CIRCONSCRIPTION DE TOUL

Vous êtes ici: Accueil  >  Pédagogie >  Français >  L’image dans l’image...

Français

L’image dans l’image...

A propos des images
Les images sont de nature multiple :
• représentation visuelle
• ressemblance
• représentation mentale
• représentation psychologique
• imagerie scientifique
• représentation virtuelle
• …

Celles dont il va être question ici, appartiennent toutes à la première catégorie, celle des représentations visuelles. C’est peut-être celle qu’on connaît le mieux, celle qui ne nous pose pas de vrais problèmes tant on en voit, tant on y est habitué. Et pourtant elles ne sont pas forcément si évidentes.

L’image, par bien des aspects, peut être comparée au langage verbal. Comme lui, elle fonctionne par signes qu’il convient de relever, d’analyser, de traiter. Lire une image, c’est donc d’abord repérer les signes (qui peuvent être plastiques, iconiques, linguistiques), leur organisation, puis les codes qui les font fonctionner en véritable langage…

L’image dans l’image

I. L’image dans l’image est redondante.

On retrouve « la copie », « l’image » de la 1ère image dans la 2ème .
Quelques exemples :
• Anonyme, Vierge à l’Enfant, vitrail du XIVème siècle
L’image, ici, présente 2 lancettes, dans celle de droite, la Vierge et l’Enfant dans un encadrement d’architecture, dans celle de gauche, à l’intérieur d’un cadre architecturé, le donateur, agenouillé, présente le dessin du vitrail offert. Cette 2ème image (l’image du vitrail offert) est la « copie » en réduction de la verrière-image 1.
Dans ces 2 lancettes, se lit un autre 2ème image : celle de l’architecture gothique qui sert d’écrin à cette verrière-image 1.
• Monet, Le bateau-atelier à Argenteuil, toile de 1876
L’image-copie ici est constituée des nombreux reflets qui reprennent scrupuleusement tous les éléments du paysage : reflet des arbres, du bateau-atelier, et de tout ce qui est à l’arrière-plan. C’est une image reflet et donc inverse de l’image 1 puisque construite par symétrie.
• Andy Warhol, Kellogg’s Corn Flackes Boxes, sculpture de 1971
Andy Warhol regarde autrement les objets du quotidien et il questionne leur rapport à l’art. Il réfléchit également sur la notion d’unicité de l’œuvre d’art.
Ici, Andy Warhol présente une accumulation de boîtes en bois sérigraphiées. Elles sont toutes identiques. Il y a donc de multiples images dans l’image, toutes identiques, mais toutes différentes, car positionnées chacune différemment et donc entretenant un rapport particulier les unes avec les autres et les unes avec l’ensemble

II. L’image dans l’image est complémentaire.

La 2ème image apporte des renseignements complémentaires à la 1ère par des évocations, des références …qui peuvent lui être associées.
Quelques exemples :
• Jan Van Eyck, les époux Arnolfini, peinture de 1434
L’image première nous présente un couple dans sa chambre, une scène intimiste représentée par le peintre.
Cette intimité du couple est renforcée par l’accumulation de divers symboles (images dans l’image) liés à la vie conjugale :
- le chien symbole de fidélité
- les mules et sabots d’intérieur laissés là symboles d’intimité
- les pommes sur le rebord de fenêtre et sur le meuble symbole de fécondité
(symboles qui donnent du souffle au sens premier de lecture)

Une 2ème image apparaît dans le miroir convexe accroché au mur, derrière les époux. Là encore, il s’agit d’un reflet mais qui, cette fois, nous offre un point de vue opposé ; on y voit les époux de dos, une porte entrouverte par laquelle passent deux personnes, l’une vêtue de bleu, l’autre de rouge. La première lecture est ainsi modifiée, il n’y a pas 3 personnes (les époux et le peintre) mais 5 personnes (des amis viennent assister à la pose ou tout simplement rendre visite).On reste toutefois sur le thème de l’intimité car de simples visiteurs ne seraient pas admis dans ce lieu, et ne seraient pas tolérés dans ce moment privé.

