes (voir ci-dessous note aux derniers v. du chant). Reste toutefois l'image d'Ariane prédestinée au moins au thiase, comme nous l'avons montrée dans le commentaire des v. 50-70.
En ce fécond mariage, Thétis et Pélée connaîtront la felicitas, donc, assurément : l’oracle est bien ueridicum (v. 326, rappelant le v. 306 : ueridicos cantus), par nature du moins :
Haec tum clarisona pellentes uellera uoce
talia diuino fuderunt carmine fata, 
perfidiae quod post nulla arguet aetas (v. 320 sq.)
Pourtant il s’avère que ces Parques pourraient bien être coupables de perfidia. Dans ce "chant qu’aucun âge futur n’accusera de tromperie", qui revendique l'objectivité à grand renfort de vocabulaire juridique (ueridicum, perfidiae, arguet) et qui produit des "témoins" (fatebuntur 349, testis 359 et 362), elles se bornent à annoncer quelques épisodes de la vie d’Achille sans la moindre mention de leurs résonances humaines, sans la moindre référence à la signification des attitudes du héros au combat (la colère, la douleur, l'aspiration à l'ἀριστεία), "oubliant" aussi par exemple combien fut éphémère le "bonheur" de Thétis – s'il y en eut – et quelles douloureuses lamentations elle répand dans L'Iliade, comme lorsqu'elle vient demander à Héphaistos de nouvelles armes pour Achille  : 
"Est-il une autre des déesses habitantes de l’Olympe, dont le cœur jamais ait eu à supporter autant de cruels chagrins que Zeus, fils de Cronos, m’aura octroyé de douleurs, à moi, seule, entre toutes ? Seule entre toutes les déesses marines, il m’a soumise à un mortel, Pélée l’Éacide ; et j’ai dû, en dépit de mille répugnances, entrer au lit d’un mortel, qui maintenant est couché dans son palais, tout affaibli par la vieillesse amère, tandis que, pour moi, voici d’autres douleurs encore" (Iliade, XVIII, 429 sqq., trad. Paul Mazon).
C’est sans doute dans ces "omissions" – on en verra d’autres dans les notes ci-dessous – que réside une des clés de l’écriture de Catulle : son lecteur, cultivé ou tout simplement entouré des nombreuses images célébrant le héros troyen, connaît bien Achille, non seulement dans ses "exploits" mais dans ses tourments et ses aspirations. Comme c’est le cas des vers montrant Ariane abandonnée (cf. le commentaire), le discours des Parques joue sur cette connivence entre le poète et celui qui l’écoute. Dès lors tout écart devient porteur de sens ou à tout le moins suscite une réaction, comme est celle de ces enfants qui protestent aux variantes inopportunément introduites dans une histoire maintes fois entendue mais inlassablement réclamée …
[326 sq.] Le refrain de l’incantation trouvera un écho d’importance dans la IVe Églogue de Virgile, cette autre célèbre prophétie de la poésie latine, mais dont les intentions seront fondamentalement opposées à celles du poème de Catulle, notamment puisqu’il s’agira alors de célébrer le retour de l’âge d’or :
"Talia saecla" suis dixerunt "currite" fusis
Concordes stabili fatorum numine Parcae.
"Courez, filez de tels siècles", ont dit à leurs fuseaux les Parques consentantes à l’immuable volonté des destins. (Trad. J.Carcopino. Voir la note générale sur l'épilogue du poème)
Quae fata sequuntur et ducentes : les termes exprimant cette "suite fatale", "éternelle" (l’aeternum laborem filé par les Parques, v. 310), renvoient à la conception stoïcienne de l'εἱμαρμένη et à l’étymologie imaginée par Chrysippe (εἱρμὸς αἰτιῶν), qui définit le destin comme l’ "enchaînement" des événements multiples dans un système causal unique. Ainsi pour Cicéron le destin est-il ordo seriesque causarum : "Fatum autem id appello, quod Graeci εἱμαρμένη, id est ordinem seriemque causarum, cum causa causae nexa rem ex se gignat. Ea est ex omni aeternitate fluens veritas sempiterna. Quod cum ita sit, nihil est factum, quod non futurum fuerit, eodemque modo nihil est futurum, cuius non causas id ipsum efficientes natura contineat" (Div.I, 125) ; et il précise ailleurs : "Nec ii, qui dicunt immutabilia esse, quae futura sint, nec posse uerum futurum conuertere in falsum, fati necessitatem confirmant, sed uerborum uim interpretantur. At qui introducunt causarum seriem sempiternam, ii mentem hominis uoluntate libera spoliatam necessitate fati deuinciunt" (Fat., 20). Les fata, ces événements multiples immuablement liés (la "destinée"), se trouvent de cette façon organisés et coordonnés en series fatorum (e.g.  Sénèque, nat. II, 32, 4  ; Lucain, I, 70 ; Claudien, Pros., I,  52, à propos des Parques quae seriem fatorum pollice ducunt et Ovide, Mét. XV 152 : seriem … euoluere fati) ou en fatorum ordo (Virgile, Én. V, 707 ; cf. P.Boyancé, La religion de Virgile, Paris 1963, p.46 sqq.). 
Chrysippe louait Homère d’avoir exprimé cette pensée à plusieurs reprises, par Hector consolant Andromaque ("Il n’est pas d’homme, lâche ou brave, qui échappe à son destin, du jour qu’il est né " Il., VI, 488), par Patrocle apparaissant en songe à Achille ("L’odieux trépas m’a englouti. Aussi bien était-ce mon lot, dès le jour où je suis né" XXIII, 78 sq.), par Achille qui "devra subir tout ce que la Parque pour lui a filé à sa naissance, le jour où l’enfanta sa mère" (Il. XX, 127 sq.).
Le verbe technique ducere désignant ici le geste de la fileuse (cf. plus haut v. 313 Dextera […] leviter deducens fila supinis / formabat digitis) convient pour marquer la continuité de la destinée, dans l’éternité : cf. e.g. Lucain, I, 670 sq. Duc, Roma, malorum / continuam seriem ; Sénèque, Ep., CVII, 11 ducunt uolentem fata, nolentem trahunt.
Subtegmina : Le même mot apparaîtra chez Horace à propos des Parques dans l’oracle que le Centaure Chiron prononce à l’intention d’Achille : tibi reditum certo subtemine Parcae / rupere (Epo. 13, 15 sq.). Il désigne littéralement la "trame" du tissage. Ici dans l’incantation, ce terme, à caractère technique encore, occupe une place de premier plan, avec currite … fusi. Par treize fois, il pourrait bien renvoyer concrètement à la minutieuse fabrication elle-même de l’ouvrage, s’ajoutant aux nombreuses indications données plus haut sur le travail des trois sœurs filandières (cf. dans le même ordre d’idée v. 310 aeternumque manus carpebant rite laborem, ou 315 sq. aequabat semper opus dens, / laneaque aridulis haerebant morsa labellis). Non seulement affairées et expertes, mais aussi pointilleuses, voire tatillonnes, elles accomplissent manifestement une tâche préméditée. En ce sens ce fil, en toutes lettres "fil conducteur" des fata, l’est aussi de l’ensemble du chant. Il l’est encore, peut-être, pour une autre raison, si on considère que dans cette "trame" les Parques montrent une certaine mauvaise foi à n’envisager qu’une partie de l’existence d’Achille – probablement la plus pénible à admettre, celle, exclusive, de sa fonction de guerrier, exercée largement, au demeurant, sous la contrainte – oubliant de faire la moindre allusion à la part – essentielle - que les poètes du cycle troyen (et les nombreuses représentations dans la céramique, la peinture, les bas-reliefs) font pourtant à l’expression des sentiments du héros, s’agirait-il même de faiblesses, comme s’en souviendra, lui, Virgile avec Énée. Ces sentiments relèveraient-ils donc de l’imprévu ? Pire, seraient-ils un obstacle incongru à l’accomplissement des desseins supérieurs ? À ces questions parmi d’autres maintes fois débattues il est répondu par le silence, ou plutôt le néant (car en fait les questions ne se posent même pas), que l’épilogue du poème justifiera a posteriori : les dieux – et avec eux tout ce qui est susceptible de transcendance, les aspirations et les valeurs qui élèvent les hommes - ont quitté la terre. Les plaintes d’Ariane continuent à se faire entendre : Quae cuncta aerii discerpunt irrita uenti (v. 142). Currite fusi !
[328 sq.] HesperusἝσπερος, Vesper, Étoile du soir. Cf . l’ "épithalame " du carmen LXII :
Vesper adest, iuuenes, consurgite : Vesper Olympo
exspectata diu uix tandem lumina tollit. (v. 1-2)
Vesper est là, jeunes gens : tous levez-vous ! Vesper enfin sur l’Olympe lève ses feux longtemps attendus !
Hymen o Hymenaee, Hymen ades o Hymenaee !
Hespere, quis caelo fertur crudelior ignis ?
qui natam possis complexu auellere matris,
complexu matris retinentem auellere natam,
et iuueni ardenti castam donare puellam.
quid faciunt hostes capta crudelius urbe ?
Hymen, ô Hyménée, Hymen, viens, ô Hyménée.
Hespérus, est-il au ciel feu en sa course plus cruel ? Tu as pouvoir d’arracher le fille des bras de la mère, des bras de la mère arracher la fille qui s’y blottit, et à un jeune homme ardent offrir une vierge pure. Les ennemis font-ils, dans une ville prise, chose plus cruelle ?
Hymen o Hymenaee, Hymen ades o Hymenaee !
Hespere, quis caelo lucet iucundior ignis ?
qui desponsa tua firmes conubia flamma,
quae pepigere uiri, pepigerunt ante parentes,
nec iunxere prius quam se tuus extulit ardor.
quid datur a diuis felici optatius hora ?
Hymen, ô Hyménée, Hymen, viens, ô Hyménée.
Hespérus, est-il au ciel feu en son éclat plus charmant ?
De ta flamme tu confirmes les accords de mariages, conclu par les époux, conclu d’abord par les parents, mais qui ne s’accomplissent qu’à l’heure où s’est levé ton flamboiement. Les dieux donnent-ils choses plus désirée que cet instant de bonheur ?
Hymen o Hymenaee, Hymen ades o Hymenaee !
Hesperus e nobis, aequales, abstulit unam. 
Hymen, ô Hyménée, Hymen, viens, ô Hyménée. 
Hesperus, compagnes, a enlevé l’une de nous …(v. 19-32)
Ces deux vers évoquent l’attente de l‘époux : Ils rappellent conventionnellement le chant d’hyménée traditionnel, indépendamment des noces de Thétis et Pélée à proprement parler. Les représentations figurées, quant à elles, montrent la procession des dieux et le cortège nuptial, le couple de jeunes mariés y figurant lui-même ou accueillant les participants. Voir dans le dossier iconographique par exemple le " Vase François " à Florence (où l’on voit Thétis assise dans le Palais tandis que Pélée accueille devant la porte la procession des dieux accompagnés des Moires, des Muses, des Heures et des Charites) (cf. ci-dessus note au v. 325 et le dessin du détail dans Perseus), le dinos de Sophilos à Londres, ou le sarcophage de la Villa Albani. Plus tard, les peintres s’arrêteront plutôt au banquet lui-même (voir le dossier iconographique consacré à la postérité). S’agissant de l’attente de l’époux (et du rituel des préparatifs), on se reportera avec profit aux études de la fresque du Vatican dite des Noces Aldobrandines. On pense aussi à Ovide, Fastes, III, 393 sq.
  Nubere siqua voles, quamvis proberabitis ambo,
       differ ; habent parvae commoda magna morae.
