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Grammaire - Le prédicat

Article tiré du site "Charivari à l’école"
le site de Delphine Guichard. Professeur des écoles.


Pour aller plus loin :
- Prédicat : Le CSP s’explique sur le Café pédagogique
- Précis de grammaire à destination des prédicateurs sur le Café pédagogique


NOUVEAU PROGRAMME DE GRAMMAIRE : LE PRÉDICAT

En vous plongeant dans les nouveaux programmes de grammaire, certains d’entre vous sont peut-être tombés en arrêt, comme moi, devant un nouveau « gros mot » introduit dans les notions à enseigner à nos élèves : le prédicat.

BO nov 2015, Etude de la langue, attendus de fin de cycle 3 :

Le prédiquoi ?

La réponse n’est pas difficile à trouver chez nos amis Québécois qui enseignent cette notion depuis plus longtemps que nous : Le prédicat, c’est (tout simplement) la fonction du groupe verbal.

Remarquez que je n’ai pas dit « Groupe Verbal et Prédicat, c’est la même chose ». Ce serait aussi faux que de dire « Groupe Nominal et Sujet, c’est la même chose« . Non : le Prédicat, c’est la fonction du verbe ou du Groupe Verbal (comme « Sujet » peut être la fonction d’un Groupe Nominal).

Exemple ultra simple :

un autre exemple

Avouez que ce n’est pas bien compliqué…

Mais alors, les élèves n’entendront plus parler de COD ?

Mais si… contrairement à ce qu’on peut lire dans les journaux mal informés, l’enseignement du prédicat ne remplace pas celui des compléments de verbe (COD…) : il le précède.

Toujours pour démentir les rumeurs des rézosocio, parfois reprises par les journalistes pressés, ce nouveau terme n’a aucune conséquence sur l’enseignement de l’orthographe, et, en particulier, aucune conséquence sur l’enseignement de l’accord du participe passé avec le COD placé avant le verbe. Celui-ci est toujours au programme du collège, comme dans les programmes précédents. Il n’a pas été « repoussé » du tout.
Je le prouve (extrait des nouveaux programmes du collège) :

Et comment on l’enseignera, ce prédicat ?

Sur document destiné à la formation des enseignants québécois, on conseille aux professeurs des écoles d’enseigner les constituants de la phrase dans l’ordre suivant : d’abord le sujet, ensuite les compléments de phrase (ou « compléments circonstanciels ») et enfin le prédicat (ce qu’il reste dans la phrase quand on a enlevé le sujet et les CC).

C’est d’ailleurs le choix de la méthode Picot. Dans " Faire de la grammaire au CM" , on identifie d’abord les groupes mobiles avant d’apprendre à repérer les compléments essentiels. J’ai testé depuis 2015 : cela fonctionne très bien !

Une fois que les élèves sont bien à l’aise pour identifier sujet / prédicat / compléments de phrase, on leur apprend à « entrer » dans ces groupes pour identifier qu’ils peuvent comprendre un/des complément(s) du nom, et que le prédicat peut inclure, en plus, un complément de verbe (COD, COI) ou un attribut du sujet.

Ci-dessous, la très jolie présentation de Christel Prince :

Mais enfin… à QUOI ça sert ?

Nous y voilà. Voilà LA bonne question. A quoi ça sert ?

La première raison est expliquée en haut : ce mot [qui existait déjà mais qu’on n’enseignait pas aux écoliers] manquait. On voit bien ci-dessous qu’on était embarrassés quand on analysait les fonctions dans la phrase. On disait : « Le verbe… beh, sa fonction, c’est d’être… le verbe. » Et quand on reprochait aux élèves de confondre Natures et Fonctions, on ne les aidait pas beaucoup avec cet abus de langage qui consistait à utiliser le mot-nature pour désigner la fonction du mot, faute de mieux. Désormais on peut utiliser le mot approprié pour désigner la fonction du verbe ou du groupe verbal.

