Quelques repères historiques.

jeudi 25 juin 2015
par  Frédéric Vast
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La France ayant perdu la guerre de 1870-1871, notre pays est amputé de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Notre région se situe alors très près de la frontière. Saint-Mihiel se trouve à une trentaine de kilomètres de l’Empire allemand.
De même, parmi les deux grandes villes lorraines, Metz est en Allemagne et Nancy en France.Pendant 40 ans les deux camps se surveillent. Les soldats sont très nombreux. Dans chaque ville on construit des casernes.

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UNE RÉGION FORTIFIEE

Pour protéger la frontière, les Français décident de construire de nombreux forts s’appuyant sur des places fortes déjà existantes (Verdun, Toul, Epinal, Belfort).
La ligne de forts s’organise le long du relief de côtes. Dans notre département, ce sont les Hauts-de-Meuse qui dominent la plaine de la Woëvre. L’invasion est donc
attendue depuis Metz. On espère que les Allemands passeront dans les trouées laissées vides. Nos troupes de couverture (des régiments d’infanterie et d’artillerie)
attendront l’ennemi sur ces points de passage.Malheureusement ces forts doivent être modernisés en fonction des progrès de l’artillerie. Les premiers forts ont été construits en maçonnerie. Il faut les renforcer avec du béton armé, ôter les canons des plateformes à ciel ouvert et les remplacer par de l’artillerie sous tourelles. En effet, l’invention de l’obus torpille et de nouveaux explosifs comme la mélinite décuple la puissance destructrice de l’artillerie lourde.

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L’INVASION ALLEMANDE

La mobilisation terminée, les Allemands se ruent sur la France en passant à travers la Belgique et le Luxembourg. Ils veulent vaincre les Français en six semaines pour pouvoir ensuite retourner toutes leurs forces vers la Russie.
Leur avance est très rapide. Face à la machine de guerre allemande et à son artillerie lourde, l’armée française est obligée de reculer en bon ordre. Dans la chaleur et sous les bombardements, les soldats marchent jusqu’à l’épuisement.
Cette période de retraite s’achève avec la bataille de la Marne du 5 au 10 septembre 1914. Les troupes françaises, pourtant épuisées, font demi-tour et contre-attaquent sur tout le front.
Les Allemands reculent et les combats se poursuivent jusqu’à la côte. C’est la course à la mer, chaque camp essayant de déborder l’autre. Manquant de munitions et déjà très éprouvés par les pertes, les deux camps s’immobilisent face à face. On creuse les premières tranchées. En décembre 1914, le front est stabilisé. C’est le début de la guerre de position.

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LE PLAN ALLEMAND EN MEUSE

Le 4 septembre 1914 , les Allemands veulent encercler et prendre la ville de Verdun. Le plan des Allemands est le suivant : la cinquième armée doit passer par l’Argonne pendant que la sixième armée attaquera par l’est en venant de Metz. Ils espèrent ainsi se rejoindre sur les Hauts-de-Meuse. Les Français seraient alors pris dans la nasse autour de Verdun.

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SAINT-MIHIEL, CIBLE DES ALLEMANDS

Le 5 septembre, les Allemands s’emparent de la ville de Pont -à-Mousson. Le général Sarrail ordonne à ses troupes de la troisième armée de se replier de l’Argonne et des Hauts-de-Meuse car les Allemands attaquent puissamment.
Le 6 septembre, les Français n’ont plus qu’une seule division pour défendre les Hauts -de-Meuse (moins de 10 000 hommes).
Le 7 septembre, deux divisions allemandes se regroupent vers Saint-Mihiel pour prendre la ville.
Le 8 septembre, les Allemands installent des gros canons sur les Hauts -de-Meuse puis ils bombardent le fort de Troyon. La troisième armée française risque alors d’être prise à revers. Pour se protéger, les Français font sauter les ponts entre Verdun et
Saint-Mihiel. Le fort de Troyon doit tenir sous les bombardements pour ne pas perdre Verdun.
Le 9 septembre, un officier allemand demande aux hommes du capitaine Heym commandant le fort de se rendre mais celui-ci refuse et le fort résiste cinq jours sous les obus. Les Allemands ne parviennent pas à refermer le piège.
Du 10 au 19 septembre, les Allemands perdent la bataille de la Marne et ils ne peuvent plus attaquer Saint-Mihiel. Le Général Joffre retire alors des soldats français et il ne reste plus que la 75° division de Réserve pour défendre la ville.

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LA PRISE DE SAINT-MIHIEL

Le 20 septembre, les Allemands attaquent à nouveau vers Hattonchâtel et les villages autour de Vigneulles. Les troupes du Général Von Stranz se composent du troisième Corps d’armée bavarois (presque 40 000 hommes). Les Français sont très surpris et doivent reculer vers le village de Creüe sous un bombardement épouvantable.
Le 21 septembre, au lever du soleil, les Allemands ouvrent une grosse brèche dans les troupes françaises.
Le 22 septembre, la situation s’aggrave car les Allemands avancent de plus en plus vers Saint -Mihiel et vers Apremont.
Le 23 septembre, les Allemands installent des canons à deux kilomètres de Saint-Mihiel.
Le 24 septembre, dans l’après-midi, les Allemands arrivent dans Saint-Mihiel et ils traversent la Meuse sur une passerelle oubliée par les Français. Ils s’installent également à Chauvoncourt.
Le 25 septembre à l’aube, les Allemands attaquent le fort du Camp des Romains. Malheureusement, il est construit en maçonnerie, sans béton. Les gros obus ont fait des dégâts terribles, rendant la position intenable pour nos soldats. Submergés par le nombre et les bombardements, les défenseurs se rendent après avoir tenté de résister avec courage.

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LES TENTATIVES DE RÉDUCTION DU SAILLANT

La formation du Saillant est un véritable problème pour le commandement français. En prenant Saint-Mihiel les Allemands empêchent les Français d’utiliser une des voies ferrées indispensables pour ravitailler Verdun. Pendant toute la guerre, et principalement durant l’année 1915, les batailles vont être nombreuses pour posséder ou chasser l’ennemi d’un point haut (Les Eparges avec la terrible guerre des mines), éloigner l’adversaire d’une route, d’un chemin de ravitaillement ou tenter de dégager la hernie de Saint-Mihiel (bois d’Ailly, forêt d’Apremont, bois Brûlé , tranchée de Calonne, bois de Mortmare, bois le Prêtre…)
En fait, ces combats seront très coûteux en vies humaines pour des gains très faibles.
Saint-Mihiel est donc occupée pour quatre ans et la population reste otage des Allemands à quelques centaines de mètres des combats et sous les bombardements qui ont détruit de nombreuses maisons de la ville. Toutes les nuits, il faut coucher
dans les caves. Les gens vivent dans un climat d’insécurité permanent. En effet, même si les Allemands ne font pas preuve de barbarie envers la population, la vie est très difficile. Le vainqueur dirige tout et il faut lui obéir sans résister. Les privations,
les corvées, les réquisitions… affaiblissent les habitants qui restent également sans nouvelle de l’extérieur. Il faudra attendre la grande offensive franco -américaine des 12 et 13 septembre 1918 pour voir les Allemands quitter la ville et reculer en se rendant en masse face à l’avancée des Alliés.