       "Jeune fille, si tu veux te marier, quelle que soit votre hâte à tous deux, prends patience : un bref délai procure de grands avantages".
[330-332] Il convient d’apprécier l’atmosphère d’exquise sensualité qui enveloppe cette scène, où l’épouse libère toute sa réserve de séduction, à la fois " maîtresse " (flexanimo … amore) et toute en langueur.  On ne peut s’empêcher de penser au célèbre tableau de Lucrèce, à Mars aeterno deuictus uolnere amoris, à Vénus, hunc … recubantem corpore sancto circumfusa super (I, 31 sqq.).
Flexanimus : cf. Virgile, Géorg. IV, 516 : Nulla Venus, non ulli animum flexere hymenaei.
Languidulos somnos : le pluriel et le diminutif ajoutent au charme suggestif de la scène (Ovide, Ars, 2, 727 : tum plena uoluptas, / cum pariter uicti femina uirque iacent.)
Tecum = " cum tuo somno ".
Noter la structure recherchée du v. 332 : schéma avbAB ; disjonction leuia … bacchia ; opposition (dynamique) leuia / robusto. La composition imite le tableau.
[334-336] Nulla domus talis umquam contexit amores : Après l'image de la volupté, celle, nécessaire chez Catulle (voir infra), du foyer et de la domus "protectrice" (contexit, verbe qui trouve en coniunxit un écho sonore significatif), gage de la perfection du couple et de la fidélité, et qui appelle la domina :
isque domum nobis isque dedit dominae,
ad quam communes exerceremus amores. LXVIII, 68 sq.
Le thème se démultiplie par le chant : Nulla domus / nullus amortalis amores / tali foedereamores / amor / amantesconiunxit / concordia - qualis Thetidi / qualis Peleo. On le retrouvera au finale (372 sq) : 
Quare agite optatos animi coniungite amores
accipiat coniunx felici foedere diuam.
[338 sq.] Nascetur uobis expers terroris Achilles, 
Hostibus haud tergo, sed forti pectore notus
Homère est le premier qui ait formulé, par la voix d’Idoménée instruisant son écuyer Mérion, cette règle d’or du combattant courageux par opposition au lâche : 
"Que tu sois à la besogne, touché de loin ou bien frappé de près, ce n’est pas sur toi qu’aucun trait ira tomber par derrière, sur la nuque ou dans le dos : c’est ta poitrine ou ton ventre qu’il rencontrera plutôt, lorsqu’avidement tu te précipites au rendez-vous des champions hors des lignes" (Il. XIII, 288 sqq. trad. Paul Mazon).
Il faut noter toutefois que cette leçon n’indique pas qu’il faille être, au combat, complètement insensible à l’émotion. Le brave, dit Idoménée, est celui qu’ "on ne voit pas changer de couleur" et qui "ne se trouble pas trop" (ibid. 284 sq.). "Les héros d’Homère se distinguent de la masse non parce qu’ils ne tremblent pas, mais parce qu’ils tremblent moins" (F.Buffière, Les mythe d’Homère et la pensée grecque, Les Belles Lettres, 1956, p. 309). Achille donc, dit par les Parques expers terroris, serait-il fait d’un plus dur bois qu’Ajax, par exemple, qui dans le combat autour du corps de Patrocle confie à Ménélas avoir moins peur pour ce corps que "pour sa propre tête" (Il., XVII, 240 sq.) ou qu’Hector affrontant "le monstrueux Ajax" en combat singulier, aux yeux de Troyens frappés d’une "terreur atroce", et "sentant son cœur qui palpite en sa poitrine" ?
En ce début de l'évocation du destin d'Achille, il est sans doute bon de rappeler qu'au-delà de l'épopée la tradition littéraire et les conventions artistiques appliquaient au "héros" un certain nombre de traits reconnus par tous, force, courage, action bienfaitrice, grandeur tirée de la souffrance etc. L'archétype en était fourni par la geste d'Héraclès, au point que celle-ci, souvent, servait de référence explicite dans la célébration des élites. On en voit une belle illustration dans le cas de Thésée sur les métopes du Trésor des Athéniens à Delphes. Or, dans le poème de Catulle (voir le commentaire et les notes sur les v. 50-70), on aurait justement du mal à retrouver ces images de Thésée-Héraclès sur la tapisserie montrant l'histoire d'Ariane l'abandonnée, et cela malgré les vers qui introduisent le tableau :
Haec uestis priscis hominum uariata figuris 
heroum mira uirtutes indicat arte.
"Cette étoffe, brodée d'antiques figures des humains, montre avec un art étonnant les prouesses des héros."
L'avenir d'Achille dessiné par les Parques conduit sur les mêmes voies quand on lui compare une autre prophétie, celle de Tirésias dans l'Idylle XXIV de Théocrite (Héraclès enfant), qui inspirera sans doute en bonne partie la IVe Bucolique de Virgile (nous reviendrons sur les liens littéraires de l'églogue virgilienne et du carmen LXIV dans les notes sur l'épilogue). À Alcmène désireuse et inquiète de connaître la destinée de l'enfant, car "il est impossible pour des humains d'éviter ce que la Moire enroule sans relâche sur son fuseau" (69 sq.), Tirésias annonce :
"Tu seras pour les Argiennes un objet de vénération ; si grand doit être l'homme que deviendra cet enfant, ton fils ! Il montera au ciel qui porte les astres, il sera un héros large de poitrine, plus fort que toutes les bêtes et que les autres humains. Son destin est d'habiter la demeure de Zeus après avoir accompli douze travaux, cependant que le bûcher de Trachis aura toute sa dépouille mortelle ; et il sera appelé gendre des Immortels qui envoyèrent pour le détruire enfant ces monstres habitants des cavernes. Oui il viendra ce jour, où le loup aux dents dévorantes voyant le faon au gîte ne lui voudra pas faire de mal" (78-83 Trad. Ph.-E. Legrand).
Expers terroris, forti pectore notus, uictor certamine, excelso coaceruatum aggere bustum (v. 363), Achille aura bien des points communs, assurément, avec Héraclès, sauf l'essentiel : Les images montrées par Catulle dans le chant des Parques et dans l'épilogue ne conduiront ni à une apothéose du héros ni à un monde civilisé. C'est même exactement l'inverse qui se produira :
Omnia fanda nefanda malo permixta furore
iustificam nobis mentem auertere deorum (405 sq.)
[340 sq.] La rapidité d’Achille, πόδας ὠκύς (e.g. Iliade, I, 58), est l’une des images les plus célèbres des récits troyens. Il a reçu cette vertu dans son enfance de son maître le Centaure Chiron :
"Tandis qu’il habitait la demeure de Philyre, Achille, enfant encore, avait pour jeux de grands exploits ; sans cesse, faisant voler comme le vent le javelot armé d’un fer court, il combattait les lions farouches, leur donnait la mort et abattait les sangliers. Puis il rapportait au Centaure, fils de Cronos, leurs cadavres encore haletants, dès l’âge de six ans ; et tout le temps qui suivit. Artémis l’admirait, ainsi que l’audacieuse Athéna, tandis qu’il tuait les daims, sans l’aide de chiens ni de filets trompeurs ; car il les dépassait à la course" (Pindare, Néméennes, III, 74 sqq. Trad. Aimé Puech) ;
"Celui qui peut défier le vent, ce bondissant Achille, fils de Thétis, chef-d'œuvre de Chiron, je l'ai vu sur le rivage, près des galets, qui, tout armé, s'exerçait à la course ; il tentait d'égaler en vitesse un quadrige, et, tournant la borne, volait vers la victoire" (Euripide, Iphigénie à Aulis, trad. H.Berguin).
Notons que le chant des Parques ne mentionne pas explicitement le rôle du plus savant et du plus sage des Centaures dans l'éducation d'Achille. Chiron est pourtant le premier des hôtes divins à s'être présenté au banquet des noces, chargé de toutes les beautés cueillies sur le Pilion (LXIV, 279-284) et, en tout état de cause, son nom est universellement associé à l'enfance du fils de Pélée (cf. les dossiers iconographiques). Mais dans cette évocation du héros, comme on le voit partout, le discours déplace en permanence les lignes établies : la "valeur" d'Achille sera d'une nature bien éloignée des enseignements du maître …
Depuis les temps homériques, la rapidité est une vertu de référence pour le combattant ("Jamais, s’écrie Andromaque pleine d'appréhension pour le sort d'Hector, il ne restait au milieu de la masse des guerriers ; il courait bien au-delà, et, pour la fougue, il ne le cédait à personne " Il. XXII, 458 sq.) et la fameuse celeritas de Jules César aura tout à gagner en partageant un tel éclat, sans doute obtenu de sa prestigieuse ascendance…
Rappelons qu’Homère fait des épreuves athlétiques une préparation au combat, dont trois en particulier : le pugilat (qui entraîne à frapper et à parer les coups), puis la lutte à main plate (pour le corps à corps), enfin la course (pour la poursuite de l’ennemi ou pour s’échapper …) : Il. XXIII, 620, 634 ; Od. VIII, 206 ; 246.
Dans le poème de Catulle, le trait est ici d’importance, car il illustre, en quelque sorte par ricochet et sans risques (mais non sans quelque ironie), les deux vers précédents, expliquant d'où viennent tant d'intrépidité et tant de vaillance : Ce héros court plus vite, il est entraîné. L'epitheton ornans est dès lors à double tranchant, si l'on peut dire. En effet, s’il rappelle poétiquement (flammea celeris uestigia ceruae) la valeur de la course, en particulier armée, dans les jeux ou les compétitions guerrières du monde grec, pour l’appliquer au personnage d’Achille sous son aspect le plus flatteur (un champion imbattable !), il renvoie aussi le lecteur implicitement – mais en toutes lettres par les images - aux circonstances du fameux combat singulier d’Achille et d’Hector, précédé, par trois fois, d’une longue poursuite autour des murailles de Troie, épisode dramatique s’il en fut, mais que les Parques se gardent bien d'annoncer en le nommant, car trop révélateur, chez Homère, de la complexité morale du héros.
Acharnement du guerrier d’une part :
"Et le Péléide approchait semblable à l'impétueux guerrier Arès et brandissant de la main droite la terrible lance Pèlienne. Et l'airain resplendissait, semblable à l'éclair, ou au feu ardent, ou à Hélios qui se lève. Mais dès que Hektôr l'eut vu, la terreur le saisit et il ne put l'attendre ; et, laissant les portes derrière lui, il s'enfuit épouvanté. Et le Péléide s'élança de ses pieds rapides.
De même que, sur les montagnes, un épervier, le plus rapide des oiseaux, poursuit une colombe tremblante qui fuit d'un vol oblique et qu'il presse avec des cris aigus, désirant l'atteindre et la saisir ; de même Akhilleus se précipitait, et Hektôr, tremblant, fuyait devant lui sous les murs des Troiens, en agitant ses genoux rapides. […] Et, cependant, le rapide Akhilleus pressait sans relâche Hektôr, de même qu'un chien presse, sur les montagnes, le faon d'une biche. Il le poursuit à travers les taillis et les vallées des bois ; et quand il se cache tremblant sous un buisson, le chien flaire sa trace et le découvre aussitôt. De même Hektôr ne pouvait se dérober au rapide Péléiade" (Iliade, XXII, trad. Leconte de Lisle).
Noblesse, compassion et respect d’autre part quand le vieux roi Priam se rend chez le vainqueur d’Hector afin de lui racheter le corps de son fils (XXIV, 468-526), "lui embrasse les genoux, lui baise les mains – ces mains terribles, meurtrières, qui lui ont tué tant de fils" : 
"Va, lui dit-il, respecte les dieux, Achille, et, songeant à ton père, prends pitié de moi. Plus que lui encore, j'ai droit à la pitié ; j'ai osé, moi, ce que jamais encore n'a osé mortel ici-bas : j'ai porté à mes lèvres les mains de l'homme qui m'a tué mes enfants." 
