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Carrière de la Mésangère de Lérouville : 3. Description

La carrière de la Mésangère présente un ancien front de taille, orienté NNE-SSO, d'une longueur de 300 - 400 mètres pour une hauteur d'une trentaine de mètres environ (fig.2).



 
Fig.2: Vue d'ensemble et croquis du front de taille de
la carrière de la Mésangère
(C.R.Sup. = Complexe récifal supérieur)


Les mêmes niveaux de l'Oxfordien moyen que ceux visibles dans la carrière d'Euville (cf. fiche correspondante) affleurent ici (fig.3). Petit à petit au fil des années, la végétation (bouleaux, pins noirs et pins sylvestres) colonise ce site aujourd'hui abandonné.



Fig.3: Position stratigraphique des terrains affleurant dans la carrière de la Mésangère
(colonne lithostratigraphique d'après Lathuilière in McCann 2008)

La carrière de la Mésangère fait partie d'un ensemble de trois grandes carrières communales qui furent exploitées pour la Pierre de Lérouville (une entroquite). L'activité de ces carrières est quasiment abandonnée depuis le milieu du siècle dernier. Seule la société ROCAMAT extrait encore épisodiquement des matériaux d'une carrière lérouvilloise.

Ce site a fait l'objet d'études géologiques détaillées par le passé : Beauvais 1964, Humbert 1971, Hilly et Haguenauer 1979 et plus récemment Geister et Lathuilière 1991.

La carrière permet d'observer la superposition de différentes formations récifales et péri-récifales. De nombreuses fissures verticales parcourent le front de taille et des éboulis sont accumulés au pied de celui-ci. En raison du risque d'éboulement, les récoltes d'échantillons doivent se faire dans des zones où l'accumulation d'éboulis (partie ouest de la carrière par exemple) est suffisante pour permettre un travail en toute sécurité, à une distante raisonnable du front de taille.

De bas en haut, les formations suivantes se succèdent:

1. Le plancher de la carrière repose le plus souvent sur une surface durcie perforée (= hard ground) parcourue de rides de vagues et constituant le sommet de calcaires construits appartenant au Complexe récifal inférieur. La base d'un bioherme affleure encore en partie, formant une pente, à l'extrémité ouest de la carrière (fig.4). L'essentiel de la construction corallienne est cependant recouvert par des éboulis ou masqué par la végétation. A cet endroit, il faut imaginer un récif formant un paléorelief d'une vingtaine de mètres de haut sur lequel s'appuient les formations sus-jacentes d'entroquite, latéralement à l'est, ou du Complexe récifal supérieur directement au-dessus, à l'ouest.
Le bioherme du Complexe récifal inférieur comprend des coraux lamellaires et branchus. Le sédiment inter-récifal correspond à des calcarénites bioclastiques.



Fig.4: Le bioherme et le paléorelief sur lesquels repose la Pierre de Lérouville

2. La Pierre de Lérouville forme une lentille, d'environ 15 mètres d'épaisseur, qui repose sur la formation précédente (fig.4) et qui s'amincit, jusqu'à disparaître, dans la partie ouest de la carrière, où ces dépôts butent contre le récif construit (Hilly et Haguenauer 1979). Le contact avec le bioherme du Complexe récifal inférieur n'est cependant pas visible.
La roche constituant la Pierre de Lérouville est un calcaire à entroques (ou entroquite) formé principalement d'ossicules millimétriques de crinoïdes et de radioles d'oursins (genre Paracidaris) cimentés par un liant sparitique (fig.5). Les monocristaux de calcite qui forment les entroques donnent un éclat scintillant à la roche.



Fig.5: Echantillon pétrographique de l'entroquite de Lérouville

Les litages obliques qui caractérisent normalement cette formation ne sont plus guère visibles en raison de l'altération de la surface de la roche (= patine noire et traces de dissolution).
Formant la terrasse inférieure (non accessible) du front de taille, le sommet de l'entroquite présente des ondulations topographiques et une surface durcie perforée.

3. Les dépôts du Complexe récifal supérieur qui recouvrent l'entroquite de Lérouville sont constitués de bancs calcaires, plus ou moins nettement stratifiés, qui se distinguent de loin par leur couleur et leur disposition.
On accède à ces formations au niveau de la terrasse supérieure du front de taille. Pour cela, il faut suivre le chemin qui se prolonge à l'est de la carrière et qui mène à son sommet: du côté ouest du front de taille, il est alors possible de descendre jusqu'à cette terrasse, L'accès reste toutefois dangereux et ne saurait s'envisager avec un groupe d'élèves. Les échantillons issus de ces niveaux peuvent également être récoltés dans les éboulis, parmi lesquels on trouve encore de très beaux spécimens de polypiers (fig.6).



Fig.6: Un polypier lamellaire (genre Microsolena ?)


Le Complexe récifal supérieur comprend trois faciès différents :

- Le premier ensemble, directement au contact de l'entroquite, est formé de calcaires grumeleux blancs à patine ocre, de 1 à 1,50 m d'épaisseur, qui se sont parfois déposés en "éventail" dans les parties creuses au sommet de la lentille sous-jacente (fig.7). Ces niveaux sont riches en coraux lamellaires et branchus (Geister et Lathuilière 1991).



