Sur l'abandon d'Ariane (Catulle, carmen LXIV, 50 - 70)
Images : du pathos à l'extase
(proposition pédagogique)
Introduction
     L'histoire du poète Catulle devait assurément rencontrer celle d'Ariane, tant la double image de la fille de Minos - l'amante délaissée pour être sauvée dans l'idéale union mystique avec le dieu - pouvait refléter ses propres déchirures en même temps que ses propres espoirs.

     Au cœur de sa poésie, on le sait, les valeurs éthiques spécifiquement romaines, fides, foedus, pietas, tentent l'impossible : contribuer à l'apothéose de la domina, se manifester dans l'effervescence même de la sensualité. 
     Avec Catulle, ce n'est pas dans le mariage légitime que se conçoit le rêve du foedus aeternum, du "pacte" entre un homme et une femme, mais dans une idéale liaison amoureuse. 
     Il y aurait (il y a eu) de quoi scandaliser, même si dans les vers de Catulle l'échec paraît conclure l'expérience et sauver la morale officielle : Les images de Thésée, l'amant vainqueur mythique et beau, promis à sa gloire et à d'autres conquêtes, et de la belle "Lesbie-Clodia", l'aimée cultivée, interdite, intraitable, infidèle, se superposent naturellement ; comme se mêlent les sorts d'Ariane (elle aussi Lesbie) et du poète, voués un temps au désert de la solitude. 
     Échec, si l'on veut, car s'il est assuré que la sensiblité et les tourments de Catulle s'expriment abondamment dans ce célèbre carmen 64, comme dans les autres, s'il est vrai qu'en des vers bien amers on voit pour finir les turpitudes, le crime et l'impiété chasser les dieux de cette terre, l'intérêt de cette composition ne se limite pas pour autant à la métaphore biographique. C'est un poème, et un poème qui ne saurait se réduire à un lamento de défaite avouée, quelle que soit évidemment l'importance à donner en l'occurrence, comme l'a fait la postérité, aux bouleversantes "plaintes d'Ariane abandonnée" qu'on extrait volontiers de l'ensemble.

La structure du poème
     Poète, et poeta novus, donc "trop moderne", Catulle est par là même de ceux, en cette première moitié du 1er siècle avant J.C., qui ont d'autres vues que de refaire ce qui a déjà été fait. D'où, d'abord, la structure de ce long poème de 408 vers, plus préoccupée d'organiser pour les opposer ou les faire se correspondre des thèmes et des formes, plus soucieuse par conséquent d'analyser les images laissées par le mythe et d'en exploiter une possible signification que de le dire une fois de plus. On s'adresse à un auditoire de connaisseurs.
     Cela commence ici avec les noces thessaliennes de Téthis, la Néréide descendante des dieux, et Pélée, l'Argonaute, que l'on célèbre dans l'or et l'argent. L'épopée doit donner l'exemple, comme toujours. Mais en deux vers tout change. Dans le rouge-pourpre du couvre-lit surgit le luctus, un plan-fixe, le regard figé d'Ariane délaissée, l'île nue, Thésée est déjà loin. L'épopée aussi, du même coup. Retour en arrière, comme il se doit, vers les causes : l'irrésistible embrasement des sens de l'innocente à la vue du héros courant aux récompenses de la gloire, le don total d'elle-même jusqu'à l'impiété. Nul besoin de rappeler longuement comment il l'abandonna, l'histoire est déjà écrite. Voici donc Ariane 
frigidulos udo singultus ore cientem,
long sanglot de glace qui ne peut se résoudre à l'évidence d'une double perfidie : Tu m'arraches à mes pères et tu me quittes sur un rivage désert ?
Sicine me patriis auectam, perfide, ab aris,
Perfide, deserto liquisti in litore, Theseu ? (132-133)
Et ce constat désolant : 
At non haec quondam blanda promissa dedisti 
uoce mihi, non haec miserae sperare iubebas, 
sed conubia laeta, sed optatos hymenaeos, 
quae cuncta aerii discerpunt irrita uenti. (139-142)
Les promesses de l'amant sont du vent.
Mais au chagrin doit répondre le chagrin : le vieil Égée le savait bien dont le discours naguère semblait anticiper sur les événements. Immemor à l'égard du père comme de la maîtresse, Thésée laisse la voile de deuil l'entraîner : l'erreur doit précipiter dans l'abîme. Égée meurt.
     Sans transition, la broderie surprend encore, bien que cette autre image soit, en fait, attendue - mythe d'Ariane oblige : épiphanie de Dionysos, à la recherche d'Ariane. Satyres, Silènes et Bacchantes, nul ne manque au cortège d'où sont exclus les profanes. Le pathétique peut désormais laisser la place à la lyre sacrée : héros et dieux du ciel, des airs et de la terre s'invitent au palais des noces. Dès lors les jeunes époux Thétis et Pélée se haussent au souvenir du couple saint, pour entendre le carmen prophétique, non d'Apollon, mais - surprise encore - des Parques : courez, fuseaux ... Revient donc l'épopée, avec sa gloire : Le héros Achille va naître ! Cela ne dure pas : C'est l'incantation qui l'emporte, effroyablement clairvoyante, car la grandeur du héros incomparable voué à une mort prématurée se mesure à l'aune du nombre de ses victimes et des pleurs de leurs mères, currite, fusi ! Et les vœux de bonheur s'entendent dès lors comme autant de sarcasmes :
[...] agite optatos animi coniungite amores !
Accipiat coniunx felici foedere diuam !
Allez ! Nouez les amours auxquelles vos cœurs aspirent ! 
Que l’époux reçoive la divine en une alliance féconde !
     L'epyllion s'achève par un retour à notre monde, qui aurait été déconcertant si la tonalité du chant des Parques ne l'avait préparé : Ces temps ne sont plus où les dieux fréquentaient les maisons chastes et pieuses de la terre. Aujourd'hui, ce sont l'impietas et la folie du mal qui habitent les hommes : les dieux sont obstinément invisibles.