"Il dit, et chez Achille il fait naître un désir de pleurer sur son père. Il prend la main du vieux et doucement l'écarte. Tous les deux se souviennent : l'un pleure longuement sur Hector meurtrier, tapi aux pieds d'Achille ; Achille cependant pleure sur son père, sur Patrocle aussi par moments ; et leurs plaintes s'élèvent à travers la demeure".
Il est du reste à noter que le motif du combat singulier, du duel, si important dans les récits troyens, n’apparaît pas comme tel dans le chant des Parques, qui ignorent par exemple cet autre épisode célèbre, le combat d’Achille contre Énée (Iliade, chant XX), sans doute parce que le héros s’y montre trop soucieux de justifier ses actes, voire hésitant :
"Ainéias, pourquoi sors-tu de la foule des guerriers ? Désires-tu me combattre dans l'espoir de commander aux Troiens dompteurs de chevaux, avec la puissance de Priamos ? Mais si tu me tuais, Priamos ne te donnerait point cette récompense, car il a des fils, et lui-même n'est pas insensé. Les Troiens, si tu me tuais, t'auraient-ils promis un domaine excellent où tu jouirais de tes vignes et de tes moissons ? Mais je pense que tu le mériteras peu aisément, car déjà je t'ai vu fuir devant ma lance. Ne te souviens-tu pas que je t'ai précipité déjà des cimes Idaiennes, loin de tes bœufs, et que, sans te retourner dans ta fuite, tu te réfugias à Lyrnessos ? Mais, l'ayant renversée, avec l'aide de Zeus et d'Athènè, j'en emmenai toutes les femmes qui pleuraient leur liberté. Zeus et les autres Dieux te sauvèrent. Cependant, je ne pense pas qu'ils te sauvent aujourd'hui comme tu l'espères. Je te conseille donc de ne pas me tenir tête, et de rentrer dans la foule avant qu'il te soit arrivé malheur. L'insensé ne connaît son mal qu'après l'avoir subi."
(…) Et alors que Poseidon est venu au secours d’Énée :
"Ô Dieux ! Certes, voici un grand prodige. Ma lance gît sur la terre, devant moi, et je ne vois plus le guerrier contre qui je l'ai jetée et que je voulais tuer ! Certes, Ainéias est cher aux Dieux immortels. Je pensais qu'il s'en vantait faussement. Qu'il vive ! Il n'aura plus le désir de me braver, maintenant qu'il a évité la mort. Mais, allons ! j'exhorterai les Danaens belliqueux et j'éprouverai la force des autres Troiens. Il parla ainsi, et il courut à travers les rangs, commandant à chaque guerrier : - Ne restez pas plus longtemps loin de l'ennemi, divins Akhaiens ! Marchez, homme contre homme, et prêts au combat. Il m'est difficile, malgré ma force, de poursuivre et d'attaquer seul tant de guerriers" (trad. leconte de Lisle).
Ce qui est en jeu dans le duel homérique, c’est l’honneur et la gloire des adversaires, non la mort de l’un ou de l’autre. En fait seuls Sarpédon et Hector en sont les victimes dans l’Iliade. À l’évidence, comme on le voit dans les vers suivants, les Parques préfèrent ici s’arrêter sans détour de langage aux grands massacres et aux monceaux de cadavres, garants incontestables de l'ἀριστεία (magnis uirtutibus) du héros... sachant bien en tout état de cause que de toute façon les duels de l’Iliade sont truqués par les dieux : Enée-Achille, mais aussi Hector-Ajax, Pâris-Ménélas … Telle sera donc l'arène pour notre "vainqueur aux concours de course vagabonde, qui dépassera les foulées de flamme de la biche rapide"  : le sable des champs phrygiens ruisselant de sang troyen (344), aux yeux des mères douloureuses, meurtries sous les coups qu'elles s'infligent (348-351) ; et sur l'autel pour finir le prix gagné : le sang d'une vierge décapitée (362-370).
[343 sqq.] Non illi quisquam bello se conferet heros : La statue du héros "incomparable" est évidemment attendue : Sur l'αἰὲν ἀριστεύειν, l' "excellence" (cf. egregias uirtutes, 348 et magnis uirtutibus, 357) dans l'Iliade, on trouvera grand profit à lire en classe l'étude en ligne offerte par Yves Touchefeu : Une "épopée lumineuse". Mais ici cette statue est immédiatement ébréchée voire mise en cause par le réalisme du discours : non seulement les plaines de Phrygie sont "inondées" (manabunt) du sang troyen, image qui devient leitmotiv dans les vers suivants (v. 360 permixta flumina caede, v. 368 madefient caede sepulcra), mais ce guerrier couvert de sang ne paraît qu’agir, nulle hauteur de vue ni mobile personnel ne venant apparemment donner valeur morale à ses actes. Certes, sa renommée est grande : chacun sait qu’on ne le voit jamais fuir ; face à face, ses ennemis ne peuvent que constater sa "vaillance"  (v. 339 sq. expers terroris, haud tergo sed forti pectore notus) ; on lui reconnaît donc des prouesses (v. 448 clara facta), qui lui confèrent, on l’avoue, une "valeur exceptionnelle" (v. 348 sq. illius egregias uirtutes fatebuntur), prouvée par l’amoncellement de cadavres dont il obstrue le cours des fleuves (v. 357 Testis erit magnis uirtutibus unda Scamandri). Mais s’il atteint la perfection, c’est celle d’un exécutant, accompli : à l’origine de ses actes de guerre, nulle sainte colère, nulle Briséis, nulle mission divine non plus (les dieux sont exclus du discours des Parques et en tout état de cause sa mère Thétis, on le sait, a tout fait pour le dérober à cette guerre, quitte à le déguiser en fille : cf. Stace Ach., I, 325 sqq.). Il combat à cause de faits très anciens qui lui sont étrangers, bras armé d'Agamemnon, "troisième héritier du parjure de Pélops" :
Troicaque obsidens longinquo moenia bello, 
periuri Pelopis uastabit tertius heres.
Les vers de Catulle rappellent d'une certaine façon les regrets d'Agamemnon chez Homère :
"Zeus, fils de Cronos, m'a terriblement su prendre dans les rets d'un lourd désastre. Le cruel ! Il m'avait alors promis, garanti que je ne m'en retournerais qu'une fois détruite Ilion aux bonnes murailles ; il m'avait, en fait, préparé un vilain piège : le voilà qui m'invite à rentrer à Argos chargé du déshonneur d'avoir fait périr tant d'hommes ! Quoi ! c'est donc là le bon plaisir de Zeus, Zeus tout puissant, qui a déjà découronné tant de cités et en découronnera plus d'une autre encore, car il a la force suprême !" (Il., IX, 18-25 – trad. P.Mazon)
Tertius heres : La périphrase paraît compliquée, mais ne procède pas seulement du goût alexandrin pour l’érudition : elle est significative de la conception du destin qui fonde tout le passage. Il s'agit bien d'Agamemnon, le chef de l’expédition, le petit-fils de Pélops, le fils d'Atrée, le neveu de Thyeste. Pélops est qualifié de "parjure", à juste titre : L’histoire en effet nous conduit d'abord en Élide. Hippodamie, la fille du roi de Pise, Oenomaos, était convoitée par de nombreux prétendants. Pour les écarter, son père imposait l’obligation de le vaincre lui-même à la course en char : aucun concurrent n’y parvenait, car l’attelage du roi, offert par Arès, était invincible. Douze imprudents malheureux furent ainsi distancés et leurs têtes clouées à la porte du palais. C’est alors que Pélops, le fils de Tantale et grand ancêtre des Atrides, parvint, avec la complicité d’Hippodamie, à corrompre le cocher d’Oenomaos, Myrtylos. Celui-ci mit en place une cheville de cire sur l’essieu du char royal, qui se brisa, et Pélops fut vainqueur. Mais le cocher ne reçut jamais le prix convenu de sa trahison : Pélops le fit jeter à la mer … 
Revenons à Achille : sa présence au combat n’est donc qu’un maillon dans une chaîne de causes et d’effets, historiquement et objectivement mesurable (Agamemnon arrive en "troisième" position, après Atrée son père et Thyeste son oncle), entachée d’un parjure dès l’origine, puis marquée au sceau de l’horreur (l‘abominable festin offert à Thyeste par Atrée) et encore de la trahison (celle d’Aéropé, épouse d’Atrée et mère d’Agamemnon, mais qui, en maîtresse qu’elle était de son beau-frère Thyeste, lui livre la toison du prodigieux agneau qui assurait à Atrée le pouvoir royal) et pour finir d’une infamie (celle d’Agamemnon lui-même qui, pour obtenir Clytemnestre en mariage, avait tué son premier mari, Tantale fils de Thyeste, ainsi que leur nouveau-né). On connaît la suite : Egisthe tuera Agamemnon à son retour de Troie. Dans ces conditions on ne s’étonne pas de voir ici Agamemnon, "hétitier" de tant de crimes et loin d’être hors de cause lui-même, endosser la responsabilité première du carnage troyen, Achille lui-même n’étant que l’instrument d’une telle " destinée ", involontaire à l’origine mais redoutablement efficace (car lui aussi accomplit l’oracle de Thémis : cf. note au v. 324), organisée tout entière, obstinément (longinquo bello) pour la destruction dévastatrice et la mort (voir ci-dessus la note à propos de l'εἱμαρμένη). Quel parti prendre, donc, à l’égard de ce que la plume moderne appellera la "machine infernale" ? Celui, humain et certain, lui, des victimes, réunies en un seul flux de sang, Teucro sanguine (344), une seule lignée (Troiugenum corpora, v. 355), un seul désarroi, celui des mères se lamentant au cortège funèbre de leur fils (dans les vers suivants), une seule image pour finir, celle de la vierge immolée au tombeau d’un foudre de guerre mort et réclamant encore sa part du butin (362-370).
Phrygii Teucro manabunt sanguine campi : Troie est désignée trois fois dans le chant, exclusivement sous un jour funeste : Teucro sanguine, Troica moenia, Troiugenum corpora. Il en est ainsi également, mais plus violemment encore, dans le carmen LXVIII où le poète rapporte des souvenirs personnels : il passe de ses amours avec Lesbie (candida diua), abritées par l'ami Manlius, à un autre couple, illustre et malheureux, Laodamie et Protésilas, autre prince Thessalien, mort à la guerre de Troie, le premier, au lendemain de ses noces, (nondum cum sanguine sacro / hostia caelestis pacificasset eros v. 75 sq.) :
Quam ieiuna pium desiderat ara cruorem,
docta est amisso Laudamia uiro. […]
quod scibant Parcae non longo tempore abesse,
si miles muros isset ad Iliacos.[…]
Troia (nefas!) commune sepulcrum Asiae Europaeque !
"Combien un autel à jeun éprouve le manque d'un sang pieux, Laodamie l'apprit en perdant son mari" (79 sq.).
"Lui, les Parques savaient qu'il était parti pour peu de temps, s'il allait se battre aux murailles de Troie" (85 sq.).
"Troie, ô abomination ! fosse commune de l'Asie et de l'Europe !" ((89)
 Ce qui provoque l'image d'une autre mort et d'une autre tombe, en Troade précisément, celle de son propre frère :
Troia uirum et uirtutum omnium acerba cinis,
quaene etiam nostro letum miserabile fratri
attulit. Ei misero frater adempte mihi
ei misero fratri iucundum lumen ademptum,
tecum una tota est nostra sepulta domus,
omnia tecum una perierunt gaudia nostra,
quae tuus in uita dulcis alebat amor.
quem nunc tam longe non inter nota sepulcra
nec prope cognatos compositum cineres,
sed Troia obscena, Troia infelice sepultum
detinet extremo terra aliena solo.
