Sur Ariane
Les textes anciens de référence
Hygin, Fabulae
Traduction et notes : Anne-Lise Carrière, Professeur de Première Supérieure à Besançon 
 Fable XIV : "Les Argonautes rassemblés"
[...] 10. Argus Polybi et Argiae filius, alii aiunt Danai filius ; hic fuit Argiuus, pelle taurina lanugine <nigra> adopertus. Is fuit fabricator nauis Argo. Phliasus Liberi patris et Ariadnes Minois filiae filius, ex urbe Phliunte, quae est in Peloponneso, alii aiunt Thebanum. Hercules Iouis et Alcumenae Electryonis filiae filius, Thebanus. [...] 19. [...] Eurymedon Liberi patris et Ariadnes Minois filiae filius, a Phliunthe.
Argus, fils de Polybus et d'Argia, ou, selon d'autres, fils de Danaus : c'était un Argien, vêtu d'une peau de taureau au poil <noir>. Il était le constructeur du navire Argo.
Phliasus, fils de Liber Pater et d'Ariane, fille de Minos, de la ville de Phlionte, qui se trouve dans le Péloponnèse ; d'autres le disent thébain.
Hercule, fils de Jupiter et d'Alcmène, fille d'Electryon, thébain.
[...]
Eurymédon, fils de Liber Pater et d'Ariane fille de Minos.

Note
Pausanias, dans le passage du livre II sur la Phliasie, cite comme mère de l'éponyme Phlias non pas Ariane, mais Araithyréa, la fille du fondateur du pays, Aras. Il continue ainsi (II, 12, 6) : "Que Phlias, dont la région reçut son troisième nom, soit fils de Keisos, fils de Téménos, comme le racontent les Argiens, je ne veux absolument pas y croire ; je sais en revanche qu'on le dit fils de Dionysos, et qu'on raconte qu'il a fait partie lui aussi de ceux qui partirent sur le navire Argo". Pausanias cite là-dessus Apollonios de Rhodes (I, 115-117) qui fait de Phlias le fils de Dionysos, originaire de la ville d'Araithyréa (voir aussi l'Iliade, II, 571 et Strabon, 8, 6). Il reste à expliquer deux choses :
a) Pourquoi Hygin attribue à Phlias Ariane comme mère ? Le plus simple est de penser que le nom de Dionysos amène naturellement celui d'Ariane (cf. § 19, où le même phénomène joue pour Eurymédon, fils de Minos et de la nymphe Paria, selon Apollodore, III, 7). 
b) Quelle est l'origine de la variante qui fait de lui un thébain au lieu d'un péloponnésien ? Le plus simple est de penser qu'on a confondu la ville d'Erythrée et le fleuve Asopos de Béotie avec Araithyréa et l'Asopos de Phliasie, d'autant que Dionysos est plus béotien que péloponnésien.

XLI : Minos 

1. Minos Iouis et Europae filius cum Atheniensibus belligerauit, cuius filius Androgeus in pugna est occisus. Qui posteaquam Athenienses uicit, uectigales Minois esse coeperunt. Instituit autem ut anno uno quoque septenos liberos suos Minotauro ad epulandum mitterent. 2. Theseus posteaquam a Troezene uenerat et audiit, quanta calamitate ciuitas afficeretur, uoluntarie se ad Minotaurum pollicitus est ire. 3. Quem pater cum mitteret, praedixit ei ut si uictor reuerteretur uela candida in nauem haberet ; qui autem ad Minotaurum mittebantur uelis atris nauigabant. 
Minos, fils de Jupiter et d'Europe, fit la guerre aux Athéniens, et son fils, Androgée, fut tué dans la bataille. Quand il eut vaincu les Athéniens, ils devinrent redevables d'un tribut à Minos : il établit que, chaque année, ils enverraient au Minotaure, pour qu'il les dévore, sept de leurs enfants. Quand Thésée fut venu de Trézène et qu'il apprit de quelle grande calamité la cité était frappée, il s'engagea spontanément à aller trouver le Minotaure. En le laissant partir, son père lui signifia d'avoir des voiles blanches à son navire q'il revenait victorieux. Ceux qui étaient envoyés au Minotaure naviguaient, en revanche, avec des voiles noires.

