La "danse" des trois grâces

     
  Art attique. Acropole. Stèle.
Hermès, 
trois femmes dansant (Aglaé, Euphrosyne, Thalie ?), 
un enfant (Erichthonios ?)
Marbre
40 x 26 cm.
510 - 500 avant J.-C.
Athènes, Musée de l'Acropole, inv.702
LIMC (MID24834)
  Art attique. Sophilos. Dinos à figures noires
Les noces de Thétis et Pélée, détail :
Amphitrite, Poseidon et les Charites
Vers 580 avant J.-C.
Londres, British Museum
LIMC (MID6487)
 
 
 
 

Pompéi, IV, Insula Occidentalis
Les trois Grâces
Fresque, IIIe style
47 x 53 cm
1er siècle après J.-C.
D'après un original de la fin du IIIe siècle ou du début du IIe siècle
Naples, Museo archeologico Nazionale Inv. 9231
Warburg Institut Iconographic Database

Le antichità di Ercolano esposte III, p.57 et suiv.

 
Pompéi, IX, 2, 16 (Maison de T. Denatus Panthera, tablinium) 
Les trois Grâces
Fresque, IIIe style
H. 56,5 cm.
1er siècle après J.-C.
Naples, Museo archeologico Nazionale Inv. 9236
http://www.atlantedellarteitaliana.it/
  Rome (Mont Caelius, villa Carnovaglia)
Trois Grâces
Marbre
H. 1,20 m
Copie d'époque romaine (IIe siècle après J.-C., d'après un original hellénistique), restaurée par Nicolas Cordier (1609) (les trois têtes)
Musée du Louvre MA 287
http://commons.wikimedia.org/
Census Database
LIMC
  Rome : Les trois Grâces,
Marbre
40 x 38 cm
100 - 200 après J.-C.
D'après un original hellénistique
Musée du Louvre Ma9
RMN
  Rome (Villa Colonna, près du Quirinal)
Les trois Grâces
IIe siècle
Sienne, Musée de l'œuvre de la Cathédrale, 
Libreria Francesco Piccolomini
Census Database
Rapprocher  le dessin du "Libretto veniziano" dit de Raphael : Deux Grâces -  Venise, Galerie de l'Académie, cabinet des dessins
Bildarchiv
et celui de Munich, Staatliche Graphische Sammlung - Census Database - WIID
 
Sandro Botticelli,
La Primavera (détail : les trois Grâces),
vers 1482, 
203 x 314 cm 
Florence, Uffizi.
Web Gallery of Art
  Raphael
Les trois Grâces

Vers 1504 -1505
Huile sur toile,
17 x 17 cm.
Chantilly, Musée Condé
Base Joconde
RMN
  Lucas Cranach l'Ancien
Les trois Grâces
61,75 x 47,15 cm
1535
Kansas City, Nelson-Atkins Museum of Art
Web Gallery of Art
Warburg Institute Iconographic Database
RKD

Voir aussi le tableau, 1531, 37 x 27 cm
récemment acquis par le musée du Louvre
Notice du musée


et l'œuvre de l'atelier de Cranach, connue dans une collection privée de Cambridge
Les trois Grâces
ou le Jugement de Pâris ?
Huile sur bois
57,5 x 38 cm
Vers 1530
Wikimedia
Rapprocher le tableau du Metropolitan Museum
  Hans Baldung Grien
Les trois Grâces
Huile sur bois
151 x 61 cm.
Vers 1540
Madrid, Musée du Prado
 
* * *
χάρις    Χάριτες
    Grâces   grâce * * *


Relief dit "Les Danseuses Borghèse" : Les Heures et les Charites, vers 130 après J.-C.
Paris, Musée du Louvre Ma 1612
Census Database 161316
 
  • Le relief de Paros, Charites dansant, vers 560 av.J.-C., Munich, Glyptothèque - LIMC - Bridgeman Images - Wikimedia
  • Art ionien. Calathos de la caryatide "ex-cnidienne", vers 550 : Apollon, les trois Charites, Hermès. Musée de Delphes inv.1203 :

Image Sergio Russo
Scala Archives
http://ancientrome.ru/
Census Database - Scala archives - IDAI
Gravure de Marcantonio Raimondi : BNFVienne...