     On ne peut qu'être frappé par cette relation du mythe, qui, manifestement, à la narration épique porteuse d'exempla préfère un montage d'allusions formant un réseau complexe d'effets de miroir et de contrastes, tant dans les registres du discours que dans les genres mis en œuvre. 
     Quatre moments de rhétorique jalonnent l'espace et se rejoignent symboliquement pour dire l'éternelle faiblesse des hommes et la force du destin : 

  • rhétorique dramatique dans les plaintes et la malédiction d'Ariane (132 - 201), 
  • et dans les adieux et recommandations d'Egée à Thésée (215 - 237), 
  • rhétorique épique et magique dans le "chant véridique" des Parques (323 - 381), 
  • rhétorique moralisatrice, en épilogue, dans l'intervention finale du poète lui-même (382 - 408), pour qui l'âme des dieux, iustificam, "ouvrière de justice", s'est détournée de nous
     En contrepoint, deux frises de tonalité épique viennent élever les regards par l'illustration des amours légitimes de Thétis et Pélée : 
  • la première conduit de la nef Argo aux festivités du mariage (1 - 49), 
  • la seconde organise le cortège des sancti diui invités au festin (267 - 319). 
     Restent, 
  • d'une part, l'évocation de l'expédition du héros-déserteur, 
  • d'autre part, face à face, deux images, censées être (re)connues de tous : 
    • Ariane abandonnée à Naxos (50 - 70), 
    • le cortège de Dionysos (251 - 264).
     L'histoire de l'aventure crétoise (le tribut athénien, le combat contre le Minotaure, le fil d'Ariane) est dessinée en quelques traits essentiels, ceux que l'art, en particulier dans la céramique, avait fixés définitivement - on verra ici quelques exemples de ces images. Mais la légende et la référence épique sont littéralement traitées en tant que decor (aux sens latin et moderne du mot) et ont ici pour effet, en réalité, de rehausser esthétiquement l'expression de la "passion" d'Ariane, que le poète prend à son compte significativement en multipliant les effets pathétiques. Il semble souligner lui-même, au demeurant, que la narration du mythe, connu, n'est pas sa préoccupation première :
Sed quid ego a primo digressus carmine plura
Commemorem, ut ...
"Mais pourquoi m'écarter du début de mon poème, et rappeler plus abondamment comment Ariane ..."

