Vous êtes ici : Accueil > Elève allophone (EANA) > La scolarisation en maternelle > Organisation pédagogique d’ateliers de structuration de la langue orale pour (...)
Publié : 14 avril 2014

Organisation pédagogique d’ateliers de structuration de la langue orale pour enfants allophones

Par Catherine Colnot, anciennement formatrice au CASNAV-CAREP de Nancy-Metz

C’est au gré des interactions langagières entre enfants et avec les adultes que les allophones se constituent peu à peu un réservoir langagier, pas seulement lexical mais aussi constitué de morceaux d’histoires, de bouts de poèmes et comptines, de formules entendues ici ou là, de mots d’enfants, de slogans publicitaires, de mots familiers, de vocabulaire technique et d’usage... Ce bain de langage permet d’emmagasiner des acquis langagiers mais en désordre. Le but des apprentissages sur la langue est de les ranger. Pour cela, il convient d’y aider les enfants allophones en leur accordant une attention particulière, individuellement mais aussi en faisant fonctionner des petits groupes d’activités langagières dans la classe.

Des ateliers langage pour un petit groupe d’enfants allophones accueillis dans une école

Un dispositif spécifique de prise en charge en petit groupe peut être conçu, élaboré et organisé au sein d’un projet d’école. Il concerne exclusivement des enfants de 4 à 6 ans, scolarisés en moyenne et grande section qui peuvent être regroupés dans le cadre d’un décloisonnement d’école. Pour les petits de 3 ans non francophones, la première année de scolarisation est essentiellement une année de découverte et d’adaptation au rythme et usages de l’école dont l’apprentissage de la langue française constitue un aspect fondamental sans nécessiter pour autant une prise en charge systématisée en petit groupe.

Le travail est à mener avec un petit groupe de 5 à 6 enfants non francophones ou parlant peu la langue française dans la famille, qui possèdent des besoins langagiers et linguistiques spécifiques.

Analyse des difficultés langagières (format.doc)
Analyse des difficultés langagières (format pdf)

Il nécessite de procéder à une évaluation diagnostique des difficultés langagières que rencontrent ces enfants non ou peu francophones.

La durée est à fixer en équipe éducative, en fonction des besoins des enfants : une vingtaine d’heures (une vingtaine de séances hebdomadaires d’une heure environ, en variant les activités langagières et les supports ou une quarantaine de séances d’une demi-heure) réparties sur l’année scolaire semble constituer une bonne base. Pendant que les enfants non francophones sont pris en charge de manière spécifique, les autres enfants de la classe ou des classes concernées peuvent être répartis dans des groupes de langage et jeux, animés dans le cadre d’un décloisonnement d’école par des enseignantes, une rééducatrice du RASED, des mamans volontaires ou une personne non enseignante intervenant au sein de l’école, s’il y en a.

Objectifs :

  • Favoriser la prise de parole au sein d’un petit groupe.
  • Encourager et reprendre les essais de verbalisation individuelle.
  • Corriger les erreurs langagières et linguistiques de manière individualisée.
  • Travailler l’écoute et la compréhension orale.
  • Ancrer l’expression orale dans des situations communicatives, culturelles et ludiques.
  • Travailler les actes de parole et les grandes fonctions du langage.
  • Conquérir des compétences linguistiques : syntaxiques, lexicales et phonologiques.

Intérêt du dispositif :

  • Conduire un atelier accompagné avec des enfants non francophones, c’est reconnaître que le bain de langage et les activités langagières autour des situations habituelles de la classe ne suffisent pas forcément pour leur permettre de s’exercer à prendre la parole dans leur nouvelle langue en construction
  • Le petit groupe favorise la communication et la circulation de la parole.
  • Chaque enfant bénéficie d’un temps de parole important où il peut essayer de s’exprimer oralement, temps dont il ne bénéficie pas forcément dans le groupe classe entier, au sein des activités habituelles de la classe.
  • L’accompagnement et le soutien sont individualisés : les difficultés et erreurs sont mieux identifiées par l’enseignant et peuvent être retravaillées de manière spécifique, les conditions de calme sont réunies pour une écoute attentive de chacun.
  • Les interactions langagières s’effectuent entre enfants non francophones ou peu francophones , ce qui leur garantit des moments privilégiés où ils s’essaient à la langue française sans être « gênés » ou complexés dans leurs essais de prise de parole et de verbalisation par les enfants qui sont plus à l’aise.
  • Il est possible d’aborder des apprentissages langagiers et linguistiques spécifiques dont les autres enfants de la classe n’ont pas besoin : par exemple, la constitution d’un lexique simple autour d’un thème ou d’un vocabulaire de base ou l’emploi de structures syntaxiques particulières, adaptées à une situation de communication, la conquête d’éléments spécifiques de la syntaxe... (exemples : la conquête des pronoms sujets, la diversification des déterminants, l’emploi des différents temps, la production d’un énoncé simple et sa complexification...)
  • Les supports, situations et activités favorisant les apprentissages langagiers, linguistiques et culturels sont divers et variés. On recherchera prioritairement des situations motivantes, déclencheuses de parole en situation de communication authentique où la langue orale sera au service de l’échange et transmission de messages : il s’agit avant tout de comprendre et se faire comprendre.

Les dispositifs

Le soutien ou coup de pouce : 

Soutien ou coup de pouce

de nombreux supports, activités et situations sont proposés, dont l’utilisation d’une méthode de français langue étrangère pour les enfants de 4 à 6 ans.