(cette référence ne paraît plus accessible)
  • La mosaïque de Pompéi VI, 7, 23 (Naples, Musée archéologique inv.10004) :
  • La mosaïque du musée de Sabratha - LIMC (MID34501) - corbis - Flickr -
  • La mosaïque du musée de Cherchell, 2e moitié du IVe s. :
  • Le fragment de mosaïque du Museo Nazionale Concordiese de Portogruaro (Concordia Sagittaria, début du IIIe s. après J.C.)
  • La mosaïque d'Hypata au musée de Lamia (IIIe s. après J.C.)
  • La mosaïque de Patras (IIe-IIIe s.)
  • La mosaïque d'Egnazia (Gnathia) (IIIe-IVe s.) 
  • La mosaïque de Fuente Alamo (IVe s.)
  • La mosaïque du musée de Narlikuyu (Mamure Kalesi - Turquie) (IVe s.) :
  • Se tenant par la main et couronnées de laurier, les trois Grâces parmi les quatre Saisons, dans la mosaïque de Lixus (*) au musée de Tétouan, IIIe s . 
 
Mosaïque d'Hippolyte, église de la Vierge, 527-565, Madaba (Jordanie)

Au centre : les trois Charites. A gauche : une servante. A droite : Aphrodite assise à côté d'Adonis
(sur ce petit Amour plongeant dans une ruche, à droite, voir Théocrite Id. XIX : Le voleur de miel ...) - LIMC France

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  • Jacopo Carrucci (Pontormo), Les trois Grâces, 1544, Florence, Uffizi http://www.settemuse.it/ - WGA
  • Giovanni Battista Naldini (ancienne attr. Giorgio Vasari), Les trois Grâces avec Amour, Budapest, Musée National (***) - WIID - Wikipedia
  • Giorgio Vasari : les trois Grâces dans La forge de Vulcain
  • Germain Pilon, Les Trois Grâces (monument funéraire du cœur de Henri II), marbre, 1561 - 1566, Musée du Louvre (RMN )
  • Francesco Morandini [il Poppi], Les trois Grâces, Florence, Uffizi - Fondazione Zeri - WIID
  • Tintoret, Mercure et les trois Grâces, au Palais des Doges de Venise (1576 - 1578) (voir la fiche)
  • Agostino Carracci, Les trois Grâces, gravure, Francfort (1590-1600 ) Web Gallery of Art - VIA
  • Maître de l'École de Fontainebleau, vers 1580, Musée du Louvre : Allégorie mythologique - WGA
  • Francesco Primaticcio, dit Le Primatice ; Nicolo dell' Abate : Les trois Grâces dansant devant les Dieux, château de Fontainebleau, salle de bal : RMN
  • Hans Von Aachen (manière), Les trois Grâces, Nantes, MBA - Base Joconde
  • Rutilio Manetti, Les trois Grâces, 1610-1613, Rome, Galleria Borghese - Image - Fondazione Zeri
  • Francesco Furini, Les Trois Grâces, vers 1633, Saint Pétersbourg, Musée de l'Ermitage ; Londres, National Gallery - RMN - http://www.arthermitage.org/
  • Rubens, Les trois Grâces, 1636 - 1639, Madrid, Musée du Prado :

Comparer le tableau du Palazzo Pitti à Florence (1628-1630) (Cultura Italia), celui de 
Stockholm (vers 1618) , celui de Londres, celui du Louvre (RMN - RKD)
  • Carle Vanloo (1705-1765), Les trois Grâces, château de Chenonceau (****)
  • Gerard Van Opstal, Les Trois Grâces liées par des Amours, musée du Louvre - RMN , Les trois Grâces, 1640 - 1660, Bruxelles, Musées Royaux d'Art et d'Histoire. IRPA :
  • Au Louvre, Département des arts graphiques :
Inv.14011, recto : École italienne, Les trois Grâces
Inv. 34636, recto : Anonyme français du XVIIIe, Les trois Grâces dansant, et tenant une guirlande de roses
Inv. 10473, recto : Attribué à Giovanni Antonio Bazzi, Les trois Grâces
Inv. 20418 , recto : École de Rubens, Les trois Grâces
Inv. 19289, recto : Manière de Paulus Moreelse, Jugement de Pâris