     Ces éléments permettent ainsi de percevoir une structure de cette sorte :
 

rencontre et félicité de Thétis et Pélée (1 - 49) contrastes contrastes parallélismes
  Ariane à Naxos 
(50 - 70)
   
    l'intolérable infidélité du héros - la passion d'Ariane (71 - 131)  
      plaintes et malédiction d'Ariane (132 - 201)
(la broderie du lit nuptial censée célébrer les uirtutes)     avertissements et mort d'Egée (215 - 237)
  le cortège de Dionysos
(251 - 264)
   
    la fête des noces 
(267 - 319)
 
      le chant des Parques : le destin d'Achille
(323 - 381)
      le poète : 
épilogue sans illusions 
(382 - 408)

     Dans cette composition, deux grands mouvements se laissent identifier, offrant des images apparemment contrastées en leur point de départ, se rejoignant au finale. Chacun des deux se développe à partir d'un prélude de la même facture : une représentation, scène ou tableau, offerte à la contemplation et à la réflexion (Haec uestis ... mira ...indicat arte, v. 50 sq. ; at parte ex alia, v. 251), Ariane à Naxos d'une part, le cortège de Dionysos d'autre part. 
 

Images
    A première vue, le lecteur de Catulle est en milieu connu : La forme, l'ecphrasis d'œuvre d'art, est commune depuis Homère, l'alexandrinisme sachant de son côté en exploiter toutes les ressources. Par ailleurs, s'agissant du mythe d'Ariane comme d'autres mythes, la production figurée en assure la connaissance familière au moins autant, sinon plus, que la littérature, avec cette caractéristique que ces mises en scène mythologiques, condensées, qui paraissent sur les vases, peintures ou bas-reliefs, ne sont pas en elles-mêmes des récits mais précisément ce qu'il en reste, des morceaux "choisis", des tableaux ou des "arrêts sur image", sollicitant nécessairement la connivence active de qui les voit, ou lui offrant simplement un décor propre à satisfaire ses goûts, issus d'une aisance cultivée, comme on en trouve par exemple l'abondante illustration à Pompéi. Il en sera du reste ainsi dans toute la postérité : sur les cimaises, les Ariane (endormie) abandonnée par Thésée, succèdent aux Ariane délivrée (découverte) par Bacchus (Dionysos) en une galerie impressionnante, comme on le verra dans ces pages [1].
     Dans ces conditions on attend du poète, naturellement, autre chose qu'une redite ou une imitation servile. Il s'agit donc de voir quel parti il a pu tirer de ce fond commun, à la fois pour l'associer aux lignes directrices et aux intentions de ses carmina et pour en assurer une réception nouvelle : La structure du carmen, on vient de le voir, offre à l'analyse un éclairage nécessaire ; le traitement que le poète applique à l'image dans les vers 50 - 70, qui font l'objet particulier de cette étude, le fait peut-être encore davantage. 
     Les vers que Catulle consacre à la fille de Minos revendiquent bien leur visée picturale, suivant en cela cette convention bien établie notamment dans la poésie latine : ils invitent à voir, sur le couvre-lit de la chambre nuptiale de Thétis, la Néréide, et Pélée, l'Argonaute, une broderie peignant "heroum mira uirtutes ... arte" (v.51). Mais l'exemplum et l'imitation tournent court, si l'on peut dire. D'emblée l'ecphrasis crée la surprise : précipitation du héros Thésée en un vers sonore, cedentem celeri cum classe, regard tempétueux d'Ariane, indomitos in corde gerens furores (V.53 - 54). La "situation initiale" du récit reconstruit à partir de l'image, c'est donc, pour se référer au mythe sous son aspect diachronique, la fin du premier épisode d'une histoire connue de tous dans sa version la plus célèbre, fin symbolique qui s'impose ici comme une évidence crue, à mettre en regard de l'éclat édifiant et exemplaire des noces thessaliennes. Par l'altération de l'image du héros, le poème affiche ce qui le sépare de l'épopée, laquelle au contraire célèbre sa valeur (on trouve du reste à la fin du poème, comme on l'a vu, le même type de "dégradation" dans l'image que donnent les Parques du héros de la guerre de Troie, Achille). Mais la structure du carmen indique que ce premier épisode appelle - et contient, on essaiera de le montrer dans le commentaire - le second, la venue d'Iacchos ("Lyaeus", "Liber", celui qui délivre) à Naxos : D'une part l'effervescence jubilante du thiase rédempteur répond aux noces de Thétis et Pélée, tandis que la "statue" d'Ariane abandonnée reflète la détresse du poète de Lesbie ; mais d'autre part la composition du poème et surtout les traits donnés par le poète à la Minoïde font que ces deux scènes, autonomes et distinctes la plupart du temps dans les représentations figurées comme dans le mythe [2], loin de se situer dans une banale suite narrative, forment un diptyque, lequel est de nature à faire percevoir, esthétiquement, l'itinéraire affectif et le rêve de Catulle lui-même, confronté douloureusement à la réalité. La finalité rhétorique d'une telle écriture est claire : l'epyllion prend appui sur l'idéal fourni par le "passé" (l'exemple de Thétis et Pélée, les dieux, les uirtutes, la pietas, la fides, Dionysos et le hieros gamos) pour s'accabler du présent : perfidie de "Thésée", furor d'"Ariane", et en écho furor de l'âge de fer dans les derniers vers du poème. 
