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Maternelle

Le cahier de vie

Contact : Nicole.Fraga@ac-nancy-metz.fr

Le cahier de vie en maternelle.

Il est devenu un outil commun, presque toutes les écoles l’utilisent dès la toute petite section.

- Quelles fonctions remplit cet outil à l’école ?

- Quels objectifs lui assigne-t-on ? Comment l’utilise-t-on ?

1- Des constats :

Très souvent, on trouve la liste suivante d’objectifs :

-  développer un contexte de communication dont l’enfant est le centre
-  favoriser l’accueil de l’enfant et entretenir des liens avec sa famille
-  rendre compte des différentes activités menées en classe
-  rendre compte des apprentissages de l’enfant
-  sensibiliser les élèves au rôle de mémoire de l’écrit

Tentons d’analyser ces différents objectifs :

-  l’idée d’un renforcement des liens entre l’école et la famille est présente dans les deux premiers : il faut communiquer, certes, mais sans que l’on sache sur quels objets doit porter cette communication, ni comment s’articule cette communication avec un meilleur accueil de l’enfant. S’agit-il d’ailleurs seulement d’accueillir à l’école ou de scolariser et d’enseigner ?

-  les objectifs 3 et 4 renvoient à l’idée de « rendre compte », d’abord des activités puis des apprentissages de l’enfant. L’école doit informer sur les programmes, sur leur mise en application et les parents ont le droit d’exercer un contrôle démocratique de leur mise en œuvre. Les familles ont également le droit d’être informées sur les progrès de leur enfant. Tous les cahiers, dossiers, livrets d’évaluation…. participent à cette double information.

-  Le dernier objectif a plus à voir avec la didactique de l’enseignement de la langue et des langages : il s’agit de mettre en scène une fonction de l’écrit.

On voit bien que cet outil est dans l’air du temps :

-  l’école se doit d’être communicante vis à vis des familles, cela serait un facteur qui favoriserait l’accueil de l’enfant et pourquoi pas la réussite scolaire
-  l’école doit rendre compte : elle n’a plus de légitimité de fait, elle doit faire la preuve de sa compétence, ouvrir des espaces de négociation
-  l’école maternelle doit accompagner les enfants dans leur découverte du monde des écrits.

Pourtant, le feuilletage des cahiers de vie peut soulever des questions :

-  la part produite à l’école n’est pas majoritaire : ce sont les parents qui remplissent de nombreuses pages en relatant les activités du week-end. Certains trouvent d’ailleurs contraignant de devoir écrire quelque chose tous les week-end, il s’agit surtout pour eux de ne pas mettre leur enfant en difficultés à l’école et d’exposer en quoi les sorties ont pu être éducatives, comme le leur demande le papier de présentation du cahier, rédigé par l’enseignante « votre participation est indispensable pour le (le cahier) rendre aussi vivant que possible : coller une carte postale reçue, un billet de train, des photos, un ticket de cinéma… » Les exemples donnés par l’enseignante soulève la question des normes éducatives.

-  très peu de dimension individuelle dans les pages de l’école : la dictée à l’adulte, essentielle pour l’observation du scripteur et l’explicitation des procédures d’écriture fait l’objet d’un travail généralement collectif à l’école ; on ne note pratiquement pas de texte personnel rédigé avec l’aide de la maîtresse. Cet exercice individuel est délégué en quelque sorte à l’espace familial qui, par définition, n’est pas spécialiste de l’activité et n’en mesure pas tous les enjeux et procédures.

-  les pages concernant la vie scolaire sont souvent centrées sur l’aspect festif ou exceptionnel : les anniversaires, une pièce de théâtre, le compte-rendu d’une sortie…Si l’on veut éclairer les fonctions de l’école auprès des familles, il y a là une interrogation centrale à mener : quelle image de l’école transpire de ces pages centrées sur l’exceptionnel ?