 

 


Le projet individualisé : 

 

Un exemple de projet individualisé en moyenne section de maternelle

 

 





► Les outils bilingues : albums de littérature jeunesse, jeux de société, imagiers, comptines ....

Ils permettent aux enfants non francophones de se rassurer et de jeter des ponts entre leur langue d’origine et la langue française. Dans un premier temps, on peut même encourager, dans la mesure du possible, les enfants à construire du sens sur ce qu’ils comprennent d’une situation ou d’une histoire, par exemple, dans leur langue d’origine, avec l’aide d’un adulte bilingue s’il est possible d’en solliciter un. Ils seront plus à même de passer ensuite à la langue française, en situation de réception (écoute) et de production (expression orale). Ces outils sont à utiliser exclusivement en lien avec les familles.

Consulter les outils bilingues en ligne sur le site du CASNAV de Strasbourg

Utilisation albums bilingues

Lire l’article de Anne Kuhnel sur l’utilisation des outils bilingues en maternelle





Le travail avec les familles

- Les familles peuvent être associées au dispositif : par exemple, en lisant une histoire en langue d’origine, qui sera reprise et lue en français à l’école, elles aident leurs enfants à opérer le passage d’une langue à l’autre, tout en les « autorisant » symboliquement à entrer dans une nouvelle langue sans trahir ni renier leur langue d’origine.

- C’est dans ce sens qu’un travail peut être proposé en partenariat avec les familles, à partir d’outils bilingues. Il faut alors veiller à créer les conditions d’un dialogue qui expose clairement ses objectifs. Si on parle ici de familles et pas exclusivement de parents, c’est qu’on reconnaît le rôle éducatif qui peut être attribué dans certaines familles étrangères aux grands frères et sœurs, oncles, cousins... et qu’on accepte l’idée que ces personnes peuvent jouer ce rôle de médiateur langagier auprès des enfants.

- Pour dialoguer avec les familles, il convient de s’appuyer, si besoin, sur des personnes locutrices bilingues (langue d’origine/français) : des parents ou d’autres personnes de la famille ou entourage qui parlent et comprennent aisément les deux langues, mais aussi des enseignants de langue et culture d’origine s’il en existe dans le secteur scolaire ou des interprètes provenant d’associations ou de structures de quartier. Si vous ne parvenez pas à identifier dans l’entourage proche de l’école des personnes qui pourront jouer ce rôle, contactez le CASNAV qui pourra vous aider à rechercher des interprètes bénévoles ou professionnels pour certaines langues.

- Solliciter des adultes bilingues (parents ou entourage familial) pour intervenir ponctuellement au sein des ateliers pour enfants non francophones est également envisageable : ils peuvent lire un livre dans leur langue d’origine, raconter des histoires, parler de leur pays, leur mode de vie...

- Si un travail est engagé dans ce sens, il faut faire attention de s’assurer que chaque communauté linguistique et culturelle en rapport avec l’origine des enfants présents dans le groupe pourra intervenir, afin de respecter la diversité culturelle et linguistique.

Exemple de dialogue à engager avec les familles des enfants :

« À l’école maternelle, notre travail est d’apprendre à votre enfant à parler français, à le préparer à lire, écrire, compter, découvrir le monde qui l’entoure... Si vous lui parlez dans votre langue dans la famille, ce n’est pas un problème, c’est même une chance pour votre enfant qui saura ainsi parler deux langues et en apprendra alors plus facilement d’autres, par la suite. Mais vous pouvez nous aider à lui apprendre à parler la langue française, si vous le voulez. À la maison, discutez avec lui, demandez lui ce qu’il a fait à l’école ou avec ses copains, lisez lui des histoires, chantez et récitez avec lui des chants et comptines dans votre langue. Si votre enfant apprend à bien parler dans sa langue d’origine, ce sera plus facile pour lui d’apprendre la langue française. Ne vous forcez pas à lui parler en français si vous même ne maîtrisez pas bien cette langue, ne mélangez surtout pas les deux langues, ce serait catastrophique pour votre enfant : il ne saurait plus se situer, savoir s’il parle dans la langue familiale ou dans celle de l’école.

Si vous êtes d’accord, je vais vous confier un livre d’histoires bilingue. Lisez lui l’histoire dans votre langue : votre enfant pourra ainsi connaître facilement les personnages, leur nom, ce qu’ils font, ce qu’ils disent et ainsi comprendre le sens et le déroulement de l’histoire. Lorsque vous rapporterez ce livre à l’école, je lirai cette même histoire à votre enfant en français. Il pourra alors mieux s’y intéresser et comprendre ce que les mots et les phrases en français veulent dire. Cela va l’aider à s’exprimer en français.

Je peux aussi vous prêter un imagier bilingue, que vous pourrez feuilleter avec lui à la maison : lisez lui les mots dans votre langue, échangez avec lui sur leur signification ou leur usage... Lorsque vous le rapporterez à l’école, je ferai ce même travail avec lui en français : il comprendra alors que le même objet porte deux noms : l’un dans sa langue maternelle, l’autre en français, ce qui lui permettra de mieux les mémoriser.

Si vous parlez français et que vous le souhaitez, vous pouvez également venir une ou deux fois aux ateliers de langage pour enfants non francophones, afin de lire un livre, raconter une histoire, chanter des chansons... dans votre langue d’origine. Nous travaillerons ensuite ensemble en langue française avec tous les enfants sur ce qu’ils ont compris et mémorisé, avec votre aide. »