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Relations Ecole Familles

La double solitude ou Réussite scolaire en milieux populaires

La double solitude

“... la première solitude vécue par l’enfant en difficulté scolaire est celle qu’il connaît
sur le « marché scolaire » : étant donné le peu de « valeur » que ses « produits familiaux » ont sur le « marché scolaire », l’enfant se retrouve un peu seul pour affronter les exigences de ce nouvel univers ; rien ou très peu de sa socialisation familiale antérieure ne l’a préparé à faire face aux demandes scolaires.
Mais l’enfant, quelle que soit sa situation scolaire, c’est-à-dire même quand celle-là est particulièrement difficile, apprend toujours des choses à l’école ; aucun élève ne sort de l’école sans un minimum d’acquis scolaire. Or, que fait l’enfant de cet « acquis scolaire » lorsqu’il retourne dans son univers familial ? Quel sens donne-t-il à ces « produits scolaires » ? En fait, il se trouve que, pour certains enfants, les « produits scolaires » n’ont aucune « valeur » sur le « marché familial » : c’est la deuxième solitude que vivent les enfants en « échec scolaire » ; et c’est cette « solitude » que parviennent à faire tomber une partie des familles populaires. En donnant sens et valeur à ce qui se vit à l’école, les parents les plus démunis culturellement, et qui sont dans l’incapacité objective d’aider leurs enfants, peuvent néanmoins soutenir l’effort de leurs enfants qui tentent de trouver mentalement et culturellement une place à la construction des savoirs scolaires.”

Bernard LAHIRE


Voir en ligne : LA RÉUSSITE SCOLAIRE EN MILIEUX POPULAIRES OU LES CONDITIONS SOCIALES D’UNE SCHIZOPHRÉNIE HEUREUSE

Lahire (Bernard), « La réussite scolaire en milieux populaires ou les conditions sociales d’une schizophrénie heureuse », VEI-Enjeux, Les familles et l’école : une relation difficile, n° 114, septembre 1998, p. 104-109.