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Charm el-Cheikh : l’angoisse du retour



    Charm el-Cheikh : l’angoisse du retour

Incontestablement , cette photo provoque un certain nombre de réflexions : Pourquoi une telle image pour un événement aussi dramatique ? Qu’est-ce qui a pu motiver un tel choix éditorial ? Qu’est-ce qu’une photo de presse ? Toute image peut-elle devenir une photo de presse ? La photo à la une et le titre qui la coiffe, provoquent à la lecture, surprise pour le moins, réaction de désapprobation , voire de rejet dans la plupart des cas. « Angoisse » et photo de vacances sont déjà antinomiques mais c’est à l’évidence le nom de la station balnéaire « Charm el. Cheikh », chargé de la mémoire du drame qui provoque ces réactions. Pourquoi ce choix éditorial à la Une du quotidien ? Une première réponse serait le « besoin d’image » pour illustrer un article. En effet, on ne conçoit plus aujourd’hui un article de presse sans photo dans la mesure où l’on connaît parfaitement l’accroche forte d’une photo sur le lecteur. Et lorsque les images de l’événement manquent, il faut trouver des images qui suggèrent, font « travailler » l’imaginaire du lecteur. Pourquoi une image « photo de vacances » pour illustrer un tel drame ? En fait le nom du lieu identifie le drame mais l’angle de l’article ne porte pas sur cet événement mais ses conséquences, ses répercussions sur les personnes autour du drame. En effet, l’article évoque les réactions des touristes qui ont assisté sur place à l’accident, ont achevé leurs séjours et doivent embarquer pour le retour ; une semaine après, ils évoquent leur angoisse pour le retour : l’image montrant un site de rêve pratiquement déserté prend tout son sens.

Construction de l’image :

L’image est très classique et respecte la règle des tiers. Les trois parties sont bien délimitées par le ponton et la ligne de séparation entre le désert et la végétation. Zoom

Tiers du bas : premier plan. Tous les détails sont perceptibles, identifiables.

Deuxième tiers : plan intermédiaire. Les formes restent identifiables ( bateaux, arbres, silhouettes de personnes, immeubles... )

Tiers du haut : arrière plan. Seul le relief est identifiable.

A noter une forte concentration d’éléments dans le tiers gauche et dans celui du bas. Grande profondeur de champ : toute la photographie est nette, tous les éléments sont lisibles même le relief de la montagne. Les éléments qui composent le plan intermédiaire sont moins visibles à cause de leur taille réduite due à l’éloignement.

Plongée (depuis le balcon d’un hôtel ? -> pas d’éléments indiquant la situation du photographe : cet angle permet de représenter un espace important notamment en utilisant la profondeur de champ.

Aux lignes horizontales s’opposent quelques éléments verticaux comme les poteaux et les mats. (remarque : ces éléments sont apportés par l’homme)

Ligne courbe : le bord de mer est une ellipse ouverte vers le large

Les éléments « naturels » : palmiers, buissons, végétation dans le tiers inférieur ; mais uniquement du minéral (sable du désert et montagne) dans le tiers supérieur.

Contraste entre désert et « constructions » humaines (bâtiments mais aussi plantations des arbres alignés, parasols, ...).

Les « constructions humaines » : parasols, paillotes, cabanons, barrières, poteaux, jetées, bateaux, mats, drapeaux de différents pays ( Italie, Russie, Danemark... ), immeubles modernes en arrière plan, quelques inscriptions.

Les bâtiments sont cachés en partie par la végétation (noyés dans la végétation).

L’homme : quelques baigneurs en maillot de bain.

Couleurs : Les couleurs sont assez vives et contrastées ; l’éclairage vient de gauche, les ombres des parasols indiquent que le moment correspond soit au matin soit en début de soirée. Les couleurs pâles ( terre, ciel, sable et roche de la montagne) correspondent au tiers supérieur de l’image. et contrastent avec la partie inférieure de l’image avec trois couleurs dominantes : le vert, l’ocre du sable et le bleu du ciel. Alternance de couleurs : sable et roche d’une part, eau et ciel d’autre part.

Sens de la photo :

L’endroit a été mis en valeur à des fins touristiques et économiques. Il s’agit non pas d’un lieu de travail mais d’une zone de loisirs, d’un lieu de villégiature : parasols, bateaux, paillotes. On s’interroge cependant sur le peu d’activité qui règne dans cet espace qui se veut idyllique. S’agit-il d’un début ou d’une fin de saison ? Les hypothèses sont multiples. L’image représente une zone de « désert aménagé » : les éléments présents ne sont pas naturels, mais construits. C’est une « oasis » : lieu de vie autour d’un point d’eau dans un milieu désertique ; les bâtiments sont à l’extérieur des « terres exploitées », au-delà de la végétation. C’est une oasis pour vacanciers, repliée sur elle-même : la seule ouverture suggérée nous entraîne vers le large. : la mer Le désert aux couleurs pâles, sans aucune signe de vie semble au contraire une barrière minérale peu engageante.

Cette photo pourrait illustrer un catalogue de vacances ou un manuel scolaire (chapitre : aménagement du littoral). Elle pourrait également être une photo personnelle, un souvenir de vacances. Zoom

J.Y. Bei, J.M. Gérard et E. Feltrin

 
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