Le fort de Troyon, par l’école de Lacroix-sur-Meuse.

jeudi 18 juin 2015
par  Frédéric Vast
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S’ensevelir sous les ruines du fort plutôt que de se rendre : c’était la devise des braves soldats du fort de Troyon, commandés par le capitaine Heym, pendant la bataille des six jours, en 1914. Depuis la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine en 1871 au profit des Prussiens, les frontières de l’Est étaient très vulnérables. Comment résister en cas d’invasion ? C’est justement pour renforcer cette frontière que plusieurs forts vont être construits entre Toul et Verdun, c’est le système de défense « Séré de Rivières ». Troyon fait partie de ces forts. Ce
fort n’avait bénéficié d’aucune modernisation avant les combats, ce qui ne l’empêcha pas de tenir son rôle avec bravoure et honneur.

LES SOLDATS ET EFFECTIFS

Au début de la guerre, il y avait environ 450 soldats français dans le fort. Ils étaient dirigés par le Capitaine Heym. Des troupes de quatre régiments gardaient le fort de Troyon : 250 fantassins (soldats à pied), 150 artilleurs (soldats qui tiraient au canon), quelques éléments du 8 ème Génie (ingénieurs de combat) et un détachement de 20 forestiers. Au cours de la bataille des 6 jours (du 8 au 14 septembre), il n’y aura eu que 4 morts et 41 blessés parmi les soldats français malgré les centaines d’obus tirés par les Allemands.

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Les soldats du fort de Troyon après les bombardements de septembre 1914.

RAYMOND SERE DE RIVIERES

Raymond Séré de Rivières est né le 20 mai 1815 à Albi dans le Tarn. Il est le concepteur du fort de Troyon. Après 1840, il a participé à la conquête de l’Algérie. Après 1860, on lui demande d’organiser la défense de plusieurs grandes villes
comme Nice, Metz et Lyon. Après la défaite de 1871, il est chargé d’organiser la défense des frontières de la France. Il va être à l’origine d’un système de fortifications composé de 166 forts dont ceux Troyon, de Génicourt, des Paroches, du camp des Romains, distants d’environ 6 kilomètres. Ce système de défense porte son nom : le système Séré de Rivières. Il est mort en 1895. Un
monument pour se souvenir de lui a été installé au fort de Troyon.

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Le général Séré de Rivières

CAPITAINE HEYM

Le capitaine Heym est l’héroïque défenseur du fort de Troyon, surtout pendant la bataille des 6 jours. Il prend le commandement du fort le 8 septembre 1914 après avoir fait enfermer le capitaine Neuhoff alors gouverneur du fort, qui voulait se rendre à l’ennemi.
Le capitaine Heym a été l’élément majeur de résistance du fort. Quand les plateformes d’artillerie sont visées par les Allemands, il fait déplacer les canons. Quand les locaux de garnison sont pris pour cible par les Allemands, il fait mettre les soldats à l’abri dans des cavernes sous roc.
Lorsqu’il est est blessé par un obus le 10 septembre lui provoquant de graves blessures, il continue à diriger la défense du fort sur un brancard. Il sera décoré de la Légion d’Honneur pour sa bravoure. Il est porté disparu le 27 mars 1915 à Marchéville.

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Le capitaine Heym, commandant des défenseurs de Troyon.

L’ARMEMENT DU FORT

Pour défendre le fort de Troyon, les soldats utilisaient beaucoup de pièces d’artillerie (des canons) :
4 canons de 120 mm (placés au-dessus du poste de garde et de télégraphie), 12 canons de 90 mm (placés sur les plates -formes de tir), 6 canons révolvers de 40 mm et 6 canons de 12 culasse pour protéger les fossés. Il faut ajouter 2 mortiers -bouches de 15 cm (style Louis-Philippe) et 4 mitrailleuses pour protéger aussi les fossés du fort. Ce qui faisait au total 34 pièces d’artillerie.

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Canon de 12 culasse au fort d’Uxegney (Photo Thomas Bresson sur Wikimédia).
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Canon de 120.
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Canon revolver.
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Canon de 90.


LES COMBATS DE SEPTEMBRE 1914

Le premier jour : Le premier obus tombe sur le fort, le 8 septembre 1914, à
8 H 20. Très vite, le tir est réglé et les obus pleuvent avec précision. Les
soldats sont très surpris par les sifflements et les explosions des obus. Ils le
sont encore plus avec les premiers blessés et les premiers tués. Les canons
français ne peuvent pas riposter et les soldats doivent aller se cacher dans les poudrières. Il est 9 H 15. Après avoir reçu 180 obus de 150 mm, il y a 1 mort, 12 blessés et 7 canons de 120 sont détruits. Le gouverneur de Verdun demande aux soldats du fort de tenir 48 heures.

Le deuxième jour  : Ce sont des obus plus lourds qui tombent : des obus de 280 et de 305 mm. Les soldats français ripostent en soirée avec tout ce qui fonctionne : canons, mortiers, fusils et les forts de Génicourt et des Paroches ouvrent le feu à leur tour. Les pertes pour ce second jour sont de 10 blessés et seulement 6 canons de 90 mm peuvent tirer, le reste ne fonctionne plus.

Le troisième jour : Le capitaine Heym est blessé par un obus après être sorti pour encourager ses hommes. Les Allemands continuent d’envoyer des obus pendant plusieurs heures sur le fort faisant 2 blessés et 1 tué. Les dégâts dans le fort sont très importants.

