Pôle départemental école maternelle 54

Vous êtes ici: Accueil  >  Gestion classe  >  Accueillir et Scolariser les enfants de moins de 3 ans  >  Fonctionnement d’une "classe passerelle"  > 

Accueillir et Scolariser les enfants de moins de 3 ans

Fonctionnement d’une "classe passerelle"

La classe passerelle : est une classe qui accueille les matins des enfants de 2 ans sur la base d’un projet individualisé élaboré avec les parents (Exemple : [Projet partagé pour un parcours individualisé de l’enfant->http://www4.ac-nancy-metz.fr/ia54-gtd/maternelle/sites/maternelle/IMG/odt/projet_personnalise_passerelle_placieux.odt]). Elle s’inscrit dans les dix principes de [la circulaire de 18 décembre 2012->http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=66627] et réaffirme la nécessité des liens à construire entre les familles et les équipes pédagogiques. A ce titre, l’enseignant(e) est accompagné(e) par un  ?ducateur de jeunes Enfants (E.J.E.) et d’une A.T.S.E.M. La classe passerelle est implantée généralement dans une école. Son organisation est définie par un projet pédagogique et éducatif inscrit au projet d’école (Cf.[Aide à la rédaction d’un avenant->http://www4.ac-nancy-metz.fr/ia54-gtd/maternelle/spip.php?article355]). Celui-ci donne lieu à une convention définissant l’implication des partenaires locaux. Selon le contexte, cette structure peut être le lieu de la premiÚre scolarisation d’enfants de PS, MS voire GS dans des situations particuliÚres. Ces enfants peuvent ainsi intégrer progressivement la classe de leur tranche d’âge en cours d’année.

C’est le cas de la classe passerelle de l’école maternelle du Placieux à VILLERS où madame Prune CHARROIS, enseignante, a accepté de répondre à nos questions.