"Troie, de tous les héros, de tous les héroïsmes cendre prématurée, elle qui a valu aussi à notre frère un malheureux trépas. Ah ! malheur à moi, à qui mon frère fut ravi ! ah ! malheur à toi, mon frère, a qui fut ravie la joyeuse lumière ! Avec toi ont péri toutes nos joies qui, jusqu'à ta mort, ont vécu de ta douce affection. Toi, maintenant si loin !, tu ne reposes pas parmi les tombes connues, ni auprès des cendres familiales, mais tu gis dans l'immonde Troie, Troie maudite, et la terre d'un pays étranger te garde là-bas" (90-100).
[348 sqq.] Voilà donc la première preuve donnée de l’éclatante réussite du fils de Thétis et de Pélée : le deuil des mères. Le tableau est connu d’avance : chevelure grise dénouée, poitrine meurtrie à force de coups donnés par de vieilles mains. 
Il renvoie d’abord explicitement au rituel des funérailles avec ses scènes de déploration. Ainsi dans l’Énéide, autour du corps de Pallas (XI, 35) ou du tombeau de Polydore (III, 62 sqq.) :
Ergo instauramus Polydoro funus, et ingens 
aggeritur tumulo tellus; stant Manibus arae,
caeruleis maestae vittis atraque cupresso,
et circum Iliades crinem de more solutae ;
"Nous célébrons donc les funérailles de Polydore : sur le tertre on amoncelle un énorme tombeau de terre ; on dresse des autels aux Mânes, décorés des bandelettes de deuil et du noir cyprès. Les femmes d’Ilion se rangent autour, les cheveux épars, selon la coutume" (trad. A.Bellessort). 
Il évoque aussi l’expression la plus ancienne et la plus violente du deuil. Ainsi voyons-nous Achille apprenant la mort de Patrocle (Il. XVIII, 26 sqq.) :
"Et le voici lui-même, son long corps allongé dans la poussière ; de ses propres mains il souille, il arrache sa chevelure. Les captives, butin d’Achille et de Patrocle, le cœur affligé, poussent de grands cris et sortent en courant entourer le vaillant Achille. Toutes, de leurs mains, se frappent la poitrine ; aucune qui ne sente ses genoux rompus" (Trad. Paul Mazon).
Mais si le texte de Catulle fait une part à ces images communes (la céramique attique en donne également de nombreux exemples), il introduit aussi ce constat, plus troublant et plus pernicieux en réalité, que la gloire et la valeur d’Achille se mesurent à l’intensité des pleurs qu’il est capable de provoquer : non seulement le prix à payer, mais la source même de cette gloire, que les mères doivent "avouer" (fatebuntur matres), par des larmes qui s’en portent garantes devant le corps du vaincu à la hauteur de leur amour, c’est à dire "concéder", mais plus encore "proclamer". Ainsi la guerre trouve-t-elle sa justification dans les actes d’héroïsme qu’elle génère, quelque lamentables qu‘en soient les conséquences qu’elle suppose parmi les victimes : Dans la quête de la gloire, la douleur est le postulat. C’est pour une telle raison que dans l’Iliade, on voit même de telles scènes ardemment souhaitées par Achille : 
Il vient d’apprendre la mort de Patrocle, on s’est battu avec acharnement autour de son corps, Hector a eu l’audace de revêtir ses armes. Thétis, en larmes, lui promet qu’elle en obtiendra d’autres d’Héphaistos. La douleur du héros devant la mort de l’ami engage alors son destin, car elle le détermine à reprendre le combat :
"Ah ! que n’es-tu restée où tu étais, au milieu des déesses marines, tandis que Pélée eût conduit chez lui une épouse mortelle ! Mais il fallait que tu eusses, en ton cœur, à subir un deuil immense, en voyant ton fils abattu. Tu ne dois plus désormais le revoir ni l’accueillir rentrant chez lui. Aussi bien mon cœur lui-même m’engage-t-il à ne plus vivre, à ne plus rester chez les hommes, si Hector, frappé par ma lance, n’a pas d’abord perdu la vie et payé ainsi le crime d’avoir fait sa proie de Patrocle."
Et Thétis, pleurante, à son tour lui dit :
"Ta fin est proche, mon enfant, si j’en crois ce que tu me dis ; car tout de suite après Hector, la mort est préparée pour toi.
[…]
— Eh bien donc ! si même destin m’est fixé, on me verra gisant sur le sol à mon tour, quand la mort m’aura atteint. Mais aujourd’hui j’entends conquérir une noble gloire, et que, grâce à moi, plus d’une Troyenne et d’une Dardanide à ceinture profonde, essuyant à deux mains les larmes coulant sur ses tendres joues, commence de longs sanglots, et qu’alors toutes comprennent qu’elle a assez duré, mon absence de la bataille. " (XVIII, 86 sqq. trad. Paul Mazon)
Le texte de Catulle est à la fois assez proche et très éloigné de celui d’Homère, car Achille, dans le chant des Parques, ne manifeste aucun des sentiments (nobles) qui fondent l’attitude du héros dans l’Iliade. Cet exemple fournit du reste l’occasion d’une remarque applicable à l’ensemble du chant : Il est symptomatique que le personnage de Patrocle, pourtant essentiel et inévitablement attaché à la figure d’Achille, soit totalement exclu du poème latin. On serait tenté de dire, même, que s’opère ici une sorte de substitution : Tout se passe comme si le poète avait à cœur, d’emblée, de gommer une image idéalisée et présente a priori dans tous les esprits tant elle est célèbre, l’amitié des deux héros, Achille pleurant la mort de Patrocle, au profit d’une autre, celle de toutes les mères pleurant leurs fils, désignés, par le terme le plus expressif pour être le plus concret, en tant que gnati. On verra peut-être aussi apparaître ici, mais en filigrane seulement, une autre image, tout aussi significative dans le récit homérique, celle de Priam, autre père dans la douleur, venant supplier Achille de lui rendre, au prix d’une rançon, le corps d’Hector. Mais chez Homère (XXIV, 507 sqq.) l’épisode révèle chez Achille, là encore, après la violence, une grande humanité. Aussi le tableau peint par Catulle déplace-t-il la perspective, se distinguant par son réalisme extrême (cano uertice, putrida pectora, infirmis palmis) et la force de sa composition (mouvement périodique de la syntaxe, allitérations, construction du v. 351), autant d’éléments qui laissent peu de doute sur la subjectivité du point de vue. On retrouvera un tableau comparable chez Ovide dans la douleur d’Hécube pleurant la mort de Polyxène (qui sera évoquée dans la suite du poème) :
Quae corpus conplexa animae tam fortis inane,
quas totiens patriae dederat natisque uiroque,
huic quoque dat lacrimas ; lacrimas in uulnera fundit
osculaque ore tegit consuetaque pectora plangit
canitiemque suam concretam sanguine uellens
plura quidem, sed et haec laniato pectore, dixit …
"Hécube presse dans ses bras ce corps sanglant où fut une âme et si pure et si grande. Elle pleure sur ces restes inanimés, comme elle avait pleuré sur sa patrie, sur ses enfants, sur son époux. Elle arrose de ses larmes l'endroit qu'a percé le fer. Ses lèvres pressent les lèvres de Polyxène ; elle frappe son sein, qu'elle a si souvent meurtri dans ses longues douleurs, et, traînant ses cheveux blancs dans le sang glacé de sa fille, le cœur oppressé, elle éclate en longs regrets, et surtout en ces mots … " (Mét. XIII, 489 sqq. trad. G.T. Villenave : BCS).
 Il en va ici - et l’observation vaut pour l’ensemble du chant des Parques - comme, plus tard, dans l’ "Iliade ovidienne", la douleur est seulement troyenne : "L’accent mis sur la douleur des pères et des mères relève de la même intention que le refus de commémorer la gloire des combats : en centrant son texte sur ceux qui subissent la guerre à travers les êtres qu’ils aiment, Ovide transforme la nature du genre épique jusqu’à en faire le lieu d’une déploration, celle de l’inévitable lot des individus affrontés à l’horreur des armes, à la souffrance et à la révolte. (…) Quand il oublie ou ignore l’aspect héroïque des situations au profit de leurs résonances humaines, Ovide est en accord avec la tradition littéraire qui lui est la plus proche et la plus familière : comme Catulle, ce n’est pas une épopée qu’il écrit, mais un texte marqué de l’empreinte alexandrine" (Jacqueline Fabre-Serris, Mythe et poésie dans les Métamorphoses, Klincksieck 1995, p. 112 sq.). Dans ces perspectives, on observera qu’Achille est rarement "sujet" dans le discours des Parques, deux fois seulement en fait, comme "coureur" pour distancer la biche à la course (praeuertet, 341) et comme "moissonneur" pour décimer l’armée troyenne (prosternet, 355). Ailleurs, il n’a d’existence que dans l’effet de ses actes : la mort et la désolation.
[353 sqq.] Velut messor : La comparaison figure dans l’Iliade ch. XI, 67 sqq. pour s’appliquer à la fois aux deux armées en présence : 
"Ainsi que des moissonneurs, qui, face les uns aux autres, vont, en suivant leur ligne, à travers le champ, soit de froment ou d’orge, d’un heureux de ce monde, et font tomber dru les javelles, ainsi Troyens et Achéens, se ruant les uns sur les autres, cherchent à se massacrer" (trad. Paul Mazon). 
Elle se trouve aussi dans les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes, à propos de Jason luttant contre les hommes armés nés des dents du dragon :
"Jason fond sur eux l'épée à la main et, frappant au hasard tout ce qui s'offre à ses coups, moissonne à la fois ceux qui n'étaient sortis de terre que jusqu'aux épaules ou jusqu'à la ceinture, ceux qui commençaient à se tenir sur leurs pieds et ceux qui déjà marchaient au combat. Tel, au milieu des alarmes de la guerre, un laboureur, craignant que sa moisson ne devienne la proie du soldat, prend sa faulx nouvellement aiguisée et se hâte d'abattre les épis sans attendre qu'ils soient mûris par l'ardeur du soleil. Bientôt les sillons deviennent des ruisseaux de sang" (III, 1386 sqq. trad. J.-J. Caussin).