Des constats de quelques enseignants dans l’utilisation de cet outil :

-  certains parents ne « jouent » pas le jeu et n’écrivent jamais rien : ils ne veulent rien dévoiler de l’espace privé ou ils n’ont pas compris ce à quoi cela pouvait servir à l’enfant ou encore ils sont mal à l’aise avec l’écrit et se sentent jugés in fine par l’enseignant sur leur maigre niveau culturel.

-  d’autres écrivent le dimanche soir à la sauvette sans l’enfant, ce qui constitue une dérive aux yeux des enseignants.

-  l’utilisation en classe pose problème : comment faire quand un enfant n’a jamais rien écrit en famille ? A cette occasion, l’enfant peut sentir que sa famille ne répond pas aux demandes scolaires et commencer à entretenir un sentiment d’indignité qui risque de l’éloigner de l’école et des savoirs.

-  en RPI, là où on ne voit pas les parents tous les jours à la sortie, la participation des familles au dispositif est très inégale et décevante.

On voit bien à la lecture de ces observations qu’il faut clarifier les fonctions que l’on veut attribuer à cet outil que constitue le cahier de vie.

2- Éléments de clarification

a- la fonction affective

Par l’utilisation du cahier de vie, on veut contribuer à inscrire l’enfant dans une relation positive à l’école : cet outil lui permet par des activités de feuilletage, de relecture, d’organiser la mémoire de ses premières années de scolarité. On espère par l’esthétisme recherché et le soin accordé qu’il sera conservé comme une trace personnelle de cette première rencontre avec l’espace social.
Conséquences : il doit y avoir un équilibre entre le « moi » et le collectif. L’enfant doit développer son appartenance à la classe, à l’école, tout en imprimant sa trace personnelle dans l’histoire scolaire qu’il débute. Si tous les cahiers se ressemblent et sont interchangeables, l’objectif poursuivi n’est pas atteint.

b- la fonction de clarification des missions de l’école

Les familles livrent souvent le constat suivant : leur enfant ne raconte rien de ce qu’il vit à l’école, ou se cantonne au récit traditionnel : « on a joué, on est allé en récré puis c’était l’heure des mamans…. » Leurs questions à l’enfant à la sortie sont révélatrices de leurs attentes : « Tu as été gentil ? » voire « La maîtresse a été gentille avec toi aujourd’hui ? », « Tu as bien écouté la maîtresse ? » ou encore « « qu’est-ce que tu as fait à l’école aujourd’hui ? » Les parents ont envie, en général que les choses se passent bien, qu’il n’y ait pas de conflit, et qu’on leur renvoie une image de leur enfant qui soit celle d’un petit être bien éduqué…. Toutes ces demandes à l’enfant sont révélatrices de la confusion des parents sur les missions de l’école maternelle. Il semble important de marquer assez tôt que, dans une école, on dispense un enseignement qui permet aux enfants de réaliser leurs premiers apprentissages. L’école maternelle n’est pas une garderie, ni un centre aéré où on fait des activités ludiques, mais un lieu pour apprendre. Il ne s’agit pas d’être « gentil », mais de s’autonomiser progressivement de la sphère familiale pour oser comprendre, apprendre et découvrir un monde où on se sent « sujet » plutôt qu’ « objet ».

Si l’on s’inscrit dans cette perspective de la construction du rapport au savoir, clarifier ce qu’est une école, pourquoi on y va, ce qu’on y fait semblent être des enjeux essentiels pour l’enfant et sa famille. Le cahier de vie peut contribuer à cette clarification à certaines conditions :

-  on doit cesser de centrer les pages école sur l’aspect festif ou exceptionnel, ce qui contribue à renforcer l’image de la garderie. Montrer l’ordinaire de la vie de la classe, expliciter les rituels, le travail en ateliers, ce qu’on doit apprendre ce mois-ci etc. doit constituer l’essentiel des pages école.