En réalité, pour saisir ce que donne à voir le tableau peint par Catulle, il faut sans doute s'arrêter précisément à ce que pouvait être la peinture en son temps. On est alors tenté de dire qu'il se développe d'une certaine façon à la manière de ces décors publics et privés dont il est contemporain, on pense bien entendu à Pompéi et singulièrement à la villa des Mystères, dont les multiples exégèses - souvent contradictoires - montrent au demeurant combien il est difficile de procéder à cette "archéologie du regard" que réclame Gilles Sauron dans son récent ouvrage [3] sur la célèbre fresque. Dans l'un et l'autre cas l'analyse suppose qu'on prenne en compte les conventions iconographiques, familières à tous, qui président à la création. On en citera seulement deux ici. L'une est celle qui consiste à offrir au regard, simultanément, des scènes que les temps et les lieux séparent en réalité. La structure de l'ensemble du poème de Catulle en est une première illustration ; mais on verra surtout, dans le commentaire, précisément par l'étude de l'iconographie, l'importance à donner à ce procédé, tant il apparaît que les vers 50 - 70 nous montrent à la fois l'image d'Ariane abandonnée à Naxos et celle de la Ménade ou, en d'autres termes, l'image du pathétique et celle de l'extase, l'image de sa passion et les prémices de sa résurrection dans l'union mystique avec le dieu. Les contemporains connaisaient deux images d'Ariane, correspondant aux deux moments du "récit", Ariane abandonnée par Thésée, Ariane épousée par Dionysos. Il semble bien, d'une certaine façon, qu'il n'y en ait plus qu'une chez Catulle, faite de l'une et de l'autre, et qui ne saurait en tout état de cause se réduire à une "Ariane abandonnée". De là, on suivra également l'étude de Gilles Sauron quand il exploite, pour l'appliquer à la Domina de la villa, cette autre convention qui "consiste à substituer à la figuration d'un mortel celle d'une divinité", en usage depuis le classicisme grec, et propose "une iconographie qui mélange réalisme et symbolisme". S'agissant des images d'Ariane, l'exemple donné par de nombreux sarcophages est particulièrement significatif : thiase de Dionysos, exubérance de satyres et ménades, "Ariane endormie", la défunte en fait, que le dieu vient réveiller du sommeil de la mort [4]. Dans cette perspective, et pour rester dans le seul univers d'Ariane, on s'arrêtera aussi à ces autres figures mythiques et familières que sont Phèdre et Hippolyte et qui apparaissent si souvent en tant que substituts sur les sarcophages également [5]. C'est ainsi que pour le lecteur de Catulle instruit de telles conventions il ne peut y avoir de doute : sur l'étoffe de la chambre nuptiale, il sait que d'une part les tableaux proprement mythologiques s'éclairent mutuellement dans une complémentarité nécessaire, comme il l'a vu dans bien des décors pompéiens, et que d'autre part le registre du divin (ou plus largement du mythique) est intrinsèquement lié au registre de l'humain, l'un s'inscrivant dans l'autre à ses yeux : Dans ces conditions, l'Ariane des vers de Catulle peut être tout à la fois Catulle lui-même, qui, comme elle,
necdum etiam sese quae uisit uisere credit
et Lesbie, encore et encore objet de contemplation amoureuse :
non flauo retinens subtilem uertice mitram,
 [...]  toto ex te pectore, Theseu, 
toto animo, tota pendebat perdita mente.
Il reste qu'au quotidien la pensée du poète paraît se résigner à une leçon de fait pleine d'amertume : Éclat des noces de Thétis et Pélée, certes, splendeur du thiase bachique qui libère, certes, couronne d'Ariane étincelant au firmament éternel, certes (encore que le catastérisme n'apparaisse pas explicitement ici, on y reviendra), mais une réalité crue - fides, foedus, pietas sont de vains mots :
nunc iam nulla uiro iuranti femina credat, 
nulla uiri speret sermones esse fideles (143 - 144).
Aujourd'hui, les gens de Delphes ont déserté les hauteurs du Parnasse et les dieux sont ailleurs :
Omnia fanda nefanda malo permixta furore 
iustificam nobis mentem auertere deorum. (405 - 406)
La frénésie du mal fait tout confondre, permis et interdit, et l’attention des dieux de justice s’en est détournée de nous.
* * *
      À la lecture de Catulle et à la suite de ces propositions, une série de questions s'imposent donc, et on en vient ainsi à l'objet pédagogique de ces réflexions consacrées aux v. 50-70. Le poète peint, en vingt vers, "Ariane abandonnée par Thésée" telle que la montre la broderie recouvrant la couche nuptiale de Thétis et Pélée. Mais, puisqu'il s'agit d'une peinture, cette Ariane est-elle de celles que l'on a vues abondamment représentées dans l'antiquité et qui seraient autant de modèles pour la nôtre ? Dans quelle mesure est-il possible de dire que ces représentations figurées jouent un rôle dans l'invention du poète ? A quel niveau d'interprétation s'arrête-t-il lui-même ? Que reste-t-il, dans son propre projet et sa propre composition, du fond mythique commun à tous ? Ces images ont-elles une place à tenir dans notre lecture et notre compréhension du texte ? De là, au vu de ces multiples tableaux qui, jusqu'à nos jours, ont fait renaître constamment "Ariane", endormie, abandonnée ou non, explicitement ou allusivement, d'autres interrogations surgissent : s'agit-il toujours de la fille de Minos ? Quelle ligne essentielle a pu lui assurer un telle pérennité ? Quelles variations le thème subit-il ? Les vers de Catulle sont-ils, de ce point de vue, éclairants ?

