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Publié : 20 novembre 2014

L’écolier et son sommeil

Élisabeth Locard, médecin, Hôpital Édouard Herriot, Lyon

Le mode de vie imposé aux enfants dans les sociétés développées, l’usage de la télévision les éloignent de plus en plus d’un rythme biologique de type rural où le synchronisateur naturel est l’alternance jour/nuit et où l’exercice physique est intégré naturellement à la vie de tous les jours. Ce bouleversement des rythmes de vie s’accompagne de divers troubles plus ou moins défendants les uns des autres : déficit chronique de sommeil, déficit de l’attention, hyperactivité, obésité.

UNE DURÉE DE SOMMEIL INSUFFISANTE

A 3 ans, la durée physiologique moyenne du sommeil est estimée à 12 heures. Une enquête réalisée à Strasbourg, en école maternelle, sur des enfants âgés de 3-4 ans (1), montre qu’une grande partie dort moins de 12 heures au cours du nycthémère. Les écarts considérables entre les valeurs observées chez les enfants qui ne font pas la sieste (75 % de l’échantillon) ne peuvent être expliqués à eux seuls par des différences des besoins individuels et les auteurs concluent que deux tiers des enfants ont un déficit chronique de sommeil. Plus tard, la situation va plutôt en s’aggravant. Des enquêtes effectuées en milieu scolaire montrent que les trois quarts des écoliers, collégiens, lycéens, ne bénéficient pas d’un sommeil suffisamment régulier ni d’une durée de sommeil suffisante.

DES TROUBLES FRÉQUENTS...

Parmi les troubles du sommeil les plus fréquemment décrits, figurent les difficultés, refus ou autres perturbations du coucher et de l’endormissement, les réveils spontanés répétés dans la nuit ainsi que les perturbations paroxystiques du sommeil telles que les terreurs nocturnes et les cauchemars.

On estime que vers 3-4 ans, 22 a 29 % des enfants ont des problèmes de sommeil. 15 % ont des difficultés d’endormissement et 23 % se réveillent régulièrement. A 5 ans, encore 19% des enfants se réveillent au moins une fois dans la nuit et 38 % ont régulièrement des cauchemars. Ces problèmes s’estompent en général avec l’âge, tandis que d’autres apparaissent à l’adolescence, tels que des insomnies.

AUX CONSÉQUENCES FÂCHEUSES...

Le déficit en sommeil nocturne se traduit par une non-vigilance, voire une somnolence, des faibles capacités d’attention, surtout en début de matinée, et d’autre part, par de faibles performances des enfants aux tests et tâches scolaires . Sans qu’on puisse établir de façon sûre une relation de cause à effet, les troubles du sommeil apparaissent également comme plus fréquents chez les enfants présentant des signes d’hyperactivité et un déficit de l’attention.

Par ailleurs, il a été observé (2) chez des enfants de 2 à 6 ans dont les parents avaient des rythmes de vie contraignants, et en particulier la mère, des perturbations du rythme veille-sommeil associéesà des fluctuations anormalement importantes des courbes circadiennes d’élimination urinaire du cortisol et des 17-OHCS, témoins d’une réaction générale de l’organisme confronté à un rythme non adapté au sien propre. Tout se passe comme si les facteurs sociaux et environnementaux engendraient une désynchronisation psychique et physique. On sait en effet que très tôt, "l’expérience" conditionne la mise en place du rythme veille/sommeil.

La prévention des déficits qualitatifs et quantitatifs du sommeil se situe non seulement à la maison, mais aussi à l’école. Les parents, face aux difficultés qu’ils rencontrent, ont besoin d’être informés et conseillés.

 

Le sommeil doit être préparé par un contexte affectif et environnemental adéquat qui permette de faire désirer à l’enfant le moment de la sieste et du coucher : "il faut enfin que l’adulte aide l’enfant à aimer ce moment très agréable qu’est l’endormissement"