- Quelles ont été les étapes de conception du projet ?
C’est la ville de Nancy qui est à l’origine de la création ce cette classe passerelle. Elle a réuni les différents partenaires : l’IEN, l’IEN de la circonscription, l’IEN Maternelle pour l’éducation nationale, le centre social Jolibois (support financier du poste d’E.J.E. recrutée en décembre) pour la CAF. C’est le centre Jolibois qui a été chargé de réaliser le diagnostic des besoins du quartier à partir des données de tous les acteurs locaux. On a alors constaté qu’il était judicieux de créer une classe passerelle, surtout depuis la fermeture d’une structure appelée « Espace bébé ». Sur le quartier, il y a un déficit de structures d’accueil de ce type qui travaillent avec les parents, qui fait des liens avec l’école maternelle.
- En quoi cette classe passerelle répond-elle davantage aux besoins des enfants qu’un accueil ordinaire de tout-petits (TPS) ?
La PMI a mis en évidence un potentiel de 38 enfants susceptibles d’être scolarisés. Aujourd’hui, on en accueille17, sans compter les 4 autres enfants qui ont fréquenté la classe passerelle pendant une période avant d’intégrer la classe de leur tranche d’âge.
Grâce aux partenaires, la PMI, le centre social…, les parents du quartier ont été sensibilisés à l’intérêt de cette classe et informés de la possibilité de scolariser les enfants même s’ils ne sont pas propres. Ce n’est pas du tout un frein !
Pour le moment, l’E.J.E. du centre social intervient tous les mardis et prend en charge un petit groupe. Cette classe permet de renforcer un partenariat déjà existant(Centre Social, CMP, PMI,CrÚche familiale, DRE…)décliné selon un planning de réunions et d’interventions bien défini.
- Comment dans ce dispositif gérez-vous la question de la séparation avec les parents ?
Je le faisais déjà l’année derniÚre dans ma classe de petite section, mais cela est plus vrai encore dans ce dispositif : la classe est ouverte aux parents. Cela permet d’abord que la rentrée se passe en douceur : les parents rentrent dans la classe avec leurs enfants pour une durée qui n’est pas définie par avance, mais fonction des besoins de chacun. Certains parents ont passé tout cette 1Úre matinée avec leur enfant dans la classe, d’autres ont pu les laisser découvrir les lieux et leurs nouveaux camarades.
Cette année, la classe passerelle m’a permis également l’organisation d’une rentrée échelonnée, ce qui facilite encore les choses. J’ai constaté d’ailleurs qu’un grand nombre de parents étaient trÚs angoissés à l’idée de cette rentrée qui constituait pour beaucoup une 1Úre séparation. Ces familles sont du coup tout de suite rassurées quand elles comprennent que la rentrée va pouvoir se passer avec souplesse.
Cette relation de confiance avec les parents passe également par la possibilité pour eux d’avoir un ‘regard’ sur ce qui se passe dans la classe. Pour cette raison, j’invite fréquemment les familles à rester une matinée en classe, ce qui leur permet de mieux comprendre ce qu’on apprend dans une classe de tout-petits et comment est rythmée la matinée.
Les emplois du temps des enfants sont par ailleurs complément individualisés : certains partent à 11h00, d’autres à 11h30 ; d’autres encore arrivent en classe aprÚs les autres. L’emploi du temps est adapté au rythme des enfants et des parents. Cette souplesse nécessite parallÚlement un temps plus important d’information et d’explication aux familles, mais toutes adhÚrent à 100% à ce projet.
La classe passerelle m’a permis enfin d’accueillir 4 élÚves de petite section pour qui une transition en douceur vers la classe « traditionnelle » de PS a été nécessaire. Ces 4 enfants sont maintenant scolarisés dans une classe de petite section avec les élÚves de leur tranche d’âge. Un autre élÚve de moyenne section, relevant de la MDPH, est encore dans ma classe et y restera peut-être toute cette année : ce dispositif a permis son entrée à l’école dans de trÚs bonnes conditions, et a contribué à rassurer ses parents initialement trÚs inquiets. Le papa de cet enfant a d’ailleurs été élu responsable des parents d’élÚves, ce qui témoigne de son investissement dans l’école.
- Comment avez-vous géré la problématique de la propreté pour que ce soit serein pour les enfants et les familles ?
Une pré-visite de l’école est effectuée en juin avec les enfants et les parents pour leur expliquer que la classe est ouverte à tous, même pour les enfants qui ne sont pas propres. On les accueille alors avec des couches culottes.
On explique aux parents que, dans la matinée, on va apprendre à leurs enfants à aller aux toilettes et à baisser cette couche comme une culotte. On invite les parents à nous en fournir et à mettre tous les jours à leurs enfants une couche culotte (ce sont des habitudes parfois difficiles à faire évoluer pour les parents qui ont l’habitude de mettre de simples couches à leurs enfants).
On apprend donc la propreté de cette façon-là : on se déplace, on va aux toilettes, on se met assis sur les toilettes… Ce n’est pas forcément un passage collectif mais c’est intéressant en collectif pour apprendre ensemble à se laver les mains etc…