Et on suivrait volontiers Alain pour lire Homère : 
"Les comparaisons de l'Iliade sont comme des rêveries courtes. Du milieu du carnage, la pensée se détourne naturellement vers l'ordre des choses, vents, pluies, saisons, ou bien vers l'ordre des travaux humains. Nous n'avons que de courts regards à cette nature sage et éternelle, de courts regards qui sont métaphores. Nous ne savons plus comparer, parce que nous voulons que la comparaison s'ajuste à la chose; mais au contraire, dans Homère, la comparaison fait contraste avec la chose. Aussi le terme qu'on peut appeler étranger, la paille au vent, la neige, le lion, les feux qui envoient l'alarme d'une île à l'autre, le terme étranger se développe toujours selon sa propre loi, bien mieux, affirme sa propre loi. Et s'il est dit que le guerrier tombe comme un chêne, il faut que l'imagination se repose en un court tableau des hautes montagnes, de la forêt, du bûcheron, du feu, des brindilles et de l'odeur du repas rustique. Ainsi le feu des passions éclaire quelque chose qu'il ne peut détruire, mais au contraire dont il est nourri. Car d'où ces bœufs et ce vin, aliments du courage, si quelque bouvier ailleurs ne tenait la charrue ? Et d'où ces navires sans le bûcheron ? " (Propos sur la Littérature, " Le bouclier d’Achille ", 1934)
Mais comment, à lire Homère ou Catulle, les cinéphiles ne penseraient-ils pas, aussi, au splendide champ de blé de La notte di San Lorenzo des frères Taviani (1982) ? En plein soleil, au cours d’un combat opposant assez piteusement des paysans italiens victimes des misères de la guerre, l’imagination d’une petite fille de six ans transforme la mêlée en bataille grandiose et fait apparaître, magnifique guerrier-moisonneur, Achille lui-même, dont son grand-père lui racontait depuis toujours les exploits … 
Quoi qu’il en soit, le tableau montré par les Parques est chargé, une fois de plus, d’une grande équivoque. D’une part les images aimables d’une géorgique radieuse, "virgilienne" (densas aristas, sole ardenti, flauentia arua, à quoi il faut ajouter la science habile du moissonneur, praecerpens), d’autre part, en un seul vers, la consternante moisson : la race troyenne jonche le sol, couchée sous les coups acharnés (infesto ferro) du guerrier grec, à la lettre "fléau" de ses ennemis. Autant que le moissonneur, Achille connaît et exerce son métier : noter le glissement de prae-cerpens à pro-sternet. Les verbes sont à prendre dans leur sens propre. Achille ne lutte pas ; il fauche droit devant lui, méthodiquement, de ses mains de " tueur d’hommes ", celles que devra baiser plus tard, suppliant, le vieux Priam (χεῖρας δεινὰς ἀνδρφόνους : Il. XXIV, 478 sq). Et il ne laisse aucune chance à l’adversaire : comme le rapporte Homère, il est aussi redoutable avec le glaive (voir ci-dessous la bataille du Scamandre) qu’avec sa célèbre "lourde, longue et forte pique" (Il. XVI, 141), offerte par Chiron en cadeau de noces à Pélée, "pour porter la mort aux héros" (ibid. 144), et qu’il est seul à pouvoir brandir. Et en ces vers l’image de la mort apparaît sous sa forme la plus cruelle pour être la plus sobre : des corps (Troiugenum corpora v. 355), des gisants. Le mot reviendra en leitmotiv dans l’incantation : corporum aceruis v.359 ; truncum corpus v. 370.
Le tableau peint par Catulle invite à comparer ce passage à Virgile Énéide VII (combat des Troyens contre les bergers du Latium) :
[…] ferro ancipiti decernunt atraque late
horrescit strictis seges ensibus aeraque fulgent
sole lacessita et lucem sub nubila iactant.
"On se bat avec le fer à deux tranchants. À perte de vue se hérisse l'affreuse moisson d'épées brandies ; les airains étincellent sous les coups du soleil et lancent leurs éclairs sous les nuages" (525-527).
et Énéide XI (combat des Rutules et des Troyens) :
[…] Tum late ferreus hastis
horret ager campique armis sublimibus ardent. 
"Au loin le champ de fer se hérisse de lances, et la plaine flamboie des armes qui se dressent" (601 sq.).
Tum uero et gemitus morientum et sanguine in alto
armaque corporaque et permixti caede uirorum
semianimes uoluuntur equi, pugna aspera surgit.
"Alors les mourants gémissent ; les armes, les corps, les chevaux à moitié morts, mêlés au carnage des hommes roulent dans des flots de sang : le combat est d'une âpreté terrible" (633-635, trad. A.Bellessort)
Funditur ater ubique cruor ; dant funera ferro
certantes pulchramque petunt per uulnera mortem.
"Un sang noir se répand partout ; ils prodiguent à l'envi les funérailles ; ils combattent, cherchant dans leurs blessures une belle mort" (646-647).
Parmi les sept "strophes" du chant des Parques consacrées à Achille, celle-ci occupe la place centrale, privilégiée par conséquent : Pourrait-on voir aussi dans la (belle) plaine moissonnée de Catulle, et par la vertu du chant, quelque souvenir (spontané), voire quelque nostalgie, de l'antique image morale de la "belle mort" telle qu'elle reviendra chez Virgile (cf. J. P. Vernant, La belle mort et le cadavre outragé, 1982 ; L'individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne, 1989 et Yves Touchefeu, art.cit. 3. 2 : "L'éclat de la belle mort et la honte du cadavre outragé") ? Encore faudrait-il qu'il y ait combat, ou au moins des combattants, ce qui n'est pas le cas. À l'opposé d'Achille ("voué par avance – on pourrait dire par nature – à la belle mort, il est de son vivant comme imprégné déjà par l’aura de la gloire posthume à laquelle il a toujours été promis"), les Troyens n'ont ici d' "existence" explicite qu'en tant qu'anonymes corpora… : "En ramenant le corps à une masse informe qui ne se distingue plus de la terre sur  laquelle il reste étendu, on n’efface pas seulement la figure particulière du défunt, on supprime la différence qui sépare la matière inanimée de la créature vivante, on réduit le cadavre à n’être plus l’aspect visible de la personne, mais cette glaise inerte dont parlait Apollon" (J.P. Vernant 1989, p. 73). Nous  sommes donc très loin d'Homère et de Virgile encore (Nisus et Euryale) :
An sese medios moriturus in enses
inferat et pulchram properet per uolnera mortem ? 
"Se jettera-t-il au milieu des ennemis pour chercher la mort et hâtera-t-il par ses blessures une belle mort ?" (Énéide IX, 400 sq.)
En la circonstance, c'est plutôt à la fortune de l'image du moissonneur, devenue sinistre, qu'on est tenté de penser, chez le tout jeune Verlaine par exemple :
Telle qu'un moissonneur, dont l'aveugle faucille 
Abat le frais bleuet, comme le dur chardon, 
(…)
Telle l'affreuse mort sur un dragon se montre, 
Passant comme un tonnerre au milieu des humains, 
Renversant, foudroyant tout ce qu'elle rencontre 
Et tenant une faulx dans ses livides mains. (Premiers vers : "La Mort")
On se souvient de Victor Hugo :
Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. 
Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant … (Les Contemplations : "Mors")
Dans l'Iliade, la "belle mort" est souhaitée par Achille lui-même : il n'y a rien de tel chez Catulle.
[357 sqq.] Le Scamandre. Parmi les "exploits" d’Achille magnis uirtutibus, cet épisode de l’Iliade (XXI) est le seul qui soit désigné explicitement par les Parques : Après la mort de Patrocle tué par Hector, Achille revient au combat. C’est un massacre. Sur les rives et dans les eaux du Scamandre (le Xanthe) il poursuit et égorge les Troyens en fuite :
"Le descendant de Zeus laissa sa lance là, sur la rive, appuyée contre les tamaris, et bondit pareil à un démon, avec son glaive seul. Son cœur ne songe qu'à des œuvres de mort. Il va, frappant autour de lui, et une plainte monte, horrible, de tous les corps que frappe son épée. Et l’eau devenait rouge de sang" (16-21).
Parmi eux il y a Lycaon, un des fils de Priam, qui lui demande grâce "en termes suppliants" :
"Va, mon ami, meurs à ton tour. Pourquoi gémir ainsi ? Patrocle est bien mort, qui valait cent fois plus que toi. Moi-même, tu le vois, je suis beau, je suis grand, je sors d'un noble père, une déesse fut ma mère : et néanmoins la mort est sur ma tête et l'impérieux destin. Un matin viendra - un soir, un midi - où quelqu'un au combat m'arrachera, à moi aussi, la vie, en me touchant de sa pique ou d'un trait jailli d'un arc." 
Il dit, et Lycaon sent se rompre sur place ses genoux et son cœur. Il lâche la pique et s'affaisse, les deux bras étendus. Mais Achille a déjà tiré son épée aiguë ; il le frappe, près du cou, à la clavicule. L'épée à deux tranchants y plonge tout entière ; et l'homme gît là, le front en avant, allongé sur le sol ; son sang noir coule et trempe la terre. Achille le prend par un pied et le jette au fleuve - qu'il l'emporte ! " (XXI, 105 – 120)
Il tue aussi Astéropée et nombre de Péoniens, que le Scamandre a lancés contre lui, irrité de son arrogance et indigné de voir son cours souillé de sang et encombré de cadavres : 
"Achille, tu l'emportes sur tous les humains par ta force, mais aussi par tes méfaits. Tu as toujours des dieux prêts à t'assister d'eux-mêmes. Si le fils de Cronos t'accorde d'anéantir tous les Troyens, du moins, chasse-les loin de moi, dans la plaine, avant de te livrer à ces atrocités. Mes aimables ondes déjà sont pleines de cadavres ; je ne sais plus par où couler vers la mer divine, étant rétréci par les cadavres ... et toi, tu vas toujours tuant, exterminant... " (213 sqq.)
Le fleuve lâche alors contre lui ses flots en crue. Achille ne doit son salut qu’à l’intervention d’Héphaistos qui assèche le fleuve de sa flamme. Ce combat gigantesque de l’eau et du feu prend une dimension cosmique : les dieux eux-mêmes entrent en conflit : 
"La large terre gémit, et tout autour le vaste ciel claironne" (387 sq.)
Dans le poème de Catulle, les Parques s’arrêtent à la tuerie, grandiose et spectaculaire (caesis angustans corporum aceruis), par là même " preuve " tangible et incontestable, testis, de son énergie d’exception (magnis uirtutibus), comme c’est le cas plus haut des défunts pleurés par leurs mères. Mais si elles éprouvent le besoin de donner autorité à leur discours par le recours insistant au vocabulaire juridique (anaphore de testis en début de vers), les Parques montrent beaucoup moins de rigueur en se gardant bien d’évoquer la conséquence du comportement d’Achille : la révolte du Scamandre, qui tente d’engloutir le héros, fort peu glorieux en la circonstance. Poursuivi et harcelé par le fleuve, sur le point d’être vaincu, humilié, celui-ci s’écrie :
"Zeus père, ainsi aucun dieu, pitoyable, ne me soutient pour me sauver de ce fleuve ! […] Aucun des fils d’Ouranos n’est aussi coupable que ma mère, qui m’a séduit par des mensonges : elle me disait que, sous les murs des Troyens cuirassés je périrais par les flèches rapides d’Apollon ! […] Maintenant, mon destin me fait prendre par une mort pitoyable, enfermé dans ce grand fleuve, comme un jeune porcher qu’entraîne le cours d’eau qu’il traverse pendant l’orage" (XXI, 273 sqq.).
Passim diffunditur : l’expression peut désigner la diffusion graduelle des eaux dans la mer.
Rapido Hellesponto : La violence de l’Hellespont est mentionnée par ex. dans Homère, Il., XII, 30 : ἀγάρροον Ἑλλήσποντον, "au cours abondant, impétueux".
[362 sqq.] Le sacrifice de Polyxène.
Cet événement est un de ceux qui ne figurent pas dans l’Iliade
C’est aussi le cas d’autres circonstances célèbres de la vie d’Achille dont le dossier iconographique propose une sélection en complément du présent commentaire. Rappelons que toutes ces péripéties avaient été primitivement rapportées dans la suite épique connue sous le nom de Cycle Troyen (entre 800 et 500 avant J.-C.), dont quelques fragments seulement sont parvenus jusqu‘à nous, mais qui sont restées dans les mémoires grâce aux représentations figurées, à des résumés ou des récits épiques plus récents comme la Suite d’Homère de Quintus de Smyrne (IIIe siècle après J.-C.) ou l’Achilléide de Stace (fin du 1er siècle ap. J.-C.), et naturellement, dans bien des cas, le traitement qui en est fait, plus ou moins développé, dans les autres œuvres de la littérature grecque ou latine. Parmi les faits issus du Cycle Troyen on a donc rassemblé dans le dossier nombre d’images significatives : Les noces de Thétis et Pélée, le jugement de Pâris, la naissance et l’enfance d’Achille, le sacrifice d’Iphigénie, Achille chez le roi Lycomède et ses filles, Achille et Ajax jouant aux dés (thèmes traités dans les Chants Chypriens ou Cypria), Achille et l’Amazone Penthésilée, dont il tombe amoureux en découvrant sa beauté alors même qu’elle meurt de sa main, la mort d’Achille, le suicide d’Ajax (dans l’Éthiopide d’Arctinos de Milet), le cheval de bois (dans la Petite Iliade de Leschès de Mytilène), la mort de Priam, les retrouvailles de Ménélas et d’Hélène, la mort d’Astyanax (dans l’Ilioupersis d’Arctinos de Milet).