-  des rituels peuvent marquer ce cahier comme autant d’occasions de valoriser les savoirs construits à l’école : le mot nouveau, l’expression nouvelle de la semaine (définition et exemples) ; l’histoire de la quinzaine avec une planche permettant de réviser le nom des personnages ou des lieux, la chronologie de l’histoire à partir d’images séquentielles ; un encadré sur ce que nous avons appris cette semaine, ou ce que désormais, tout le monde sait faire ( lacer ses chaussures, sauter sur un pied…) ; après la traditionnelle compote de pommes, une planche sur les fruits assortie de quelques étiquettes permettra de jouer au loto des fruits à la maison et de réviser les mots appris en classe ; un petit commentaire de l’enseignant sous la comptine précisera aux parents que leur enfant a récité devant toute la classe, sans oublier un seul mot, etc. En somme, toutes les stratégies pour centrer le contenu du cahier sur l’essentiel du rôle de l’école seront recherchées et expérimentées.

c- La fonction de renforcement des apprentissages

-  au niveau de la langue orale : le cahier de vie est un support privilégié d’activité langagière. L’enfant peut raconter à la maison à l’aide des supports ce qu’il a appris à l’école, ce qu’il a partagé avec ses camarades, réciter la comptine ou la chanson de la quinzaine qui fixent des éléments syntaxiques et lexicaux.
Quand le cahier est bien avancé, on peut laisser les enfants feuilleter librement leur cahier, à l’accueil par exemple, pour mobiliser le langage d’évocation sur des moments partagés ensemble qui fondent la petite communauté qu’est la classe. Les planches lexicales associées aux activités de la classe permettent à l’enfant de revoir les mots dans un cadre organisé qui facilite la mémorisation.

-  au niveau de l’entrée dans l’écrit :

Le cahier de vie est un outil important pour transformer des faits en événements car il s’inscrit dans une logique de communication : cela signifie que l’enfant est capable progressivement de sélectionner les faits, de les ordonner, de construire des liens logiques et chronologiques, d’exprimer son ressenti lors de l’expérience qu’il veut relater, etc. Pour cela, la dictée à l’adulte est un moment essentiel : outre qu’il permet à l’enfant d’observer comment, pourquoi on écrit, il l’oblige à construire sa pensée, à ordonner ses idées dans un dialogue avec l’adulte qui le guide et le soutient. Cet adulte conscient des enjeux de l’activité ne peut être que l’enseignant. Le cahier de vie doit porter les traces de ce travail : on revient sur la construction identitaire évoquée plus haut ; par l’écriture personnelle, l’enfant imprime sa marque sur les événements, les expériences scolaires qu’il a traversés avec d’autres : il pourra « relire » son récit en famille et intègrera ainsi l’espace social de l’école en tant que sujet.
On pourra là aussi prévoir des encadrés spécifiques « J’ai envie de raconter à la maison… » qui structureront le cahier.

D’autres découvertes concernant le monde des écrits peuvent figurer dans le cahier de vie :

- le texte de l’histoire sur laquelle on travaille : cela permettra aux enfants de se faire relire le texte ou de se lancer dans un rappel de récit. On peut y ajouter les images marquantes dans une enveloppe qui sont à remettre dans l’ordre chronologique. Par ce biais, l’histoire devient une référence culturelle pour l’enfant.

- les écrits dont on a découvert ensemble la fonction et l’organisation, exemple : la notice de médicament dont on se sert pour savoir combien de cachets on peut prendre, et quels mélanges on doit éviter. On la reconnaît à sa petite écriture, à ses plis, au titre qui est semblable à celui de la boîte, etc.

-  au niveau de la structuration du temps
Le cahier de vie qui rend compte du temps scolaire peut contribuer à la structuration du temps. Certains collègues y font figurer le calendrier du mois, lequel permet d’anticiper sur les éléments marquants à venir (la sortie à la piscine, l’arrivée d’un nouvel élève…) ou le suivi du projet annuel de la classe en lien avec le projet d’école (l’évolution du jardin, par exemple), etc. Les événements rapportés sont systématiquement datés ; les mots semaine, mois sont mobilisés dans les rituels d’écriture.