• Diego Vélasquez, les Ménines, peinture de 1656
Dans une salle du palais des rois d’Espagne, un peintre peint ; l’Infante est là avec toutes les personnes qui l’accompagnent sans doute d’habitude ; la porte ouverte sur l’escalier permet à un homme d’assister à la scène.
On pourrait penser que l’artiste essaie de peindre tout ce petit monde. Mais c’est une lecture qui ne tient pas pour plusieurs raisons :
-  l’Infante, ses Ménines et les autres personnages ne regardent pas le peintre
-  le peintre ne les regarde pas non plus
Que regardent-ils ? Le peintre, l’Infante, une Ménine, la naine, l’homme près de la religieuse, celui de l’escalier regardent vers le spectateur. Est-ce une manière de l’impliquer dans le tableau ? Et dans ce cas pourquoi ?
C’est la 2ème image, l’image dans l’image, qui donne la clé de lecture de cette toile. Cette 2ème image presque centrée, se trouve très légèrement décalée vers la gauche du tableau. Sur le mur du fond de la pièce, au milieu des toiles, un miroir renvoie un reflet, celui du couple royal que Vélasquez est en train de peindre. Et c’est donc ce couple royal (qui est à la place du spectateur) que tout le monde regarde.

• Publicités pour les produits La Laitière de Chambourcy
Pub 1 :
1. ébauche d’analyse plastique :
+ procédés plastiques : associer un produit à une œuvre de Vermeer, reproduire, isoler
+composition : en quasi pleine page, la toile de Vermeer recadrée afin que le centre de l’image corresponde précisément au lait qui coule de la cruche ; le produit, le slogan du produit et le logo incrustés sur la photo de la toile
+ couleurs : publicité en 3 couleurs :
-  tonalité chaude de jaune d’or et ocre dorée de la toile passée au filtre jaune
- du blanc : celui du produit, des écrits incrustés sur la photo du tableau et du logo
- du bleu : pour les éléments liés au produit et aux écrits spécifiques ; dans le tableau : le tablier de la laitière, le torchon posé sur la table et le pichet derrière la miche de pain
+ texture : une opposition entre granuleux et lisse
2. analyse iconique
Le tableau de Vermeer magnifie le travail de cette femme de condition modeste. Tout s’organise autour d’un geste simple qui nous parle de sérénité, mais aussi de concentration et de nourritures simples mais essentielles (le pain, le lait)
Choisir cette image pour vecteur publicitaire, c’est s’approprier les qualités qui y sont valorisées pour les transférer au produit : la fabrication du produit se fait sous nos yeux, dans une transparence de bon aloi, elle reprend les méthodes traditionnelles, se fait avec un bon produit de base, et augure d’un plaisir simple mais toujours apprécié …

3. analyse linguistique
Le message linguistique reprend l’idée de tradition (largement véhiculé par la toile), de qualité, de plaisir, tout en martelant le nom du produit et celui de la marque. Il associe tradition et modernité (le savoir-faire d’autrefois et le plaisir d’aujourd’hui).

Pub 2
1.ébauche d’analyse plastique :
- composition : en 4 une diagonale sur laquelle se trouve le produit, doublé posé sur une serviette sur une assiette, suivie d’une horizontale support du slogan du produit, puis une verticale comportant l’image référence (la toile de Vermeer), le logo et le slogan de la marque.
- les mêmes couleurs : fond ocré et jaune d’or, blanc, bleu
2. quelques éléments d’analyse iconique
Cette fois, c’est le produit lui-même qui prend la vedette. Le tableau de Vermeer se retrouve dans une vignette, associé au nom du produit (qui est aussi le sien), et cette association-là est répétée 3 fois dans cette pub. Le tableau est maintenant là à titre de signe, pour continuer l’ancrage par rappel du message de la pub 1.
3. quelques éléments d’analyse linguistique
Le glissement repéré au plan iconique se repère au plan linguistique également. "Meilleure qu’une laitière, une autre laitière…" cette comparaison relève d’une figure de style et non de la logique car elle met 2 registres différents sur le même plan. On ne parle plus de tradition, mais d’authenticité…

• Anonyme, Patricien romain tenant le portrait de ses ancêtres, sculpture de la fin 1er siècle avant JC
Un homme mûr, drapé dans sa toge, se présente avec les têtes sculptées de deux de ses ancêtres. Il les tient, l’une reposant sur une colonne palmier, l’autre à hauteur de la taille.
Ces deux têtes, images secondes, annoncent le statut de patricien du personnage car au temps de la République romaine, seules les familles patriciennes étaient autorisées à détenir les portraits de leurs ancêtres (en application de la loi jus imago). Ces portraits, jalousement conservés, étaient solennellement présentées lors des cérémonies.
III. L’image dans l’image est associée, seconde.

La 2ème image est une image associée à la 1ère, elle ne la complète pas ; le lien qu’elle entretient avec cette première n’est pas obligatoirement direct, encore moins explicatif.
Quelques exemples :
• Jan Van Eyck, les époux Arnolfini, peinture de 1434
Une autre image, seconde celle-là, peut être lue dans ce tableau. C’est la représentation de l’espace : un espace totalement décrit puisque les 2 points de vue sont rigoureusement opposés de sorte que la chambre et tout ce qui s’y trouve soit lisibles dans leur intégralité. Par ce procédé, Van Eyck a tenté de rompre la frontière entre réalité et représentation, poussant à son paroxysme cette quête de la Renaissance qu’est la recherche de la représentation de la réalité la plus fidèle, la plus rigoureuse possible.