Les parents sont tous invités à rentrer le matin, à déshabiller leur enfant et à les emmener aux toilettes. J’ai demandé aux parents de faire ce passage avec eux individuellement avant de les amener dans la classe ensuite on peut reprendre ça avec les enfants.
Les deux premiers mois, c’est l’aide maternelle qui allait aux toilettes à la demande des enfants et invitait ceux en « transit » quand on voulait qu’ils apprennent à gérer plus dans la matinée. Cela a trÚs bien fonctionné, maintenant on fait un passage en petit groupe et on continue à apprendre ensemble et c’est à ce moment-là qu’elle voit ceux qu’elle devra changer.
C’est aussi un temps éducatif. Rien que pour le lavage des mains : il faut apprendre à pousser pour avoir le savon, pour le robinet etc… c’est tout un travail sur la propreté et l’hygiÚne.
- Quels effets avez-vous déjà observés aprÚs deux mois et demi ?
- Du cÎté des parents
Cette rentrée échelonnée, ces projets individuels partagés ont permis une rentrée vraiment sereine. Je vois une vraie adhésion des parents. Ils arrivent avec le sourire, les enfants arrivent avec le sourire. On a des effets trÚs positifs, il n’y a plus de pleurs, plus de parents qui hésitent à entrer. DÚs le début, je vais les voir pour qu’ils ne déposent pas leur enfant comme ça, pour qu’ils viennent dire bonjour, qu’ils transmettent l’enfant. Je tiens à ce qu’il y ait une relation quotidienne pour que cette année soit une année pendant laquelle on travaille ensemble. Toutes ces matinées où les parents restent dans l’école, discutent entre eux avec l’E.J.E. du centre social, cela installe un climat de confiance.
Je rencontre réguliÚrement les parents : mi-septembre pour l’emploi du temps, revu pour quelques enfants et maintenant pour des bilans individuels. C’est l’occasion de leur demander les effets observés à la maison, ce qui a changé et je complÚte avec les observations menées en classe.
Le café des parents est également essentiel : c’est un moment d’échange entre les adultes et les partenaires. C’est aussi un temps pour revenir sur des situations vécues : au cours d’une sortie, certains comportements d’adultes ont posé problÚme (utilisation du téléphone, cigarettes) et, en réponse, les parents ont créé une Charte des parentspour les sorties scolaires. Et maintenant, elle est même utilisée dans toute l’école.
- Du cÎté des enfants
Ils font de réels progrÚs. A la rentrée des vacances d’automne, aucun pleur et des enfants qui m’ont montré ce qu’ils savaient faire : des choses que je n’avais encore vues. Tout ce qui est gestes des comptines et des chants alors qu’avant ils observaient… Et, les parents sentent leurs enfants plus autonomes, ils ont envie de faire seuls par exemple pour l’habillage et c’est énorme !
- Comment l’équipe se retrouve-t-elle dans le projet de cette classe ?
Il y avait déjà un projet d’accueil des TPS l’an dernier. Ce projet de classe passerelle est inscrit au projet d’école et fait l’objet d’une fiche action. Et toutes les classes travaillent avec le centre social Jolibois. Donc, la classe passerelle est intégrée dans toutes les actions de l’école.Et l’équipe a fait preuve d’une grande souplesse(choix de la classe, créneaux motricité et récréation…).
Mme CHARROIS met en avant la volonté et la disponibilité de la directrice pour les rencontres avec les partenaires, la création du projet, etc.Elle relÚve également l’adhésion et l’implication del’Atsem.
- Qu’est-ce qui facilite le travail avec les partenaires ?
Maintenant que le travail avec les partenaires est installé, tout le monde mesure qu’il faut dégager du temps pour nos échanges. Par exemple, l’Atsem et moi avons besoin de temps pour nous coordonner, pour préparer.
Il y a des réunions techniques avec le centre social à chaque période. Et, dÚs le début, on a pris le temps de bien définir les rÎles et la place de chacun (directrice, enseignante, Atsem). On va revoir cela dÚs l’arrivée de l’E.J.E. Et ce sera la premiÚre fois que je travaillerai avec une éducatrice dans la classe à temps plein... Je me rends compte qu’une collaboration étroite est bénéfique.
Des temps de formation en commun sont prévus aprÚs l’arrivée de l’EJE.
- Si vous aviez un autre niveau de classe, que changeriez-vous dans vos pratiques ?
Aujourd’hui, je me dis que si demain j’avais des PS MS et qu’un élÚve de PS ou même MS devait porter une couche culotte, cela ne me dérangerait pas ! Ce n’est pas quelque chose qui me parait insurmontable, il faudrait juste changer les habitudes. D’ailleurs l’année derniÚre j’avais accueilli une PS à la sieste avec des couches.
CÎté pédagogie, je m’attacherai surtout à adapter les activités aux besoins des élÚves pour les ouvrir, les rendre autonomes et leur donner le plaisir d’être là, d’explorer et de découvrir. Par rapport à mon vécu avec la classe passerelle, je continuerai à travailler avec les partenaires, même en enseignant dans un autre niveau de classe.

Le groupe départemental Maternelle remercie chaleureusement madame CHARROIS pour son investissement professionnel dans ce projet au service des trÚs jeunes « élÚves ».