Le quatrième jour : Les Allemands tirent de nouveau (de 5 heures à 11 heures et de 13 heures jusqu’au soir). Il y a encore eu beaucoup de dégâts dans le fort et 11 blessés.

Le cinquième jour : Le réseau de fil de fer est coupé et de nombreux endroits du fort sont détruits. Les Français ont ouvert le feu toute la nuit. Il n’y a plus qu’un seul canon allemand qui tire, les autres ont été détruits.

Le sixième jour : Le fort est à moitié détruit, il y a des objets partout, tout est brisé, cassé, réduit en miettes ou éventré. À 7 heures, une patrouille française arrive au fort pour prévenir les soldats que les Allemands sont partis. Les 400 soldats du fort ont résisté face à des milliers de soldats allemands et un drapeau français est immédiatement hissé sur le fort en signe de victoire.

Au terme de ce combat, ce sont au total 4 morts et environ 40 blessés du côté français et plus de 620 soldats allemands morts ou blessés.


EQUIPEMENT DU FORT EN 1914

Capacité des casernements en maçonnerie : 715 places couchées.
Capacité du magasin à poudre : 130 tonnes de poudre noire.
Capacité du magasin aux cartouches : 704 000 cartouches.
Cuisine : 1 à 3 cuisinières de marque François Vaillant.
Boulangerie : 2 fours de 300 rations chacun.
Puits et citernes : 1 citerne de 550 m3.
Communication liaison optique : entre le fort de Dugny et le fort de Troyon.
Communication télégraphe électrique : entre le central de la citadelle de Verdun et le fort de Troyon grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907.
Éclairage en 1914 : Lampes à pétrole pour l’intérieur du fort et oxyacétyléniques pour les fossés.

Le magasin à poudre est la pièce la plus importante du fort : c’est là que l’on stockait la poudre noire qui était l’explosif principal pour l’artillerie à cette époque. Ce magasin en pierre de taille a été détruit par deux obus de 305, ensevelissant 18 soldats.

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Cette cuisinière en fonte équipait certains forts de la période 1887 – 1914. elle était utilisée plutôt pour les petites cuisines. Son plateau en fonte est percé de 3 alvéoles où des marmites s’enchâssaient profondément pour une cuisson plus économique. Ces lourdes marmites nécessitaient un palan (= appareil destiné à soulever et à déplacer des charges lourdes à partir d’un système de poulies) pour être manipulées.

LA LUMIERE DANS LES FORTS

· Les cages à applique sont des lampes à pétrole qui sont utilisées pour les
façades des casernements, les galeries ou les casemates d’artillerie.
· Les lampes à pétrole suspendues qui s’accrochent au plafond sont utilisées
pour les locaux à vivre.
· Les lampes de magasin à poudre sont des lampes à colza qui sont utilisées
pour éclairer les magasins à munitions. Elles sont placées derrière un verre de
2 cm d’épaisseur qui empêche le contact de la flamme avec les munitions. Le
projecteur oxyacétylénique est puissant. Il permet d’éclairer les fossés.

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LES RATIONS ALIMENTAIRES

Il existe 3 types de rations :
- la ration normale distribuée en cantonnement,
- la ration forte distribuée dans les périodes de combats,
- la ration de réserve que le soldat possède en permanence sur lui.
La ration normale et la ration forte sont constituées de vivres frais qui sont prévus pour une journée. Elles sont transportées dans la gamelle et la musette :
- pain frais (750 g),
- viande fraîche salée ou fumée (400 g normale, 450 g forte),
- lard (50 g),
- légumes secs et riz (60 g normale, 100 g forte),
- café (24 g normale, 36 g forte),
- sucre (32 g normale, 48 g forte),
- sel (24 g),
- vin (1/2 l).
La ration de réserve est constituée de conserves et de produits non périssables que le soldat ne peut consommer que sur ordre, si le ravitaillement n’a pu avoir lieu. Elle est placée dans le havresac :
- 10 galettes de pain de guerre dans un sachet (500 g),
- conserve de viande (300 g),
- sucre (80 g) et café (36 g) en sachet double,
- fruits secs (160 g) en sachet double,
- potage déshydraté (50 g),
- chocolat en boite (15 g) (aliment considéré comme très calorique et revigorant),
- eau de vie ou rhum (1/16 l).

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EN VISITE DANS LE FORT

L’association "Ceux de Troyon" propose des visites guidées de cet ouvrage en toute sécurité.
Attention : Le fort est un terrain privé. il est strictement interdit d’essayer d’y entrer sans la présence d’un guide sous peine de poursuites.

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1. Entrée du fort :Le chemin d’accès est protégé par le bastion avancé du ravelin.
2. le ravelin : Partie avancée du fort qui en dé-fendait l’entrée avec 6 canons.
3. le casernement : Il comprend les chambres des soldats et des officiers, la
boulangerie, l’écurie, les différents ateliers, la pompe, les cuisines et les bureaux.
4. plateforme d’artillerie avec traverse abri : Cette pièce servait à préparer les gargousses (les sacs) de poudre noire pour le tir.

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Cliquez sur le logo de l’association pour poursuivre la visite.

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Illustrations : Wikimédia Commons, Collections "Ceux de Troyon", Canopé Amiens, A. Jacquemot, F. vast.

LE FORT DE TROYON
Ouvert de mars à novembre, les samedis,
dimanches et jours fériéss de 14h à 18h
Association « Ceux de Troyon »
BP 32 55530 SAINT MIHIEL
Tél. : 07 89 84 64 08 ou 06 75 23 11 09
Mél : fort.ceuxdetroyon55@orange.fr
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