• Diego Vélasquez, les Ménines, peinture de 1656
Une image seconde est présente dans ce tableau. Pour la lire il suffit de rassembler les éléments qui se concentrent dans la partie inférieure gauche du tableau (pas du tout dans le groupe qui attire le regard) :
-  le peintre (Vélasquez)
-  le modèle (le couple royal)
-  le support (la toile qui verrouille presque totalement le tableau sur la gauche)
-  la matière (la peinture sur la palette)
-  les outils (les pinceaux)
Ici, Vélasquez a réussi à peindre la peinture. Là réside sa modernité.

• Jeff Koons, New Hoover convertibles green green, red, new Hoover de luxe, shampoo polishers, new Shelton wet/dry, 1981-1987

Une vitrine de plexiglas à 3 niveaux éclairés par des néons, contenant 3 aspirateurs-balais installés verticalement à l’étage inférieur, une lustreuse posée horizontalement à l’étage intermédiaire et enfin un nettoyeur dans la partie supérieure de l’installation.
Le travail de Jeff Koons s’inscrit dans la continuité de la réflexion initiée par Marcel Duchamp avec ses Ready-Made, poursuivie par César, Andy Warhol, Nam June Paik…Il s’agit là d’une proposition à la limite de l’art et du produit, étrange espace où on rencontre des sculpteurs-mécaniciens, des designers d’art, des nouveaux réalistes, des pop artists, des adeptes du mec art et de l’art vidéo. Comme son illustre prédécesseur, il nous donne à voir de l’objet industriel, à questionner comme un objet d’art. Sous-tendue, apparaît l’image de la modernité domestique américaine (l’aspirateur matérialisant dans les années 50-60 l’idée de confort et d’hygiène, la marque Hoover étant l’archétype de cet archétype)

IV. L’image dans l’image est implicite.

Cette fois, c’est la 2ème image qu’on a sous les yeux. La 1ère est en nous, c’est une référence individuelle d’ordre culturel, émotionnel…
Quelques exemples :

• Jardin de cloître
Un lieu carré ou rectangulaire, comportant un puits central duquel partent 4 allées orthogonales qui rejoignent une allée périphérique. Tel est le schéma type de tout jardin de cloître au Moyen Age et même après. Cette organisation spatiale reprend l’image "géographique" du Paradis : du fleuve de l’Eden (le puits) s’écoulent 4 fleuves : le Phison, le Gihon, le Tigre et l’Euphrate (les 4 allées) qui reviennent au fleuve primordial (retour possible par l’allée périphérique).

• Paysage
Une étendue d’eau, bordée d’arbres et buissons, quelques nénuphars… et nous voilà aussitôt devant les Nymphéas de Monet.

• Le Fuji Yama, encre du XVIIème siècle
La montagne, éminence massive qui domine la terre d’alentour, depuis toujours impressionne. Elle provoque un sentiment de dépaysement (changement de point de vue), il est quasi-impossible d’y subsister longtemps ; elle est parfois entourée de nuées, la foudre y frappe plus souvent qu’ailleurs. Tout concourt à faire de la montagne un autre monde. C’est le lieu où la terre, se soulève, s’étire, à la rencontre du ciel. C’est le haut-lieu de l’humanité. La montagne sacrée est alors centre du monde (au sens du monde qui nous entoure, qui est à notre échelle). Chaque culture a son propre centre du monde. Au Japon, le Fuji Yama, haut, avec le graphisme épuré de ses flancs symétriques, souligné par ses neiges éternelles, est la montagne sacrée par excellente. Elle est parfois appelée Fuji Yama San, acquerrant ainsi le titre honorifique de san ou sama.
Au cours de leur formation et de leur période d’expression personnelle, nombres d’artistes (peintres, sculpteurs, graveurs, architectes…) se sont approprié des œuvres antérieures par copie, transformation…

• Picasso, Las Meninas, peinture de 1957
Qui connaît le tableau de Vélasquez (image 1, non présente mais liée à la culture du spectateur), reconnaît le sujet traité dans la toile de Picasso. Tous les personnages et éléments essentiels sont présents, la composition est similaire. Le traitement pictural est spécifique à Picasso. C’est l’image 2, celle qui est visible. Picasso est tellement fasciné par la toile du maître espagnol qu’il en fera 44 versions !
• Picasso, Portrait d’un peintre d’après Le Gréco, peinture de 1950
• Picasso, Vénus et l’Amour (d’après Lucas Cranach), peinture de 1957
• Dali, Transformation (d’après Lucas Cranach)
• Dali, Le Torero hallucinogène (appropriation de la Vénus de Milo)
• Dali, Tête raphaëlesque éclatée (appropriation des visages raphaëliens et …. du dôme du Panthéon de Rome)