XLII : Theseus apud Minotaurum

Theseus posteaquam Cretam uenit, ab Ariadne Minois filia est adamatus adeo ut fratrem proderet et hospitem seruaret; ea enim Theseo monstrauit Labyrinthi exitum. Quo Theseus cum introisset et Minotaurum interfecisset, Ariadnes monitu licium reuoluendo foras est egressus, eamque, quod fidem illi dederat, in coniugio secum habiturus auexit. 
Quand Thésée arriva en Crète, Ariane, fille de Minos, s'éprit de lui au point de trahir son frère pour sauver un étranger. Elle indiqua en effet à Thésée l'issue du labyrinthe. Quand Thésée y fut entré et qu'il eut tué le Minotaure, en rebobinant le fil selon le conseil d'Ariane, il réussit à gagner l'extérieur, et, parce qu'il lui avait donné sa parole, il emmena Ariane avec lui pour l'épouser.

XLIII : Ariadne

1. Theseus in insula Dia tempestate retentus, cogitans si Ariadnen in patriam portasset sibi opprobrium futurum, itaque in insula Dia dormientem reliquit ; quam Liber amans inde sibi in coniugium abduxit. 2. Theseus autem cum nauigaret, oblitus est uela atra mutare, itaque Aegeus pater eius credens Theseum a Minotauro esse consumptum in mare se praecipitauit, ex quo Aegeum pelagus est dictum. 3.  Ariadnes autem sororem Phaedram Theseus duxit in coniugium. 
Thésée, retenu dans l'île de Dia par une tempête, songea que, s'il emmenait Ariane dans sa patrie, il se couvrirait de honte. Il l'abandonna donc pendant qu'elle dormait, dans l'île de Dia. Liber, amoureux d'elle, l'enleva de là pour l'épouser. Or Thésée, pendant la traversée, oublia de changer les voiles noires et son père Egée, croyant que Thésée avait été dévoré par le Minotaure, se précipita dans la mer, qui prit à cause de lui le nom de mer Egée. Thésée prit pour épouse Phèdre, la sœur d'Ariane.

Note :
Cette version "politique" de l'abandon d'Ariane semble particulière à Hygin et mal justifiée (pourquoi un mariage avec Ariane couvrirait-il de honte Thésée plus qu'un mariage avec Phèdre ? Parce qu'Ariane a trahi son frère ?). L'abandon, s'il est volontaire, est dicté à Thésée par son amour pour une autre femme (Plutarque, Thésée, 20, 2) ou par Dionysos amoureux d'Ariane (ibid., 29, 4). Il peut être aussi involontaire : la tempête emporte Thésée après qu'il eut débarqué Ariane enceinte et malade (ibid. 20, 4) ; ou bien il s'agit d'un simple rapt de la jeune femme par Dionysos, et le chagrin de Thésée justifie l'oubli des voiles blanches (Apollodore, Epitomé, 9-10). Voir note à Catulle LXIV, 58.
L'abandon d'Ariane endormie est mentionné par Pausanias (I, 20, 3 lorsqu'il décrit les peintures du sanctuaire de Dionysos au pied de l'Acropole, par Ovide (Héroïdes, X, 5-6 et 133) et par Properce (Elégies, I, 3, 1-3). Voir note à Catulle LXIV, 54 sqq.

CCXXIV : Les mortels qui devinrent des immortels

[...] Hercules Iouis et Alcumenae filius ; Liber Iouis et Semelae filius ; Castor et Pollux Helenae fratres, Iouis et Ledae filii. 2. Perseus Iouis et Danaes filius in stellas receptus ; Arcas Iouis et Callisto filius in stellas relatus ; Ariadnen Liber pater Liberam appelauit, Minois et Pasiphaes filiam. [...]
Hercule, fils de Jupiter et d'Alcmène ; Liber, fils de Jupiter et de Sémélé ; Castor et Pollux, frères d'Hélène, fils de Jupiter et de Léda. Persée, fils de Jupiter et de Danaé, admis parmi les étoiles ; Arcas, fils de Jupiter et de Callisto, mis au nombre des étoiles ; Liber Pater donna le nom de Libera à Ariane, fille de Minos et de Pasiphaé.