Fig.7: Succession verticale des différentes formations sur le front de taille


- Au-dessus, formant un ensemble d'épaisseur variable (de 3 à 10 m), apparaissent des calcaires massifs à patine noire contenant des colonies coralliennes bien développées. Les constructions biologiques restent toutefois modestes en hauteur et donnent une allure de biostrome plutôt que de bioherme à ce niveau.

- Les derniers bancs au sommet du front de taille ou sur son flanc oriental sont constitués de calcaires blancs (à débit en plaquettes près de la surface) sur quelques mètres d'épaisseur. Il s'agit de dépôts inter-récifaux correspondant le plus souvent à des calcaires biodétritiques contenant des restes d'échinides réguliers, coquilles de bivalves épigénisées et des oncoïdes (= éléments sphériques millimétriques d'origine biologique ressemblant à des oolithes) algaires ou à nubéculaires, noyés dans une matrice micritique.

L'interprétation de la succession des paléoenvironnements correspondant aux mêmes faciès a été proposée par Lathuilière et al. (2003) pour la carrière des Cotillons à Euville. Celle-ci reste valable pour la carrière de la Mésangère. Les formations coralliennes de Lérouville illustrent un épisode de l'intense production carbonatée de plate-forme récifale, développée à l'emplacement de la Lorraine, au cours de l'Oxfordien moyen (Jurassique supérieur).

La présence d'une surface durcie au sommet du Complexe récifal inférieur formant le plancher de la carrière suggère une période d'émersion liée à une chute du niveau marin relatif au début de l'Oxfordien moyen.

La remise en eau de la plate-forme coïncide avec la mise en place, sous une faible tranche d'eau, de dunes hydrauliques (= barres de déferlement) entroquitiques, à l'origine de la Pierre de Lérouville. A partir de données sur les crinoïdes bathyaux actuels, David (1998) considère qu'il faut entre 45 000 ans et 85 000 ans pour accumuler in situ un mètre de sédiment entroquitique (il y en a 15 mètres à Lérouville). Compte-tenu de la faible profondeur, lors d'une baisse du niveau marin, le sommet de ces barres sableuses est, par endroits, soumis à une exondation temporaire, expliquant la présence de hard-ground.

A la fin de l'Oxfordien moyen, une nouvelle élévation du niveau marin accompagne l'installation du Complexe récifal inférieur. Celle-ci débute par une colonisation du milieu par des coraux lamellaires et des éponges, dont les espèces et la morphologie sont caractéristiques d'un environnement relativement profond et faiblement éclairé. Ces dépôts transgressifs ravinent et créent un fond topographique irrégulier au sommet de l'entroquite sous-jacente. Les colonies à polypiers massifs et branchus reposant sur l'ensemble précédent, impliquent des formes requérant un environnement moins profond et bien éclairé (Lathuilière et al. 1994). Les espaces inter-récifaux sont comblés de boues micritiques contenant des restes de la faune et de la flore récifales ou péri-récifales.
Par ailleurs, la présence de brèches coralliennes dans les sédiments inter-récifaux du Complexe supérieur indique un milieu sporadiquement agité, subissant l'action des vagues de tempête.


Bibliographie

BEAUVAIS L. (1964) - Etude stratigraphique et paléontologique des formations à madréporaires du Jurassique supérieur du Jura et de l'Est du Bassin de Paris. Mém. Soc. Géol. France, (NS) 43, Mém. 100.

DAVID J. (1998) - Adaptation morphologique, croissance et production bioclastique chez les crinoïdes pédonculés actuels et fossiles (Pentacrines et Millericrinina); application paléoécologique aux gisements du jurassique supérieur des Charentes et du Nord-Est du Bassin de Paris. Thèse Univ. Reims Champagne Ardennes (2 tomes); inéd.

GEISTER J. et LATHUILIERE B. (1991) - Jurassic Coral Reefs of the Notheastern Paris Basin (Luxembourg and Lorraine). International Symposium on Fossil Cnidaria including Archeocyatha and Porifera. Münster 1991. Excursion guidebook.

HILLY J. et HAGUENAUER B. (1979) - Guides géologiques régionaux - Lorraine Champagne. Masson éd.

HUMBERT L. (1971) - Recherche méthodologique pour l'histoire biosédimentaire d'un bassin. L'ensemble carbonaté oxfordien de la partie orientale du Bassin de Paris. Thèse d'Etat Univ. Nancy.

LATHUILIERE B., GEISTER J. et CHALOT R. (1994) - Les environnements coralliens de l'Oxfordien en Lorraine. Congrès Lorraine APBG. Livret d'excursion.

LATHUILIERE B., CARPENTIER C., ANDRE G., DAGALLIER G., DURAND M., HANZO M., HUAULT V., HARMAND D., HIBSCH C., LE ROUX J., MALARTRE F., MARTIN-GARIN B. et NORI L. (2003) - Production carbonatée dans le Jurassique de Lorraine. 20-21-22 septembre; livret de terrain excursion - G2R/CG54/Groupe Français d'Etude du Jurassique.

LATHUILIERE B. (2008) - Eastern Paris Basin in Pienkowski, G. & Schudack, M. E. et al.: Jurassic, p.823-922. in Mc CANN T. "The geology of central Europe. Vol. 2: Mesozoic and Cenozoic", Geological Society, London, 858-854.

 

Auteur : Didier ZANY

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