  • Picasso, Les trois Grâces (1925) :

Voir aussi Les trois Grâces couronnées de fleurs, eau forte, 1938, Paris, musée Picasso - RMN
  • Aristide Maillol, Les trois Nymphes, Londres, Tate Britain, 1931-1938 - WIID
  • Salvador Dali, Plage enchantée avec trois Grâces fluides à St-Petersburg, Floride (1938) :

     
(*) Qninba, Zahra. Les mosaïques de la maison des Trois Grâces à "Lixus" (Maroc). Collection de l'École française de Rome. La mosaïque gréco-romaine IX. 2005 :
http://www.torrossa.it/resources/an/2284442
http://digital.casalini.it/10.1400/54498

(**) Elizabeth J. Milleker, Assistant Curator, Department of Greek and Roman Art, The Metropolitan Museum of Art
The Three Graces on a Roman Relief Mirror :
http://www.metmuseum.org/pubs/journals/1/pdf/1512847.pdf.bannered.pdf
(***) Dániel Pócs: Giovanni Battista Naldini - Les trois Grâces avec Amour. Un maniériste florentin sur la trace de Botticelli, Raphaël, Borghini.In: Bulletin du Musée Hongrois des Beaux-Arts. 88-89, 1998
http://real.mtak.hu/17239/1/POCS_Naldini_BMHBA_1998.pdf
(****) Henry Christophe, « La grâce comme système poético-politique », Littératures classiques 2/ 2006 (N° 60), p. 105-134
URL : www.cairn.info/revue-litteratures-classiques-2006-2-page-105.htm


 
Documents

Sénèque, De beneficiis, I, 3

Taduction Joseph Baillard, dans Sénèque Œuvre complète vol. 1 - BNF - éd. de Paris : Hachette, 1914
(Autre trad., A. et G. de Wailly, 1860, dans les Itinera electronica, Du texte à l'hypertexte)

     3. (...) Quorum quae uis, quaeue proprietas sit, dicam, si prius illa, quae ad rem non pertinent, transilire mihi permiseris, quare tres Gratiae, et quare sorores sint, et quare manibus implexis, quare ridentes, iuuenes, et uirgines, solutaque ac pellucida ueste. Alii quidem uideri uolunt unam esse, quae det beneficium : alteram, quae accipiat : tertiam, quae reddat. Alii tria beneficiorum genera, promerentium, reddentium, simul et accipientium reddentiumque.