Maintes fois représenté, le sacrifice de Polyxène, la plus jeune des filles de Priam et d’Hécube, est l’épisode le plus célèbre dans une légende qui comporte plusieurs péripéties connues sous bon nombre de variantes, parfois très romanesques. On y voit notamment comment Polyxène éveilla l’amour d’Achille, soit dans l’épisode de la poursuite de Troïlos à la fontaine (cf. sur Eduscol l’étude de la coupe du Louvre, Achille à la fontaine, guettant Polyxène et Troïlos), soit dans la scène de la rançon d’Hector : c’est elle qui aurait attendri Achille et non pas Priam. Cette passion aurait même été, selon une version tardive, à l’origine de la mort d’Achille, qui, prêt à trahir les siens pour obtenir de Priam la main de Polyxène, se serait rendu au temple d’Apollon Thymbréen pour sceller l’accord. Là, il tomba dans le guet-apens tendu par Pâris, qui le tua d’une flèche. Plus couramment, Achille meurt en combattant, frappé au talon, soit par la flèche d’Apollon courroucé de son acharnement à poursuivre les Troyens ou ému de la douleur de Neptune à la mort de son fils Cygnus (Ovide), soit par celle de Pâris guidée par le dieu. 
La mort de Polyxène est elle-même rapportée diversement : tantôt la jeune fille succombe aux coups donnés par Diomède et Ulysse au cours de la prise de Troie puis est enterrée par le fils d’Achille, Néoptolème (Cypria), tantôt (le plus souvent) elle meurt après la chute de la ville, égorgée en sacrifice par Néoptolème (appelé aussi Pyrrhus) sur le tombeau d’Achille, dont l’ombre est apparue, exigeant son dû, la fille de Priam, auprès des Grecs prêts à partir : ce sacrifice, pendant du sacrifice d’Iphigénie au départ de l’expédition, doit procurer aux Achéens de retour chez eux une heureuse traversée (Ilioupersis et Petite Iliade).
En tout cas, le sujet s’impose très tôt dans les arts et la littérature. Il est souvent représenté dans la céramique attique, mais aussi  dans les œuvres de Polygnote, le plus célèbre peintre grec de l'époque classique, dans la Pinacothèque des Propylées à Athènes (Pausanias., I, 22, 6, avec cette note : "Homère a bien fait de passer sous silence une action aussi cruelle ! "). Dans la Lesché des Cnidiens à Delphes, Pausanias voit Polyxène représentée par le même Polygnote parmi les captives troyennes en pleurs : 

"Elle a coiffé ses cheveux selon la mode des jeunes filles, en les relevant vers le haut. Les poètes disent qu’elle fut immolée sur la tombe d’Achille et j’ai vu moi-même à Athènes ainsi qu’à Pergame des peintures représentant sa fin tragique" (trad. J.Lacarrière).
Dans la littérature grecque, le thème est traité par le poète Stésichore (VIIe-VIe s. avant J.-C.) ainsi qu’en témoigne la " Tabula iliaca " du Capitole (période augustéenne), qui montre en détail la scène en faisant référence à l’hymne du poète. Les tragiques s’en emparent aussi : Sophocle, dans une Polyxène aujourd’hui perdue, et Euripide, en particulier dans Hécube (probablement en 424 avant J.-C .).
Dans le monde romain, c’est dans les Métamorphoses d’Ovide que le sujet se trouve le plus longuement exploité (XIII, 428-532) ainsi que dans Les Troyennes de Sénèque :

Euripide, Hécube :
En raison de sa mort prématurée, Achille est le seul des vainqueurs à n’avoir pas reçu sa part du butin, alors que les captives troyennes ont été attribuées aux autres, après tirage au sort. Il apparaît donc au sommet du tertre sous lequel repose son corps pour réclamer son dû et les marques d’honneur auxquelles il a droit : "Où donc allez-vous, Danaens, laissant mon tombeau sans honneur ?" Ce sera le sacrifice de Polyxène :

Prenant par la main Polyxène, le fils d’Achille la plaça debout au sommet du tertre funèbre […]. Il dit alors : "O fils de Pélée, mon père, reçois ces libations, charme qui attire les morts. Viens boire le sang noir de la vierge, ce sang pur que nous t’offrons, l’armée et moi ; sois-nous propice ; accorde-nous de délier les poupes et les amarres de nos nefs ; et que d’Ilion un retour favorable nous ramène tous à la patrie ! " (523-541)
Polyxène, pour qui "vivre sans honneur est bien grande misère" (v. 378), accueille l’annonce de sa mort avec reconnaissance : 
" O Argiens, qui avez ravagé ma cité, c’est de plein gré que je meurs. Que nul ne touche mon corps ! je tendrai la gorge d’un cœur vaillant. Laissez-moi libre par les dieux ! que je meure libre sous vos coups ! Être appelée esclave chez les morts, moi, princesse, j’en rougirais. […] Elle saisit alors ses voiles, et du haut de l’épaule les déchira jusqu’au milieu du flanc près du nombril, découvrant ses seins et son admirable poitrine de statue. Puis mettant un genou en terre, elle dit ces mots d’une incomparable bravoure : "Voici ma poitrine, jeune homme ; si c’est là que tu veux frapper, frappe ; si c’est au cou, voici ma gorge prête." Lui, partagé entre deux volontés contraires par pitié pour la jeune fille, il tranche avec le fer le passage du souffle ; et un jet de sang se mit à couler. Mais, quoique expirante, elle eut grand soin de tomber avec décence en cachant ce qu’il faut cacher aux yeux des mâles " (Hécube, 547- 570 trad. Louis Méridier).
Ovide, Les Métamorphoses

L’ombre d’Achille apparaît : 

Inmemores […] mei disceditis, inquit, Achiui,
obrutaque est mecum uirtutis gratia nostrae !
ne facite ! utque meum non sit sine honore sepulcrum,
placet Achilleos mactata Polyxena manes !
"Grecs, dit-il, vous partez, et vous oubliez Achille ! La mémoire de mes actions est ensevelie avec moi ! Qu'il n'en soit pas ainsi ; et, afin que mon tombeau ne reste pas sans honneur, je demande, pour apaiser mes mânes, le sacrifice de Polyxène." 
Dixit, et inmiti sociis parentibus umbrae,
rapta sinu matris, quam iam prope sola fouebat,
fortis et infelix et plus quam femina uirgo
ducitur ad tumulum diroque fit hostia busto.
Quae memor ipsa sui postquam crudelibus aris
admota est sensitque sibi fera sacra parari,
utque Neoptolemum stantem ferrumque tenentem ;
inque suo uidit figentem lumina uultu,
"utere iamdudum generoso sanguine" dixit
"nulla mora est ; at tu iugulo uel pectore telum
conde meo" iugulumque simul pectusque retexit.
"Scilicet haud ulli seruire Polyxena uellem.
Haud per tale sacrum numen placabitis ullum !"
Il dit, et les Grecs, obéissant à l'ombre impitoyable, arrachent des bras de sa mère Polyxène, dernière consolation qui restait à sa douleur. Cette princesse, que son courage élève au-dessus de son sexe et de son malheur, est conduite en victime sur la tombe d'Achille. Digne fille des rois, elle arrive à cet autel barbare, et voyant les funestes apprêts du sacrifice, Néoptolème debout, qui tient le couteau sacré, et attache sur elle ses regards : "Répands, dit-elle, ce sang illustre et pur : que rien ne t'arrête; plonge le fer dans ma gorge ou dans mon sein (et en même temps elle présente l'une et l'autre). Polyxène craint moins la mort que l'esclavage. Mais aucune divinité ne peut être apaisée par ce sacrifice inhumain. […] "
Dixerat, at populus lacrimas, quas illa tenebat,
non tenet ; ipse etiam flens inuitusque sacerdos
praebita coniecto rupit praecordia ferro.
Illa super terram defecto poplite labens
pertulit intrepidos ad fata nouissima uultus ;
tunc quoque cura fuit partes uelare tegendas,
cum caderet, castique decus seruare pudoris.
Polyxène se tait : le peuple ne peut retenir ses pleurs, elle retient les siens. Le sacrificateur lui-même est attendri, et plonge à regret le couteau dans le sein qui s'offre à ses coups. La victime chancelle et tombe; et son front conserve encore une noble fierté. En tombant, elle songeait à ranger ses vêtements, et ce dernier soin est le triomphe de la pudeur. (Mét. XIII, 444 sqq. trad. G.T. Villenave : BCS)
Sénèque, Les Troyennes
Tum scissa uallis aperit immensos specus;
Et hiatus Erebi peruium ad superos iter 
Tellure fracta praebet, ac tumulum leuat. 
Emicuit ingens umbra Thessalici ducis, 
Threicia qualis arma proludens tuis
Iam, Troia, fatis strauit : aut Neptunium 
Cana nitentem perculit iuuenem coma : 
Aut cum inter acies Marte uiolento furens, 
Corporibus amnes clusit; et quaerens iter 
Tardus cruento Xanthus errauit uado : 
Aut cum superbo uictor in curru stetit,
Egitque habenas, Hectorem et Troiam trahens. 
Cependant le sol s'entr'ouvre, et forme une vaste et profonde caverne qui offre aux mânes un passage pour revenir des abîmes de l'Érèbe au séjour des vivants. La tombe du héros de Thessalie se soulève, et cette grande ombre s'élance telle qu'il était lui-même, lorsque, préludant à la conquête de Troie, il renversa les bataillons de la Thrace, lorsqu'il vainquit le fils de Neptune à la blonde chevelure, ou lorsqu'au milieu des combattants, ne respirant que le carnage, il comblait les fleuves de cadavres, et forçait le Xanthe ralenti à se frayer un passage à travers tant de corps sanglants; tel enfin qu'il parut lorsque, fier de sa victoire et debout sur son char, il traînait dans la poussière Hector, et Pergame avec lui. 
Impleuit omne litus irati sonus : 
"Ite, ite inertes : debitos manibus meis 
Auferte honores : soluite ingratas rates, 
Per nostra ituri maria : non paruo luit 
Iras Achillis Graecia : at magno luet. 
Desponsa nostris cineribus Polyxena 
Pyrrhi manu mactetur, et tumulum riget." 