V. L’image dans l’image est cachée.

Certaines images ont un contenu qui peut être lu à plusieurs niveaux. Elles utilisent un langage codé qui permet de passer du 1er niveau de lecture au 2ème. Parfois ce code ne nous est pas vraiment familier pour de multiples raisons (code ancien oublié ou partiellement oublié, code mal maîtrisé, code maîtrisé uniquement par des spécialistes, … ou peut même demeurer totalement inconnu).

• Vanités et Natures Mortes de la fin du XVème, des XVIème et XVIIème
Le traitement des figures y est extrêmement réaliste. Actuellement, ces figures sont essentiellement lues comme des motifs, des thèmes plastiques. Or à cette période, le contenu était éminemment symbolique et s’inscrivait sans conteste dans le cadre du renouveau iconographique de la peinture religieuse (en particulier avec le courant de la Contre-Réforme). Ces peintures avaient pour objectif essentiel d’inciter le spectateur à méditer sur la brièveté de la vie terrestre, sur son côté éphémère au regard de l’éternité, sur la vie et la mort, et évidemment sur la notion de bien et de mal. Pour ce faire, ces peintures étaient remplies de motifs iconiques codés ayant une signification symbolique :
-  une mouche, une goutte de sang représentaient le mal, la mort
-  une grenade, une figue, une pomme : la fécondité
-  une perdrix : la débauche
-  un cygne, ailes déployées : le Christ en Croix
-  des feuilles : le cycle de la vie suivant qu’elles sont dressées et toniques ou affaissées et fripées
-  une corbeille de fruits : le travail d’Adam
-  une flamme sur une bougie : la brièveté de la vie terrestre
-  les perles : la vie de courtisane, la luxure
Y étaient aussi souvent évoqués les 5 sens.

• Magritte, La Voix du sang, peinture de 1961
Un gros arbre, puissant, en premier plan, représenté partiellement car le cadrage ne permet de voir qu’une partie des frondaisons. Il se détache, massif, très sombre, sur un fond paysagé bleu foncé. Le rendu plus que méticuleux de l’arbre (feuillage, fissures de l’écorce…) rapproche ce tableau d’une la tradition flamande et aussi d’un certain point de vue du mouvement réaliste. Mais il s’agit d’une œuvre de Magritte, et le surréalisme y est bien présent avec ses éléments désarmants, quelques-uns uns accessibles, la plupart lisibles mais peu voire pas compréhensibles, telles ici, ces 3 portes sur le tronc de l’arbre. Celle du bas, donne à voir, au sein de l’arbre même, une maison d’un monde lilliputien, les fenêtres laissant apparaître le miel d’une chaude clarté, évoquant un intérieur totalement inaccessible et sans relation possible avec un extérieur immense et froid. La deuxième porte, expose une sphère, évocation d’un monde géométrique, totalement inhabitable, mais tout aussi essentiel pour Magritte que le monde précédent, invite muette à l’imaginaire. La troisième porte, elle, reste fermée sur ce que Magritte y cache, et qui reste un mystère.

• Les statues de l’île de Pâques
Rapa Nui est le lieu habité le plus isolé du monde. Une poussière au milieu du Pacifique où débarquèrent des Polynésiens entre 450 et 690. C’est à ce moment qu’une population s’y est fixée. Les statues de tuf volcanique sont disséminées tout autour de l’île. Les moai se présentaient en rangées, hautes de 2 à 10m, dressées sur des plates-formes, avant d’être renversées par les hommes. Elles représentent toujours un homme en buste, les bras le long du corps, les avant bras repliés, les doigts se croisant sous le nombril. Elles sont caractéristiques par leur forme et leur style, pourtant aucune n’est identique à sa voisine. L’arrière de la tête est généralement plat ; la puissance expressive est localisée au visage avec le nez, la bouche et le menton saillant, les oreilles allongées se détachant de chaque côté du visage et surtout les grands yeux qui étaient incrustés de corail blanc et de scorie rouge. C’était sans aucun doute leurs yeux qui leur donnaient leur puissance spirituelle, car lorsqu’elles ont été renversées, elles l’étaient presque toutes face contre terre, les autres ont eu les yeux martelés. On ignore toujours ce que représentaient ces statues, certains pensent que ce sont des dieux, d’autres que ce sont des ancêtres.

Les documents de cet article

Dans la même rubrique