La haine envers mon père (atelier d’écriture autour de “Délit de fuite” – 4)

Mon père me dégoûte. A cet instant précis, je le hais de toutes mes forces. Lui qui, depuis toutes ces années a été mon modèle, l’homme sur qui je prenais exemple, n’est en réalité qu’un lâche, qui, visiblement, ne se soucie pas de l’importance des faits. Il n’assume pas ses actes et s’enfuit avec lâcheté. Je ne le comprends pas, je ne l’ai jamais vu comme cela. Je n’ai même plus envie de lui adresser la parole, rien que d’entendre le son de sa voix me donne envie de fuir. Le fait qu’il se soit comporté comme cela à l’hôpital m’exaspère, et j’aimerai ne plus voir cet homme, qui dans mes yeux se reflète comme un monstre. Si seulement je pouvais retourner dans le passé pour lui dire de ralentir. Je m’en souviens comme si c’était hier…

Mon père arrive dans l’hôpital, je lui demande de me suivre, il marche lentement, très lentement. Il ne veut pas montrer ses émotions mais je vois très bien que dans sa tête, c’est la panique totale. Mains moites, ne sachant où poser son regard, il avance. Nous arrivons devant la chambre, la porte est entr’ouverte. Je rentre le premier. Mon père traîne mais finit par entrer. Il regarde brièvement la mère, allongée sur son lit, les yeux mis clos, les bras posés sur son ventre. A côté d’elle se trouve une petite table de nuit où sont posés toutes sortes de médicaments. Mon père n’osait pas la fixer, je sens un sentiment de peur, il veut à tout prix quitter cette chambre. J’espère au moins que cette femme va aller mieux et  va retrouver la mémoire. Et si elle devait être assistée en permanence, qu’est ce que ferait son fils ? Pourvu qu’elle ne doive pas subir les conséquences de cet accident. Au fond, c’est peut être moi le responsable, peut être que j’aurais dû  dire à mon père de freiner à l’entrée du village. Peut être que j’aurais pu faire changer les choses. Tellement de questions auxquelles je n’ai de réponses. Plus j’y pense, et plus je me dis que j’y suis pour quelque chose, que cette femme à l’hôpital et son fils qui pleure à son chevet sont là par ma faute. Mais c’est trop tard. J’aurais pu dénoncer mon père, mais au fond il reste l’homme pour qui je ferais tout. Enfin je crois. Dois-je lui pardonner sous ce prétexte ? Ou au contraire, est ce que je peux rendre justice à cette femme en allant porter plainte ? Je ne sais pas. Je suis brouillée. La haine et la culpabilité me rongent. Pourquoi mon père ne s’est pas dénoncé ? Pourquoi a t-il pris la fuite ? Toutes ces questions se bousculent dans ma tête. Je pense qu’il a pris la fuite car il avait peur des sanctions, mais ce n’est pas une raison : il faut assumer ses actes. Il avait peut être peur, oui. Mais c’est sûrement pire, maintenant qu’il s’est enfui. Mon père ne peut plus se dénoncer à présent. Parce qu’elle est peut être morte. Mon père est peut être un meurtrier. Il aura sûrement des problèmes avec la justice, il sera condamné à une lourde peine, il sera peut être poursuivi pour homicide involontaire, si la mère de Loïc décède. Enfin, il faudrait que Loïc porte plainte et que cette femme retrouve la mémoire. Même si je ne reconnais pas mon père en cet homme, je sais qu’il est là et qu’au fond, il regrette.

Ambre D, Hélène B, Sophie C

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