     Quelques unes de ces questions seront considérées dans le commentaire ou dans les fiches d'accompagnement, et cela en accord avec les finalités et les perspectives énoncées dans les programmes, ce qui implique que le propos s'impose des limites. Cependant le projet ne cache pas l'une de ses premières intentions : inciter à tirer profit, dans la classe de latin (ou de grec) et dans le cadre des activités de lecture, des ressources désormais offertes par l'internet, particulièrement riche en matière d'antiquité classique et d'histoire de l'art. C'est pourquoi les propositions faites ici n'envisagent pas une exploration exhaustive de la problématique : En tirant parti de documents iconographiques aisément accessibles pour mieux traduire et comprendre le texte, elles souhaitent d'abord ouvrir quelques pistes et montrer la possibilité d'une démarche active et féconde, à charge pour le professeur de l'étendre vers d'autres directions ou de l'adapter à d'autres situations de lecture, en particulier lorsque celles-ci auront à faire appel aux mythes et aux images qui leur sont nécessairement associées. Le champ des applications de cette démarche est donc largement ouvert : mythologie, poésie épique, élégiaque, dramatique, mais aussi étude des "figures" qui parcourent toute l'histoire des arts et de la pensée, par exemple Dionysos, Apollon, Vénus, le héros, le pathétique, l'extase ...

     Pour permettre une exploitation souple de ce dossier, on a choisi une présentation qui soit utile à divers projets pédagogiques, étant bien entendu que, s'agissant de l'image, le but est avant tout d'en considérer le discours dans ses similitudes, différences, complémentarités et interactions avec les textes, et cela conformément aux recommandations établies par les instruction officielles applicables à l'enseignement des Lettres [6]
    Pour ce qui est de l'extrait du carmen 64 considéré ici, tenant compte du fait qu'une analyse, si argumentée soit-elle, n'est toujours qu'une proposition de lecture, on a présenté séparément :