Quel est le pouvoir, quel est le caractère de la bienfaisance, je vais le dire, si tu me permets de passer sur ces questions qui n'importent pas au sujet : pourquoi il y a trois Grâces ; pourquoi elles sont sœurs et se tiennent par la main ; pourquoi on les peint riantes, jeunes et vierges, sans ceinture et en robe transparente. Selon les uns, elles figurent celui qui donne, celui qui reçoit et celui qui rend ; selon d'autres, les trois manières de faire le bien : obliger, rendre, puis recevoir et rendre tour à tour.
     Sed utrumlibet ex istis iudicauerim, quid ista nos iuuat scientia ? Quid ille consertis manibus in se redeuntium chorus ? Ob hoc, quia ordo beneficii per manus transeuntis nihilominus ad dantem reuertitur, et totius speciem perdit, si usquam interruptus est : pulcherrimus, si cohaesit, et uices seruat. Ideo ridentes : est aliqua tamen maioris dignatio, sicut promerentium. Vultus hilares sunt, quales solent esse qui dant, uel accipiunt beneficia. Iuuenes : quia non debet beneficiorum memoria senescere. Virgines : quia incorrupta sunt, et sincera, et omnibus sancta, in quibus nihil esse alligati debet, nec adscripti ; solutis itaque tunicis utuntur : pellucidis autem, quia beneficia conspici uolunt. 
Quand je suivrais l'une ou l'autre opinion, que nous sert ce puéril savoir ? Que signifient ces mains entrelacées et ce chœur dansant qui revient sur lui-même ? Que la chaîne du bienfait qui passe d'une main à l'autre remonte toujours au bienfaiteur, que tout le charme est détruit, si elle se brise en un point, que sa beauté vient de l'union et de la succession des rôles. Aussi les Grâces sont-elles riantes : mais le sourire de l'aînée a quelque chose de plus noble, comme l'est celui du bienfaiteur. Leur figure est épanouie : ainsi l'est ordinairement l'air de ceux qui donnent comme de ceux qui reçoivent. Elles sont jeunes : la mémoire du bienfait ne doit pas vieillir. Vierges : il doit être irréprochable, pur, sacré pour tous ; ni gêne, ni entrave ne lui sied ; voilà pourquoi leurs robes n'ont point de ceinture. L'étoffe en est transparente : car les bienfaits ne craignent pas le grand jour. 
Sit aliquis usque eo Graecis emancipatus, ut haec dicat necessaria : nemo tamen erit, qui etiam illud ad rem iudicet pertinere, quae nomina illis Hesiodus imposuerit. Aglaian maximam natu appellauit, mediam Euphrosynen, tertiam Thalian. Horum nominum interpretationem, et prout cuique uisum est, deflectit, et ad rationem aliquam conatur perducere : quum Hesiodus puellis suis, quod uoluit, nomen imposuerit. 
Qu'il se trouve d'assez serviles partisans des Grecs pour croire tout cela fort essentiel, aucun pourtant ne dira qu'ici il soit à propos de connaître les noms qu'Hésiode a imposés aux Grâces. Il appelle l'aînée Aglaé, la cadette Euphrosyne, la plus jeune Thalie. Chacun tourmente et explique ces noms à sa guise ; c'est à qui en tirera un sens quelconque, tandis que le poète a donné à ses jeunes filles le nom qui lui a plu.
     Itaque Homerus uni mutauit, Pasithean appellauit, et in matrimonium produxit, ut scias illas uestales non esse. Inueniam alium poetam, apud quern praecingantur et spissis auro phrygianis prodeant. Ergo et Mercurius una stat :non quia beneficia ratio commendat uel oratio, sed quia pictori ita uisum est. Chrysippus quoque, penes quem subtile illud acumen est, et in imam penetrans ueritatem, qui rei agendas causa loquitur, et uerbis non ultra, quam ad intellectum satis est, utitur, totum librum suum his ineptiis replet : ita ut de ratione dandi, accipiendi, reddendique beneficii pauca admodum dicat ; nec his fabulas, sed haec fabulis inserit. Nam praeter ista quae Hecaton transcribit, tres Chrysippus Gratias ait Iouis et Eurynomes filias esse ; aetate autem minores quam Horas, sed meliuscula facie, et ideo Veneri datas comites. Matris quoque nomen ad rem iudicat pertinere. Eurynomen enim dictam, quia late patentis matrimonii sit, beneficia diuidere ; tanquam matri post filias soleat nomen imponi, aut poetae uera nomina reddant. 
Ainsi encore Homère changea le nom de l'une d'elles en celui de Pasithéa et lui donna un mari, pour faire savoir qu'elles ne sont pas vestales. Je citerais même un poète qui leur accorde des ceintures et des robes phrygiennes épaisses de broderies d'or. On place Mercure dans leur compagnie, non parce que la logique ou la rhétorique donne du relief au bienfait, mais c'est que telle a été l'idée du peintre. Chrysippe même, ce génie subtil qui pénètre les vérités les plus abstruses, qui ne parle que dans un but sérieux et ne donne aux mots que ce qu'il faut pour l'intelligence,a rempli tout son livre de ces inepties. Il ne dit que très peu de choses sur la manière de donner, de recevoir et de rendre, et intercale non les fables dans les préceptes, mais les préceptes dans les fables. Car, outre ces détails transcrits par Hécaton, Chrysippe dit que les Grâces son filles de Jupiter et d'Eurynome, plus jeunes que les Heures, mais d'un peu meilleure mine et, à ce titre, données pour compagnes à Vénus. Il juge même que le nom de la mère importe beaucoup à la chose. Ce nom est Eurynome vu que dans une famille nombreuse il faut d'amples distributions ; comme si c'était l'usage de nommer les mères après la naissance de leurs filles, comme si les poètes rapportaient bien fidèlement les noms.
     Quemadmodum nomenclatori memoriae loco audacia est, et cuicumque nomen non potest reddere, imponit : ita poetae non putant ad rem pertinere, uerum dicere, sed aut necessitate coacti, aut decore corrupti, id quaeque uocari iubent, quod belle facit ad uersum. Nec illis fraudi est, si aliud quid in censum detulerunt : proximus enim poeta suum illa ferre nomen iubet. Hoc ut scias ita esse, ecce Thalia de qua quum maxime agitur, apud Hesiodum Charis est, apud Homerum Muas. 
De même que le nomenclateur, faute de mémoire, paye d'effronterie et vous applique un nom quelconque quant il ne peut trouver le vôtre, les poètes ne pensent pas que dire la vérité soit leur affaire : mais, contraints par les besoins du mètre ou séduits par l'éclat d'un mot, ils donnent de leur chef à toute chose tel nom qui fait bien pour le vers. Et on ne leur impute point à fraude une désignation portée pour une autre sur leurs registres ; car le premier poète qui va suivre en crée de sa façon une troisième. Pour preuve, voici Thalie, dont il est ici question : dans Hésiode, c'est l'une des Grâces, et dans Homère, une Muse.

