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Publié : 15 avril 2014

Accueil d’un ou deux enfants allophones isolés dans une école maternelle

Par Catherine Colnot, anciennement formatrice au CASNAV-CAREP de Nancy-Metz

Modalités d’accueil 

L’organisation d’un apprentissage de la langue française au sein d’un petit groupe homogène constitué d’enfants allophones n’est alors pas possible.

Cependant, si dans les pratiques de classe sont organisés des ateliers langage avec tous les enfants, l’enfant allophone s’y intègrera tout naturellement. On peut supposer qu’entouré exclusivement d’enfants francophones, il fera des progrès rapides dans l’apprentissage de la langue, en situation d’immersion et au sein de petits groupes de langage...

Les linguistes estiment qu’il faut en moyenne six mois à un enfant pour apprendre la langue de communication...

L’enseignant peut aussi accorder une attention particulière à cet enfant lors de moments plus « informels » : l’accueil, le goûter, les rituels de vie scolaire (habillage, déshabillage...). Jeux de rôle dans les coins jeux, imagiers, albums de littérature de jeunesse, exploitation d’outils bilingues en lien avec la famille, petits jeux mobilisant vocabulaire et emploi de structures syntaxiques (memory, loto, « jeux pour parler », jeux de kim... ) à proposer avec quelques autres enfants volontaires, photos de l’enfant en activité, reprise de certaines activités dans une relation plus individualisée permettant le travail en compréhension (notamment à partir des consignes ) peuvent alors être proposés.

Un ou plusieurs enfants de la classe volontaires peuvent aussi accompagner l’enfant allophone en lui servant de « tuteur » : dès l’âge de 4 ou 5 ans, la plupart des enfants sont capables de jouer ce rôle d’accompagnateur, médiateur, répétiteur... qui les valorisent. L’enseignant peut leur demander de nommer les objets, situations et activités, de répéter certaines consignes, tout en aidant l’enfant allophone dans les tâches quotidiennes de la vie scolaire (par exemple aller chercher du matériel, s’habiller, aller à la bibliothèque, jouer, montrer et expliquer les règles d’un jeu simple, aider à faire un puzzle... et si nécessaire aider à réaliser un exercice...).

L’enseignant peut aussi organiser un atelier sonore (avec baladeurs individuels) où l’enfant pourra écouter ou réécouter des comptines et chants appris en classe, des histoires bilingues ou en langue française ainsi que tout autre support oral enregistré lié au vécu de la classe

La famille de l’enfant allophone peut être sollicitée pour apporter à l’école des objets ou supports propres à sa langue et culture d’origine : photos ou vidéos du pays, vêtements, plat traditionnel, objets caractéristiques, chants, histoires, légendes et traditions... Ils deviendront ainsi un support d’apprentissage pour tous les enfants de la classe dans une perspective d’ouverture à la diversité culturelle.

Enfin, si la classe ou l’école sont équipés en matériel informatique, un travail individuel peut être proposé autour de logiciels et jeux informatiques...

Comment faire avec les petits, tout-petits

S’ils sont scolarisés dès la petite section, les enfants allophones ont du temps devant eux afin d’apprendre la langue française. Il s’agit donc d’envisager l’apprentissage de la langue sur toute la durée du cycle 1.

La priorité, tout comme pour tous les autres enfants du même âge, est avant tout l’adaptation au milieu scolaire. L’enfant allophone entre dans une institution dont il ne connaît ni les règles, ni l’organisation, ni le fonctionnement ; dans la plupart des cas, c’est la première fois qu’il sort de son milieu familial. Il faut lui laisser le temps et accompagner le processus de séparation d’avec la famille. Il doit s’adapter aussi à un nouveau contexte de communication : ses partenaires de communication sont des « étrangers » (adultes et pairs) qui non seulement ne le comprennent pas mais parlent une langue complètement inconnue pour lui.

C’est en vivant les situations de communication et les activités de la classe que va se construire progressivement cette adaptation dont l’apprentissage de la langue française n’est qu’un aspect.

Pour toutes ces raisons, mais également à cause de leur très jeune âge, les petits sont souvent en situation de réception plus que de production. En clair, ce n’est pas parce qu’ils ne verbalisent pas qu’ils ne sont pas entrés dans un processus d’apprentissage de la langue française. La verbalisation intervient souvent au terme d’une première année de fréquentation de l’école maternelle ou lorsque l’enfant s’y sent à l’aise.

Organiser une prise en charge spécifique en petit groupe de langage ne s’avère donc pas forcément adapté à l’âge et au processus de maturation psychologique de ces petits.

En revanche, à l’accueil ou en atelier ponctuel, des activités langagières peuvent être proposées une fois que l’enfant semble à l’aise, en s’inspirant de situations proposées dans l’accueil d’un enfant non francophone isolé en classe ordinaire.

Avec les petits, c’est surtout autour des jeux et coins jeux, de la motricité et du vécu exploité grâce à des photos (photo-langage et albums échos individuels) que peut se déclencher la verbalisation.

 

Photolangage
Exemple d’activités en photolangage
Les albums échos
Situation favorisant l’expression






Et si un enfant allophone arrive en cours d’année scolaire en grande section quelques mois avant l’entrée au cours préparatoire ?

Il y a alors une certaine urgence dans l’appropriation de la langue française. La priorité doit être donnée à la langue orale en mettant en place un ou plusieurs des dispositifs décrits précédemment.

Dans la mesure du possible, l’enfant sera scolarisé dans sa classe d’âge au cours préparatoire, même s’il ne maîtrise pas encore l’oral de communication. Dans ce cas, il est indispensable de travailler avec l’enseignant de l’élémentaire dans le cadre d’une liaison grande section de maternelle/cours préparatoire. L’enfant sera signalé à l’enseignant de CP comme ne maîtrisant pas encore la langue orale et de communication : ce sera à lui de mettre en place dans sa classe des situations et activités permettant de les travailler. Si un échange de service est possible, l’enfant allophone pourra participer à des ateliers langage ou coup de pouce à la maternelle, si ceux ci ne sont pas mis en place au niveau du CP.