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Publié : 2 décembre 2011

Un tigre stupide


Pauvre tigre ! Dans sa cage de bambou, il mourait de faim. De faim et de peur ! Les villageois qui l’avaient capturé voulaient le vendre à un zoo ambulant. Il faut dire que cela faisait plusieurs lunes qu’il leur mangeait moutons et jeunes veaux.


Soudain, le tigre vit passer un vieux sage comme il y en a tant dans ce merveilleux pays qu’est l’Inde.


-Eh ! vieux sage ! gémit le tigre, s’il te plaît, ouvre-moi la cage. Je meurs de soif.


-Ami tigre, je suis peut-être sage, mais pas idiot !


Si je t’ouvre, tu vas me dévorer.


-Non, je veux juste aller boire au marigot. Tu as ma parole. Deux lampées et je retourne dans ma prison. Je t’en supplie, ne me laisse pas mourir de soif !


Le vieux sage réfléchit longuement et ouvrit la cage.


À peine sorti, le tigre se lécha les babines et...


-Mais, ami tigre, et ta parole ? s’écria le vieux sage. Tu ne vas pas me manger ? C’est injuste !


-Je meurs de faim, alors je te dévore ! rugit le tigre. Voilà ma justice !


-Et ta parole ? insista le vieux sage. Que fais-tu de ta parole ?


-Je suis un tigre. Tout le monde se moque de la parole d’un tigre.


-Pas sûr, dit le vieux sage. Demandons aux trois premiers êtres vivants que nous croiserons. Tu me dois bien ¢a ! D’accord !


-D’accord, mais vite. J’ai l’estomac dans les talons.


Ils rencontrèrent tout d’abord un buffle qui se rafraîchissait dans l’eau croupie d’une mare.


-Ami buffle, demanda le vieux sage, trouves-tu juste que ce tigre me mange, alors que je viens de le délivrer de sa cage ?


Le buffle secoua lentement la tête, chassa une nuée de mouches d’un coup de queue et répondit d’une voix rauque :


-J’ai travaillé dur, toute ma vie. Du matin au soir, j’ai labouré les champs de mon maître ; par tous les temps, j’ai tiré des chariots pesants. Maintenant que je suis vieux et fatigué, il ne veut plus ni me nourrir, ni me laisser mourir dans un coin de son étable. Alors, vieux sage, la justice du tigre vaut bien celle de tes frères les hommes.


À ces mots, le tigre se lécha les babines, ouvrit une énorme gueule et...


-Ami tigre, ce n’est que le premier avis ! s’écria le vieux sage. Tu m’en as promis trois. Il en reste donc deux. D’accord ?


-D’accord, mais vite. J’ai l’estomac dans les talons.


Un peu plus loin, c’est â un magnifique manguier que le vieux sage s’adressa :


-Ô manguier, mon ami ! Ecoute ceci et donne ton avis. Le tigre que tu vois là est libre grâce à moi. Pourtant, il ne rêve que d’une chose : me dévorer ! Est-ce juste ?


L’arbre ploya gracieusement ses branches les plus basses et répondit dans un bruissement :


-L’été, les hommes adorent se reposer à l’ombre de mon feuillage et se gorger de mes fruits délicieux. Mais l’hiver venu, c’est sans pitié qu’ils cassent et font brûler mes branches. Tigre, tu peux manger ce vieux sage.


À ces mots, le tigre se lécha les babines, ouvrit une énorme gueule, s’avança vers le vieux sage et...


-Pas encore, ami Tigre ! s’écria le vieux sage. Il manque un avis. Tiens, demandons à ce petit chacal. Il a l’air très intelligent. D’accord ?


-D’accord, mais vite. J’ai l’estomac dans les talons.


Tous deux s’approchèrent du petit chacal et le vieux sage raconta, une fois encore, son histoire.


-J’ai du mal à saisir ce que tu me racontes, vieux sage dit le petit chacal. Je suis certainement un peu bête, je n’arrive jamais à comprendre ce que je ne vois pas.


-Tu vois ce vieux sage ? s’énerva le tigre.


-Oui, je le vois.


-Il m’a fait sortir de la cage.


-La cage ! Quelle cage ? Je ne la vois pas. Il faudrait que tu me la montres.


-Si tu veux, mais vite !


-Il a l’estomac dans les talons ! chuchota le vieux sage qui courait derrière le petit chacal qui courait derrière le tigre.


-Voici la cage, dit le tigre. Là ; tu la vois ?


-Et où étais-tu ? demanda le petit chacal.


-Dans la cage, imbécile ! hurla le tigre.


-Excuse-moi, ami tigre. Je te l’ai déjà dit : je suis très bête et j’ai du mal à me rendre compte. Veux-tu bien me monter où tu étais exactement ?


-Là, idiot ! dit le tigre en rentrant dans la cage.


-Ah ! Je vois. Mais pourquoi restais-tu dans cette cage ?


-Parce-que la porte était fermée ! rugit le tigre.


-Fermée comment ?


-Comme ça !gronda le tigre en tirant la porte vers lui.


-Mais, tu pouvais l’ouvrir ! s’étonna le petit chacal.


-Mais non, triple buse ! grogna le tigre. Le verrou était poussé.


-Poussé comment ?


-Comme ça ! fit le vieux sage en poussant le verrou.


-Ah ! là je comprends bien mieux ! s’exclama le petit chacal. Avec le verrou poussé, la cage est vraiment bien fermée. Quant à toi, ami tigre, bon appétit ! Et j’espère que tu ne seras jamais aussi bête que moi !


Assia, Mélissa, Léa et Nassima