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Le seigneur est mon DJ


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    Le seigneur est mon DJ

De nombreux éléments identifiables situent cette image dans le registre du religieux. L’édifice, une grande église, une cathédrale, reconnaissable à son architecture particulière : les piliers, les croisées d’ogive, la rosace au-dessus du portail, la chaire, les fenêtres latérales. Un public nombreux assis par terre, immobile, regardant vers la danseuse, rappelle la position des fidèles assis ou agenouillés devant l’officiant lors d’un office religieux. Les photographes et surtout les cameramen en action, devant le public, au pied de la danseuse, sont eux réellement agenouillés, le regard vers le sol, « en prière », « en adoration ».

Le personnage principal : Une femme est au premier plan (la photo), en mouvement, dans une lumière bleutée, devant le chœur sur un podium, telle une « prêtresse ». Cependant sa tenue (jupe fendue révélant de longues jambes, haut talon) et sa posture sont inhabituelles dans ce lieu. Cet élément révèle aux lecteurs le caractère profane du spectacle.

Cette danseuse est puissamment éclairée d’une lumière bleutée, irréelle, dont on ne distingue pas la provenance. Cette « irréalité » est accentuée par le flou dû au mouvement des bras, qui en fait un personnage fantomatique ou divin semblant posséder deux ailes tel un ange.

Zoom :

On pourrait rapprocher cette vision des représentations du christ en gloire.

A droite, un autre personnage semble avoir un rôle particulier et important : il est seul, devant le chœur comme la danseuse, face au public qui le regarde, éclairé par un projecteur. Debout devant un pupitre, il est un élément important de la « cérémonie » même si sa fonction n’est pas évidente : DJ, officiant religieux, fidèle lisant un texte sacré... (le texte de l’article ne fournit aucune indication à ce sujet).

Construction de l’image : Le photographe est situé dans le chœur, il domine le public mais se situe en-dessous de la danseuse surélevée par son podium. Cette contre-plongée sur la danseuse amplifie sa présence à l’image et accentue sa position dominante sur le public.

Le cadre oblique accentue le balancement de la danseuse. Dans cette image, il n’y a pas de ligne verticale ; la scène est « déséquilibrée » ; le personnage et le bâtiment semblent tanguer comme un bateau éclairé à la poupe et à la proue. L’église et le public sont « chavirés » par le spectacle visuel (et sonore).

Zoom :

La profondeur :

Les lignes de fuite, marquées par l’architecture, entraînent le regard du premier plan (la danseuse) vers l’arrière plan (la porte). Cette perspective met en évidence la majesté et la dimension du lieu où se situe la scène.

Zoom :

Premier plan et arrière plan sont puissamment éclairés, le plan intermédiaire reste dans la pénombre.

La profondeur de champ* est également très importante. Cette profondeur accentue le caractère majestueux de l’édifice et donne une importance considérable à la danseuse qui occupe, à elle seule, tout le premier plan.

La lumière :

Deux masses lumineuses semblent se répondre ; l’une à droite, nimbant la danseuse, l’autre en haut à gauche, sous la rosace. L’une et l’autre marquent respectivement le premier plan et l’arrière plan accentuant l’effet de profondeur. Elles dominent le public situé dans le plan intermédiaire plus sombre.

L’origine de ces sources lumineuses puissantes n’est pas visible sur l’image et leur confère donc un caractère surnaturel. La danseuse semble produire elle-même la lumière qui l’éclaire, comme illuminée de l’intérieur, émettant une clarté « divine ».

Zoom :

La position de ces lumières peut également suggérer une projection cinématographique : le projecteur, au fond, envoie une image « holographique » vers le chœur de l’église. Le public est situé, comme dans une salle de cinéma, entre le projecteur et l’écran. Cette lecture nous rapproche du spectacle profane et estompe le caractère sacré du lieu et du « rituel ».

*la profondeur de champ correspond à la zone de l’espace dans laquelle doit se trouver le sujet à photographier pour que l’on puisse en obtenir une image que l’œil (ou un autre système) acceptera comme nette (cf. l’article sur la profondeur de champ de Wikipedia)

Sens de cette photo :

Des propositions de lecture :

Une image « travaillée » au niveau de la lumière, de la profondeur de champ et de la composition ; une esthétique soignée qui rend cette image agréable à regarder ; le spectacle semble de qualité, les lieux sont habilement mis en scène et exploités.

Le divin et le sacré : clairement évoqués et représentés par les lieux identifiables, par la scénographie lumineuse, par la représentation « surnaturelle » de la danseuse (due à la lumière mais aussi à l’angle de prise de vue et au flou de ses bras mobiles).

Des éléments « perturbateurs » qui renvoient au spectacle profane : les spectateurs assis sur le sol, la tenue vestimentaire de la danseuse de même que sa posture, les photographes et cameramen, le cadre « déséquilibré », un officiant dans la pénombre, l’évocation cinématographique ; la techno entre dans l’église et bouscule les représentations habituelles du lieu.

E. Feltrin

 
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