Lorsque vient le temps de coller une feuille qui récapitule les activités de la semaine, non seulement on s’entraîne à trier les faits marquants, mais ce travail de retour sur les apprentissages aide l’enfant à ordonner chronologiquement des événements, à apprécier le temps passé sur un même objet de travail, à relier les activités entre elles au service d’un même apprentissage, etc.
Les activités de relecture, quand le cahier devient consistant, permettent d’ordonner les faits rapportés, de les situer avant ou après une date repère, etc. Le cahier de vie peut donc servir de support à des activités qui favorisent la lente structuration du temps.

Et les parents ?

Le cahier de vie est un outil d’information pour les familles. Il peut devenir discriminant si la demande faite aux parents est injonctive et prégnante. Il peut devenir le vecteur de la diffusion de normes éducatives implicites (aller au cinéma, recevoir ou écrire une carte postale, faire une grande fête d’anniversaire avec des photos, écrire avec son enfant le récit d’un événement…) et contribuer au sentiment d’indignité des familles populaires ( on ne fait pas tout cela, on ne sait pas bien écrire, en somme, on n’est pas de bons parents…).

Ne nous trompons pas, ce désaveu tacite est très vite perçu par les enfants, lesquels commencent leur scolarité en percevant les écarts entre les normes familiales et scolaires, et en retirent un premier malaise dans leur adhésion au contrat scolaire.

On sait que très souvent, les familles populaires s’inscrivent dans une délégation complète à l’école et aux enseignants. Elles ne sont pas dans une négociation permanente, mais font confiance aux spécialistes de l’enseignement. Leur absence aux réunions de classe est souvent mal perçue par les enseignants qui les interprètent à tort comme un signe de non-adhésion, voire de démission éducative. Or, les chercheurs ont montré depuis longtemps que la présence des familles à l’école n’était pas un gage de réussite scolaire : le seul déterminant est le discours positif de la famille sur l’école, quelque soit le milieu culturel de l’enfant.
Il faut donc se montrer très prudent dans les demandes de collaboration exprimées, si l’on souhaite que l’école de la République soit encore en mesure de scolariser TOUS les enfants, de quelque origine qu’ils soient.

3- L’utilisation en classe du cahier de vie

Si le cahier est orienté essentiellement de l’école vers les familles, on évite les retours difficilement gérables en classe : si l’enfant veut montrer quelque chose à ses camarades, une table durant le temps d’accueil peut être réservé aux échanges entre les enfants, l’enseignant prendra connaissance des écrits avec le groupe d’enfants installé et stimulera la conversation. A aucun moment, il n’y aura de constat négatif sur des pages non complétées par les parents.

- Des moments individuels (temps d’accueil ou atelier d’écriture)

Les rituels décrits plus hauts peuvent faire l’objet de feuilles préparées à l’avance, et qui auront été présentées aux enfants. Chacun peut aller en chercher une, commencer à dessiner ce qu’il veut raconter à sa famille, en attendant la venue de l’enseignant qui deviendra le secrétaire de l’enfant. Ces récits individuels seront lus par l’enseignant à la classe, les dessins commentés.

- Des moments collectifs

La découverte de documents collectifs que l’on s’apprête à coller dans son cahier est une activité qui permet à chacun de s’approprier les informations données aux familles sur la vie de la classe. Chaque élève pourra ensuite y apposer sa marque, en dessinant un personnage de l’histoire, en recopiant le titre pour les plus grands, en apposant un « smiley » pour montrer combien on a aimé l’activité décrite, etc.

- Des moments libres

Quand le cahier commence à être bien avancé, on peut proposer un atelier « cahier de vie » où il s’agit simplement de le feuilleter et de se remémorer le travail en examinant les traces laissées. On pourra problématiser la situation à partir de quelques consignes simples : retrouvez-moi la page de la comptine sur les fruits, la dernière page consacrée au jardinage, toutes les pages qui parlent des animaux. Montrez-moi la page que vous préférez et expliquez-moi pourquoi …


Pour approfondir cette problématique

- La question des traces à l’école maternelle (CRDP Strasbourg)

http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle/traces/doctrace.pdf

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