Qu'est ce qu'une discipline non linguistique (D.N.L.) ?

 

La DNL, ce n’est pas un cours de langue…

 

Dans la circulaire N°92-234 du 19-08-1992 qui fonde les sections européennes, le terme « Discipline Non Linguistique(DNL) » désigne tout d’abord,  l’ensemble des enseignements en dehors de ceux des langues vivantes. Par extension, il désigne dans le cadre de ces sections  l’« enseignement dans [la] langue [cible] (…) de tout ou partie du programme d'une ou de plusieurs autres disciplines ». Il s’agit donc en DNL de « transmettre des contenus spécialisés dans une langue étrangère » (Dagmar Abendroth-Timmer, professeure de didactique en langues romanes à l’université de Brême).

 

Le texte indique que « ces dernières seront choisies en fonction de la possibilité qu'elles offrent aux élèves de développer leurs capacités en terme de réflexion et d'échange d'idées, tout en se familiarisant avec la culture du pays concerné : histoire, géographie, économie par exemple, sans exclure les mathématiques ou les autres disciplines scientifiques ». Toute matière peut donc devenir une DNL, hormis les langues vivantes, les langues anciennes et le français.

 

En distinguant les langues vivantes des DNL, le texte soulignait ainsi de la nécessité de dépasser le cadre du cours de langue pour la découverte, l’apprentissage et l’utilisation  d’une langue étrangère. Certes le terme de DNL – qui n’est utilisé qu’en France – est contestable pour désigner ce type d’enseignement, puisqu’il part du postulat qu’en dehors des cours traditionnels de langue, il n’y aurait que des disciplines non linguistiques. Or chaque discipline a son propre langage disciplinaire (voir pour plus d’infos, sous dir Jean DUVERGER Le Professeur de «Discipline Non Linguistique» : Statut, fonctions, pratiques pédagogiques, page 7).

 

… mais bien un cours de votre discipline en langue étrangère

 

Cette réflexion de l’enseignement d’une discipline dans une langue étrangère s’est développé dans toute l’Europe, particulièrement depuis les années 90, à travers le concept de CLIL (Content and language integrated learning) ou EMILE en français (Enseignement d'une Matière Intégré à une Langue Étrangère). Outre la promotion de ce type d’enseignement, il s’agit, derrière ces termes, d’essayer de construire une analyse scientifique ainsi qu'une réflexion didactique et pédagogique sur ces situations d’apprentissage spécifiques.

 

En France, dans le cadre des sections européennes, ces DNL sont évaluées à l’oral au baccalauréat. Cet enseignement est donc tourné vers une pratique orale de la langue, et non écrite (même si l’écrit est bien évidement un support indispensable pour l’apprentissage). Des compétences communicationnelles sont donc attendues des élèves mais aussi de leur professeur.

 

On vise aussi à exposer les élèves à un « bain linguistique » le plus authentique qui soit. Le vocabulaire (notamment de spécialité), les formulations utilisées, l’accent doivent tendre au plus près de la culture du pays étudié. Cette authenticité implique que la DNL n’est pas une simple traduction de son cours dans la langue cible.

 

« Il convient clairement de considérer que ce professeur singulier est d'abord un professeur d'une discipline scolaire et que le fait de l'enseigner en deux langues ne doit naturellement pas le détourner de son objectif premier qui est d'aider les élèves, par son enseignement, à s'approprier les connaissances et concepts fondamentaux de cette discipline. Il doit au contraire tout mettre en œuvre pour que cette singularité de travailler en deux langues en classe soit un gain cognitif important pour l'élève et un « plus » épistémologique pour sa discipline. Le professeur de DNL sait que cette façon de travailler améliore l'apprentissage de la L2, c'est tant mieux, mais il doit, nous semble t il, être au clair avec sa discipline, ce gain linguistique ne devrait pas être pour lui l'essentiel ».

 

La dimension interculturelle est au cœur de la démarche 

 

Par ailleurs, le temps consacré à la DNL (en général 1h par semaine) rend illusoire la possibilité de traiter tout le programme français en langue étrangère. Il s’agirait plutôt d’étudier quelques points choisis en fonction de leur intérêt pour connaître la culture du partenaire (compétence interculturelle). C'est ainsi une plus-value qui sert à la fois l’apprentissage de la langue étrangère et sa propre discipline. Elles permettent ainsi de construire avec les élèves une nouvelle compétence, l’interculturalité. Comme le rappelle Jean DUVERGER : « L’enseignement des DNL en deux langues permet d’entrer de plain pied dans l’altérité, puisqu’il met en relation les contenus scolaires et les méthodologies d’enseignement d’un pays avec ceux d’un autre pays, avec tout ce que cela suppose et implique en termes de relation aux savoirs et de logiques d’apprentissage. (…) Nul doute alors que l’enseignement des DNL en deux langues dans les dispositifs bilingues peut s’avérer être un haut lieu d’apprentissage de la diversité culturelle.»

 

Les DNL ont de plus démontré leur efficacité quant à leur capacité à amener les élèves à mieux maitriser une langue et les compétences interculturelles qui sont associées à son apprentissage. « Les observations et évaluations montrent que l'enseignement en L2 permet d'améliorer considérablement le rendement de l'apprentissage de cette L2 chez les élèves, dans la mesure où il permet d'utiliser ici et maintenant cette langue de manière naturelle, dans le quotidien scolaire au travers des programmes d'enseignement ».