Kenneth Clark, Le nu (1956) tr. Martine Laroche, rééd. Hachette Littérature, col. PLuriel, 1998 t. 1
Sur les œuvres de l'antiquité (p.150 sqq.) :
     "Les artistes de la Renaissance nous ont fait penser que cet entrelacement de trois figures de nus était courant et inévitable, mais en réalité les grandes époques du classicisme l'ignoraient et son origine est obscure. Il se peut qu'il y ait à l'origine de ce motif complexe une rangée de danseuses se tenant par les épaules, l'une de face, l'autre de dos, motif assez courant de la chorégraphie grecque. Un artiste eut l'heureuse initiative d'extraire trois figures de cette rangée, de les grouper dans une composition fermée et symétrique et de les présenter comme les douces et aimables compagnes de Vénus. Il est impossible de préciser la date exacte de cette invention, bien que toutes les versions existantes des Trois Grâces présentent les proportions du 1er siècle. Aucune d'entre elles ne témoigne d'une haute qualité. Bien au contraire ce sont soit de médiocres exemplaires de caractère commercial, ou de piètres copies telles que pouvaient en exécuter des tailleurs de pierre locaux à partir d'un sujet courant, mais encore non consacré par le temps. Le groupe en marbre de Sienne, qui allait exercer une telle influence au cours de la Renaissance, n'était même pas à cette époque considéré comme un chef-d'œuvre de sculpture, mais simplement comme le dépositaire d'une admirable idée. Le bas-relief du Louvre malheureusement dépourvu de tête et d'une exécution sans prétention peut encore nous évoquer, comme aux artistes du XVIe siècle, un art plus achevé et plus cohérent qu'aucun de ceux qui lui ont succédé. La nudité des Grâces n'étant pas, pour quelque raison inconnue, condamnée moralement, celles-ci permirent à la beauté païenne de réapparaître au XVe siècle ; elles présentent également le premier exemple d'abandon du canon des proportions qui avait été appliqué sans être remis en question depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ. Sur deux peintures murales de Pompéi, le torse s'est allongé à tel point que la distance qui sépare la poitrine de la division des jambes est de trois unités au lieu de deux. Le bassin est large, les cuisses ridiculement courtes et la totalité du corps semble avoir perdu son système structural. Il est intéressant de constater que cette déformation du nu classique, que nous considérions comme une caractéristique de l'art antique tardif, s'était en réalité déjà considérablement développée avant la destruction de Pompéi. Le peintre était probablement l'un de ces artisans d'Alexandrie qui occupaient dans le monde romain une position comparable à celle des décorateurs italiens dans l'Angleterre du XVIIIe siècle ; et les Grâces de Pompéi apparaissent comme l'un des prémices de l'influence orientale qui allait jouer un rôle si déterminant dans la désagrégation du style classique. (...) Il serait néanmoins abusif d'imputer la métamorphose du nu féminin à la seule pression d'une influence extérieure. Les styles, à l'exemple des civilisations, s'écroulent de l'intérieur, et la conformation des Grâces reflète en grande partie l'une des altérations courantes populaires qui se produisent dès l'instant où les règles d'une schématisation idéale se relâchent."
Sur Botticelli (p. 161 sq.) :
     "Quelles représentations antiques du sujet Botticelli connaisait-il ? On ne peut que formuler des hypothèses : peut-être un bas-relief aujourd'hui disparu, peut-être un dessin de la statue de Sienne (...). Quoi qu'il en soit, Botticelli a su retrouver au-delà d'une réplique hellénistique l'original dont elle procédait, manifestant ainsi une stupéfiante affinité avec l'art de sculpteurs grecs qu'il ne pouvait pas connaître. Il a compris que les Grâces faisaient partie d'une frise de danseuses et leur a redonné leur mouvement premier qu'anime un rythme de draperies. Ainsi la beauté nue réapparaît à la Renaissance telle qu'elle s'était manifestée pour la première fois en Grèce, voilée et embellie par la draperie mouillée. Le traitement de ces lignes fluides témoigne de l'influence qu'exercèrent sur Botticelli les silhouettes des ménades, motif si courant de la décoration hellénistique. Dans un chapitre ultérieur, où j'envisage les ménades comme des incarnations de l'énergie extatique, j'émets l'hypothèse qu'elles ont pu être à l'origine l'invention d'un peintre, et il est significatif que les œuvres d'art qui offrent la ressemblance la plus grande avec les Trois Grâces soient les peintures antiques des Saisons d'Herculanum."
Sur Raphaël (p. 174 sqq.) :
     "Quelles images des Grâces a-t-il connues ? Nous l'ignorons. Il est probable que le groupe de Sienne le premier éveilla son imagination ; néanmoins les attitudes et les proportions s'inspirent davantage de celles d'un bas-relief de Rome, dont un dessin circulait peut-être déjà. Le petit groupe de Raphaël possède le rythme fluide d'un poème lyrique à forme fixe du XVe siècle, "vilanella" ou "terzetto", à la fois naïf er raffiné. Il est bien éloigné de la musique éthérée de Botticelli. Ces corps doux et ronds ont une sensualité de fraise et si leurs poses sont un produit de l'art, leur pouvoir de séduction est dû à une observation directe."