Haec fatus, alta nocte diuisit diem, 
Repetensque Ditem, mersus ingentem specum
Coeunte terra iunxit :
D'une voix qu'animait la colère , et qui fit trembler le rivage : "Partez, lâches, dit-il, partez ; refusez à mon ombre les honneurs qui lui sont dus, et, coupables de cette ingratitude, traversez l'humide empire de ma mère. Il en a coûté jadis à la Grèce pour désarmer le courroux d'Achille; mais elle payera plus chèrement cette nouvelle offense. Que Polyxène, fiancée à mes cendres, me soit immolée par la main de Pyrrhus, et qu'elle arrose mon tombeau de son sang."  A ces mots, une nuit épaisse enveloppe le jour ; le héros, retournant chez Pluton, rentre dans le gouffre infernal, et la terre se referme sur lui. (v. 179-200 trad. M. Nisard 1855 BCS)
Dernier de la série des témoins "véridiques" de la valeur d’Achille annoncés par les sœurs, le sacrifice de Polyxène occupe par là même dans le discours une place de choix, soulignée par denique en début de vers. Catulle lui consacre du reste, quantitativement, la plus grande part : Par la double reprise du refrain (v. 365 et 371) et le retour insistant sur la même image, à la fois concrète et symbolique, du tombeau d’Achille (excelso aggere et alta sepulcra), la scène paraît en quelque sorte se dédoubler elle-même dans une effet de relance ou de surimpression. Pourtant on chercherait vainement ici quoi que ce soit de comparable à cette intensité pathétique qui régit les textes d’Euripide, d’Ovide ou de Sénèque, car le poète y gomme en fait toutes les références qui relèvent non seulement de l ‘épopée mais même de la tragédie, qu’il s’agisse de la hauteur de vue et des valeurs qui animent les personnages ou de la mise en scène elle-même.
À la fin de cette prophétie censée annoncer la vie d’Achille en la célébrant, il n’y a pas la moindre mention des douloureuses circonstances de sa mort, sous la flèche d’Apollon protecteur des Troyens – auteur lui-même du coup ou déléguant Pâris pour cette besogne selon les versions - , ni du deuil qui s’ensuivit (qui obligeraient à voir en lui une victime émouvante des desseins supérieurs : cf. chez Homère l’évocation qu’en fait l’ombre d’Agamemnon au début du chant XXIV de l’Odyssée ; sur la mort d’Achille, voir l’étude de Jonathan Burgess, Achilles' Heel : The Death of Achilles in Ancient Myth, Classical Antiquity 14.2 (1995), pp.217-42.). Le chant s’en tient, par l’effet du parallélisme syntaxique et lexical (testis erit) entre les vers 357 et 362, à une substitution pure et simple  - et terriblement lucide -  de "magnis uirtutibus" en "état de mort", morti. Les Parques, dans une souveraine neutralité, s’arrêtent aux faits et à ce qui seul se voit en définitive : un haut tas de terre arrondi recouvrant les cendres du bûcher. 
La tradition situait le tombeau d’Achille (et de Patrocle) près du cap Sigée dans l'Hellespont, à l'entrée du détroit des Dardanelles (cf. Homère, Od., 80 ; Il.XXIII, 128 et 245 sqq. : l’édification du tertre sur l’emplacement du bûcher de Patrocle ; Cicéron, Pro Archia, 24 : Quam multos scriptores rerum suarum magnus ille Alexander secum habuisse dicitur ! Atque is tamen, cum in Sigeo ad Achillis tumulum astitisset : "O fortunate" inquit "adulescens, qui tuae uirtutis Homerum praeconem inueneris !" Et uere. Nam nisi Illias illa exstitisset, idem tumulus, qui corpus eius contexerat, nomen etiam obruisset. )
Quant aux raisons du sacrifice de Polyxène, elles ne sont présentées qu’au nom d’un vague droit, dans les termes les plus sobres et les plus impitoyables qui soient - reddita praeda, la fille de Priam est la part du butin qui revient à Achille, même dans la mort -, et platement inscrites dans une chronologie historique, la chute de Troie, uniquement dépendante de fors, un "coup de chance" qui se passe même en quelque sorte d’en appeler au moins à Fortuna (cf. la figure divine Fors Fortuna, Τύχη), et cela par le fait d’Achéens "fatigués" (fessis Achiuis ; cf. Horace, Od., II, IV, 10 sqq. barbarae postquam cecidere turmae / Thessalo uictore et ademptus Hector / tradidit fessis leuiora tolli / Pergama Grais : "après que les bataillons barbares eurent succombé sous le vainqueur Thessalien et qu’Hector disparu eut laissé aux Grecs fatigués une Pergame moins lourde à emporter " trad.F.Villeneuve ; voir aussi les plaintes de Ménélas dans l'lliade, XIII, 631-638 : "Zeus Père ! on dit que, pour la sagesse, tu es fort au-dessus de tous, hommes ou dieux, et c'est par toi que tout ici s'achève. Quelle étrange complaisance réserves-tu donc aux hommes de démesure, à ces Troyens dont les envies ne sont que des folies et que jamais on ne voit las de la mêlée de guerre qui n'épargne personne. Il n'est rien dont on ne se lasse, de sommeil, de doux chants, de danse impeccable. De tout cela pourtant qui ne souhaiterait se gaver beaucoup plus que de combats ? Les Troyens, eux, ne sont jamais las de batailles." Trad. P.Mazon). Des circonstances rendues d’autant plus dérisoires qu’elles sont rapportées textuellement, mais textuellement seulement, à l’épopée et au mythe, censés en principe donner de la grandeur aux événements comme aux acteurs : Périphrase homérique (urbis Dardaniae), rappel que les murs avaient été élevés par Poseidon (Neptunia uincla ; cf. Il. XXI, 446 : "J’ai pour les Troyens bâti autour de leur cité une large et superbe muraille, qui rend leur ville inexpugnable".), métaphore (soluere uincla) : cette dernière expression latine n’est pas sans rappeler, avec pour effet peut-être d’en dégrader ici la signification, la belle métaphore homérique qui associe les créneaux des murailles d’une ville au diadème qui retient le voile d’une femme (κρήδεμνον : litt. "ce qui est attaché par un lien à la tête" ; cf. δέω et le lat. uincire) : Τροίης λύομεν λιπαρὰ κρήδεμνα (Ulysse, dans l’Odyssée, XIII, 188 ; voir aussi Il., XVI, 100, où Achille prie le ciel de lui laisser "délier le voile saint au front de Troie", comme se délie le voile d’une femme trop protégée ou très noble : Ainsi Andromaque apprenant la mort d’Hector "croule en arrière, expirante. Loin de son front, elle fait glisser ses liens éclatants – δέσματα – le diadème, la coiffe et son cordon tressé, le voile enfin - κρήδεμνον  - dont lui a fait don Aphrodite d’or" Il. XXII, 467 sqq.). Voir aussi le passage de l'Iliade cité plus haut, note aux v. 343 sqq. : 
"Zeus tout puissant, qui a déjà découronné tant de cités (πολλάων πολίων κατέλυσε κάρηνα) et en découronnera plus d'une autre encore !" (IX, 24 sq. – trad. P.Mazon)
S’agissant du sacrifice lui-même, sacrifice d’une jeune Troyenne chantée par d’autres pour avoir préféré vaillamment la mort à l’esclavage, il est exclusivement envisagé sous sa forme la plus brutale pour être la plus concrète. À peine les Parques rappellent-elles sa beauté digne d’être celle d’une œuvre d’art (niueos artus ; cf. Euripide, Hécube, 559 sq. cité plus haut). Le reste n’est que violence brute : "victime" à l’image de l’animal terrassé par la double hache du sacrificateur, uelut ancipiti succumbens uictima ferro, il n’y a plus qu’une vierge aux membres disloqués par le coup (percussae uirginis artus), qui s'affale sur le jarret (summisso polite) et projette en avant au sol son corps mutilé (proiciet truncum corpus), tandis que le sang du meurtre suinte du glorieux sépulcre sur lequel a lieu la cérémonie (alta madefient caede sepulcra). Par comparaison, il est intéressant de se reporter au tableau du sacrifice d'Iphigénie dans Euripide encore, tableau qui s'insère précisément, lui aussi, dans la célébration des noces de Thétis et Pélée, formant également diptyque avec la glorieuse image d'Achille (nous reviendrons sur ce chœur dans le commentaire de l'épilogue) :
"Mais toi, ô vierge, sur ta belle chevelure, les Argiens vont poser le funeste bandeau ; telle une génisse tachetée, venue, pure, des antres rocheux de la montagne, il vont ensanglanter ta gorge ; et pourtant, filles des mortels, tu ne fus point nourrie aux sons des galoubets, parmi les sifflements des bouviers ; mais auprès de ta mère tu croissais pour revêtir un jour une parure de fiancée, épouse promise aux fils d'Inachos" (Iphigénie à Aulis, 1080 sqq.).
Catulle compose manifestement dans un autre registre. De la part des sœurs, aucune trace de commisération, aucun jugement, aucune indignation : par opposition, on pourrait penser à Platon, déclarant les poètes incapables de former à la vertu et prenant à partie le personnage d’Achille (République 391a-c) :
"La façon dont, à l’égard du Fleuve, un Dieu pourtant, il se montrait désobéissant, prêt même à se battre contre lui [cf. supra le Scamandre] ; celle encore dont il déclare que sa chevelure, consacrée à cet autre fleuve qu’est le Sperchios, "il veut l’apporter" au cadavre "du héros Patrocle" [Il. XXIII, 151]. À de pareils actes de sa part il ne faut pas ajouter foi. Ajoutons-y Hector traîné autour du tertre funéraire de Patrocle, les captifs égorgés sur le bûcher [Il. XXIV, 14-16 ; XXIII, 175, 181 sq.] ; toutes ces histoires en bloc, nous prétendons qu’elles ne sont point vraies, et pas davantage ne permettrons-nous qu’on fasse croire à nos jeunes gens qu’Achille, fils d’une Déesse et de Pélée, prudhomme entre tous, et de deux générations seulement postérieur à Zeus, Achille que le très sage Chiron avait élevé, ait pu avoir plein le cœur une confusion assez grande pour qu’en lui ce cœur pût loger deux maladies qui s’opposent entre elles : bassesse accompagnée de cupidité, souveraine arrogance d’autre part, tant envers les Dieux qu’envers les hommes !" (trad. Léon Robin)
Plus près de nous, Paul Claudel ne se montre pas moins sévère quand il juge les qualités de stratège d’Homère : "Il s’agit simplement de se procurer un paradis de coups et l’exaltation d’être le plus fort" (préface à L’Iliade illustrée par la céramique grecque, dessins de Notor, 1950, p.23). En lisant Catulle, il faudrait se rappeler les mots d'Alcinoos sur la guerre de Troie, s'adressant à Ulysse : "C'est l'œuvre des dieux ; ce sont eux qui filèrent la mort pour ces hommes, afin que les générations futures y trouvent matière pour leurs chants" (Odyssée, VIII, 579 sq.). Il n'est pas certain que l'art joue ici le rôle espéré. Les Parques décrivent la mort – coup, membres disloqués, corps mutilé, chute, sang – c'est tout : la fin du poème, sans illusions, approche.
Reddita praeda : Voir l' "immense rançon" que les ambassadeurs envoyés par Agamemnon sont chargés de promettre à Achille s'il renonce à sa colère : sept trépieds, dix talents d'or, vingt bassins resplendissants, douze chevaux, sept femmes habiles aux travaux impeccables, la fille de Briséis, or et bronze à foison, vingt Troyennes à son gré, une de ses trois filles, celle qu'il voudra – sans avoir à payer quoi que ce soit -, sept villes ( Il. IX, 121 sqq.et 264 sqq.).
[372 sqq.] Quare optatos animi coniungite amores : L' "épopée" d'Achille s'est achevée. Le chant revient à la thématique d'ouverture, celle de l'épithalame, apparemment avec les mêmes mots. Cf. supra v. 334-336.
Pour l'idée, cf. LXVI, 79-83 (la boucle de Bérénice) :
Nunc uos, optato quas iunxit lumine taeda,
non prius unanimis corpora coniugibus
tradite nudantes reiecta ueste papillas,
quam iucunda mihi munera libet onyx,
uester onyx, casto colitis quae iura cubili.