Dans les phrases moins simples, c’était encore plus sensible. Dans l’exemple ci-dessous, on utilisait généralement le terme Groupe Verbal à la place du « vide » laissé par l’absence du mot prédicat. On disait que la fonction du GN c’était d’être le sujet de la phrase, et la fonction du groupe verbal, c’était d’être… groupe verbal.

Certains maitres assénaient même : « Un Groupe Verbal contient toujours un verbe conjugué« . Le problème, c’est que ce n’est pas vrai. Un groupe verbal, c’est juste un groupe dont le noyau est un verbe. Rien ne dit qu’il doive être conjugué. Il y a donc des GV infinitif, et ils n’ont pas souvent la fonction de prédicat. Il y a des GV qui sont COD (J’aime [écouter de la musique]), ou même sujet ([Lire des histoires] fait grandir). On voit bien que cette confusion nature/fonction n’était pas très heureuse. Les élèves pataugeaient… et souvent les maitres aussi.

Maintenant c’est limpide, il y a des mots pour désigner les classes de mots (aussi appelées natures), et d’autres mots pour désigner les fonctions.

Reste la question de fond : à quoi cela sert-il de faire découper des phrases en sujet/prédicat ?

A quoi cela sert-il, la grammaire ?

C’est une question que je me suis souvent posée en enseignant la grammaire à mes CM.

Il y a des choses qui me semblent évidentes : identifier le sujet permet d’accorder le verbe. Identifier un COD permettra d’accorder le participe s’il le COD est antéposé, étiqueter un adverbe permet de savoir qu’il est invariable. Bon.

Mais à quoi cela sert-il de distinguer un CCM d’un CCL ? A quoi cela sert-il de distinguer un adjectif attribut d’un épithète ? A quoi cela sert-il d’apprendre aux élèves à ne pas confondre le COD et l’attribut du sujet (qu’ils accordent très bien sans savoir l’étiqueter) ? A part l’argument des langues flexionnelles (pour choisir le bon cas -accusatif, nominatif…- quand on traduit la phrase en latin, par exemple), je n’ai jamais eu trop de réponses à mes questions existentielles.

Alors qu’ici, avec le prédicat et cette analyse sujet / prédicat / CP, enfin, on va se servir de la grammaire pour apprendre à rédiger.

Ce ne sera pas très compliqué d’apprendre à des CM à découper des phrases simples en Sujet / Prédicat / Complément(s) de Phrase. Cela devrait venir assez vite. Il y a peu de pièges. Idéalement, il faudrait qu’ils fassent cela avec aisance dès le début du CM1.

Alors, dès qu’ils seront à l’aise pour faire cela, nous pourrons nous appuyer sur cette aisance pour enrichir leurs rédactions.

Dès qu’ils seront à l’aise, nous pourrons prendre l’habitude de leur faire recopier leurs phrases de rédaction dans un tableau sujet / prédicat / CP, et observer le résultat.

Que donne la colonne sujet ? Y a-t-il beaucoup de répétitions ?
=> travailler la pronominalisation, la reprise, les synonymes…

Que donne la colonne « compléments de phrase » ? Souvent, elle est vide chez les rédacteurs débutants.
=> Enrichissons nos phrases. Ajoutons des connecteurs de temps, des informations qui disent où, de quelle manière, pourquoi…

Enfin, l’acquisition de la grammaire sera non seulement au service de l’orthographe (c’était déjà le cas) mais aussi au service de la syntaxe, de l’expression.

Finalement, j’aime bien cette histoire de prédicat, moi.

Comme prévu, l’enseignement de cette nouvelle notion est passé comme une lettre à la poste auprès de mes CM2, en quelques jours. Pas de quoi fouetter un chat.

J’ajoute ci-dessous la photo d’un cahier. Il s’agit d’un exercice réalisé lors d’un atelier de grammaire, en préparation à la ceinture vert foncé.

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