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Comment (re)devenir élève en milieu carcéral ?

Ce document rédigé par Mme Bénédicte Joly dans le cadre de son CAPA-SH met en lumière les spécificités de l’enseignement en milieu carcéral, et propose des pistes d’action à l’égard des enseignants concernés.

Article mis en ligne le 15 janvier 2019
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"Entre l’arrivée au compte goutte de ce public si particulièrement hétérogène et les coups de fil incessants, moi, jeune professeur des écoles, j’accueille mes élèves dans ma salle de classe. Car lorsqu’ils franchissent la porte, ces hommes sont censés (re)devenir des élèves… Voici la réalité de mon terrain professionnel. Voici en face de quelle réalité prégnante je dois initier des apprentissages.
Au milieu de toute cette diversité, comment faire sens à ce que je propose ? Comment demander à ces hommes qui entrent dans ma salle de classe de (re)devenir des « élèves » ?
Comment, alors même qu’ils sont préoccupés par leur sort, puis-je leur demander d’être disponibles intellectuellement ?"

Au-delà de ses qualités rédactionnelles, ce document propose un questionnement et une réflexion sur une des question fondamentale liée à l’enseignement en milieu carcéral.

"Ma salle de classe se remplit doucement… Les élèves ne sont pas tous à l’heure, ils arrivent un par un, deux par deux, trois par trois,… Ma salle de classe comporte douze chaises et douze tables pour accueillir au maximum douze détenus. J’enseigne en maison d’arrêt, et je
m’apprête à recevoir douze hommes d’âge et d’origine différents.
Un détenu qui arrive en classe, c’est un homme qui a vécu une nuit en prison, qui prépare sa défense, qui attend avec impatience un parloir famille, qui a le plus souvent une histoire difficile avec l’école,… Certains sont prévenus (et on sait quel impact cela a dans la difficulté
à se situer dans le temps) d’autres sont condamnés (à 2 mois, 1 an, plusieurs années et sont en attente de transfert vers un centre de détention,…). Certains exposent ce pourquoi ils sont là, d’autres restent discrets… Il s’agit du premier séjour en prison pour les uns, d’autres sont ce qu’on appelle dans le jargon des « multirécidivistes ». Les uns fréquentent mes cours depuis plusieurs mois, les autres depuis plusieurs semaines, et pour quelques uns, il s’agit du premier cours. Tous arrivent dans ma salle de classe alors que certaines relations et tensions se sont

faites en cours de promenade et plus largement en détention.
Tous viennent pour obtenir des remises de peine supplémentaires et alléger la durée de leur séjour en prison, certains viennent pour passer le temps, et d’autres, il en est, viennent pour « mieux écrire et mieux lire », qualité nécessaire en milieu carcéral où tout passe par l’écrit...
Certains sont d’origine française n’ayant plus de contact avec l’écrit depuis bien des années ou en ayant eu de biens douloureux, d’autres sont d’origine étrangère et étaient considérés comme lettrés dans leur pays. Il arrive même que certains cumulent à la fois une langue native étrangère et une déscolarisation totale.
Malgré toute cette diversité, certaines choses les réunissent : ils sont tous privés de leur liberté, ils sont tous en grande difficulté en français et tous ont des difficultés d’apprentissage ; tous, par le simple fait de venir à l’école, viennent exposer leurs fragilités et donc se mettre en danger…
Il faut préciser que pour débuter mon cours, j’ai dû préalablement appeler tous les étages de la détention pour demander à ce que les détenus scolarisés (pour l’ensemble des cours de mes collègues, pas seulement pour le mien) sortent de leur cellule ; le téléphone sonne une bonne dizaine de fois dans le premier quart d’heure lorsque les surveillants me font des retours sur des absences (pour cause de parloir, rendez-vous à l’infirmerie, mesure de séparation entre détenus,…). Entre l’arrivée au compte goutte de ce public si particulièrement hétérogène et les coups de fil incessants, moi, jeune professeur des écoles, j’accueille mes élèves dans ma salle de classe. Car lorsqu’ils franchissent la porte, ces hommes sont censés (re)devenir des élèves… Voici la réalité de mon terrain professionnel. Voici en face de quelle réalité prégnante je dois initier des apprentissages.
Au milieu de toute cette diversité, comment faire sens à ce que je propose ? Comment demander à ces hommes qui entrent dans ma salle de classe de (re)devenir des « élèves » ?
Comment, alors même qu’ils sont préoccupés par leur sort, puis-je leur demander d’être disponibles intellectuellement ?"

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