Mais, compte tenu du traitement que les Parques ont donné à l’histoire d’Achille, en particulier de son dernier épisode, sa mort, qui n'est montrée qu'à travers sa sanglante conséquence, le sacrifice de Polyxène, vierge aux membres blancs comme neige, le retour du thème prend nécessairement maintenant une tonalité inquiétante : troublante association, dans ce chant, d'une prophétie qui s'apparente à une nekyia et d'un appel au bonheur des époux ; alliance, une fois de plus, d'Éros et Thanatos (cf. le carmen LXVIII déjà cité plus haut). Toute l’ironie du discours tient à la sobriété tranchante de la cheville rhétorique qui introduit l' "épithalame" : quare. C'est le désir même au sein du couple (optatos animi coniungite amores ; accipiat coniunx diuam ; dedatur cupido iamdudum nupta marito) qui met en marche la mécanique fatale : du mariage un enfant va naître, non pas quoi qu'on sache d'avance sur lui, mais parce que les époux sont désormais informés (l'ensemble du chant s'adresse à Pélée) des conséquences de leur "félicité" (sur cette felicitas voir supra note au v. 323). Ils n'ont du reste pas le choix : trois verbes désignent impérativement leur "devoir" (coniungite, accipiat, dedatur) et nous sommes donc loin maintenant de l'aimable peinture amoureuse du début. Or les ultimes vers du chant vont encore une fois déplacer les lignes, en substituant significativement aux images du mythe celles, romaines, du "couple modèle", tandis que le rythme du refrain, obsédant, ira s'accélérant, pour conduire de fait aux sombres visions que le poète exprimera dans l'épilogue. 
Ces derniers couplets s’organisent en effet autour d'une idée seulement, que de l’union de Thétis et Pélée on ne peut attendre, selon l'expression familière, qu’un "heureux événement", résultat naturel du felix foedus (373) que de telles noces scellent entre la déesse à son époux. Rappelons à ce propos qu’Achille lui-même passait selon certaines traditions (Apollonios de Rhodes IV, 869 sqq. ; Apollodore, Bibl. III, 13, 6) pour le septième fils né de ce mariage, sauvé par Pélée alors qu’il allait subir le même sort que ses frères, morts du fait de Thétis qui, la nuit, tentait d’extirper en eux par le feu la part mortelle acquise de leur père tandis que le jour elle enduisait le corps d’ambroisie …  ; à quoi il faut ajouter une variante bien connue (Stace, Achil. I, 133 sq. ; 268 sqq.), la légende du bain dans le Styx, destiné à rendre l'enfant invulnérable (immortel) : Autant d’événements qui entraînèrent en tout cas le départ de Thétis loin de son trop gênant et obstinément trop mortel mari. Mais ici l'éminente qualité des époux – une déesse, un roi – va se faire progressivement oublier, peut-être précisément grâce à la présence de diuam, qui peut appartenir simplement au langage amoureux (quo mea se molli candida diua pede / intulit LXVIII, 70) :  Le discours "inspiré " (diuino carmine v. 321) des Parques opère un glissement qui lui fait quitter le mythe pour se faire sans ambages le porte-parole de la "morale du couple" telle qu’elle s’impose dans le monde romain du 1er siècle, où plaisir physique dans le mariage (dedatur cupido nupta marito) et souci "civique" de la descendance vont de pair. Il est du reste significatif que les Parques, garantes de l’ordre des choses (cf. supra les notes aux v. 325 et 326) et toujours "professionelles" comme elles le sont depuis le début, pragmatiques, ne se réfèrent pour évaluer le succès de ce mariage  – et nous sommes dès lors hors du mythe - qu’à l’expertise de la nourrice et au point de vue de la mère de la mariée, deux figures évidemment étrangères à l'histoire de Thétis et Pélée. On voit la mère anxieuse et affligée (anxia, maesta) quand le désaccord conjugal (discordis puellae, secubitu) compromet ses espoirs d’avoir des petits enfants. Mais rien à craindre en la circonstance : ce mariage est placé sous le signe de l' "accord des cœurs" (cf. plus haut v. 335 sq. nullus amor tali coniunxit foedere amantes, / qualis adest Thetidi, qualis concordia Peleo). Il répond aux vœux formulés par la boucle de Bérénice en LXVI, 87 sq. :
Sed magis, o nuptae, semper concordia uestras,
semper amor sedes incolat assiduus.
"Faites plutôt, jeunes épouses, que toujours la concorde habite chez vous, et toujours un amour présent" (trad. H.Bardon).
Caros mittet sperare nepotes : cf. LXI, 204-207 (épithalame en l'honneur de L. Manlius Torquatus)
Ludite ut lubet, et breui
liberos date. Non decet
tam uetus sine liberis
nomen esse, sed indidem
semper ingenerari.
"Jouez donc selon votre plaisir, et vite donnez-nous des enfants. Il convient qu'un nom aussi ancien, loin de rester sans enfants, renaisse toujours de lui-même."
Les Parques connaissent aussi le "test de la nourrice ", qui à la lumière du petit matin sait discerner les traces d’une nuit de noces prometteuse. On pense encore à Bérénice et à son époux 
dulcia nocturnae portans uestigia rixae
quam de uirgineis gesserat exuuiis ;
"emmenant – si douces – les marques du combat nocturne qu'il avait livré pour les virginales dépouilles" (LXVI, 13 sq.).
Le vers 377 est quelque peu énigmatique cependant : la nourrice "ne pourra plus entourer son col du fil de la veille". La place accordée à ce symptôme, d’ordre physiologique au premier abord, pourrait surprendre. On suggère couramment, comme H.Bardon, de voir ici une allusion à une croyance populaire italique, selon laquelle la perte de la virginité faisait grossir le cou de la jeune femme. C’est ainsi que, beaucoup plus tard dans ses Églogues, Némésien prêtera aux parents d’une jeune fille, particulièrement méfiants, un diagnostic comparable : Donacen duri clausere parentes, / quod non tam tenui filo de uoce sonaret / sollicitumque foret pinguis sonus, improba ceruix /  suffususque rubor crebro uenaeque tumentes (II, 10 sqq.). W.Kroll est plus circonspect : "Da filum kaum ein Halsband bezeichnen und dieses auch nicht eng an den Halz anliegt, so muß eine volkstümliche Probe des Jungfernschaft gemeint sein ; eine ähnliche  ist noch neuerdings aus der Gegend von Bari bezeugt". Mais chez Catulle les choses ne sont pas toujours aussi uniformes qu’elles paraissent, l’histoire elle-même du poète n’étant jamais très loin : au sein du carmen LXIV, par delà le rituel populaire, cette épreuve du fil irait-elle jusqu’à rappeler un autre fil ténu, d’Ariane ou de Lesbie, un autre "signe", gage amoureux livré à l’amant, conquérant mais égaré, sans lui, dans les enchevêtrements du labyrinthe, et fil voué encore à se rompre ? 
Inde pedem sospes multa cum laude reflexit 
errabunda regens tenui uestigia filo, 
ne labyrintheis e flexibus egredientem 
tecti frustraretur inobseruabilis error. (v. 113 sqq.) 
Quoi qu’il en soit - du discours moral, de l’expérience vécue ou de la métaphore -, par cette introduction de l’empirisme commun dans le mythe, Catulle applique à la poésie ce qu’on voit si souvent dans l’iconographie antique lorsqu’elle substitue à la figuration d'un mortel celle d'une divinité, mêlant le réalisme au symbolisme. C’est le cas par exemple sur de nombreux sarcophages romains et sans doute sur bien des fresques de Pompéi. La substitution se fait ici dans l’autre sens : Thétis a perdu son caractère de divinité marine fluide et inaccessible au profit d’une féminité bien réelle et totalement assumée, telle qu’elle est célébrée à maintes reprises dans l’œuvre de notre poète. 
Il n'empêche : nous entendons bien un chant nuptial "pour le meilleur et pour le pire", écho perceptible de cet autre chant que Catulle adresse à Lesbie-Clodia d'un poème à l'autre. Le meilleur est un instant, le temps qu'il faut à une étoile du soir pour se montrer enfin (adueniet fausto cum sidere coniunx 329) ; c'est l'instant de l'idéal échange amoureux, du foedus et de la concordia, dans l'effervescence du cœur et des sens : le "grand jour" de Thétis, laeta luce (325), qu'Ariane a espéré en vain, conubia laeta, optatos hymenaeos (141).
Le pire est un fil continûment et infailliblement déroulé, sur lequel passé, présent et futur se confondent pour tisser la trame implacable : demain, gloire vide de sens pour Achille, comme autrefois, pour Thésée le parjure ; aujourd'hui, pour toute l'humanité, infedilitas, furor, impietas, toute valeur profanée : Ce sera le sujet de l'épilogue. 
Certes, il y eut bien un temps où les dieux pouvaient se pencher vers la terre pour donner quelque espoir ou quelque consolation, aux abandonnées surtout, mais … là-haut parmi les constellations, uario in lumine caeli, couronne d'or d'Ariane, boucle resplendissante de Bérénice, "dépouilles votives d'une tête blonde" (LXVI, 59-62). Visiblement, notre poète, après Callimaque, ne semble guère se satisfaire du sort alloué à la chevelure de Bérénice : "J'éprouve à tout cela moins de joie que de torture à être désormais absente, absente de la tête de ma maîtresse" (ibid, 75 sq.). De la même façon, dans le carmen LXIV, il ignore ostensiblement le catastérisme d'Ariane, comme il ignore, du reste, les rêves d'immortalité que Thétis nourrissait à l'égard de son fils. Très longtemps après Catulle le subtil Giraudoux se souviendra peut-être de tout cela :
Alcmène. Et que ferais-je, si je ne meurs pas ?
Jupiter. Tu vivras éternellement, chère Alcmène, changée en astre ; tu scintilleras dans la nuit jusqu'à la fin du monde.
Alcmène. Qui aura lieu ?
Jupiter. Jamais.
Alcmène. Charmante soirée ! Et toi, que feras-tu ?
Jupiter. Ombre sans voix, fondue dans les brumes de l'enfer, je me réjouirai de penser que mon épouse flamboie là-haut, dans l'air sec.
Alcmène. Tu préfères d'habitude les plaisirs mieux partagés … Non, chéri, que les dieux ne comptent pas sur moi pour cet office … L'air de la nuit ne vaut d'ailleurs rien à mon teint de blonde … Ce que je serais crevassée, au fond de l'éternité ! (Amphitryon 38, II, 2)
Le mieux est donc de se prendre en main, plus sûrement :
[…] Casto colitis quae iura cubili
[…] magis, o nuptae, semper concordia uestras
semper amor sedes incolat assiduus.
" Vous qui en un lit chaste honorez vos devoirs, […] faites plutôt, jeunes épouses, que toujours la concorde, toujours l'amour sans trêve habite vos foyers" (LXVI,  83 et 87-88).
Car de toute façon pour Catulle, aujourd'hui, "les dieux ne daignent plus visiter pareille société" : ce sera la fin du poème.
  © académie de Nancy-Metz
Marcel Tardioli
  Deuxième partie : notes et documents pour le commentaire de l'épilogue (v. 382 - 408)
Dossier iconographique.
 

Catulle LXIV : Ariane
Sommaire du dossier
Carmen LXIV, 50-70 :
De l'image pathétique à celle de l'extase
Carmen LXIV, 323 - 381 :
  • Noces de Thétis et Pélée - Le chant des Parques et le destin d'Achille : traduction et notes pour le commentaire 
Carmen LXIV, 382 - 408 :
Iconographie ancienne : Iconographie dans la postérité : Pour certains travaux, il peut être opportun d'associer à ces répertoires les représentations de Didon. Un dossier est proposé sur notre site.