  • "notes" (matériel mythologique, littéraire, critique, linguistique ..., utilisable au gré de chacun et destiné dans un premier temps à la lecture suivie) 
  • et "commentaire littéraire" : Tirant signification des images, celui-ci tente, notamment, de mettre en évidence le profit à tirer du recours aux documents iconographiques disponibles sur l'internet quand il s'agit de traduire et de lire un texte dans la classe ou de mener un travail personnel, encadré ou non. 
    Mais si l'étude proposée ici est celle de Catulle, on peut très bien envisager que la figure d'Ariane soit examinée aussi, par exemple, à partir d'un ou plusieurs textes d'Ovide, voire dans le cadre d'un projet littéraire plus large, portant sur le pathétique, le baroque, le maniérisme ... de l'antiquité jusqu'à nos jours. Les possibilités de "groupements" sont infinies.
   C'est donc pour favoriser la diversité des approches qu'on a constitué par ailleurs plusieurs répertoires [7]
  • Le corpus des textes grecs et latins portant témoignage sur le mythe d'Ariane ;
  • pour ce qui est du matériel iconographique offert par l'antiquité, des dossiers montrant Ariane en diverses "situations" : 
    • avec Dionysos, 
    • avec Thésée (ou seule) ; 
    • on y a associé dans un album "autour d'Ariane" d'autres images porteuses de significations (sur le plan esthétique ou sur le plan mythologique) : Thésée, Dionysos, Ménades, Phèdre, Pasiphaé, extase, pathos, noces ; 
  • s'agissant de toutes ces figures, les œuvres de la postérité, arts et textes littéraires.
     Enfin, compte tenu du fait que la figure d'Ariane est inséparable du contexte où elle paraît - les noces de Thétis et Pélée -, nous proposons des notes et documents pour le commentaire de la fin du poème : le "chant des Parques" et l'épilogue : qu'il s'agisse de l'épithalame proprement dit (vœux adressés aux jeunes époux), de la peinture de la sombre destinée réservée à Achille qui va naître, ou de l'amer regard final du poète sur son temps, on y trouvera des éclairages utiles, espérons-nous, à une approche plus large du sens de ce carmen, auquel il convient assurément de donner une place particulière parmi ces textes de la littérature latine où nous lisons tant de regrets sur la "perte des valeurs".

     Quelques propositions pour une exploitation pédagogique de l'ensemble du dossier sont disponibles, ici.

[1] Sur ces questions, notamment, lire les perspectives ouvertes dans l'ouvrage collectif publié sous la direction de Jean-Pierre Vernant et Stella Georgoudi, Mythes grecs au figuré, Gallimard, 1996 [234 p.].
[2] La chronologie est du reste variable selon les traditions : cf. note au v. 58.
[3] Gilles Sauron : La grande fresque de la villa des Mystères à Pompéi, Mémoires d'une dévote de Dionysos, Picard, coll. Antiqua, Paris 1998  [167p.]. Voir ici son analyse sur le couple central de la Villa : Dinonysos et non pas Ariane mais Sémélé.
[4] On en trouvera de nombreux exemples dans l'ouvrage de Robert Turcan, L'Art romain dans l'Histoire, Flammarion 1995, qui cite aussi (p.300) le cas intéressant d'un sarcophage du musée de Naples représentant la morte en Ariane, mais sans Dionysos, "au milieu d'un fourmillement d'Amours dont les occupations rustiques correspondent peut-être à celles des douze mois de l'année : ce qui est une façon d'associer la défunte au cycle naturel de la végétation". Voir ici les exemplaires montrés dans le dossier iconographique Ariane et Dionysos.
[5] Voir ici le dossier Autour d'Ariane.
[6] Voir aussi le rapport de l'Inspection Générale (année 2000) : l'image dans l'enseignement des Lettres.
[7] Voir la table des liens ci-dessous. Il est à noter que ces répertoires sont en constante évolution et font l'objet de fréquentes mises à jour. 
 

Marcel Tardioli, 
décembre 2000 - novembre 2004
© Académie de Nancy-Metz
 

Catulle LXIV : Ariane
Sommaire du dossier
Carmen LXIV, 50-70 :
De l'image pathétique à celle de l'extase
Carmen LXIV, 323 - 381 :
  • Noces de Thétis et Pélée - Le chant des Parques et le destin d'Achille : traduction et notes pour le commentaire 
Carmen LXIV, 382 - 408 :
Iconographie ancienne : Iconographie dans la postérité : Pour certains travaux, il peut être opportun d'associer à ces répertoires les représentations de Didon. Un dossier est proposé sur notre site.
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