Veronika Mertens, Die drei Grazien : Studien zu einem Bildmotiv in der Kunst der Neuzeit, 1994
Wolff Étienne, « Sur une interprétation de la figure des Grâces », Littératures classiques 2/ 2006 (N° 60), p. 39-48
URL : www.cairn.info/revue-litteratures-classiques-2006-2-page-39.htm.
Chamoux François. Hermès Propylaios. In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 140e année, N. 1, 1996. pp. 37-55.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1996_num_140_1_15559
Vinciane Pirenne-Delforge, « Les Charites à Athènes et dans l'île de Cos », Kernos [En ligne], 9 | 1996, mis en ligne le 21 avril 2011 : http://kernos.revues.org/1167
Lechat Henri. Hermès et les Charites. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 13, 1889. pp. 467-476.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1889_num_13_1_3920


Giovanni Pietro Bellori, Le antiche lucerne sepolcrali figurate raccolte dalle cave sotterranee e grotte di Roma, 1691 : Corpus informatico Belloriano (Scuola Normale Superiore di Pisa) : http://bellori.sns.it/ -
Voir par exemple le fragment du British Museum (et une copie), l'exemplaire de Berlin - LIMC, celui du Fitzwilliam Museum

 
Matisse album autour d'Ariane commentaire de Catulle accueil