(Sont nommés ensuite : Callisto (le Septembrion), Cynosoura (le second Septembrion), Crotos (le Sagittaire), Icarus (Arcturus) et Erigoné (la Vierge), Ganymède (le Verseau), Myrtilus (le Cocher), Asclépios, Pan, Ino (Leucothéa), Mélicertès (Palémon).

Note
On trouvera le détail des catastérismes dans l'Astronomie poétique, livre II
Hercule : 6, 1 et 3 ; 14, 2. Castor et Pollux : 22. Persée : Prol. 1 et 12, 1. Arcas : 4, 1. Callisto : 1. Cynorousa : 2, 1. Crotos : 27. Icarus et Erigoné : 4, 2 à 6 où Icarus devient Arctophylax ou le Bouvier, et non pas Arcturus qui est une étoile placée sur la ceinture de l'Arctophylax. Ganymède : 16, 1 et 29. Myrtilus : 16, 2. 
Ariane (la "Couronne Boréale") : 5, 1-4

CCLV : Celles qui manquèrent de piété

Scylla Nisi filia patrem occidit. Ariadne Minois filia fratrem <...> et filios occidit. Progne Pandionis filia filium occidit. 2. Danaides coniuges suos patrueles occiderunt. Harpalyce Clymeni filia filium quem ex patris concubitu peperat, occidit. Tullia Romanorum super parentis corpus currum duxit, unde Vicus Sceleratus est dictus.
Scylla, fille de Nisus, tua son père. Ariane, fille de Minos, tua son frère <...> et ses fils. Procné, fille de Pandion, tua son fils. Les Danaïdes tuèrent leurs maris, qui étaient leurs cousins germains. Dans l'île de Lemnos, les Lemniennes tuèrent leurs pères et leurs fils. Harpalycé, fille de Clyménus, tua le fils qu'elle avait mis au monde après s'être unie à son père. Tullia, chez les Romains, fit passer son char sur le corps de son père ; de là vient le nom de la Rue du Crime.

Note
Les éditeurs estiment que le texte comporte à cet endroit une lacune, car si Ariane a bien causé la mort de son frère le Minotaure, il n'est dit nulle part qu'elle a tué ses enfants. Si lacune il y a, le nom d'une infanticide mythique doit être rétabli (on n'a que l'embarras du choix : voir Fable 239). Mais le et filios ne vient-il pas simplement de la phrase voisine consacrée aux Lemniennes ?
Sur la mention des Romains, voir Tite-Live I, 48, 6-7. Tite-Live lui-même (I, 46, 3) fait de l'assassinat de Servius Tullius l'équivalent romain des grandes tragédies grecques.

CCLXX : Ceux qui furent les plus beaux

Sont énumérés : Iasion (quem Ceres dicitur amasse), Cinyras, Anchise (quem Venus amauit), Alexandre Paris fils de Priam et d'Hécube (quem Helena secuta est), Nirée, Céphalus fils de Pandion (quem Aurora amauit), Tithonus (Aurorae coniunx), Parthénopée, Achille, Patrocle, Idoménée (qui Helenam amauit), enfin Thésée : Aegei et Aethrae filius, quem Ariadne amauit.
En CCLXXI se poursuit la liste des "plus beaux jeunes gens" (ephebi) : Adonis (quem Venus amauit), Endymion (quem Luna amauit), Ganymède (quem Iouis amauit), Hyacinthe (quem Apollo amauit), Narcisse (qui se ipsum amauit), Atlantius (qui Hermaphroditus dictus est), Hylas (quem Hercules amauit), Chrysippus (quem Theseus ludis rapuit).

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